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CHAPITRE IV

LÉSIONS HÉMATIQUES ET VISCÉRALES DANS LES TUMEURS EXPÉRIMENTALES PROPAGÉES PAR LA GREFFE

On sait que les tureurs malignes présentent un certain nombre de modifications hématiques et viscérales, dont l’ensemble constitue le substratum anatomique de la « cachexie cancéreuse ». Les lésions sanguines sont, d’une part, de l’anémie, d'autre part, de la leucocytose; elles sont accompagnées de certaines modifications anatomiques des centres hématopoiétiques. Les altérations viscérales sont surtout des lésions dégénéralivés du foie et des reins. Ces lésions dégénératives sont-elles en rapport avec le cancer lui-même, avec la dénulrition, ou avec les infections secondaires qui se produisent chez les cancéreux ? La question n’est pas encore entièrement résolue en ce qui concerne la pathologie humaine.

Pour ce qui est de la pathologie expérimentale des Llumeurs malignes, ces altérations n'ont pas encore, à notre connaissance, été étudiées par les différents auteurs qui se sont occupés du cancer expérimental; c'est dire que, avant de nous occuper de résoudre le problème pathogénique auquel nous faisions allusion plus haut, nous devons tout d'abord décrire ces lésions chez nos souris cancéreuses.

Nous avons pratiqué un grand nombre d'autopsies de souris atteintes de tumeurs malignes : |

1° Chez des animaux ayant succombé du fait de la cachexie ;

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> Chez des souris sacriliées, malades ou mourantes, c’est-àdire en état de cachexie cancéreuse, et atteintes en général de tumeurs ulcérées ;

3° Chez des souris sacrifiées pour inoculation, c’est-à-dire présentant des tumeurs non ulcérées : ces animaux étant en général non cachectiqués :

4° Chez des souris atteintes de tumeurs malignes soumises à la radiothérapie.

Les souris du 1‘®æroupe nous intéresseront peu, car leurs viscères présentent des altérations cadavériques : nous n’utiliserons parmi elles que celles dont nous avons pu faire l’autopsie moins d'une heure après la mort.

Les souris du > groupe nous permettront d'étudier les lésions histologiques de la cachexie cancéreuse.

Celles du 3° groupe nous permettront d'étudier l'état des viscères chez des animaux atteints de tumeurs en évolution, eten élat de santé relativement satisfaisant.

Enfin les souris du 4° groupe, (souris irradiées) doivent être soigneusement mises de côté, car les rayons de Rüntgen produisent, on le sait, des altérations considérables de certains viscères, el particulièrement du sang et des organes hématopoiéliques.

le

Sang et organes hématopoiétiques.

Sang. Vombre des hémalies. — Chez les souris, à l’état normal, le chiffre des globules rouges oscille entre 7 et 9 millions. Chez les souris cancéreuses il peut descendre à 6 millions, et même à 4 millions pendant la période cachectique.

Ces derniers chiffres ont été trouvés chez des souris atteintes

de sarcomes (Tumeur A), sarcomes qui élaient généralement ulcérés.

Leucocylose. — En ce qui concerne les leucocytes qui, chez la souris normale, oscillent de 7-000 à 9.000, ils peuvent s'élever

comme nous l'avons va plusieurs fois, aux environs de 20.000 et même atteindre 24.000 (sarcome ulcéré).

Polynucléose. -— La formule leucocytaire est profondément modifiée chez ces animaux :

La proportion de polynucléaires est très faible, chez la souris normale (15 à 25 p. 100). Chez la souris cancéreuse qui présente de la leucocytose, la proportion de polynucléaires, peut atteindre 60 à 70 p. 100; la polynucléose est généralement d'autant plus marquée, que la leucocytose est plus forte. Toutefois, il nous est arrivé de trouver chez des souris dont le chiffre leucocylaire était à peu près normal (10.000), une polynucléose de 99 à 60 p. 100. Ce fait indique probablement, qu'il y a en même temps hyperproduction leucocytaire, et hyperdestruction. Le fait se voit d’ailleurs parfois dans le cancer humain et particulièrement dans le cancer de l’estomac à forme anémique (Aubertin).

Dans les cas où l’anémie et la leucocytose sont très marqués, on peut voir apparaître dans le sang des globules rouges nucléés en proportion d’ailleurs toujours assez faible ; enfin l’anisocytose et la polychromatophilie s’observent dans le sang des souris cancéreuses fortement anémiques.

Moelle osseuse. — Corrélativement à cette leucocytose, il se produit une hyperplasie remarquable de la moelle osseuse.

Toutefois la moelle de la souris étant toujours, surtout à l'état normal, presque impossible à étudier sur coupe, ces hyperplasies n'ont pu être appréciées que par l'étude des frotlis. Aussi l'étude de la rate en ce qui concerne les souris est-elle beaucoup plus instructive.

Rate. — La splénomégalie est en effet peut-être le caractère qui frappe le plus à l’autopsie d'un grand nombre de souris atteintes de tumeurs. La rate peut être énorme et atteindre le poids de 65 centigrammes, c'est-à-dire s'étendre du diaphragme jusqu'au pubis, comme chez les hommes atteints de leucémie myéloïde. Elle est dans ces cas d’un beau rouge vif, avee ou sans hypertrophie visible à l'œil nu, des follicules de Malpighi.

CLUNET. %)

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Réaclion myéloïde : Au point de vue histologique, ce qui domine dans la rate, c’est l’hyperplasie des follicules et surtout l'hyperplasie myéloïde de la pulpe. I n’est pas inutile de rappeler que, à l’état normal, la pulpe splénique de la souris renferme un certain nombre de mégacaryocytes et qu'on peut y trouver assez souventdes globules rouges à noyaux; mais dans les grosses rates de souris cancéreuses l’hyperplasie myéloïde de la pulpe est con-

“Sidérable et se traduit tout d’abord au simple examen des coupes par une augmentation très marquée du nombre des mégacaryocites, avec présence d’un certain nombre de figures de division. I s’y joint en plus une augmentation considérable des globules rouges à noyau, et enfin l'apparition des myélocytes et des polynucléaires. Ces derniers éléments se trouvent contenus dans les cordons spléniques hypertrophiés, ils ne représentent pas un facteur de dégénérescence, ce sont bien des leucocytes nés dans la rate, et non des élémentsen voie de destruction. En somme, quand on regarde à un fort grossissement une coupe de rate dans la région de la pulpe, on croirait se trouver en présence d’une coupe de moelle osseuse en état d'hyperplasie totale, ou, si l’on préfère, d’une coupe de rate leucémique (leucémie myéloïde).

Dans un certain nombre de cas, on remarque de plus des lésions dégénéralives portant sur les mégacaryocites. Leurs noyaux sont pycnotiques et parfois réduits à une petite sphère arrondie ; d'autrefois au contraire ilssont en caryolyse. On peut rencontrer ces lésions dans les autres cellules de la pulpe, mais on les ÿ observe beaucoup plus rarement. On peut avoir dans des cas exceptionnels des zones assez étendues de nécrose de la pulpe splénique. Nous avons parfois observé, avec une congeslon intense de la pulpe, un léger degré de macrophagie portant exclusivement sur les globules rouges.

Rale de souris irradiées : Chez les souris irradiées l'aspect de la rale est absolument différent à l'œil nu : l'organe est réduilä une mince languette cachée derrière l'estomac. Les follicules sont extrêmement atrophiés, parfois on a de la peine à les retrouver sur les coupes. La pulpe est parcourue par des travées

scléreuses ; elle est devenue si pauvre en cellules que les coupes semblent pinceautées. Les mégacaryocytes sont, soit très diminués de nombre, soit très altérés (pycnose et caryolyse); mais qui ce domine, ce sont les macrophages bourrés de globules rouges, encore reconnaissables, ou surchargés de pigment.

Comme on le voit, ce sont là purement et simplement les caractères de la rate irradiée, tels qu'ils ont été établis en ce qui concerne la souris par Heineke pour les rayons X, et par Aubertin et Delamarre pour le radium. L'action des rayons X est tellement puissante sur le tissu splénique que chez nos souris cancéreuses elle a en quelque sorte fait disparaitre complètement les caractères hyperplasiques que nous avons décrits antérieurement, et que ces rates diffèrent à peine de la rate normale irradiée.

Réactions hématologiques du Foie. —Il est intéressant de noter que chez les souris présentant une hypertrophie remarquable de la rate, avec hyperplasie myéloïde, le foie présentait des caractères histologiques qui le faisaient ressembler grossièrement à un foie leucémique humain, car les capillaires étaient dans un certain nombre de cas plus ou moins encombrés par des leucocytes. |

De plus, dans un cas, nous avons noté la présence de véritables lymphomes dans le tissu conjonctif des espaces portes, analogues à ceux trouvés dans la leucémie lymphoïde ; 1l s'agissait d'un sarcome ulcéré (tumeur M) avec forte leucocytose et très grosse rate.

Ganglions. — Nous avons trouvé, à plusieurs reprises, des ganglions inguinaux et axillaires assez hypertrophiés pour atteindre le volume d’un grain de blé.

Nous n'avons vu qu'une fois (F#* souris 10) une mélastase incontestable dans un de ces gros ganglions. Dans les autres cas il s’agit d'hyperplasie simple, qui peut affecter diverses modalités : tantôt le ganglion tout entier, est transformé en une masse lymphoïde homogène, limitée par une capsule, mais où

on ne peut plus distinguer aucune architecture ; tantôt, au con-

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traire, la structure du ganglion est conservée, les centres clairs de la corticale sont nets, les sinus sont dilatés, avec tuméfaction de leur endothélium ; mais les inclusions cellulaires dans les macrophages, sont rares. Nous n'avons pas trouvé dans la pulpe de ces ganglions de transformation myéloïde, mais nousy avons souvent rencontré des plasmodes à protoplasma basophile, à noyaux nombreux, parfaitement distincts et situés au centre de la cellule ; ces plasmodes sont en tous points semblables aux cellules géantes à corps étrangers que l’on trouve dans le tissu cellulaire après injection de poudres aseptiques dans ce tissu. Nous avons vu des éléments semblables dans la parois de l'artère pulmonaire du chien injecté par la fémorale avec la tumeur mammaire de chienne (Tumeur IV), etnous pensons qu'ils jouent peut-être un rôle de phagocytes sur des embolies néoplasiques lymphatiques, dont nous trouvons si rarement trace au moment de l’autopsie.

Toutes ces modifications de l'appareil hématopoiétique étaient surtout visibles chez les souris greffées avec Les deux plus virulentes de nos tumeurs : le sarcome polymorphe A et l’épithélioma mélaltypique F.

Les souris greffées avec le sarcome fuso cellulaire M présentent les mêmes lésions, mais à un plus faible degré.

Nous n'avons rien observé de ce genre dans les autopsies du chondrome E.

[est bon de remarquer que nous avons trouvé des splénomégalies énormes et de grosses adénopathies chez des animaux porteurs de lumeurs non ulcérées : il semble donc bien que les réactions sanguines que nous venons de décrire chez les souris cancéreuses dépendent surtout de l'évolution du néoplasme luimême, et que l'infection secondaire des tumeurs ne joue qu un rôle accessoire dans ces phénomènes.

IT. — Lésions viscérales

Foie. — Étant donné les rapides modifications qui se produisent dans les cellules hépatiques après la mort, nous ne nous servirons pour décrire les lésions du foie que des examens histologiques portant sur des animaux sacrifiés.

A l’état normal, le foie de la souris est composé de cellules qui, au point de vue de leur clarté et de leur teneur en glycogéne sont intermédiaires entre les cellules du lapin, et celles du cobaye. Un certain nombre d'examens de souris normales prises comme témoins nous ont permis d'établir un type moyen de foie normal, avec lequel nous pouvons comparer le foie de nos souris néoplasiques.

Chez les souris atteintes de tumeurs non ulcérées peu volumineuses, comme les souris sacrifiées pour fournir le greffon de la série suivante, le foie peut être absolument normal. Nous l'avons même vu chez des animaux greffés avec la tumeur M ou la tumeur A être en surcharge glycogénique, avec hypertrophie des cellules : aspect transparent du protoplasma et nombreux noyaux doubles. : :

Au contraire chez les souris sacrifiées cachectiques, et ayant en général des tumeurs ulcérées, nous avons trouvé presque toujours des lésions dégénératives atteignant la totalité ou la presque totalité des cellules hépatiques. Le protoplasma plus ou moins atrophié est en dégénérescence granuleuse ; les cellules perdent leur aspect réticulé normal pour prendre l'aspect qu'elles ont à l’état cadavérique. Cet état granuleux de la cellule hépatique s'accompagne, comme nous avons pu le contrôler dans un certain nombre de cas par l’emploi dela gomme iodée, d’une disparition complète du glycogène intra-cellulaire.

Chez les souris très cachectiques, on trouve ça et là, parmi de telles cellules présentant des lésions relativement peu intenses, des éléments extrêmement dégénérés : protoplasma atrophique très acidophile, et noyau pycnotique.

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Dans un cas (A, souris 16), sacrifiée pour inoculation, nous avons trouvé un foie dont l'aspect rappelle tout à fait à un faible grossissement le foie Muscade humain. Les veines sus-hépatiques et les capillaires sont dilatés à l’extrême ; les zones sushépatiques sont constituées exclusivement par de grosses cellules claires hypertrophiées, les zones portales par des cellules petites, granuleuses, atrophiques, avec trabéculation exagérée, et quelques éléments acidophiles.

Nous ne ferons que rappeler ici les métastases hépatiques que nous avons déjà décrites, et qui peuvent atteindre un volume considérable (cf., fig. 13).

Reins. — Nous décrirons les lésions rénales comme celles du foie exclusivement d’après des pièces fraiches.

Ces lésions sont peu marquées chez les souris sacrifiées pour inoculation. L’épithélium des tubes contournés est atteint de cytolyse protoplasmatique légère, avec conservation de la bordure en brosse.

Chez les souris cachectiques, les lésions cellulaires sont plus prononcées : il y a souvent chute de la bordure en brosse, et tuméfaction trouble du protoplasma ; nous n’avons jamais observé de scléroses, ni de lésions glomérulaires. A plusieurs reprises, nous avons trouvé des métastases rénales, dont quelques-unes visibles à l'œil nu (cf. fig. 14).

Surrénales. — Chez plusieurs souris, lumeurs À, F et M) sacrifiées cachectiques, les surrénales présentaient des lésions dégénératives des cellules corticales, caractérisées par une contraction granuleuse du protoplasma, aboutissant à l’atrophie cellulaire. Chez les souris greffées avee les mêmes'tumeurs et sacrifiées avec de petites tumeurs non ulctrées, les cellules corticales avaient par contre conservé leur aspect spongiocytaire normal. |

Nous n'avons pas trouvé de lésions dans la substance médullaire.

Comparaison des diverses lésions viscérales. — En somme, les lésions du foie, des reins, des surrénales, semblent suivre les

mêmes lois chez les souris cancéreuses. Nulles ou peu marquées chez les animaux sacrifiés à une période peu avancée de l’évolution de leur mal, elles sont au maximum chez les souris sacrifiées mourantes, c’est-à-dire chez celles qui présentent au plus haut degré la cachexie cancéreuse.

La nature histologique de la tumeur (sarcome ou épithélioma) ne paraît pas avoir une grande influence sur le déterminisme de ces lésions viscérales. Leur intensité semble surtout dépendre comme pour les lésions hématopoiétiques de la virulence de la tumeur. Les divers éléments que l’on peut distinguer dans la virulence semblent d'importance inégale à ce point de vue.

Le pourcentage à peu d'influence, nous observons un minimum de lésion dans le chondrome E qui prend dans 100 0/0 des cas.

La malignité n'agit guère plus : les lésions sont aussi marquées chez les souris F' qui vivent en moyenne près de deux mois après la greffe que chez les souris À qui succombent pour la plupart au bout de trois semaines.

Le facteur principal semble être la Prolifération. Les deux tumeurs qui présentent l’une et l’autre la prolifération la plus intense (tumeurs aussi grosses que le reste de l'animal en moins d’un mois), sont les deux tumeurs qui produisent les lésions les plus intenses

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