CHAPITRE I
Notre matériel comprend :
1° Dix-sept lumeurs spontanées dont la transplantation n’a
pas été tentée ou n’a pu être réussie en séries.
Tumeurs 1 Barbillon (Cancroïde de la lèvre inférieure).
I Chatte (Epithelioma mammaire métatypique).
IT Chienne (Tumeur mixte de la mamelle).
IV Chienne (Tumeur mixte de la mamelle).
V Souris (Adénome mammaire).
VI Souris (Epithelioma mammaire kystique).
VII Souris (Epithelioma mammaire acineux).
VIIT Souris (Epithelioma mammaire acineux en parlie nécrosé. Grandes hémorragies).
IX Souris (Epithelioma mammaire métatypique. Nécrose légère. Récidive en période de lactation.)
X Souris (Epithelioma mammaire métatypique. Hémorragies. Récidive en période de lactalion.)
XI Souris (Epithelioma mammaire métalypique. Prolifération pendant là période de lactation.)
XII Souris (Epithelioma mammaire métatypique. Trois
tumeurs spontanées simultanées.)
XIII Souris (Epithelioma mammaire atypique. Carci-
CLUNET. = 1
nome. Deux tumeurs spontanées simullanées.)
— XIV Souris (Epithelioma mammaire acineux el kystique à cellules claires.)
XV Souris (Adénome sébacé développé sur une greffe épidermique fortuite).
XVI et XVII Souris immunisées par une greffe négative antérieure (Epithelioma mammaire kystique et epithelioma mammaire typique avec grandes hémorragies.)
Nous n’ajoutons pas à cette liste trois souris chez lesquelles nous avons trouvé devolumineuses tumeurs inguinales, axillaires, et abdominales. Car l'examen histologique nous a montré qu'il s'agissait dans les deux premiers cas de lÿmphadénie avec leucémie lymphatique, dans le dernier de myélomes avec leucémie myéloïde. Nous nous proposons d'étudier prochainement dans un travail particulier, ces trois cas qui ne rentrent pas dans le cadre des néoplasmes proprement dits.
90 Quatre tumeurs de la souris dont nous avons suivi l’évolution de greffe en greffe. Un de ces néoplasmes dérive d’une tumeur spontanée apparue dans notre élevage il y à trois ans :
Tumeurs M (épithelioma mammaire typique subissant des variations morphologiques au cours de la greffe, el prenant successivement la structure : épithelioma atypique; tumeur mixte; sarcome fuso-cellulaire.)
Les trois autres tumeurs Sont parmi les plus virulents néoplasmes actuellement connus : cette virulence à été progressivement exaltée par une culture méthodique dans le laboratoire de thérapeutique expérimentale de Frankfurt. Lé professeur Ehrlich nous en à libéralemént fait présent lors de notre stage auprès de lui en octobre 1908. | |
Tumeur F (Epithelioma mammaire mélalypique.)
Tumeur E (Chondrome dérivé d’un tératome abdominal.)
Tumeurs A (Sarcome polymorphe dérivé du stroma d'un epi- #helioma mammaire atypique. Sarcome Sieben d'Ehrlich.)
1° Tumeurs spontanées.
Tumeur I. — Barbillon.
4 Cancroïide de la lèvre inférieure.
É Nous devons cette tumeur à notre maître P. Lecène, qui l’a ‘4 trouvée au cours d’une pêche à la ligne dans l'Oise.
: Le néoplasme atteint le volume d’une noisette. Il infiltre et 3 envahit les muscles du plancher de la bouche. Il est formé de 2 travées épithéliales pleines, dont les cellules allongées et pris- É- matiques s’orientent concentriquement par place à la manière s des globes épidermiques que l’on rencontre habituellement dans A les cancroïdes de la peau humaine. Les cellules des globes con- \ servent la colorabilité de leurs noyaux, et ne contiennent pas 3 | d'éléidine ; mais au centre de certains globes on trouve de petites à masses sphériques, homogènes, très chromophiles qui dérivent F. bien d’une transformation chimique des cellules épithéliales voi- 4 sines, comme en témoignent les débris de membranes nucléaires à que certaines renferment encore; ces petites masses paraissent à comparables par leur morphologie et leurs affinités histo-chi- 1 miques aux blocs de kératine des épithéliomas cutanés typiques à. des mammifères.
4 Le stroma conjonctivo-vasculaire est très abondant; il com- ‘4 prend des éléments fixes fusiformes, des vaisseaux à parois À gréles, quelques hématies extravasées et un grand nombre de
cellules lympho-conjonctives à noyaux clairs à protoplasma très réduit. Ces images s'expliquent par l'infection secondaire de la tumeur (ulcération végétante du plancher buccal). Les mitoses irès nombreuses dans les travées épithéliales, font complètement défaut dans les éléments du stroma.
ee
Tumeur II. — Chatte.
Epithelioma mammaire mélatypique.
Celte tumeur ulcérée (grosse noix) évoluait depuis plus d'un an chez une très vieille chatte (19 ans). Elle nous a été donnée par notre collègue Morel qui a toujours connu l'animal. Pas de métastases visibles à l’œil nu à l'autopsie.
Sur les coupes on voit le néoplasme envahir et ulcérer la peau d’une part, d'autre partinfiltrer et dissocier les muscles de la paroi abdominale.
La majeure partie du tissu néoplasique est représentée par de grosses travées épithéliales pleines, dont les cellules tout à fait atypiques, présentent quelques formes monstrueuses (noyaux bourgeonnants, mitoses anormales, figures pseudo-parasitaires). Au centre des plus grosses travées les cellules épithéhales subissent la dégénérescence caséeuse, et l’on ne trouve plus qu'une substance granuleuse anhiste parsemée de débris nucléaires (pyknose etkaryorrhexis). S'iln'existaitque ces travées atypiques, l'origine mammaire de la tumeur ne pourrait être affirmée de par l'histologie seule, mais on en trouve d’autres où les cellules ont conservé la disposilion acineuse de la glande normale.
Le stroma, assez abondant, est formé delissu conjonclif adulte, avec cellules rares, fibres de collagène épaisses, vaisseaux normaux. À la surface, au voisinage de l’ulcération, infiltration du stroma par des cellules lympho-conjonctives mobiles, parmi lesquelles dominent les polynucléaires. Dans la profondeur on trouve par place de pelits nodules lymphoïdes, dont quelques-uns contiennent de véritables centres clairs, et qui ne présentent nulle partles caractèrescytologiques de l'inflammation aiguë. Ces formalions sont en ous points comparables à celles décrites chez l'homme par Fage, dans sa remarquable thèse (Recherches sur le lissu lymphoïde dans les épithéliomas non ulcérés du sein. Paris, 1909).
Es fente le
Tumeur IIT. — Chienne.
Tumeur mixle de la mamelle.
Celle tumeur non ulcérée avait atteint le volume d'un gros œuf de poule. Elle siégeait dans la mamelle inguinale gauche, chez une vieille chienne trouvée par notre collègue Charles Richet fils parmi les animaux en expérience dans le laboratoire de physiologie de son père.
Cette tumeur, très dure, paraissait, à la coupe, homogène et grisâtre. Nous en avons prélevé quatre fragments en des points divers pour l'examen histologique. Le reste a été greffé sous la peau de six chiens dont deux femelles en état de lactalion. Le résultat de ces greffes demeura complètement négalif.
Au point de vue histologique, nous trouvons au milieu de tissu mammaire normal, ou en hyperplasie adénomateuse, un néoplasme formé de tubes glandulaires ramifiés, à parois épithéliales uni-cellulaires, à lumière étroite, parfois remplie d'une substance homogène anhiste, acidophile, souvent réduite à une fente linéaire.
Le stroma qui sépare les tubes est exclusivement formé de cellules conjonctives fusiformes, dont quelques-unes présentent des images de divisions nucléaires, et qui ne sécrètent nifibres élastiques ni fibres de collagène. £
Ces ceilules limitent par place des cavités dans lesquelles circulent du sang, sans qu'il y ait édificalion de parois vasculaires différenciées. Dans certaines régions delatumeurles tubes épithéliaux font presque entièrement défautet l'on ne trouve que les éléments conjonctifs décrits, et qui rappellent le type habituel des sarcomes fuso-cellulaires. Cette Lumeur mixte n’envahit nila peau ni les muscles sous-jacents,elle ne présente pas de métastases appréciable à l'œil nu, elle ne contient ni cartilage, ni tissu myxoïde on ostéoide.
Tumeur IV. — Chienne.
Tumeur mixte de la mamelle.
L'animal, chienne de chasse épagneule, agée de 12 ans, a été confiée au laboratoire par ses maîtres daas un but thérapeutique, pendant cinq mois.
A l'entrée, 18 janvier 1909, on constate une tumeur unique non ulcérée de la mamelle inguinale gauche.
Cette tumeur est très dure à la palpation, elle atteint le volume d’une petite orange.
Opération sous anesthésie le 4 janvier : À la coupe macroscopique, la tumeur est polykystique; le liquide des kystes est à haute tension, et de couleur brun chocolat. Entre les kystes, tissu grisâtre finement lobulé contenant par places de petits nodules hyalins.
Une portion dela masse grisâtre interkystique, aseptiquement recueillie est greffée sous la peau de deux chiens, et dans la moelle osseuse de l'extrémité inférieure du fémur de deux autres. Ces quatre greffes demeurent complètement négatives.
L'examen histologique du reste de la tumeur donne des résultats très différents suivant les points examinés.
Les grands kystes sont limités par une seule assise de cellules cylindriques hautes, à noyau ovalaire, reposant sur ure basale à contours nets qui les sépare d'un stroma conjonchf adulte. En nombre de points la paroi épithéliale prolifère, les assises se mulliplient, 4,8 et davantage, le lissu conjonctivo-vasculaire pousse des prolongements arborescents dans la lumière de la cavité, prolongements qui se recouvrent d’une ou plusieurs assises épithéliales. L'aspect de la tumeur en ces points rappelle l'épithélioma dendritique, structure fréquente dans les tumeurs mammaires humaines à marche Lorpide.
Le tissu grisâtre finement lobulé qui sépare les kystes est formé de tubes épithéliaux ramifiés, et d’acini à contenu anhiste
NE NIC SE RATE LAN RES Di à à QU
a UE TAN PEN
Se as
VA
homogène acidophile, le stroma de ce tissu qui rappelle l'épithélioma mammaire typique habituel, est pauvre en cellules ; les fibres de collagène, très larges, se disposent en véritables bandes seléreuses qui enserrent les éléments épithéliaux ; nulle part de formes sarcomateuses analogues à celles de la Tumeur IT, mais par contre on trouve en nombre de points, au milieu des travées fibreuses, des zones où la substance fondamentale du
tissu conjonctif s'étale en nappe et où les éléments cellulaires
- prennent suivant régions étudiées, les caractères qu'ils affec-
tent dans le tissu muqueux, cartilagineux et osseux.
Le 19 février, cicatrice parfaite. Pas de récidive locale, mais on voiten même temps apparaître dans les deux mamelles thoraciques antérieures, dans la mamelle abdominale antérieure gauche, et dans les mamelles abdominale postérieure et ingui-
* nale droite, une multitude de petits nodules indurés dont le vo-
lume varie entre celui d'un grain de blé et celui d’un pois. Ces nodules indépendants les uns des autres sont au nombre de trois à dix dans chacune des cinq glandes énumérées. La palpation
a plus attentive de ces organes n'avait rien fait trouver d'anormal lors de l'examen clinique, ni pendant la narcose chirurgicale.
Le 5 mars, toujours pas de récidive dans la cicatrice, mais les nodules apparus le 19 février ont grossi, quelques-uns atteignent le volume d'un haricot. On prélève chirurgicalement une de ces petites masses de la mamelle abdominale postérieure droite.
Sur les coupes histologiques, pas de formations kystiques ; l'élément épithélial est représenté par de petits groupes acineux à lumière très restreinte, et par des cordons cellulaires alypiques sans aucune ordination glandulaire. L'élément conjonctif est très abondant, il a presque partout la structure du lissu muqueux, en un point on trouve un petit nodule cartilagineux atypique, dans lequel la substance fondamentale est très réduite, et où les cellules sont pressées les unes contre les autres en des capsules disposées sans ordre.
- Le 29 avril, les deux cicatrices sont normales et sans récidive.
Pas d'apparition de nodules nouveaux. Les nodules anciens ont grossi. On prélève chirurgicalement le plus volumineux (noix), celui qui occupe la mamelle thoracique antérieure gauche.
La plus grande partie de cette masse néoplasique est finement divisée el injectée dans la région mammaire inguinale de deux Jeunes-chiennes, et dans la veine fémorale gauche de deux chiens adulles.
L'étude des coupes des fragments conservés pour l'étude h1stologique montre, suivant les points, toutes les variétés de tissu jusqu'ici rencontrées dans la Tumeur IV : épithélioma dendritique, épithélioma acineux, épithélioma atypique, tissu fibreux, muqueux, osltéoïde, chondroïde.
Des deux greffes sous-culanées, la première demeure complètement négative. La seconde donne naissance à une tumeur apparue le 7 mai, et qui, le 15 juin, atteint le volume d’une noix. L'animal, contracte à celte date une maladie infectieuse fébrile de nature indélerminée. On le sacrifie. Pas de métastases visibles à l'œil nu. La tumeur est greffée sans succès sur trois nouveaux animaux. L'examen histologique d'un fragment, permet de retrouver les divers tissus que contenait le greffon du 9 avril: Cependant le Lissu épithélial est iei moins abondant encore, il n'est plus représenté que par quelques acini à contenu anhiste, épars au milieu d’un conjonclif abondant où dominent les formes muqueuses et surtout ostéoïdes.
Les deux injections inlraveineuses sont suivies au bout de quelques secondes de phénomènes de dyspnée intense: üirage sus et sous-sternal, cyanose de la langue. L'un des animaux succombe à ces accidents au bout de quelques heures. L'autre se rétablit, dès le lendemain, et présente les signes de la santé la plus parfaite au moment où on le sacrifie, le 15 mai, seize jours après l’embolie. À l'autopsie on trouve sans difficultés un infarctus unique en voie de résorption, au-niveau du bord postérieur du lobe inférieur du poumon droit. Cet infarctus, du volume d'une noisette, est situé en plein parenchyme, sa périphérie se trouve à plus d'un centimètre de la surface pleurale.