IL
1. Je retranchai, sur un jeune et vigoureux lapin, d'abord les lobes cérébraux, et l'animal perdit aussitôt toute faculté de vouloir et de percevoir ; puis le cervelet , et il perdit toute faculté de se mouvoir avec ordre et régularité; enfin les tubercules quadrijumeaux, et ses iris, jusque là contractiles et mobiles , perdirent bientôt tout ressort et tout mouvement.
Malgré ces diverses mutilations , l'animal vivait et respirait bien.
Ce fut alors que je commençai à retrancher.
par tranches successives , la moelle alongée d'avant en arrière.
Dès les premières tranches, la respiration parut laborieuse et troublée , et cette fatigue et ce trouble s'accrurent de plus en plus à mesure que j'avançai.
Aux moyennes tranches, l'animal ne respirait déjà plus qu'avec des efforts inimaginables.
Les dernières tranches coupées , il ne respirait plus.
2. Je pris un autre lapin ; je retranchai pareillement les lobes cérébraux , les tubercules quadrijumeaux et le cervelet.
Pareillement, la respiration persistait, et persistait toujours avec une justesse et une harmonie parfaites.
Je retranchai la moelle alongée tout d'un coup, et tout d'un coup la respiration fut éteinte.
3. Je supprimai, par coupes graduelles et successives, d'avant en arrière, la moelle alongée, sur une poule : à chaque coupe, la respiration devînt de plus en plus irrégulière et pénible; et la dernière coupe opérée, il n'y eut plus de respiration.
4. Je retranchai , sur une poule et sur un pigeon , le« lobes cérébraux , les tubercules qua-
172 PROl^RIÉTÉS ET FONCTIONS
drijumeaux et le cervelet , sanis toucher à la moelle alongée.
La poule survécut deux Jours à ces graves mu-r' tilatioDS, et le pigeon en survécut trois»
Chez, ces deux animaux, la respiration ne s'affaiblit et ne se troubla d'une manière sensible qu'aux derniers momens de leur existence.
5. Je supprimai tout d'un coup , sur une autre poule ef sur un autre pigeon, la moelle alongée tout entière ; et, chez ces^ deux animaux, la respiration fut tout d'un coup abolie.
6. J'ai répété ces expériences sur un grand nombre de poules , de lapins , de pigeons , de chats, de chiens, de canards, de cochons-d'inde : toujours le résultat a été le même.
7. Ainsi donc , ni les lobes cérébraux , ni le cervelet, ni les tubercules quadrijumeaux, n'exercent une influence directe et immédiate sur la respiration : la moelle alongée est la seule partie, entre celles qui composent la masse cérébrale , qui exerce sur cette fonction une pareille influence.
8. Je passe à l'examen des diverses régions de la moelle épinière.
9. Je retranchai , sur un lapin, toute la moelle lombaire, y compris le renflement postérieur.
La respiration n'en fut poipt troublée.
Quelques heures après, je détruisis toute la, portion de moelle dorsale qui s'étend de ce renflement postérieur à l'origine de la dernière paire intercostale, et la respiration ne parut point encore essentiellement altérée.
Je détruisis alors, petit à petit, toute la moelle costale ; le jeu des côtes s'éteignit graduellement à mesure que j'avançai, et quand j'eus fini, il était tout-à-fait éteint.
Je pénétrai plus avant, la respiration s'exécutant encore, quoique avec peine , par le diaphragme ; j'atteignis enûn l'origine des nerfs diaphragmatiques ; et avec la cessation du jeu du diaphragme cessa toute respiration effective: car les bâillemens de la bouche et de la flotte, survivant seuls , n'avaient plus d'effet.
10. J'enlevai, sur une poule et sur un pigeon, les moelles lombaire et dorsale, jusqu'à l'origine des dernières paires Intercostales.
Ces deux animaux aurvécurent près de deux jours à cette ablation.
1 1. Je détruisis graduellement, sur une autre poule et sur un autre pigeon , la moelle costale. La respiration s'affaiblit de plus eh plus , à mesure que s'opérait cette destruction ; et quand celle-ci fut consommée, il n'y eut plus de respiration , ou plutôt plus de mouvement des côtes ;
cdr les bâillemens de la bouche et de la glotte persistaient toujours.
12. Je détruisis 9 sur plusieurs grenouilles , toute la moelle dorsale, sans trouJbler manifestement la respiration.
J'atteignis enfin Torigine des nerfs de l'appareil hyoïdien; appareil qui, chez ces animaux, remplit, comme M. Cuvîer ' Ta si bien montré , les fonctions du thorax ou du diaphragme : et ce fut alors seulement que cessèrent les mouvemens inspiratoires du tronc , veux dé la tête per* sistant toujours.
1 5. Ainsi donc, on ne détruit tous les mouvemens inspiratoires du tronc, chez les mammifères, qu'en atteignant l'origine des nerfs dîaphragmatiques : la simple destruction de la moelle costale suffit , chez les oiseaux , parcequ'ils manquent d'un diaphragme complet; et
'' Leçons d'anatonde comparée, tom. II, pag. 249; et tom. IV, pag. 368.
Tout le monde sait, depuis M. Cuvier^ que , chez les reptiles privés de côtes mobiles^ couiine les salamandres et les grenouilles y ce sont les muscles de la gorge qui font l'efiEet du diaphragme; l'appareil hyoïdien, l'effet de l'appareil thoracique ; et conséquemment les paires cervicales qui se perdent dans les muscles (ïe la gorge, l'effet des nerfs diaphragmatiques.
chez les reptiles batraciens, il faut aller jusqu'à l'origine des nerfs cervicaux, ou hyoïdiens.