X. Je passai à à l'examen des deux orifices (fe
nêtres ronde et ovale), par lesquels le limaçon et le vestibule s'ouvrent dans la caisse du tympan.
XL. Après avoir successivement enlevé sur un pigeon le tympan et les osselets , Je détruisis, avec la pointe d’un stylet aigu , la membrane fine et lisse qui ferme ces deux orifices. L’audition parut uotablement affaiblie, mais elle persistait encore.
XII. Arrivé ainsi au vestibule et au limacçon, ou au centre de l'appareil auditif, en allant d'avant en arrière, par le tympan , les osselets et les deux fenêtres, il s'agissait d’ ‘explorer à leur tour les parties situées du côté opposé à celui qu ‘occupent les précédentes, et de revenir au centre de l'appareil par un chemin contraire à celui déjà SUIVI, C ’est-àdire en allant d'arrière en avant, et par les canaux semi-circulaires.
| XIHL. Ces canaux n'étant -enveloppés, dans les oiseaux, que pa: une simple cellulosité osseuse , il est fort ai:é de les mettre à nu. Je les décou-
DE L'AUDITION. 4/3 vris done bien exactement Sur un pigeon ! et je les coupai ensuite l’un après l’autre avec de petits ‘ciseaux très fins.
A chacune de ces sections, l'animal parut souffrir beaucoup ; et il survint de plus un phénomène si singulier , qu'à cause de sa singularité même, et pour ne point interrompre d'ailleurs l'histoire de l'audition, j'ai cru devoir le décrire à part.
Les canaux semi-circulaires étant rompu ; non seulement l'animal entendait encore, mais il! paraissait souffrir lorsqu' il entendait. Évidétiient, le bruit l'agitait et l'importunait; l'audition semblait même plus vive, ou du moins l'animal en exprimait plus vivement les signes, à cause sans doute de la souffrance qu ‘il ressentait à l’occasion du bruit.
XIV. C ette expérience a été répétéé sur plusieurs autres pigeons , et toujours le résultat a été semblable. à |
XV. Ilne restait plus à examiner que le vestibule et le limacon. Mais, pour bien apprécier le rôle propre de ces parties centrales de l'appareil, on sent combien il importait de pénétrer jusqu’ à elles sans blesser aucune des parties voisines.
Heureusement , une petite ouverture communiqué de l'intérieur du vestibule à cette cellulo-
sité osseuse dont j'ai déjà parlé, et qui enveloppe les canaux semi-circulaires. Quand on remue le manche du marteau par le tympan, on voit, à travers cette petite ouverture, la platine de l'étrier qui se meut ; et, réciproquement, quand, par cette petite ouverture, on meut la platine de l'étrier, on voit le manche du marteau et le tympan se mouvoir.
C'est de cette ouverture que J'ai profité pour pénétrer dans le vestibule.
XVL. Sur un pigeon, j'agrandis d'abord petit à petit cette ouverture, au moyen d'unstylettres fin.
La cavité intérieure du vestibule étant ainsi mise à nu, l'animal entendait encore.
Je détruisis alors'pen à peu, avec la pointe du stylet, l'expansion nerveuse qui, comme je lai déjà dit, se porte dans le vestibule, et par le vestibule dans les canaux semi-circulaires : l'animal n'entendit plus que très faiblement.
Je poussai cette destruction jusqu'à l'expansion nerveuse du limaçon : l'animal n’entendit plus du tout. | |
X VIL. J'ai répété bien souvent cette expérience. Constamment la simple mise à nu de l'intérieur du vestibulen a que faiblement altéré l’ouie ; constamment la destruction de l'expansion nerveuse du vestibule n'afaltéré ce sens qu'en partie; et
DE L AUDITION. 415 constainment la destruction complete et de cette expansion et de l'expansion nerveuse du limacon, l'a complétement détruit.
XVIIT. Une remarque particulière, et que je ne dois pas omettre, c’est que la destruction des parois du vestibule, de la membrane des fenêtres ronde et ovale, de l’étrier, c'est que cette destruction, dis-je, bien qu'elle n'abolisse pas sur-le-champ l'audition, finit toujours, au bout d'un temps plus ou moins long, par la détruire. L'étrier est, de toutes ces parties, celle dont la perte entraîne le plus tard la perie de laudition.
XIX. Je reviens aux canaux semi-circulaires, et au fait singulier que j'ai annoncé plus haut.
J'ai déjà dit que la section de ces canaux s'accompagne toujours d'une douleur très vive. Gette douleur s'accroît où se reproduit chaque fois qu'on pique avec le bout d'une aiguille les parties contenues dans ces canaux. Mais ce qui paraît de plus singulier, soit quand on coupe, soit quand on : pique ces parties, C'est un mouvement horizontal de la tête, d’une brusquerie et d'une violence telles qu'il est presque impossible de s'en faire une idée sans lavoir vu.
XX. Pour suivre ce curieux phénomène dans tous ses détails, je découvris avec soin les canaux semi-circulaires , sur un pigeon; et je coupai en-
HA HUEE Dot
horizonfe] des deux côtés.
Chacune de ces sections fut accompagnée ( d une. douleur aiguë, et d' un mouvement horizontal de la tête, laquelle se portait de droite # à gauche € et de gauche à droite avec une rapidité i inconcevable.
Ce mouvement ne durait pas toujours : quelquefois la tête restait un moment en FHbot mais, pour peu que | l ‘animal voulût se mouvoir, le : branlement singulier de la tête revenait soudain.
L animal voyait, entendait, et paraissait conserver toutes ses facultés intellectuelles. Son corps était dans un parfait équilibre durant la simple station; mais, dès que l'animal commençait à be la tête recommençait à S ‘agiter ; et cette agitation de la tête S ‘accroissant avec les mouvements du Corps, toute démarche, tout mouvement régulier, finissaient par devenir impossibles, à peu près comme on perd l'équilibre et la stabilité de ses mouvements quand on tourne quelque temps sur soi-même, ou qu on sécoue violemment la tête. |
Quelquefois effectivement l al se bornait à tourner sur lui-même; et, en tournant, il perdait
‘équilibre, iltombait, et se roulait et se débattait long-temps sans pouvoir réussir à se relever et à
se tenir d'aplomb.