L. Je reviens à mes expériences sur l'encéphale
Je l'ai déjà dit : tout, dans ces expériences, consiste à isoler les parties pour isoler les fonctions.
Avec les méthodes employées avant moi, on n'était Jamais sûr de nintéresser qu'une partie donnée; on n'était donc jamais sûr, avec ces méthodes, d'obtenir une fonction propre.
IT. Pour donner une idée de la manière dont on a conçu et pratiqué, pendant si long-temps, les expériences sur l'encéphale, je vais citer ici deux ou trois de celles de Rolando, c'est-à-dire de celles-là mêmes dont on a le plus parlé à propos des miennes. |
Rolando dit : « J'ai observé qu'après avoir dé- » chiré tantôt les tubercules bijumeaux, tantôt » une portion des couches optiques, il se mani- » festait des phénomènes qui démontraient que » les muscles de l'animal ne se mouvaient plus en » sens direct, mais avec une espèce d'irrégularité
506 MÉTHODE » tout-à-fait semblable aux mouvements d'un » homme ivre(1). »
Rolando dit encore : « Après avoir trépané les » deux os pariétaux d'une poule avec une espèce » de petite spatule, j'emportai de chacun des hé- » misphères du cerveau une grande quantité de » la substance cendrée qui entre dans leur com- > position. L'animal paraissait souffrir un peu dès » le principe; mais après une vingtaine de mi- » nutes il commençait à marcher, à boire, et à » manger quelques miettes de pain : il était néan- » moins un peu étourdi et comme dans un état » d'ivresse ; et quand il voulait prendre une miette ” » de pain, #/ se trompait facilement, et ne pou- > vait parvenir à la saisir qu'après avoir donné » deux ou trois coups de bec(2).»
Enfin dans une autre expérience sur les hémisphères d'un coq, Rolando dit: « À mesure que » J'attaquais plus profondément ces parties, l’a- » nimal devenait stupide et restait plus calme. A » la fin, il s’assoupit, se coucha par terre pendant » quelque temps : une heure après, il se releva, » restant sur ses pieds immobile comme une sta- » tue; et il n'y avait ni bruit, ni aliments, ni eau,
(1) Voyez le Journal de physiologie expérimentale, de M. Magendie ; avril 1823.
(2) Ibid.
EXPÉRIMENTALE. 5o7 » ni piqûres, qui pussent lui faire faire le PAR » petit mouvement (1). »
Il. Voilà donc trois expériences : dans l’une, l'ivresse dérive des couches optiques et des tubercules bijumeaux ; elle dérive des hémisphères cérébraux dans l’autre. Dans l’une, la mutilation des hémisphères cérébraux produit l'assoupissement et l'immobilité; dans l'autre, elle produit l'ivresse. Dans l'une, l'animal est stupide et calme durant la mutilation, et il paraît souffrir dans l’autre; dans l’une enfin, ni le bruit, ni les aliments, ni l’eau ne peuvent faire faire à l’animal le plus petit mouvement ; dans l’autre, l’animal boit et mange.
Ainsi, tantôt, selon Rolando, les lobes cérébraux ses l'assoupissement, et tantôt ils produisent l'ivresse ; quelquefois l'animal est stupide et calme; quelquefois il souffre, et puis il bot et mange : enfin, c'est tantôt des couches optiques, tantôt des tubercules bijumeaux, tantôt des lobes cérébraux que le phénomène de l'ivresse dérive. |
Rolando confond donc tous les phénomènes, comme il confond tous les organes d'où ces phénomenes dérivent; et cela parce que sa méthode
(1) Ibid,
5o8 METHODE
n'isole rien. Avec une méthode isolatrice, il eût vu que l'assoupissement tenait à la lésion des lobes cérébraux; l'excitation des contractions musculaires, à la lésion des tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux ; l'ivresse ou le désordre des mouvements, à la lésion du cervelet.
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