‹ Recherches expérimentales sur les tumeurs malignesChapitre 15 sur 88 · REY · texte numérisé non relu

REY

dement le volume d'une tête d'enfant. Signes de généralisation. Mort dans la cachexie.

A l’autopsie, toutes les masses néoplasiques sont formées de sarcome pur sans vestiges épithéliaux.

4° Nous avons vu qu’à partir de la 6° génération, les métastases viscérales observées dans la tumeur M présentaient uniformément comme les tumeurs primitives la structure du sarcome fuso-cellulaire. Il nous paraît intéressant d'étudier la structure des mélastases viscérales, pendant la période de varialion morphologique de la tumeur.

Nous avons rencontré des métastases visibles à l'œil nu chez nos deux opérées M' et M souris 4 : Grosses masses pulmonaires, vertébrales et ganglionnaires chez M" ; grosses masses pulmonaires et petits nodules hépatiques (grain de mil) chez M! souris 4. Les unes et les autres différaient par leur structure des volumineuses récidives cutanées et pariétales prélevées à l’autopsie.

C’est ainsi que chez M' toutes les métastases présentent une ordination acineuse des éléments néoplasiques ; c’est un epithelioma mammaire typique, moins riche en dilatations kystiques que la tumeur spontanée, mais beaucoup moins atypique que la récidive pariétale, qui, comme nous venons de le voir, a la structure d’un carcinome.

Chez M, souris 4, tandis que la tumeur prélevée opératoirement était une tumeur mixte, les noyaux pulmonaires présentent la structure d'un epithelioma acineux, les nodules hépatiques reproduisent la tumeur mixte, la récidive pariétale est formée de sarcome polymorphe pur.

Tout se passe donc comme si l'examen des diverses pièces prélevées à l’autopsie nous permettait d'étudier simultanément les diverses étapes de l’évolution de la tumeur.

Chez M!, les divers noyaux métastatiques dérivent probablement de cellules émigrées avant la première opération ; ils reproduisent le type que la tumeur présentait alors, tandis que la

récidive pariétale modifiée par les deux interventions, a évolué vers l'atypie.

Chez M' souris 4 le processus est plus nel encore : les noyaux pulmonaires, de beaucoup plus volumineux que les autres mélastases, sont sans doute de date plus ancienne, et dérivent d'éléments détachés de la tumeur sous-cutanée dès le début de son développement, à une période où les cellules épithéliomateuses étaient prépondérantes par leur nombre et leur virulence; seules en effet ces cellules ont colonisé dans le poumon.

Les nodules hépatiques plus petits, sont probablement plus tardifs : ils doivent dériver des cellules émigrées à l’époque de l'opération, ils ont en effet la structure mixte de la tumeur opératoire. La récidive pariélale purement sarcomateuse n'a pas encore fourni de colonisations macroscopiques.

Nous ne connaissons pas de faits humains identiques, mais des cas de métastases ne reproduisant qu'un des éléments d’une tumeur mixte ont été observés chez l'homme : c'est ainsi que Liepmann (1), a vu un « Carcinoma sarcomatodes » fournir des métastases purement sarcomateuses, Nous avons étudié nousmême chez un malade de Bicêtre, une tumeur mixte du foie dont les diverses métastases présentaient: les unes, une structure complexe analogue à celle de la tumeur principale, les autres une struclure simplifiée, épithélioma pur, sarcome pur et même chondrome pur. Nous nous proposons d'ailleurs de donner les détails de cette observation dans un travail ultérieur.

»° Les hypothèses émises sur l'histogenèse des éléments sarcomaleux au cours de variations morphologiques de tumeurs épithéliales transplantées en séries par la greffe sont peu nombreuses. Si l’on élimine, pour les raisons que nous avons indiquées, la présence d'éléments conjonctifs malins dans la tumeur spontanée originelle il faut admettre :

(1) Zeülschrifl fur Krebsforschung, Band III, Heft 2,

Ou bien qu'il s'agit d'un pur hasard : un sarcome spontané venant se développer au point précis où l’on a implanté le greffon épithélial, chez le premier animal où la lumeur prend une structure mixle.

Ou bien que les cellules épithéliomateuses se transforment en cellules sarcomaleuses, qu'il y à mélaplasie au sens propre du mot.

Ou bien que le stroma conjonelif de la tumeur épithéliale devient à un certain moment susceptible de greffe, et subit une évolution maligne.

— L'hypothèse de coïncidence entre le développement d’une greffe et celui d'un sarcome sponlané au même point, nous parait peu vraisemblable, étant donné la rareté extrême des sarcomes spontanés chez la souris.

Nous n’en connaissons à l'heure actuelle que trois cas : celui de Jensen, celui d'Ehrlich et d’Apolant, celui de Murray, encore ce dernier est-il un ostéo-chondro-sarcome.

Aussi bien, au dire des auteurs, ces tumeurs se sont montrées très peu virulentes lors des premiers passages, el auraient sans doute mal supporté la concurrence vitale avec des éléments néoplasiques épithéliaux déjà entrainés à la transplantation par deux greffes successives. Enfin l'étude histologique des premières tumeurs mixtes de notre cas M montre que les éléments sarcomateux sont dès le début intimement mêlés aux éléments épithéliaux; s’il s'agissait de développement simultané de deux néoplasies distinctes on trouverail probablement au contraire, deux masses néoplasiques simplement accolées, avec interpénétration plus ou moins marquée aux points de contact.

— L'hypothèse de la mélaplasie des éléments épithéliaux malins en éléments conjonctifs malins au cours des transplantations successives, a généralement rencontré peu de faveur. Cependant Apolant dans une communication à la Sociélé de Pathologie de Kiel (23 avril 1908) montre que dans certaines tumeurs mixtes, on trouve à la périphérie des travées épithéliales, des cellules allongées qui ont certains caracteres morphologiques propres

Y4 I. VARIATIONS MORPIHOLOGIQUES ;

aux éléments épithéliaux, d'autres propres aux éléments con- Jonctifs, si bien que pour une cellule déterminée il est parfois impossible de savoir si elle appartient à l’une ou l'autre espèce de Uüissu. Haaland (loc. cit, p. 230) rapporte et figure en d'admirables planches des faits analogues.

Nous avons rencontré nous-même semblables images de transition dont nous n'avons pu préciser le diagnostic cytologique quel que soit le grossissement et la coloration employée chez M° souris 5 (cf. fig. 4 D) et M° souris 13. Mais nous serions plutôt enclins à interpréter avec Haaland ces images de ftransition, non comme des figures de mélaplasie des cellules épithéliales, mais comme des allérations mécaniques de ces éléments, dues à l’envahissement et à la dissociation de certaines travées épithéliales à leur périphérie, par les cellules sarcomateuses du stroma.

— L'évolution maligne de la charpente conjonclivo-vasculaire de la lumeur épithéliale au cours de la greffe, nous parait lhypothèse la plus vraisemblable à l'heure actuelle. Elle à d'ailleurs élé généralement admise par les auteurs qui ont étudié la queslion.

Quels sont les facteurs de cette évolution ?

Haaland qui, comme Stahr et nous-même, a observé l'apparition du sarcome à une période de faible virulence de la tumeur, où les régressions spontanées étaient fréquentes, se demande si la dégénérescence des masses greffées et la résorplion par le issu conjonclif de l'hôte des produits solubles mis en liberté par celle dégénérescence, ne pouvait provoquer une réaction du lissu conjonctif et produire son hyperplasie, puis sa néoplasie : le stroma irrité deviendrait granulome, le granulome transplanté, deviendrait sarcome. Stahr va même jusqu'à penser que si au lieu de choisir comme matériel de greffe les partiés vivaces et d'apparence vitreuse dans les tumeurs, on employait systématiquement à cet effet les parties dégénérées, le nombre des cas de variations morphologiques au cours de la. greffe serait considérablement accru.

AU COURS DES TRANSPLANTATIONS EN SÉRIE 9p

Nous ne croyons pas que celte explication puisse s'appliquer à la tumeur M. Grâce au faible pourcentage des premières séries, nous avons pu éludier la structure des tumeurs de toutes les souris positives, depuis l'origine purement épithéliale jusqu’à la sixième généralion purement sarcomateuse (cf. Tableau). Dans tous ces examens, nous n'avons trouvé deréaction conjonetive du type granulome que dans les Lumeurs ulcérées ; or Lous les greffons ont élé empruntés à des tumeurs revêlues de téguments sains, et ont élé pré evés dans les parlies vivaces du néoplasme. Une seule greffe fail exception à cette règle : pour obtenir la seconde généralion M°, nous avons dû nous servir ‘de la récidive ulcérée de M'; mais dans cette récidive nous n'avons utilisé que des fragments prélevés à distance de la surface ulcérée, après stérilisation de cette surface au thermocautère; el d'ailleurs les deux souris positives de M° ont eu des Llumeurs purement épithéliales avec stroma grêle sans aucune réaction hyperplasique.

Nous constatons subitement dans la génération M* une métamorphose du stroma. Ce phénomène n’est pas sans analogie avec celui que les botanistes depuis Mendel, décrivent sous le nom de « variation brusque ». Ces variations brusques donnent lieu en une seule génération à des modifications morphologiques bien plus fixes que celles que l’on peut obtenir par la sélection sexuelle et l'application prolongée des méthodes darwiniennes. Le mécanisme de ce phénomène spontané est encore Inconnu.

Nous ne sommes guère plus avancés dans l'explication des variations morphologiques des tumeurs : nous ne pouvons avec les données actuelles faire le départ dans le phénomène, du facteur néoplasme greffé, et du facteur hôte de passage ; nous ne pourrions émettre que comme de pures vues de l'esprit des hypothèses relatives à l'origine chimique, cylologique ou parasitaire des réactions.

Le fait qui nous parait acquis, c'est que dans la tumeur M (epithelioma mammaire de la souris) nous voyons apparaître dans le stroma, au cours de la greffe une variation morpholo-

gique brusque, après laquelle tous les néoplasmes issus de la tumeur modifiée contiennent des éléments sarcomateux. Sarcome el épithélioma coexistent d'abord, formant des tumeurs mixtes. Mais l'élément conjoncetif malin plus vivace finit par supplanter complètement l'élément épithélial malin au cours des transplantations successives, et se perpétue sous forme de sarcome pur fuso-cellulaire.

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