‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du systèmeChapitre 7 sur 55 · DÉTERMINATION DES PROPRIETES DU SYSTEME NERVEUX · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION DES PROPRIETES DU SYSTEME NERVEUX

i . Le système nerveux est tout à la fois l'origine des sensations et l'origine des mouvemens.

Mais est-ce par une propriété unique ou par deux propriétés diverses qu'il détermine deux phénomènes aussi distincts? Cette question, presque aussi ancienne que la science, n'a jamais été résolue d'une manière définitive.

L'opinion la plus générale a toujours été de n'attribuer au système nerveux qu'une propriété unique , en vertu de laquelle il détermine également et les sensations et les mouvemens. Néanmoins, et à diverses reprises, quelques physiologistes ont soutenu l'opinion contraire; savoir, qu'il y a deux propriétés distinctes , l'une pour les mouvemens, l'autre pour les sensations. Mais quand on en est venu à demander à ces physiologistes si ces deux propriétés résident dans les mêmes parties 9 ou dans des parties diverses, nul n'a répondu par des expériences directes; et ainsi, cette opinion, tour à tour abandonnée ou reproduite dans la science, n'a jamais été ni complètement établie ni complètement réfutée.

Quelques faits acquis, de bonne heure, en pathologie, ne laissent pourtant aucun doute que ces deux propriétés, l'une de sentir ^ l'autre de moutoiVy ne soient essentiellement distinctes et indépendantes entre elles.

Le sentiment peut être aboli et le mouvement conservé: réciproquement, le mouvement peut

disparaître et le sentiment survivre. Le sentiment et le mouvement ont donc , dans les masses nerveuses, des sièges divers et une origine distincte.

Le point de la question et de la difficulté n'est donc qu'à déterminer expérimentalement (car ce n'est qu'ainsi que l'on détermine) quelles parties du système nerveux servent exclusivement à la sensation, et quelles, au contraire, servent exclusivement à la contraction.

Evidemment, l'expérience de chaque partie pouvait seule en constater la propriété. J'ai donc expérimenté , tour à tour et séparément , les nerfs , la moelle épinière, la moelle alongée, les tubercules quadrijumeaux , les lobes cérébraux, et le cervelet.

Exp^iençes relatives à la détermination des propriétés des

nerfs.

I. Lorsque l'on pince ou que l'on pique un nerf dans une certaine étendue de son trajet, il y a , sur-le-champ , une réaction opérée *.

' . Il ne s'agit ici que des uerfs rachidieod. On verra plus tard le résultat de mes recherches sur le grand sympathir que.

Cette réaction a pour effets immédiats , d'une part, la contraction des. parties musculaires auxquelles le nerf se rend; et, d'autre part, la sensation éprouvée par l'animal.

Ainsi, contraction datis les muscles; sensation éprouvée par l'animal : voilà les deux effets ordinaires de l'irritation d'un nerf.

2. J'ouvris le ventre à une grenouille, et je découvris bien les nerf§ cruraux ; puis , j'irritai ces nerfs en les pinçant, à plusieurs reprises, avec une pince à disséquer. A chaque pincement, l'animal éprouva des eojxtractions brusques et partielles dans les muscles de la région antérieure des cuisses; et il ressentit en même tems des douleurs qui le tourmentaient beaucoup.

5. Je découvris lé nerf sciatique d'une autre grenouille: les irritations de ce nerf déterminèrent également des contractions dans les muscles postérieurs de là jambe , et un malaise général.

Je coupai ce nerf par une section transversale, à peu près vers le milieu de son trajet fémoral :

les irritations du tronc inférieur donnèrent longtems encore des contractions dans les muscles de ce tronc ; mais je ne remarquai plus de malaise général , l'animal ne ressentait plus ces irritations. Les irritations du tronc supérieur pro-

roquaient toujours , au contraire , des douleurs et des convulsions tout ensemble.

4. J'ai choisi le nerf sciatique pour sujet ordinaire des expériences de ce genre. Il est le plus gros et le plus long de tous les nerfs, le moins pourvu de rameaux dans sa portion supérieure , Turi des plus faciles à découvrir, l'un de ceux dont les altérations compromettent le moins la ▼ie générale de l'individu.

Je découvris ce nerf sur un jeune chien , par une incision qui se prolongeait du grand trochanter au jarret : lorsque je pinçais un peu fortement le. nerf ainsi mis à nu , l'animal poussait des cris horribles ^ les muscles postérieurs de là jambe éprouvaient des contractions vives et partielles ; l'animal se débattait et faisait des efforts incroyables pour s'échapper.

Je dépouillai bien, exactement la portion supérieure du nerf de tous les rameaux qui en provenaient; j'interceptai cette portion entre deux ligatures; et, après que les douleurs déterminées par l'application de ces ligatures fu^ rent apaisées , je soumis tour à tour à des piqûres, à des pincemens , à des tractions, la portion de nerf ainsi interceptée; il n'y eut plus ni sensation ni contraction , l'animal n'éprouva plus rien.

5. Je supprimai la ligature supérieure % sans toucher à TinférieureS et j'irritai de nouveau la portion de nerf précédemment irritée: l'animal cria. et voulut se sauver ; mais les muscles postérieurs de la jambe restèrent complètement immobiles.

Je réappliquai la ligature supérieure , et j'enlevai l'inférieure ; j'irritai fortement toujours la même portion du nerf: les muscles postérieurs de la jambe subirent des contractions violentes ; mais l'animal ne ressentit rien, il ne fut pas plus ému que si tout cela s'était passé sur un autre. . 6. Je découvris le nerf sciatique de l'autre jambe également dans son trajet fémoral; je détachai pareillement tous les rameaux de sa portion supérieure. J'interceptai derechef cette portion entre deux ligatures ; puis je l'irritai violemment , en déliant tantôt l'une et tantôt l'autre de-ces ligatures; et je déterminai tour à tour, 9«lon la ligature supprimée , tantôt des contractions , tantôt des sensations , et toujours les unes séparément des autres.

' C'est-à-dire, celle placée vers le poÎQt d'insertion du nerf à la moelle cpinière.

' C'est-à-dire, celle placée du côté des ramifications, nerveuses dans les parties.

DU SYSTEME NBRVEUX. 7

7. Enfin , je coupai ce nerf sciatique par une section transversale : les irritations du tronc supérieur n'excitèrent plus que des sensatic^ns ; celles du tronc inférieur, que des contractions.

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