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CHAPITRE II

FRÉQUENCE DES MÉTASTASES VISCÉRALES CHEZ LES SOURIS GCANCÉREUSES APRÈS ABLATION CHIRURGI- CALE DE LEUR TUMEUR.

Tous ceux qui se sont occupés des tumeurs mammaires de la souris, ont signalé la rareté des métastases viscérales dans ces tumeurs. Quelques auteurs ont même voulu, au début, faire de celte rareté un argument pour contester la malignité du cancer de la souris etson homologie avec les tumeurs malignes humaines.

Haaland (1), coupant en série les poumons de souris ayant spontanément succombé au développement de volumineux néoplasmes (tumeur Jensen et tumeur Borrel), a montré qu'il était presque toujours possible de déceler dans ces organes l'existence d’embolies cancéreuses microscopiques : cellules épithéliomateuses isolées ou agminées en groupes de quelques éléments. On a généralement conclu depuis ces recherches que si l’on n’observait pas de métastases macroscopiques chez la souris, c’est que les tumeurs étaient devenues trop virulentes par les greffes successives; que l’essaim néoplasique avait bien quitté son lieu d'origine, mais m'avait pas encore eu le temps de coloniser lorsque le développement de la tumeur primitive faisait déjà succomber l'animal. Quelques cas de métastases macroscopiques chez des souris atteintes de tumeurs spontanées venaient confirmer l'hypothèse.

Au cours de notre étude de la tumeur M nous avons observé

(1) HaaLan»p, Les tumeurs de la souris, Annales de l’Insliluf Pasteur, 1905, Dp-lr2-etRi18t

CLUNET.

Ÿ III. MÉTASTASES VISCÉRALES MACROSCOPIQUES

plusieurs fois à l’autopsie, des noyaux viscéraux néoplasiques, visibles à l'œil nu. Nous avons remarqué que chacune des souris qui avait présenté ces métastases, avait été opérée. Frappés de ce fait, nous avons examiné à ce point de vue, tous nos protocoles d’autopsie de la tumeur M. Sur 145 animaux non {raités dont l'examen viscéral a été pratiqué après la mort, nous n'avons pas une seul fois observé de métastases visibles à l'œil nu. Au contraire, sur 11 animaux opérés de leur tumeur, ayant présenté une récidive dans la cicatrice, et ayant survécu plusieurs semaines à celte récidive, nous en avons trouvé cinq fois.

Pensant qu'il pouvait y avoir dans ces phénomènes plus qu'une simple coïncidence, nous nous sommes proposé de rechercher systématiquement si l'intervention chirurgicale, jouait un rôle dans le développement des métastases viscérales chez la souris.

La tumeur M, avec ses cas négatifs et ses régréssions fréquentes, n’était guère favorable à cette étude. Nous avons employé à cet eflet la tumeur F dont les greffes sont toujours positives, et chez laquelle nous n'avons jamais observé de régressions spontanées.

La nature épithéliale de cette tumeur, écarte loute discussion sur une confusion possible entre un noyau métastatique, et un. nodule inflammatoire, nodules fréquents et souvent volumineux dans les viscères de souris mortes après une longue période d'ulcéralion de leurs néoplasmes, et de cachexie.

Depuis octobre 1908 plus de 400 souris non traitées ont suc- : combé au développement de la tumeur F. Au moment de la mort le poids de la tumeur alteint souvent ou même dépasse celui du reste de l'animal. Sur ces 400 animaux nous avons relevé 230 fois le protocole d’autopsie et observé seulement 2 fois des métastases viscérales macroscopiques.

Nous n'avons pas pratiqué systématiquement l’examen histologique des viscères, mais nous l'avons fait à maintes reprises, el souvent trouvé des métastases microscopiques surtout dans le : poumon. Nous reproduisons (fig. 4, 10 et 11) des nodules de ce type.

= Ter R.CoquEt Ne

F1G. 9. — (Grossissement 55 diamètres). Métastases pulmonaires microscopiques, chez une souris ayant succombé au développement d’un épithélioma mammaire greffé sous la peau de l'aisselle, un mois après la greffe. (Fumeur F. 20° passage). Aucune intervention chirurgicale.

À, bronche; — B, artère pulmonaire; — C, amas de cellules -néoplasiques fixées à l'endartère d'une bronche de l'artère pulmonaire; — D, sang circulant dans la partie non thrombosée de la lumière vasculaire; E, rameau de l'artère pulmonaire presque entièrement oblitéré par un nodule néoplasique ; — F, veine pulmonaire; G, nodule néoplasique développé dans le parenchyme.

Fi. 10. — (Grossissement 317 diamètres). Branche de l'artère pulmonaire presque entièrement oblitérée par un nodule néoplasique. Fort gros-

sissement du point E de la figure 9. 3 A. alvéoles pulmonaires; — B, parois musculaires de l'artère: — C, hémalies et leucocytes circulant librement dans l'étroit chenal que le thrombus néoplasique laisse au coùrs du sang; — D, cellules épithéliomaleuses alypiquesi:— E, figures de division cellulaire ; — F, néo-capillaire montrant lorganisation du thrombus et l'édification d’un stroma dans le noyau métastatique. 4

NS i

re | B Es

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à | 3. et

nrtoque Cr sf Fic. 11, — (Grossissement 817 diamètres). Mélastase néoplasique microscopique développée dans le parenchyme pulmonaire, Fort grossissement du point G de la figure 9. | A, lravées de cellules épithéliomaleuses alypiques: — B, capillaire du stromas . — C, alvéole pulmonaire. 1

Technique.

Nous avons pratiqué 55 ablations chirurgicales de tumeur F entre le 10° el le 15° jour après la greffe.

Ces interventions sont assez délicates : un petit fragment de tumeur est greffé sous la peau à l'aide d'une pipette stérile introduite au voisinage de l’aine et poussée jusqu'à l’aisselle; mais dès le 10° jour le néoplasme a presque toujours déjà envahi les muscles sous-jacents, et adhère parfois aux paquets vasculonerveux voisins. Lorsque le greffon s'est fixé dans l'aisselle ou au cou, l’axillaire où la carotide sont le plus souvent englobées par la tumeur, et les animaux peuvent succomber à l'hémorragie. Lorsque le greffon a pris au contraire son développement au niveau de la paroi abdominale, les muscles de l'abdomen sont presque toujours infiltrés et doivent être réséqués sur une assez grande étendue ; nous avons dans ces conditions perdu nombre de souris par éventration secondaire.

Résultats.

Sur n0S D) opérées nous en avons ainsi perdu 31 soil au cours même de l'intervention, soit dans les cinq jours qui ont suivi. Il nous reste donc à étudier 24 animaux dont la guérison opé- - ratoire a été complète. Nous les répartirons en trois groupes : 1° Guérison définitive.

2° Récidive. Mort tardive due aux progrès de la nouvelle tumeur.

Pas de métastases macroscopiques à l'autopsie. 30 Récidive. Mort tardive due aux progrès de la nouvelle tu- + meur. à | Métastases visibles à l'œil nu à l'autopsie.

102 III. MÉTASTASES VISCÉRALES MACROSCOPIQUES

1° Guérison définitive (6 animaux).

Souris À (8° passage).

10 novembre 1908. — Greffe à la pipette introduite à l'aine droite et poussée jusque dans l’aisselle.

23. — Deux petits nodules abdominaux du volume d’un grain de blé chacun.

1 décembre. — Opération radicale. Les deux nodules ont fusionné en une seule masse du volume d’une noisette. La tumeur adhère à la peau et infiltre les muscles de la paroi abdominale, sans envahir le péritoine. Résection large cutanée et musculaire. Suture en un plan aux agrafes Michel.

7 décembre. — Cicatrice cutanée parfaite; on enlève les agrafes. — L'animal est revu régulièrement une fois chaque semaine, et ne présente aucune récidive appréciable à l'œil nu.

25 janvier 1910. — L'animal est sacrifié en parfaite santé, 15 mois après la greffe. Aucune récidive ni métastase macroscopique. La cicatrice examinée histologiquement ne contient aucune cellule néoplasique.

Souris 2 (12° passage).

9 février 1409. — Greffe à la pipette introduite à l’aine droite el poussée jusque dans l’aisselle.

16. — Un petit nodule (grain de mil) au niveau du grand pectoral droit.

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