‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du systèmeChapitre 10 sur 55 · Je retranchai le cervelet d'un iiutre pigeon · texte numérisé non relu

Je retranchai le cervelet d'un iiutre pigeon

Arrivé 1eiux couc]ies moyennes ,* je touCfhai la moelle alongee , et il y eut un trémoussement con^ulsif.

Ce trémoussement dissipé , je continuai mon opération. Les mouvemeas désordonnés et impétueux reparurent aux mêmes couches que dans l'expérience précédente. I^'^pimal pefdit de mêmie la faculté de se tenir en • équilibre , de marche^et de voler : H était dans une agitation presque continuelLç ; il voulait ^et se mouvait , mais il ne sei mouvait jam'bis comme il le voulait

3s Je perçai de part en part, avecjine aiguille, sur un troisième pigeon , toute la région sbpé*rieure du cervelet : nul indice d^excitabilité , mais faiblesse, indétermination, et légère disharmonie dans ICH mouvemens.

58 PROPRÏÉTÉfi ET FÔNGTiOlVS

Je pénétrai .plus avaat : la faib{^âe ^ Vindé^ termfnatioh , la âlsharatonie dee mouvement si'accturent. ,

J'armai aux dernières couchW/: ranimai per*dit presque entièremeot Téquil&re ; se» xnauyemens étaient indécid, son agitation presque continuelle. .

4« J'enlevai, sijr un quatrième» pigeon , les couches jsupérieures du cervelçt. Gett6 matila*^ tion opérée , Tanimal voyait et entendait très bien ; il se tQpait aussi debout', marchait et volait^ntais d'une manière indécise et mafl assurée.

Je continuai mes retranchements : réqi}ilibie s'abolit presque entièrement. L'animal avait toute la- peine du mtonde à se tenit debout , et encolle n'y parvenait-il qu'en s'.appupni sur see ailes et isur sa <|ueue. Lorsqu'il marchait, ses

pas^hancelans et mal affeimis lui donbaieat tùut-à«fait l'air d'un animal ivre rsés ailes étaient obligées de venir au secours de ses janibes, et, malgré ce secours^» il lui arrivait souvent de tomber et de rouler silr luinnême. • ^ Au retrapcliement des dernières com;|;ies , toute espèce d'équîlibrement » c'eat-à-dire toute harmonie entre les efforts, disparut. La marche , le vol , la station , furent totalement anéantis ; mais , ce que j'engage à bien remarquer, la vo-

bu SYSTÈME NERVEUX. 39

litîoû de ces mouvemens , et des tentatives réitérées pour les exécuter, n'ep persistèrent pas moins toujours. > '

5. Je retranchai le cervelet sur un cinquième pigeon , par couches successives extrêmement minces , afin de suivre , jusque dans les derniers détails , tous les degrés et toutes les nuances par lesquels ce retranchement graduel devait faire passer mon pigeon d'un équilibrement parfait à rabolîtion complète du vol , de la marche et de la^ station.

C'est une chose surprenante nie voir l'animal, à mesure qu'il perd son' cervelet, perdre graduellement la faculté de voler, puis celle de marcher, puis enfin celle de se teùir debout.

Il n'y a pas jusqu'à cette faculté de Se tenir debout qui ne s'altère, petit à petit avant de se perdre*complètem*ent. L'animal commence par ne pouvoir rester long-tems d'aplomb sur ses jambes , il chancelle presque à chaque instant ; puis ses pieds ne suffisent plus à la station , et il est obligé de recourir à l'appui de ses ailes et de sa queue ; enfin , toute position fixe et stable devient impossible : l'animal fait d'incroyables efforts pour s'arrêter à une pareille position, et il n'y peut réussir.

La faculté de marcher s'évanouit également

par degréa. L'animal conserve encore, d'abord , une démarche chancelante , et tout-à-fait comparable à la démarche bizarre de l'i vinsse , puis il ne marche qu'avec le secours de ses ailes , et puis il ne sait plus marcher du tout.

On peut à f olonte , par des coupes ménagées , ne supprimer Que le vol ; ou supprimer le vol et la. marche ; ou supprimer tQut à la fois le vol , la marche et la station. En disposant du cervelet, on dispose de touâ les mouvemens coordonnés^ comme, en disposant des lobes cérébraux , pn dispose de toutes les sensations.

' Le pigeon sur lequel {'ejtudiais ces singuliers développemens n'éprouva, au retranchement des premières couches, qu^un peu de faiblesse et d'hésitation dans ses mouvemens*

Je remarque ici , par rapport à la faiblesse , que le moment de la mutilation est toujours. le • moment où elle est le plus marquée, et qu'ensuite elle va diminuant de plus en plus , jusqu'à une nouvelle mutilation.

Aux moyennes couches , mon pigeon Voyait et entendait très bien ; il ne se plaignait aucunement ; son air était gai , sa tête alerte.

A sa bonne mine , personne n'eût assurément imaginé qu'il lui manquait déjà plus de la moitié de son cervelet ; mais en revanche , sa démarche

DU SYSTÈtfE NERVEUX. 4^

était très chancelante et très agitée; et bientôt il ne marcha plus qu'avec le secours de ses ailes«

Je contiduaî mes retranchemeus ; l'animal perdittotalement la faculté (le marcher. Ses pieds ne suffisaient plus à la station , et il fie parvenait à se soutenir qu'appuyé sur ses coudes ^ sa queue et ses ailes. Souvent il cherchait à s'eovoler ou à marcher ; mais ces tentatives inefficaces se bornaient à rappeler, sous plus d'un rapport, les premiers essais de vol et de maifcbe que fout les petits oiseaux au sortir du nid.

Le poussait-on en avant, il roulait sur sa tête: en arrière ^ il roulait sur sa queue.

Je portai plus loin encore mes rettanchemens. L'animal perdit jusqu'à la fa'culté de se tenir appuyé sur ses coudes , sa queue et ses ailes. Il roulait continiiellepaient sur lui-même , sans pouvoir s'arrêter à t^e position fixe.

A force de rouler et de se débattre , il finissait par s'épuiser ; et , rendu de fatigue , il gardait alors ' un moment la position que le hasard lui avait donnée : tantôt il restait à plat sur le ventre , et tantôt sur le dos. .

Cette position sur le dos , quelque pénible qu'elle lui fût , et quelques efforts qu'il fît pour s'en dégager, il était pourtant réduit à la garder, parceqù'îl ne savait plus j'en tirer.

4â PROPRIÉTlis B.T FONCTIONS

Du reste, il voyait et il entendait très bien. Durant sonrepos , la moindre menace , le moindre ; bruit y la plus légère irritatioif ^ rouvrstient la scène tumultueuse de ses contorsions:

Mais au milieu de toutes ces contorsions sidéré^ glées , si fougueuses , si pétulantes , il n'y avait pas le moindre signe de convulsions.

6. Les conséquences du retranchement' du cervelet varient un peu selon les classes; on ' trouvera ci-aprèâ un tableau comparé de ces variations. Je comnience par indiquer les effets obtenus sur une classe donnée : je comparerai ensuite ce& effets aux effets obtenus sur les' autres classes.

Expériences relatives à la détermination du rôl^ et des fonctions des

tubercules quadrîjumeauz '.

1. J'enlevai, sur un pigeon , un seul des deux tubercules quàdrijumeaux* Ce retranchement

V Ces tubercules sont, selon les classes, tantôt doubles et tantôt quadruples; on devrait donc les appeler tantôt bijumeaux et tantôt quadrijumeaux. Mais, pour ne pas changer*à tout moment de nom, je les appellerai toujours quadrijumeaux^ mes expériences constatant bien d'ailleurs que, doubles ou quadruples, ils ne constituent jamais que le même organe.

•du système NERTfiUX» 4^

fut' accompagné d'un trémoussem^iit conruls^ général , mais qui dura peu.

L'œil du côté opposé perdit sur-I&rcbamp la vue; mais Tiris de cet œil resta Ipng-tems encore mobile.

L'animal se tenait debout , marchait , volait , entendait, et paussait des gémissery^^.

Jl tournait souvent sur Igi-même , et particulièrement sur le côté du tubercule enlevé ; il voyait aussi très bien de l'œil de ce côté.

L'irritation et la douleur . produites par mon opération étant dissipées 9 l'animal resta calme et parfaitement d'aplomb sur ses jambes '.

2. J'enlevai , sur un autre pigeon , le tubercule quadrijumeau gauche: il. y eut également des trémoussemens coQVulsifs généraux , perte de la vue de l'œil opposé , contractilité de l'iris persistant encore dans eet œil , et tourBoiemeat de l'aniinal'vprincipalemént suï le côté du tubercule enlevé.

Je voulus m'assurer si ce tournoiement ne

■■ I II II • ■ » I « Il I ■ i ! I I ! >, , I .1.

' Le retraçcbemeat d'un sciul tubercule quadrljum^^u , comme celui d'un seul lobe cérébral ou d'un seul côté du cervelet, s'accompagne d'abord d'un^ faiblesse marquée dans le côté opposé à la partie enlevée. Je néglige, à dessein, d'insister ici sur cet e^et croise, dont on trouvera, dans mon second Mémoire, la cause et les limites.

44 PROPHÈTES ET.FONGTION*S

tenait pas uniquement à la perte de la vision dans un œil. Je bandai donc un XBil àplusieurs pigeons: ces pigeons tournèrent en effet , d'abord presc^e tous , sur le côté de l'œil non bandé , mais bien moins brusquement et bien moins de tems que le pigeon mutilé.

Ce pigeflti^ ainsi que le précédent , voyait très bien de l'œil du côté du tubercule enlevé ; il entendait , marchait , volait , et se tenait d'aplomb , comme à ^ordinaire.

3. Je retranchai successivement, isur un troisième pigèoti , les deux tubercules (jliadrijumeaux. Les tréniiouàsemens convulsifs furent beaucoup plus violens et beaucoup plus prolongés après cette double extirpation qu'après l'extirpation d'un seul tubercule.

Au retranchement du tubercule droit , l'ani* mal perdit la vue de l'œil gauche ; e.t à celui du tubercule gauche , il perdit }a vue de l'œil droit. La contractilité persistait dansl'iris des deux yeux.

La station, la marche, le vol, persistaient aussi. L'animal tournait souvent sur lui-^même^ puisj! restait calme et d'aplomb ; et puis il recommençait à tourner encore.

Tout cela se faisait spontanément. Quand djans sa marche l'animal rencontrait un obstacle , il le heurtait d'abord ; mais à peine avait-il besoin

de le toucher pour le deviner ; et dès qu'il l'avait touché , ou il s'arrêtait, ou il s'en détournait avec une adresse et avec des précautions infinies. Il n'avançaitjamais qu'avec une extrême circonspection ; et presque toujours il retenait à tourner sur lui-même.

4. On a vu qu'immédiatement après l'extii^ * pation d'un seul tubercule la vision est perdue de l'œil opposé ; et qu'après^l'extirpation des deux tubercules , la vision çst perdue des deux yeuxc

Mais on a vu aussi que la contractilité de l'iris survit plus ou moins long-^ems à la perte de la vision. Qq fait est remarqua|>le; il qiontre que l'abhtion des tubercules n'agit sur les nerfs op^* tiques que comme agissent sur les autres neffs

les sej^tions ou les ligs^tures.

En effet, c'est par les tubercules quadrijumeaux que les nerfs optiques communiquent avec les lobes cérébraux. Ces tubeiçcules enlevés, la vision doit donc être immédiatement abolie , mais non l'excits^bilité des nerfs optiques, pafcequ'une mutilation incomplète des tubercules ne détruit pas toutes les racines de ces nerfs; laseûr tion seule de ces nerfs abolit complètemeat la contractilité des iris *. •

■ Les nerfs optiques survivant, du moins en.partie, à

5. Pour, obtenir lies effets des tubercules quadrijumeaux dans toute leur pureté, il ne faut pas en pousser Textirpation jusqu'à leurs racines; car ces effets se compliquent alors déâ effets de la moelle alongee.

J'enlevai , sur un pigeon , jusqu'aux dernières couches des tùbercales : il survint des^ convulsions cxtrêmeinent violentes et prolongées. Je pénétrai' plus avant : îes convulsions se renouvelèPénfr et s^accrurent ; maigi ,cé qu'il y avait de remarquable, c'est' qu'au milieu de cet état convulsif universel , la contraetilité des iris , ccmme l'excitabilité des nerfs optiques , était complètemient abolie.

X'animal vécut très long-tems dans- cet' état.

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