IL. I est plus fréquent encore , quand on déca
piteune salamandre, d’empiéter surle crâne par la
section, et par conséquent de laisser l'origine de
la huitième paire unie à la moelle épinière. L'a-
nimal survit alors et respire fort long-temps après la décapitation.
ILE. Mais, voici un fait particulier, qui ne tient plus à l'encéphale, qui tient à la moelle épinière, et que les salamandres seules m'ont présenté jusqu ici, même parmi les reptiles. |
IV. Si, sur un animal à sang chaud, sur un oiseau, sur un mammifère, par exemple, on divise un point quelconque de la moelle épinière par une section transversale, aussitôt toutes les parties situées au-dessous du point divisé sont frappées de paralysie. Si, par exemple, la section a été faite au-dessus du renflement postérieur de la moelle épinière, aussitôt les jambes de derrière sont frappées de paralysie; l'animal les traîne, mais il ne les meut plus.
V. Il n'en est pas ainsi pour les salamandres. L'animal continue à mouvoir ses jambes et sa queue , quoique la moelle épinière, et même toute la colonne vertébrale, soient coupées fort audessus de l'origine des nerfs des jambes et de la queue. |
& IV
1. Je coupai la colonne vertébrale et la moelle épinière, sur une salamandre (1).
Immédiatement après l'opération, l'animal remuait déjà ses pattes de derriere et sa queue.
Un mois plus tard, il les remuait ou les mouvait beaucoup mieux encore. Il marchait, et faisait avancer tour à tour, pour marcher, chaque jambe de derrière, comme il faisait avancer tour à tour celles de devant.
Cependant la réunion des deux bouts de moelle épinière divisés n'avait point eu lieu.
IL. J'ai répété cette expérience sur plusieurs autres salamandres.
Elles ont toutes survécu pendant plusieurs mois.
Et, de plus, elles remuaient toutes de même, et surtout quelques mois après l'opération , leurs jambes de derrière et leur queue.
L. L'indépendance, la vie propre des diverses portions de la moelle épinière, dans les salaman-
(1) Les salamandres sur lesquelles ces expériences ont été faites
étaient des salamandres aquatiques, de l'espèce du triton crété.
dres, est donc un fait constant; et peut-être ce fait remarquable se lie-til, dans ces animaux, au fait plus remarquable encore de la reproduction des parties qu'on leur coupe.
IL. Les expériences de Spallanzani et de Bonnet, sur la force de reproduction des salamandres, sont célèbres.
Spallanzani et Bonnet leur ont vu reproduire plusieurs fois de suite le même membre coupé, et ce même membre avec tous ses os, tous ses muscles, tous ses nerfs, tous ses vaisseaux, etc.
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[. J'ai répété bien des fois ces belles expériences. J'ai vu se reproduire la queue et les jambes sar bien des salamandres; et les jambes qui se reproduisaient ainsi, je les avais coupées, tantôt dans la contiouité ou dans l'articulation, tantôt dans la continuité ou dans le milieu de l'os même.
IE. Sur plusieurs salamandres, le fémur fut coupé dans le milieu de l'os; l’humérus le fut de même sur plusieurs autres.
Il se reproduisit une nouvelle jambe et un nouveau bras, à partir du point où l’ancienne jambe et l'ancien bras avaient été coupés.
HE. Sur plusieurs salamandres, la jambe fut désarticulée à l'articulation de la cuisse avec le
Hs
42 PRINCIPE DU MÉCANISME RESPIRATOIRE bassin; et Sur plusieurs autres, le bras le fut à l'articulation de l'humérus avec l'omoplate.
Sur toutés ces Salamandres, un nouveau meïnbre poussa à partir de l'articulation même d'où l'ancien membre avait été détaché.
IV. Sur plusieurs salamandres, la queue fut coupée. Elle repoussa sur toutes, à partir dù point coupé(1). ;
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T. Je suis allé plus loin. J'ai retranché le crâne et le cerveau presque tout entiers, sur plusieurs salamandres.
La section passait entre le cervelet et l'origine de là huitième paire. Tout l'encéphale proprement dit, tout l'encéphale y compris le cervelet, tout l'encéphale moins la seule origine de la huitième paire, était donc enlevé.
Ja plaie s'est parfaitement cicatrisée.
Ces salamandres ont survécu plusieurs moïs à là décapitation ainsi faite; et non seulement elles ont continué de vivre, mais elles ont continué de respirer.
A. ya donc deux manières de pratiquer la
(a) Ces expériences appartiennent à un prand travail sur la
reproduction des PAU tr avail dont je m'occupe depuis long-
téinps ét Que Je publierai Dreutet,
DANS LES REPTILES. 493 décapitation sur les reptiles (grenouilles, salahändres, etc.) |
Où la section passe sur le crâne, entre le cervelet et l'origine de la huitième paire : dans cé cas, cette origine de la huitième paire reste unie à la moelle épinière, et l'animal, ainsidécapité, con: tilue de vivré et de respirer. J'ai vu des salamandres, ainsi décapitées, survivre pendant plus de neuf mois.
Ou là section passe derrière le crâne, et par conséquent derrière l'origine de la PAR paire ; ét alors l'animal ne s4/vit que quelque temps, et ne respire plus.
LL. Le fait, si singulier, de la survie des reptilés à la décäpitation, est donc un fait qui s “explique et par la position reculée de l'origitie de la huitième paire dans ces animaux, et par la maniere dont la décapitation est faite.
IV. En un mot, et pour revenir aux conclusioñs générales de mes précédentes expériences ur la moelle allongée {1):
1° La vie du système nerveux; et par suite la vie de l'animal, tient à un point donné du système nerveux ; et ce point du système nerveux est situé à l'origine même de la huitième paire,
(1} Voyez, ci-devanit, lé chapitre XI dé cét ouvrage, p. 16.
424 PRINCIPE DU MÉCANISME RESPIRATOIRE 2° Si ce point est détruit, tous les mouvements respiratoires sont abolis sur-le-champ; sil reste uni à l’encéphale, ce sont les mouvements respitoires de la tête qui survivent; sil reste uni à la moelle épinière, ce sont, au contraire, les mouvements respiratoires du tronc qui survivent ;
Et 3° enfin, pour ce qui est des reptiles en particulier, ces animaux ne continuent de respirer et de vivre après la décapitation, qu'autant que lasection passe sur le crâne et non derrière le crâne (ns
(1) Il arrive souvent, si l'on n’y fait une attention particulière, qu'on laisse, quand on décapite une grenouille on une salamandre , une portion du crâne tenir aux vertèbres.
Le Gallois l'avait déjà remarqué : « Il peut arriver, dit-il, que » des reptiles continuent de gouverner leurs mouvements... après » avoir été décapités; mais, si l'on y prend garde, on trouvera que » dans tous ces cas, la décapitation n’a été que partielle, qu'elle a » été faite sur le crâne, et que la partie postérieure du cerveau est » demeurée unie avec le corps.» {Exp. sur le principe de la vie, etc. p. 6)
M. Duméril parle d’un triton marbré qu'il a vu survivre plusieurs mois à la décapitation (Erpétologie générale, etc., t. I, p.209); mais la décapitation n'avait emporté, dit M. Duméril lui-même, que les quatre cinquièmes de la longueur de la tête. {Ibid. t. VIET, p- 185.) |
Dans mes expériences sur la décapitation des salamandres, dont ilest ici question, je n'avais enlevé que le crâne proprement dit, j'avais laissé la mâchoire inférieure, et je pouvaisjuger de la continuation des mouvements respiratoires par les mouvements
mêmes dela gorge ou de l'hyoïde, vus par en haut.
DANS LES REPTILES. 425 c'est-à-dire, en d’autres termes, et en termes plus précis, qu'autant que l'origine de la huitième paire a été respectée, et qu'ayant été respectée, elle est, de plus, restée unie à là moelle
épinière.