‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrésChapitre 121 sur 167 · SA KE · texte numérisé non relu

SA KE

L. Les reptiles peuvent survivre à la décapitation. On le sait depuis long-temps, et surtout depuis Redi.

IL. Redi fit couper la tête à une tortue. Cette tortue survécut vingt-trois jours à la décapitation.

« On connaissait qu'elle vivait encore, dit Redi, » non pas qu’elle changeët de place, mais parce » que lorsqu'on lui piquait les pieds de devant ou » de derrière, elle les retirait en elle-même avec » beaucoup de force, et faisait divers autres mou- » vements, Et comme on aurait pu soupçonne, » ajoute Redi, que ces mouvements étaient l'effet » d’une sorte d'irritabilité mécanique, je voulus » éclaircir cé doute. Je fis donc couper la tête à » quatre autres tortues; et, douze jours après, » J'ouvris deux de ces tortues. Je vis clairement le » cœur palpitant et plein de vie, et je remarquai

» le mouvement du reste du sang qui entrait dans » le cœur et en sortait (1). »

IL. Ce que Le Gallois rapporte de ses expériences sur les salamandres et sur les grenouilles est déjà d'une observation beaucoup plus savante.

« Lorsqu'on a décapité une salamandre sur les » premières vertébres, dit Le Gallois, elle peut » continuer de vivre plusieurs jours ; mais quoi- » qu'elle fasse mouvoir son corps et ses membres » avec autant de force quil en faudrait pour se » transporter d’un lieu à un autre, elle reste à la » même place, et on peut la laisser sur une as- » siette avec un peu d'eau sans craindre qu'elle » s'échappe. Si l'on examine tous les mouvements » qu'elle fait, oc: voit qu'ils sont déréglés et sans » but. Elle meut ses pattes en sens contraire les » unes des autres, en sorte qu'elle ne peut avan- » cer, où si elle fait un pas en avant, elle en fait > bientôt un autre à reculons. On observe la même

» chose dans les grenouilles décapitées; elles ne » savent plus sauter, ou si elles font encore quel- » ques sauts, ce n'est qu'autant que les pieds de » derrière rencontrent un point d'appui. Si on les » place sur le dos, elles s'agitent parfois pour

{1) Voyez Collection académique, tome IV, page 518.

414 PRINCIPE DU MÉCANISME RESPIRATOIRE » changer de situation; mais elles y restent, parce » qu'elles ne savent plus faire les mouvements » convenables pour se remettre sur le ventre, » Tous ces auimaux font en général peu de mot- » vements, à moins qu'on ne les touche, etc. (1). » IV. De pareils faits ont été plus ou moins bien vus par tous les physiologistes. Les tortues, les grenouilles , les salamandres, survivent donc à la décapitation. Le fait est certain : mais quelle est la cause du fait (2)?Ily en a plusieurs, et même la plupart sont connues.

D'abord, les reptiles vivent long g-temps, quoique absolument privés de toute nourriture. J'ai vu des grenouilles des salamandres, des lézards, etc., résister à des jeünes de More mois. « Les tortues terrestres vivent , dit Redi, jusqu'à » dix-huit mois sans manger ÿs

En second lieu, les reptiles peuvent rester fort

(1) Expériences sur le principe de la vie, etc., p.1v.

(2) Nul animal à sang chaud ne survit, au contraire, à la décapitation « C’est une chose bien certaine, dit pourtant Le Gallois, » que Les oiseaux continuent de vivre quelque temps, et même de » marcher et de courir, après qu’on leur a coupé la tête. » Expériences sur le principe de la Vie, EtC.s D: 7e

Mais Le Gallois se trompe : faire quelques pas dans une sorte d’agitation convulsive, continuer un mouvement , effet d'une impulsion déjà donnée, continuer une course commencée, etc., ce n'est pas là vivre quelque temps ; ce n'est pas survivre.

(3) Collection académique, t. IV, p. 499.

DANS LES REPTILES. 415 long-temps sans respirer; et c'est là ce que tout le monde sait encore.

‘ Enfin, au lieu de l'hémorrhagie foudroyante qui suit la décapitation d'un animal à sang chaud, on n'observe, sur les reptiles, qu'une hémorrhagie très faible et qui s'arrête bientôt.

V. Mais, indépendamment de ces causes générales, et, comme je viens de le dire, déjà connues, il y en a une particulière et qui tient à la position même du point vital et central du système nerveux dans les reptiles.

On a vu, dans le XE° chapitre de cet ouvrage (1 ), que le point vital et central du système nerveux (point duquel émane le principe du mécanisme respiratoire) est situé vers l'origine de la huitième paire, origine qu'il comprend dans son étendue , commençant avec elle, et THpoUes ur peu audessous. |

VE Or, si Je hobe ce point vital et central du système nerveux, Ce point, stége du principe du mécanisme respiratoire, dans F. animaux à sang chaud, je le trouve placé assez avant dans le crâne ; et si je le cherche dans les reptiles, ele trouve placé presque hors du crâne.

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