‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrésChapitre 91 sur 167 · IL. Je reviens au Mémoire de Sabouraut · texte numérisé non relu

IL. Je reviens au Mémoire de Sabouraut

IV. Il reconnaît, comme Saucerotte, 1° qu'un diagnostic rationnel des lésions des diverses parties de l'encéphale ne peut reposer que sur la connaissance des propriétés ou fonctions de ces parties; 2° que des expériences directes, jointes à l'observation pathologique, peuvent seules conduire à cette connaissance.

V. [n'a pourtant point fait d'expériences luimême, mais il recueille et discute toutes celles qui ont été faites avant lui.

VI. Je ne le suivrai point ici dans cette discussion; je rapporterai néanmoins encore une réflexion de lui qui m'a paru bien judicieuse.

» Le point désiré, dit-il, serait de déterminer, » d'apres le désordre, quel qu'il fût, dans une » fonction quelconque, quel devrait être le lieu » de la lésion cérébrale. »

On ne pouvait mieux indiquer le but; il ne

manquait, pour l'atteindre, qu'une méthode expérimentale.

L Je ne m'arréterai pas, non plus, bien longtemps sur le Mémoire de Chopart.

Cenest pas que ce Mémoire ne soit, comme les deux précédents, plein de vues profondes, de réflexions ingénieuses, de détails savants et curieux.

Mais il y a une raison toute simple de se dispenser, quand on a donné l'analyse de l’un de ces Mémoires, de donner celle des autres; c’est que leurs auteurs, ayant puisé dans les mêmes sources ( Haller, Lorry, Zinn, Lapeyronie, Pourfour Du Petit, Louis, etc.), ne font, pour ainsi dire, que se reproduire les uns les autres.

IT. Ainsi, c'est toujours la stupeur et la perte des sens données pour signes exclusifs de la lésion du corps calleux, une susceptibilité extrême pour celle du cervelet, etc.; c’est toujours, enfin, le croisement de paralysie, et l’action directe des convulsions, qu'on regarde comme le principe le plus lumineux, comme la règle la plus sûre dans la pratique.

ITL. Au reste, ce principe si lumineux, cette

règle si sûre, aux yeux de nos auteurs, ne laissent pourtant pas de les embarrasser beaucoup.

« Le croisement de paralysie, dit Sabouraut, » s'explique bien par le croisement des nerfs; » mais l’explication que nous allons donner des » convulsions qui arrivent du côté même de la

» lésion n'est pas marquée, comme celle de la paraly sie, au coin de l'évidence. »

On se doute bien de l'explication : c 'est l'esprit animal, c'est-à-dire le principe moteur, qui coule du cerveau , qui est troublé dans sa sécrétion, etc.

« Cette confusion, ou ce trouble, continue » Sabouraut, dans la sécrétion ou dans la distri- » bution du principe moteur, doit apporter beau- » coup d'irrégularité dans les mouvements qui » dépendent de ce principe, et de là les mou- » vements convulsifs dans le côté droit du corps,

» c'est-à-dire du côté même de la lésion céré- » brale , etc., etc. »

IV. Je prie que l’on me permette de revenir, un moment, sur la loi générale des effets croisés et directs du système nerveux.

Tout le monde sait combien la détermination expérimentale de cette loi a long-temps occupé les physiologistes.

Mais, quelques efforts qu'on eût faits, jusqu'à moi, pour arriver à cette détermination d’une

manière générale et définitive, ces efforts avaient toujours manqué de succès, parce que, d'une part, on nisolait point les diverses parties expérimentées, parce que, de l’autre, on n'expérimentait que sur certaines parties.

On se rappelle la proposition célèbre d'Hippocrate, savoir, que, « dans les plaies du cerveau, » la convulsion est toujours du côté blessé, et la » paralysie, au contraire, du côté opposé à la bles- » sure. »

On se rappelle aussi que Haller (1), Lorry (2), Zinn (3), ont cru cette proposition d'Hippocrate confirmée par toutes leurs expériences. Saucerotte (4), Louis (5), Sabouraut (6), Pourfour Du Petit (7), Chopart (8), la regardent, ainsi que je le disais tout-à-l'heure , comme le principe le plus lumineux, comme la règle la plus sûre dans la pratique.

(1) Mémoires sur la nature sensib. et irritab. des parties du corps anim., Lausanne, 1770, tom. I,

(2) Acad. des sciences, Mém. des sav. étrang., tom. III.

(3) Mem. sur la nat. sensib. et irritab., etc., tom. II,

(4) Prix de l’Acad. roy. de chir., tom. IV.

(5) Rec. d’observ. d'anat. et de chirurq., pour servir de base à la théorie des lésions de la tête par contre-coup. Paris, 1766.

(6) Prix de l'Acad. roy. de chir., tom. IV.

(7) Lettres sur un nouveau système du cerveau, etc. Namur, 1710.

{8) Prix de l'Acad. roy. de chir., tom. IV.

Mais, des quil s’est agi de déterminer si ce double effet direct de convulsion, croisé de paralysie, appartenait à toutes les parties du cerveau indifféremment, ou n'appartenait qu'à quelques unes, à l'exclusion des autres, ou n’était qu'un résultat complexe de la lésion combinée de plusieurs ; dès qu'il a fallu localiser, enfin, le doute, le vague, l'hésitation, les assertions les plus opposées ont succédé à l’assentiment commun.

Selon Haller, selon Zinn, c'est aux blessures des parties médulluires du cerveau qu'il faut rapporter le principe d'Hippocrate; c'est aux blessures de la moelle allongée que Lorry l’applique ; Saucerotte, Louis, Sabouraut, Pourfour Du Petit, Chopart, à toutes les parties du système cérébral indifféremment.

Je l'ai montré dans le quatrième chapitre de cet ouvrage : Haller n'attribuait un double effet direct de convulsion, croisé de paralysie, aux hémisphères cérébraux, que parce que, dans ses expériences, il n'isolait point la moelle allongée de ces hémisphères ; Lorry n'attribuait ce double effet à la moelle allongée que parce qu'il n’en isolait point le cervelet, etc., etc.

Le seul moyen de résoudre la difficulté était donc d'isoler les diverses parties expérimentées, de constater l'effet particulier de chacune d'elles,

d'en décomposer les effets complexes, d'en démêler les combinaisons diverses. |

Or, Haller, Zinn, Saucerotte, Saubouraut, Pourfour Du Petit, Louis, etc., avaient bien reconnu l’action croisée des lobes cérébraux ; Sabouraut, Pourfour Du Petit, Saucerotte surtout, avaient bien reconnu, indiqué du moins, celle du cervelet ; mais aucun d’eux n'avait montré, ni comment les convulsions se joignent aux paralysies, ni comment elles s'y joignent, toujours ou presque toujours, en sens contraire; nul n'avait montré l'action croisée des tubercules bijaumeaux ou quadrijumeaux, ni l’action directe de la moelle allongée ; nul enfin n'avait établi /a loi générale , et des effets croisés ou directs du système nerveux , et «lu rapport selon lequel les paralysies se joignent aux convulsions.

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