‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du systèmeChapitre 31 sur 55 · En résumant tout ce qui précède , on voit · texte numérisé non relu

En résumant tout ce qui précède , on voit

1* Que les lobes cérébraux , le cervelet , les tubercules quadrijumeaut , la moelle lombaire , la portion inférieure de la dorsale , n'interviennent point directement dans la respiration ;

2" Que la moelle cervicale, la costale, certains points de l'alongée, y interviennent comme agens immédiats et déterminés de certains*mouvemens inspira toires ;

3* Que la] moelle alon^ée y intervient seule comme premier mobile et comme principe régulateur.

4* Enfin, que la moelle alongée, dont on n'avait pu réussir à déterminer encore ni les limites , ni l'étendue , commence aux tubercules quadrijumeaux et finit à l'origine même des nerfs de la huitième paire , cette origine y comprise.

2. Lorry et Le Gallois , conduits par des routes diverses, avaient pourtant reconnu tous deux qu'il existe un point, dans la moelle épinière et dans le voisinage de l'encéphale, dont la destruc-

DU SYSTÈME NERVEUX. l8l

tion détruit, sui:-le-champ, tous les mouyemeus inspiratoires.

L'un plaçait ce point entre les première et deuxième vertèbres du cou ; l'autre, à l'origine même de la huitième paire '.

Mais nul n'avait convenablement circonscrit les limites et l'étendue de ce point ; nul ne se faisait une idée juste de la manière dont il agit; l'un n'y voyait qu'un grand mystère de la puissance nerveuse'; l'autre, qu'une loi primordiale

' La preuve évidente que ce n'est ni uniquement ni même précisément parcequ'elljç est Torigine d«^ la huitième paire, que la moelle alongée est le premier mobile de la respiration, c'est que les deux nerfs de la huitième paire peuvent être coupés, et la respiration (quoique dès lors gênée et laborieuse) n'en subs ister pa s moins fort long-tems encore^

J'ai vu plusieurs a n i m aux survivre jusqu 'à sjx etsept jours à la section complète des deux nerfs de la huitième paire. . Le principe qui ordonne et détermipe le mécanisme des puissances respiratoires n'est donc pas dans ces nerfs ; car ils peuvent être détruits, et ce principe non seulement subsister, mais déterminer et ordonner encore, comme auparavant, le mécanisme et le jeu des autres puissances res^ piratoires.

^ Voici comment Le Gallois s'exprime : t . . . . C'est prin- •cipalement en tant que Fentretîen de la vie dépend de la «respiration, qu'il dépend du cerveau; ce qui donne lieu nà une grande difliculté. Les nerfs diaphragmatiques , et

l8a PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS

de cette puissance % ce qui n'était encore qu'un mystère un peu différemment exprimé; nul enfin n'y Toyaît la source d'un ordre entier de mouve-

» tous les autres nerfs des muscles qui seryent aux phéao- » mènes mécaniques de la respiration , prennent naissance

• dans la moelle épinière, de la même manière que ceux, •de tous les autres muscles du tronc. Comment se fait-il » donc qu'après là décapitation 9 les seuls mouYemens in-* «spîratQÎres soient anéantis 9 et que les autres subsistent?* » C'est là, à mon sens, un des grands mystères de la puiswsaace nerveuse; mystère qui sera dévoilé tôt ou tard, et » dont la découverte jettera la plus vive lumière sur te mévcanisme des fonctions de cette merveilleuse puissance.» (L. c, p. 36.)

' Voici ce que dit Lorry : « Coupant transversalement 1» •moelle de l'épine, en plusieurs endfoits, je produisais ^ 9 successivement , dîfférens degrés de paralysie. Quand je 9 fus parvenu au cou , je fas Jbrt étonné de voir qu'en plôn- «géant, ou un stylet 9 ou la pointe d'un scalpel, sous l'oc-

• cîput, j'excitais dés convulsions, et que, entre la deuxième »et la troisième vertèbres, loin de produire la même chose,

* Dans le fait, la pottibillié de tous Us mouvement partiett, sous l'effet d'une irritatùm extérieure, sabsiste après la décapitation, puis* que la moelle épinière, agent producteur de tous ces mouvemens, subsiste ; mais il n'y a plus , comme je l'ai montré , ni mouvement spontané ni mouvement coordonné, puisque l'encéphale , siège des parties qui coordonnent et déterminent le moaremeuty est perdu. Nais , du tems de Le GaUoli, la délimitation entre les parties qui veulent, les parties qui coordonnent, et les parties qui produisent le mouvement , n'était pas encQjc^ faite.

DU SYSTEME NERYXDX. l83

mens; |e veux dire de tous les mouvemens eoordoùnës de conservation.

§. VI

1 . La respiration n'est pas , en effet , le seul mouvement qui tire de ce point son premier mobile. Tous les mouvemens dérirés de la respiration , le cri , le rire bruyant , le bâillement , certaines déjections gastriques ou yiscérales, certaines attitudes automatiques, y puisent aussi leur premier principe.

2. Je retranchai , sur un lapin , toutes les par* ties cérébrales, à Texception de la moelle alongée : non seulement cet animal respirait bien encore; mais, quand on le pinçait fortement, il s'agitait et criait.

3. Je retranchai , sur un autre lapin , la moelle alongée elle-même; en perdant la faculté de respirer, ranimai perdit celle de crier : quelque violence que Ton mît à le pincer , il s'agitait bien encore , mais il ne criait plus.

4- Certaines déjections alvines ou viscérales , certaines attitudes automatiques, etc. , exigent ,

■ II. J I I II I II m 1111 , 111 III m^m^-m,»! n i ' 1 1> ■■ m i

«ranimai mourait prescfue rar-le-champ, et que le poull »et la respiration cessaieot absolument..., etc.» L. c, Images 566 et 367.

l84 PROPRiÉTiis ET FONCTIONS

dans rétat naturel , comme chacun sait, le con^ cours de plusieurs parties diverses, et éMgnées. Or, tant que la moelle alongée subsiste, ce concours s'opère ; il ne s'opère plus dès qu'elle est détruite*.

5* Il y a un phénomène bien curieux chez les animaux : c'est la tendance invincible qui les pousse à prendre une position fixe et équilibrée. Quand on les détourne d'une pareille position , ils n'ont plus de repos qu'ils ne l'aient reprise ; et quand , privés de leur cervelet, ils ne peuveat plus réussir à la reprendre , on les voit néanmoins encore s'épuiser en vains et ridicules efforts pour y réussir.

Mais quand ils ont perdu la moelle alongée , cette singulière tendance n'existe plus; et, dans quelque position qu'on le place , l'animal y reste indifféremment.

6. La moelle alongée est donc le premier mobile de l'inspiration , du cri , du bâillement , de certaines déjections, de certaines attitudes ;

' Les viscères , ainsi dépouillés du concours extérieur des muscles de la vie animale, se trouvent réduits à leur action propre; et Ton peut déterminer par là les limites réelles de cette action, soit dans le vomissement, sait dans l'expulsion des matières fécales, de Turine, etc. Je reviendrai sur ce sujet ailleurs.

DU SYSTÈME NERVEUX. l85

OU, en termes plus généraux , et comme je le disais tout à l'heure , de tous les mouvement coordonnés de conservation.

1. J'appelle mouvement coordonné tout mouvement qui résulte du concours , de Tenchaînement , du groupement , si l'on peut ainsi dire , de plusieurs autres mouvemens , tous distincts 9 tous isolés les uns des autres i et qui , groupés autrement , eussent donné un autre résultat total.

Ainsi , le saut , la marche , la course , la station , le nagement , le vol , sont des mouvemens coordonnés ; des mouvemens résultans du concours de plusieurs parties distinctes , séparées » isolées ; dont chacune peut agir seule et séparément , ou réunie à une , à deux , à trois j à toutes les autres ; et produit divers effets selon ces diverses combinaisons.

2. Pareillement, le mouvement de l'inspiration , et tous les dérivés de lui ; le cri , le bâillement, certaines déjections, certaines attitudes, etc., sont encore des mouvemens coordonnés.

Pour inspirer, comme pour crier, comme pour bâiller, etc., il faut le concours d'une infinité de parties diverses ; des muscles de la face , du la-

l86 PROPniÉTÉS ET FONCTIONS

rynx, de la poitrine, des épaules, du diaphragme» de rabdomen , etc.

3. El j^appelle ces derniers mouvemens , tnou^ vemens de conservation^ par opposition aux pre^ miers que désignent si bien les mots de mouvemens de locomotion et de préhension.

4* La mécanique animale se compose donc de deux ordres de mouvemens coordonnés , essentiellement distincts ; et , chose non moins inouïe qu'admirable ^ ces deux ordres de mou* vemens dépendent de deux organes régulateurs essentiellement distincts aussi.

De la moelle alongée dérivent tous les mouvemens de conservation ; du cervelet , tous les mouvemens de locomotion : et ce qui n'est pas moins surprenant encore , c'est que la moelle épinière , agent immédiat de tous ces mouvemens , n'est , cependant , ni le premier mobile , ni le principe régulateur d'aucun '.

5. Il reste à parler des mouvemens du cœur et des intestins , communément confondus avec

' Et ce qui ajoute le dernier trait à tout cela, c'est que ce n'est pais par les mêmes nerfs que la moelle épioière obéit au cervelet et à la moelle alongée.

La distinction de ces nerfs fait partie d'un autre trarail qui a pour objet la Détermination des propriétés spécifia é/ues des diverses paires nerveuses.

ceux de la respiration , du cri , du bâillement , etc. , sous les noms vagues et indéfinis de r^omement involontaires.

6. Je commence par le mouvement de la circulation 9 ou du cœur.

§. vni.

I . Il n -y a rien de plus célèbre, en physiologie, que les recherches et les expériences nombreuses auxquelles on s'est livré touchant le principe des mouvemens du cœur. C'est par elles , pour ainsi dire, que l'histoire de la physiologie expérimentale commence et finit.

2. Avant Haller, c'était presque toujours du système nerveux que l'on avait dérivé ce principe: les belles expériences de ce grand^ homme sur Virritabiiité semblèrent, durant quelque tems , l'y soustraire; les expériences récentes de Le Gallois semblaient Ty avoir ramené.

3. Selon Le Gallois , la destruction , non pas même de la moelle épiriière tout entière , mais d'une seule quelconque de ses régions , suffit pour abolir la circulation. Et , quant aux mouvemens du cœur qui , comme tout le monde sait , survivent encore long-tems à cette destruction, ce ne «ont plus, toujours selon Le Gallois, que

l88 PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS

des mouTemeos débiles , impuissans , et les derniers vestiges d'une irritabilité qui s'éteint.

Ainsi , la circuls^tion dériye des forces du cœur; les forces du cœur, de la moelle épiuière ; et « par conséquent , le système ner?eux redevient le principe des phénomènes circulatoires.

4- Mais, à peine cette théorie de Le Gallois, qui restitue au système nerveux le principe des phénomènes circulatoires, commençait-elle à s'établir en France, qu'un physiologiste anglais, M. Wilson Philip, la combattait déjà par de nombreuses expériences desquelles il concluait, comme Haller l'avait conclu des siennes , que la circulation du sang et l'action des muscles invobntaires y indépen^ dantes du système nerveux , émanent d'une force propre à la fibre musculaire \

Voilà donc le principe de la circulation tour à

■ « Après avoir étourdi des lapins par un coup sur le » derrière de la tête, M. Wilson Philip leur ealeva la moelle » épiuière et le cerveau , et maintint la respiration par des » moyens artificiels. Il vit la circulation et le mouvement » du cœur s'opérer comme daps Tétat de vie. D'où il con- »clut que la circulation du sang et l'action des muscles » involontaires sont indépendantes de Tinfluence des nerfs.» Bibliothèque universelle, tom. X, ( sciences et arts), p. i8a, Genè\^e. iSigs et An exper. inquiry irUo thelaws qfihevitalfunctionsy etc., London, 1817, pag. ôgetsuiv.

tour attribué , soustrait, restitué, resoustrait encore au système nerveux, et Ton peut juger, par les livres usuels de physiologie, jusqu'où vont, effectivement, le vague et Tindécision qui régnent sur cette importante matière.

C'est le désir de substituer enfin quelque résultat positif et définitif à ce vague et à cette indécision, qui m'a suggéré les expériences suivantes.

1. Je détruisis, sur un lapin, toute la moelle lombaire, y compris le renflement postérieur.

Au bout de dix heures , la circulation persistait encore dans le train postérieur même ; c'est-àdire dans le train dont la moelle avait été détruite. Je remarque seulement qu'au bout de ce tems elle y était sensiblement plus affaiblie que dans le train antérieur.

2. Je détruisis pareillement, sur une poule , toute la moelle lombaire et tout le renflement postérieur.

Pareillement, la circulation survivait encore dans le train postérieur même , plus de douze heures après l'opération.

3. Je détruisis , sur un cochon-d'inde , toute la moelle lombaire, toutle renflement postérieur,

igO PROPRIÉTÉS JET FONCTIONS

et toute la portion dorsale qui ya de ce renflement à l'origine de la dernière paire intercostale.

Il était deux heures quand cette opération fut terminée.

La respiration n'était nullement troublée; l'animal marchait sur son train antérieur , portait bien sa tête, et s'empressait, autant qu'il le pouvait , de s'enfuir quand on l'approchait.

A cinq heures , lui ayant jeté quelque nourriture, il poussa des cris de joie et mangea.

A six heures , l'artère crurale donnait encore des battemens sensibles; je l'ouvris, et il en jaillit du sang rouge.

4* Sur un petit chien et sur un petit chat , âgés de 18 à 20 joujrs, je détruisis et toute la moelle lombaire, et toute la moelle dorso-costale.

Chez ces deux petits animaux , la circulation survivait encore, même dans le train postérieur, vingt-quatre heures après l'opération.

Je répète ici, comme remarque générale et s'appliquant à tous les cas que l'on vient de voir, que la circulation, quoique survivant dans les parties situées au-dessous de la portion de moelle détruite, s'y montrait pourtant, au bout d'un certain tems, plus affaiblie que dans les autres.

5. Je pris un lapin adulte; je détruisis d'abord la moelle lombaire et la moelle dorsale jusqu'à

Dt SVdTÉME NERVEUX. 19)

rorigine de la dernière paire intercostale; j'ouvris alor^s la trachée-artère; j'adaptai la C|)nule cfuDe seringue à insuflation à cette ouverture, et l'insuflation fut commencée du moment où commença la destruction de la moelle costale.

La moelle cervicale, la moelle alongée, toute la masse cérébrale furent ensuite successivement détruites.

L'insuflation se continuait, et la circulation persistait toujours.

Une heure après, les carotides battaient encore avec force; l'artère crurale même ayant été coupée donna du sang rouge par jets sensibles.

6. Je pris tout de suite un autj^e lapin; j'ouvris le crâne ; j'enlevai toute la masse cérébrale; et l'insuflation commença avec la destruction de la moelle alongée.

Je détruisis ensuite toute la moelle épinière. A chacune de ces jdestructions partielles survécut la circulation ; elle survécut à toutes.

7. Je détruisis, sur un gros canard, sur un jeune coq et sur une forte poule , tout le système cérébro-spinal à la fois.

La circulatiot) , soutenue par l'insuQation, survécut une heure chez le premier de ces animaux, et plus d'une heure et demie chez les deux autres.

Page 1