‹ Recherches expérimentales sur les tumeurs malignesChapitre 38 sur 88 · PR · texte numérisé non relu

PR

FA AE Du x bre \ * --— B

ATP = C AC 5 k A. COQUE F1G. 14. — (Grossissement 55 diamètres). Zone périphérique d'une métas-

tase rénale visible à l'œil nu (occupant tout le pôle supériéur du rein gauche). Souris 24 greffée avec un fragment de tumeur F (34 passage) le 17 janvier ; opérée radicalement le 98 Janvier del au point greffé;

a tumeur développée récidive linéaire dans toute la cicatrice le 44 février ; mort avec une énorme tumeur uleérée le 95 mars.

2È À, glomérules de Malpighi à des stades divers de sclérose: — B, tubes contournés presque normaux; — C, dilatations kystiques des tubes, à contenu hyalin; — D, travées épithéliomaleuses vivaces dans lesquelles les cellules néoplasiques prennent partout la disposition acineuse: — E, zone aseptique de la tumeur sière de chromatine).

de nécrose (substance granuleuse anorphe parsemée de pous

Un gros nodule occupant tout le pôle supérieur du rein gau-

che (petit pois).

Au microscope, les métastases pulmonaires et surtout la métastase rénale (cf. fig. 14) présentent la structure d’un épithé-

ET INTERVENTIONS CIHIRURGICALES 121

lioma glandulaire presque entièrement formé d'acini, et avec peu de tendance à la dégénérescence.

La tumeur principale, entièrement caséifiée au centre, à une structure beaucoup moins typique, et la disposition acineuse des cellules néoplasiques, est rare, même à la périphérie.

Résumé des résultats obtenus.

Ainsi en nous limitant à l'étude de la tumeur F au point de vue des métastases, nous voyons que sur 230 autopsies de souris non opérées ayant succombé au développement de leurs tumeurs, nous trouvons 1 fois des métastases viscérales macroscopiques, soit moins de 1 fois pour 100.

Par contre, sur 24 souris opérées et guéries de lintervention chirurgicale nous obtenons :

6 guérisons définitives, soit 25 p. 100.

9 récidives sans métastases viscérales macroscopiques, soit 97:9 P. 100.

9 récidives avec métastases viscérales macroscopiques, soit

79 pt-100:

Si nous laissons de côté les animaux définitivement guéris, chez lesquels évidemment le néoplasme n'avait pas essaimé lors de l'opération, nous voyons qu'on observe des métastases viscérales macroscopiques dans la moitié des cas de souris suecombant à la récidive de leur néoplasme.

Ce chiffre est même sans doute inférieur à la réalité, car nous ferons observer que nous aurions pu éliminer parmi les cas négatifs la souris 10 et la souris 14, chez lesquels l'intervention, quoique très étendue, n'avait pu être complète, et où nous avions constaté à l'œil nu la présence de vestiges néoplasiques dans la plaie opératoire au moment de la suture.

De même nous rangeons parmi les cas négatifs la souris 12 et la souris 15, parce qu’elles ne présentaient pas de métastases viscérales à l’autopsie. Mais nous ferons remarquer que pour ces

122 III. MÉTASTASES VISCÉRALES MACROSCOPIQUES

deux animaux, comme d’ailleurs pour les souris positives 17, 18, >2 et 13, il ne s'agit pas à proprement parler de repullulation dans la cicatrice d'éléments néoplasiques qui ont échappé lors de l'intervention chirurgicale, mais bien du développement à distance de la plaie opératoire, de fragments de greffon laissés par la pipette au point où elle a pénétré sous les téguments. Ces fragments de greffon ne s'étaient pas développés tant qu'évoluait la tumeur principale : on pourrait dire qu'il s'agit là du développement d’une sorte de métastase expérimentale, demeurée latente Jusqu'à l'intervention chirurgicale.

Interprétation.

Étant donné la rareté extrême, reconnue par tous, des métaslases macroscopiques chez la souris, nous croyons qu’il ya dans ces faits plus qu'une simple coïncidence ; quel'on peut admettre un lien de cause à effet entre ces métastases et l'intervention chirurgicale.

La première pensée qui vient à l'esprit est que l’intervention chirurgicale prolonge la vie de l'animal, puisque cinq jours après l'opération, la plaie est complètement cicatrisée et que la récidive ne commence que dix, quinze ou vingt jours plus lard, les métastases histologiques profitant de ce répit auraient le temps de se développer.

Nous répondrons que la prolongation est bien courte, et que nous avons observé des animaux non opérés qui ont vécu avec de grosses tumeurs pendantune durée double ou triple, et n'ont pas cependant présenté à leur mort de métastases visibles à l'œil nu.

On a prélendu, pour expliquer la poussée métastatique que l’on observe parfois chez l'homme après les opérations sur cerlaines Lumeurs malignes (sein et surtout testicule), que l'acte opératoire sectionnant les vaisseaux et dilacérant les lymphatiques produit lui-même des embolies néoplasiques. D'autres

chirurgiens, partisans de la doctrine parasitaire, ont pensé que les instruments qui avaient touché le tissu cancéreux se trouvaient spécifiquement infectés et pourraient, s'ils n'étaient pas soigneusement stérilisés en cours de route, ou changés pour des instruments neufs, porter la graine funeste dans les tissus sains d’où partiraient des embolies cytologiques secondaires.

Dans notre cas ces explications sont insuffisantes. Nous savons en effet par les recherches de Haaland, qu'il existe dans la plupart des cas de cancer de la souris un véritable semis viscéral. Mais dans les tumeurs que nous avons étudiées nous n'avons presque jamais vu proliférer ces éléments sans qu'il y ait eu extirpation du noyau primitif.

Nous croyons trouver peut-être une explication plus satisfaisante, et qui pourrait s'appliquer en'maintes occasions aux faits observés chez l’homme, dans l'hypothèse d’'Ehrlich, dite théorie de l'Athrepsie. Nous avons répété les expériences de cet auteur, cherchant à imiter expérimentalement le processus de la métastase : nous avons, sur une souris portant, déjà une volumineuse tumeur (1), greffé à nouveau la même tumeur en un autre point du corps ; le greffon provenait d’un autre animal de la même série.

Sur 10 animaux ainsi traités, dans 5 cas le second greffon n’a pas pris du tout, dans les 5 autres cas il n'a donné naissance qu à un nodule insignifiant. = Ebrlich explique le fait de la manière suivante: Pour se développer la tumeur a besoin d’une substance X... fabriquée par l'organisme de la souris. Cette substance est consommée par la tumeur au furet à mesure de sa production. Le second greffon, la métastase artificielle, aurait besoin pour se développer de la même substance X..., mais les deux néoformations sont. inégalement partagées pour la lulte. Le premier greffon, devenu grosse tumeur, a contracté des connexions vascu-

1. Nous avons encore employé pour cette expérience et la suivante la tumeur F.

12/ + III. MÉTASTASES VISCÉRALES MACROSCOPIQUES

laires anciennes et puissantes avec l'organisme de l'animal, etil y puise par ces nombreuses bouches l’aliment qu'il recherche avec avidité. Le deuxième greffon n’a pas encore de connexions vasculaires, il faut qu'il les établisse. Pour les établir il faut qu'il se développe, qu'il absorbe par osmose la substance X... Mais toute cette substance est drainée par les puissantes tentacules de la grosse tumeur ; faute d'organes de préhension, il meurt de faim, il succombe athrepsique dans la lutte.

Lorsque nous extirpons une tumeur dans les conditions ordinaires, alors que le semis viscéral a eu lieu, nous supprimons brusquement les innombrables tentacules qui épuisaient la substance X... au furet à mesure de sa production, les autres cellules néoplasiques peuvent donc avoir leur part, les métastases se développent.

Pour éprouver expérimentalement la valeur de cette hypothèse, nous avons reprisen la modifiant l'expérience d'Ehrlich :

Nous avons opéré les souris portant de volumineuses tumeurs ventrales, puis nous avons immédiatement greffé un petit fragment de la même tumeur sur le dos de ces animaux.

Sur 12 souris ainsi traitées, 7 sont mortes des suites opéraloires dans les 8 jours, 5 autres ont survécu plusieurs semaines.

Sur ces D souris nous avons dans un cas guérison complète. (La seconde greffe ne prend pas. Pas de récidive locale. Pas de métlaslase.) L'animal s’est trouvé immunisé.

Dans les 4 autres, nous voyons, après une période de latence, la récidive locale, et le développement de la tumeur dorsale. Ces deux tumeurs évoluent parallèlement et atteignent l’une el l’autre un volume énorme à la mort de l'animal, un ou deux mois après l'intervention.

Dans un de ces 4 cas, nous voyons en outre de la récidive locale et du développement de la tumeur dorsale, des métastases macroscopiques pulmonaires et hépatiques.

Nous croyons pouvoir résumer ainsi les faits que nous avons observés avec la tumeur F :

Qt

1° Les métastases viscérales, visibles à l’œil nu, sont rares, nous en avons pourtant trouvé chez deux souris qui n’avaient subi aucune intervention.

> Ces métastases sont fréquentes chez les animaux opérés qui ont longtemps survécu à leur opération et ont présenté une récidive lardive au niveau de la cicatrice.

3° Les greffes de la même tumeur en un autre point du corps sur des souris porteuses de gros cancers ne se développent pas ou se développent très peu.

4° Ces greffes secondaires subissent un développement parallèle et égal à celui de la récidive locale, si l'on enlève la première masse néoplasique en même temps qu'on pratique ces greffes.

Ces faits nous paraissent intéressants par eux-mêmes ; nous avons rappelé les idées d'Ebrlich parce qu’elles semblent per-

* mettre de les grouper dans uné hypothèse provisoire.

Bien que nous ayons observé avec des tumeurs d'autre type, (tumeur spontanée X, tumeur M), des faits analogues, nous ne voudrions pas généraliser nos conclusions aux tumeurs malignes de la souris en général. Nous voudrions encore bien moins étendre ces conclusions aux tumeurs malignes de la clinique humaine. Mais nous nous croyons en droit de dire que tout au moins pour certaines tumeurs malignes maminaires de type

.glandulaire, entretenues par la greffe en série chez la souris, lablation chirurgicale (1) du néoplasme, lorsqu'elle n'amène pas

{1) Après la publication d'une partie des faits contenus dans ce chapitre (Bulletin de l'Association française pour l'étude du Cancer, IH, p. 19; 17 janvier 1910) quelques lecteurs ont cru voir dans notre travail un essai de critique contre la thérapeutique chirurgicale du cancer en général. Notre pensée est tout autre : La méthode opératoire n’est évidemment pas une méthode thérapeutique idéale, mais c’est de beaucoup la plus efficace dont nous disposions à

- l'heure actuelle contre les tumeurs malignes.

F4 En nous limitant aux données expérimentales, nous voyons qu'on peut obtenir des guérisons définilives, vérifiées histologiquement à l’autopsie d'animaux sacrifiés 3,6 et même 13 mois après l'intervention ; et ce dans la tumeur F qui non traitée ne guérit jamais, ettue l'animal en quatre à huit semaines avec des

: masses néoplasiques plus volumineuses et plus lourdes que le reste du corps.

“ Ce que nous croyons avoir montré, c’est que lorsque le semis visctral de la

126 III. MÉTASTASES VISCÉRALES MACROSCOPIQUES

la guérison définilive, favorise le développement des métastases

viscérales.

tumeur est antérieur à l'acte opératoire, celui-ci loin de produire l’involution des métastases, favorise leur développement. Mais même dans ce cas, l’intervention prolonge le plus souvent la vie de l'animal, comme il est facile de s'en rendre compte en comparant les dates de mort des opérées à celles des témoins de la même série, Aussi bien les phénomènes de cachexie qui précèdent la mort, et la mort elle-même, semble-t-elle le plus souvent due à la proliféra tion de la récidive locale, et non à celle des noyaux viscéraux. Ceux-ci dans la tumeur F croissant beaucoup plus lentement que ceux du tissu cellulaire souscutané.

EP mn ne

Page 1