V. IMMUNITÉ ACQUISE
Nous avons constaté nous-même à maintes reprises le phénomène, et avons obtenu par ce procédé des animaux réfractaires aux tumeurs F M et A et même à la tumeur E qui, malgré sa prolifération plus lente et sa malignité moindre, nous a souvent donné des succès alors que l'animal était parvenu à résorber des greffons des trois autres tumeurs.
La résorption d’un fragment néoplasique ne met d’ailleurs pas toujours les souris à l’abri du développement d’une nouvelle greffe faite avec le même néoplasme:
Au début de nos recherches nous ne disposions que d’un nombre très limité d'animaux. Aussi nous est-il arrivé de greffer plusieurs fois la même souris avec la même tumeur à trois semaines ou un mois d'intervalle.
I est intéressant de noter par exemple que dans M°, sur 12 souris greffées il n’y en avait que trois neuves, qui toutes trois sont restées négatives. Les deux souris positives avaient été greffées sans résultat avec la même tumeur M, l'une deux mois, l'autre six semaines auparavant.
Mais les observations les plus remarquables sont celles des tumeurs spontanées XVIet XVII apparues chez des souris immunisées par une transplantation négative antérieure. Nous avons décrit au chapitre [‘, p. 4, les conditions dans lesquelles étaient apparues ces tumeurs chez des animaux négatifs, antérieurement greffés avec la tumeur M. Dans ces conditions toute confusion avec une récidive ou avec une tumeur spontanée chez un animal non traité nous paraît impossible.
Ces deux cas nous paraissent d'autant plus intéressants que beaucoup d'auteurs considèrent l'immunité conférée par une greffe négative comme une immunité anlinéoplasique vraie, mettant l'organisme à l’abri du développement de la tumeur quels qu'en soient le type et l'origine.
Récemment même notre maître le professeur Pierre Delbet a proposé une application de ces conceptions à la thérapeutique humaine : après avoir broyé la tumeur qu'il vient d'extirper, de manière à détruire les éléments cellulaires ou tout au moins
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PAR UNE GREFFE ANTÉRIEURE NÉGATIVE h 15
leurs connexions, et avoir rendu ainsi toute grefle impossible, il injecte sous la peau de l’opéré la masse anhiste ainsi obtenue, espérant que la résorption des produits cancéreux, donnera au malade une immunité définitive contre sa tumeur (Association française pour l’étude du cancer, 17 janvier 1910).
Cependant Bashford, Moreschi, et d'autres, ont depuis long-: temps montré que l'on pouvait obtenirune immunité comparable sinon aussi intense, en greffant préalablement aux animaux non plus des tumeurs plus ou moins bénignes, mais du sang de souris, des embryons de souris pilés, et surtout de la glande mammaire en lactation.
Il était vraisemblable d'après ces recherches que l’immunité conférée était non pas une. immunité contre les tumeurs en tant que néoplasmes, mais contre les tumeurs en tant que tissu de souris greffé à une souris. En un mot, que c’était moins une immunité contre le cancer qu'une immunilé contre la greffe elle-même, et que par conséquent rien n’empècherait le développement d’une tumeur spontanée chez une souris immunisée contre la greffe de tumeur. Mais les tumeurs spontanées sont ‘rares, et l’on ne conserve guère dans les laboratoires les souris négatives.
Nous avons conservé toutes les nôtres dans le but de vérifier éventuellement la réalité du phénomène ; nous sommes heureux d’avoir pu le constater à deux reprises.
Les quelques phénomènes d’immunité que nous venons de passer en revue notamment les phénomènes d'immunité acquise au cours de la lactation, ou par vaccination antérieure, montrent
une fois de plus combien la biologie des tumeurs transplantées diffère de celle des tumeurs nées sur place, et avéc quelle prudence on doit utiliser dans l'étude des néoplasmes spontanés, les données acquises au cours de l’observation des tumeurs
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