EXPÉRIENCES SUR L'ENCÉPHALE DES POISSONS
SA
L. On a vu, par mes expériences sur l'encéphale des animaux supérieurs , que cet organe se compose de quatre parties principales, savoir, le cerveau proprement dit, le cervelet, les tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux, et la moelle allongée.
IL. Il était curieux de voir jusquà quel point l'encéphale des poissons correspondait à celui de ces animaux.
Or, c'est là ce qu'aucun anatomiste n'avait encore fait, et ce qui même n'était point facile par la seule anatomie, l'encéphale des poissons et celui de ces animaux ne se composant pas d'un nombre pareil de parties.
HIT, L'anatomie suffit pour déméler lRblègte
des parties, quand, dans un appareil donné, le
(1) Mémoire présenté à P'Aead. roy. des sciences, dans la séance
du 27 décembre 1824.
DES POISSONS. 42 nombre des parties, comparées d'une classe à l'autre, est le même. Mais l'anatomie ne suffit plus quand le nombre des parties, comparées d’une classe à l’autre, diffère.
IV. Dans ce dernier cas, le seul moyen de résoudre la difficulté est l'expérience ; car l'expérience donne les propriétés, et les propriétés donnent les organes.
V. Dans l'encéphale des poissons, comparé à celui des autres classes, la même partie peut être divisée en deux où plusieurs autres. Tantôt ül manque une partie, tantôt il s'ajoute une partie nouvelle, etc.
VE. Aussi rien n'égale-t-il la divergence des opinions proposées jusqu'ici, touchant la déterinination des parties qui’zanguent où restent : dans le cerveau des poissons.
Selon les uns, les poissons manquent du cerveau proprement dit; ils manquent du cervelet, selon Îles autres. ra deux lobes principaux de leur encéphale, les deux lobes creux (1), sont pris,
(1) Le cervelet étant pris pour point de départ (Voyez M. Cuvier, Hist. nat. des poissons, t. I, hp. 420 , on voit, en avant du cervelet, deux lobes, lesquels sont presque toujours les plus considérables par le volume, ét sont constamment creux ::ces deux lobes creux sont pricédés par deux et quelquefois par quatre lobes,
sénéralement solides. Enfin, ea arrière du cervelet, sont d'autres
lobes, dont les classes supérieures n'offrent pas même de vestiges.
tantôt pour les tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux, tantôt pour les lobes cérébraux; tantôt la partie surajoutée, comme on verra tout-àl'heure, au cerveau des poissons, est prise pour un démembrement du cervelet, etc.
VII. Je le répète donc, les parties qui s'ajoutent ou disparaissent, qui se divisent ou se réunissent, variant d’uneclasse à l’autre, et l'expérience donnant seule les propriétés ou les caractères propres de chacune de ces parties, il estévident que l'expérience seule peut indiquer et déméler, avec précision, quelles sont, dans les diverses classes, les parties ajoutées'ou disparues, divisées ou réunies.
VIIL. Cela posé, énumérons les parties de l'encéphale d'un poisson donné; et soumettonsles toutes les unes après les autres à l'expérience.
& IL
[. Je prends le cerveau de la carpe pour premier exemple. |
IE Ce cerveau se compose, indépendamment de la moelle allongée proprement dite, de quatre lobes ou renflements distincts. Les deux premiers, en comptant d'avant en arrière, sont pairs ou doubles; le troisième est unique où impair; un
DES POISSONS. 429 tubercule médian et deux masses latérales forment le quatrième.
HI. Sur.une carpe, je mis à nu ces divers renflements par l'ablation du crâne et de l'espèce de mucosité grisätre qui les recouvre. Cela fait, je les soumis tous, l'un après l'autre, à des piqûres plus ou moins profondes.
IV. Je piquai d’abord, de part en part et dans tous les sens, le renflement antérieur : l'animal resta impassible.
Je piquai le renflement suivant : il n’y eut pas de convulsions aux premières couches ; mais, aux couches inférieures , l'animal éprouva des convulsions très vives.
Je passai au troisième renflement : ses piqûres ne furent point suivies de convulsions; celles du quatrième en furent, au contraire, suivies.
V. Je répétai cette expérience sur plusieurs autres carpes ; le résultat fut le même.
VL. Ainsi, le premier renflement du cerveau de la carpe ne donne pas des convulsions, le second n'en donne que par ses couches les plus profondes, le troisième n'en donne pas, et le quatrième en donne par toutes ses couches, par les plus superficielles comme par les plus profondes. | |