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CHAPITRE VII

Spirométrie.

La notion la plus intéressante que puisse fournir la spirométrie, c'est la capacité vraie du poumon, la quantité exacte d'air qu'il contient. Si quelque lésion anatomique vient comprimer le poumon ou en obturer les alvéoles, la mesure de la capacité réelle du poumon deviendra la mesure de la maladie. Elle dira de combien a varié le champ respiratoire, de combien a diminué la surface suivant laquelle se font les échanges entre les deux milieux.

On a longtemps cherché à mesurer cette capacité pulmonaire en tenant compte de la quantité d'air qui peut s'échapper de la poitrine au moment des plus fortes expirations. Malheureusement cette méthode, qui serait fort commode, ne peut pas être considérée comme exacte. Prenons un exemple qui rendra très-frappante l'opinion que nous voulons défendre. Un homme a une fracture de côte, la douleur qu'il ressent est telle qu'il ne meut presque plus sa cage thoracique : la quantité d'air qu'il expire est insignifiante. Dirons-nous que sa capacité pulmonaire a diminué. Evidemment non. C'est pourtant la conclusion à laquelle devrait nous conduire la spirométrie telle que la comprennent certaines personnes.

Le seul procédé exact que nous connaissions pour apprécier la capacité pulmonaire vraie est celui qu'a fait connaître M. Gréhant. Il repose sur le procédé physique si connu sous le nom de méthode des mélanges.

Il est facile à comprendre. Supposons que la capacité d'un vase A, rempli d'air, soit d'un litre. Je mets ce vase A en communication avec un vase B également d'un litre mais plein d'hydrogène. Les deux gaz se mélangent. Je prends une portion du mélange et je l'analyse, je dois trouver que la quantité que j'analyse contient une demi-partie d'air et une demi-partie d'hydrogène.

Supposons maintenant que j'ignore la capacité du vase A et que je ne sache qu'une chose, c'est que le vase B est plein d'hydrogène pur et qu'il mesure juste un litre. Le rapport que m'indiquera mon analyse sera précisément le rapport entre A et un litre.

C'est de cette manière que l'on procède pour mesurer la capacité du poumon. On a une cloche jaugée munie d'un gros robinet, elle est pleine d'hydrogène. A un moment donné on y fait respirer le malade, l'hydrogène pénètre dans ses poumons et s'y diffuse très-vite : le mélange est parfait en cinq inspirations. On fait alors une forte expiration dans la cloche. On analyse Fair expiré et le rapport entre l'hydrogène et l'air indique le rapport entre la capacité de la cloche et la capacité pulmonaire cherchée.

Cette méthode est en théorie parfaite. En pratique nous lui avons trouvé deux inconvénients graves. D'abord il faut faire respirer au sujet de l'hydrogène pur. Par les recherches que nous avons faites sur nous-mêmes, nous avons pu juger que cela était assez pénible.

Chez un individu atteint d'une affection pulmonaire, cela peut être dangereux ; une asphyxie brusque, une syncope pourraient survenir et entraîner des accidents dont on peut soupçonner la portée.

D'autre part, il est extrêmement difficile de se procurer de l'hydrogène pur, une trace d'hydrogène arsénié peut entraîner une intoxication des plus graves. Nous avons bien pu nous procurer de l'hydrogène de la pile au moyen

d'une disposition que nous décrirons plus tard ; mais notre . procédé est impraticable dans les hôpitaux. Nous avons donc dû renoncer complètement à la méthode de M. Gréhant bien que nous lui reconnaissions la plus grande exactitude.

Puisque la mesure de la capacité réelle était impossible, on s'est attaché à mesurer ce qu'on a appelé la capacité vitale, c'est-à-dire la quantité dont peut augmenter ou diminuer la somme des cavités des alvéoles pulmonaires dans les plus grands mouvements possibles du thorax et du diaphragme.

Hutchinson a fait, sur ce sujet, une étude fort détaillée. — L'instrument dont il se servait est décrit partout, il est devenu pour ainsi dire classique.

Une cloche portant des graduations est plongée dans l'eau. Elle est exactement équilibrée par des poids, de sorte qu'elle s'élève ou s'abaisse sous le moindre effort ; elle est indifférente. Un tube de fort calibre s'ouvre au-dessous. — On ordonne au malade de faire sous la cloche une forte expiration, on note le chiffre obtenu, on répète trois fois l'expérience et on prend la moyenne.

L'appareil d'flutchinson est muni de manomètres et de thermomètres qui permettent de faire les corrections gazométriques. Cette complication est inutile, car la méthode, par des raisons tenant au sujet lui-même, ne comporte pas une précision pareille.

"Wintrich a modifié l'appareil d'Hutchinson en le formant d'une simple cloche ouverte par en haut, graduée et équilibrée.

Hecht l'a rendu plus exact encore en graduant le contre-poids de telle sorte qu'il augmente à mesure que la cloche, sortant de l'eau davantage, subit moins de poussée et perd moins de sa pesanteur. — Le principe reste d'ailleurs toujours le même.

Le spiromètre d'Hutchinson était peu transportable. —

Boudin a voulu en l'aire un qui put être appliqué au lit même du malade. Le spiromètre de cet auteur se compose d'un simple sac de caoutchouc renfermé dans une caisse. En se gonflant, ce sac soulève un petit bâton gradué qui vient passer devant une mire : les chiffres de la graduation expriment le nombre de litres qui ont pénétré dans le sac. C'est là un instrument commode en clinique mais d'une très-médiocre précision.

L'instrument de M. Guillet est plus ingénieux mais aussi beaucoup plus cher. Il se compose d'un gros tube dans lequel on fait soufflerie malade. Dans l'intérieur du tube se trouve une hélice que le passage de l'air fait tourner ; cette hélice communique avec un compteur de sirène, gradué par comparaison : il est donc très-facile de savoir le nombre de litres expirés dans le tube. Cet instrument ne peut être bon que si la force vive nécessaire pour vaincre l'inertie de l'hélice est presque nulle et si cette héUce, une ibis en mouvement, ne continue pas à tourner d'elle-même par sa vitesse acquise. Il faut enfin que la graduation soit parfaite. Dans ces conditions, ce doit être un instrument très-coùteux.

Nous ferons à la spirométrie, ainsi limitée à la recherche de la capacité vitale, deux grands reproches.

D'abord le fait de produire une expiration maxinia dépend tout entière du sujet et de sa volonté : bien des individus comprennent mal ce qu'on veut d'eux quand on leur demande de bien remplir leur poitrine, puis de faire une expiration totale, ils restent toujours en deçà, et les trois expériences dont on tire la moyenne sont tellement différentes les unes des autres, que la moyennne elle-même n'est qu'un compromis avec Terreur. Et, même chez des individus très-intelligents et faisant tout leur possible pour bien exécuter l'expérience, on obtient à quelques heures d'intervalle des chiffres qui n'ont presque aucun rapport les uns avec les autres.

Et puis cette connaissance de la plus grande expiration

Fig. 15. -* Spiromètre enregistrant les mouvements de la poitrine, la quantité d'air expiré et le temps dans lequel se passent les phénomènesi

possible n'est pas bien utile, puisque, en réalité, cette expiration maxima n'a jamais lieu.

Ce qu'il importe de connaître, c'est la quantité d'oxygène et, par conséquent, d'air qui est amené au sang dans un temps connu : c'est /a circulation de Voir dans le pou- 7non. C'est elle qui peut être accrue ou diminuée par les causes pathologiques, dans les dyspnées, dans les compressions des voies aériennes ou du poumon.

Pour arriver à la bien déterminer, nous avons imaginé un appareil qui dérive d'une méthode qu'avait employée dans le même but M. Bert, et dont le principe rem.onte à M. Bonnet (de Lyon).

Nous voulons parler du compteur à gaz. Nous avons voulu que l'expérience laissât derrière elle une trace, et nous avons employé la méthode graphique.

La Figure 1ô représente notre appareil tel que nous l'avons monté dans le laboratoire du professeur Gharcot à la Salpêtrière.

En M on voit un masque de caoutchouc qui pénétrait dans l'intérieur même de la bouche. On en trouvera une description complète et une figure détaillée dans le chapitre où nous traitons de l'acide carbonique. A la suite du masque M, se trouve un tube à boules de Jolyet. grâce auquel l'inspiration se fait à l'air libre et l'expiration seule se fait dans le spiromètre. Le malade peut donc, pendant longtemps, respirer dans l'appareil sans avoir, comme dans les autres spiromètres, à enlever la muselière à chaque expiration. A. la suite de l'appareil à boules, se trouve un tube de caoutchouc qui aboutit à un compteur à gaz gradué en centilitres, décilUres, litres et centaines de litres. Cet appareil doit être d une précision absolue. La Compagnie du goz en possède qui sont admirables sous ce rapport et qui permettent de faire des calculs d'une grande rigueur. L'air est chassé dans le compteur, puis il s'échappe au dehors. Voici maintenant comment cet appareil enregistre l'air expiré.

En T, se trouve un cylindre de Marey sur lequel écrivent deux signaux de Deprez et un tambour à air. Le tambour à air est en rapport avec un pneumographe J, qui inscrit les mouvenie7its de la poitrine du sujet (voir au chapitre suivant la description de cet appareil).

L'un des signaux Deprez est en rapport avec une pile et une horloge électrique H, il pointe les secondes sur le cylindre.

L'autre signal communique avec une pile P d'une part, et d'une autre part avec le bâti du spiromètre. Le courant est donc interrompu. Mais le pôle zinc de la pile est plongé dans un godet de mercure que vient effleurer l'aiguille du spiromètre, chaque fois qu'un litre d'air a traversé l'instrument. A ce moment, le courant se trouve établi et le signal marque un trait sur le cylindre.

Le graphique contient donc finalement : P Le nombre des inspirations ; 2'^ Le nombre de litres expirés ; et 3*^ Le temps écoulé entre chaque inspiration et chaque litre d'air expulsé; tous éléments d'un problème de spirométrie.

C'est de cette manière qu'a été obtenue la Figure 46.

Dans la ligne R, chaque crochet supérieur représente une expiration. La ligne CH représente les secondes enregistrées par l'horloge. En SP, chaque petit point indique un litre d'air.

En 17 expirations, le sujet a rendu 14 litres d'air. Le tout a duré 100 secondes (chaque crochet vaut 2 secondes).

Nous avons ensuite prié le même sujet de respirer beaucoup plus vite, aussi vite qu'il pourrait. Nous avons obtenu la Figure 17 .

La ligne ï nous montre que les inspirations, si elles sont plus nombreuses, sont moins amples.

La ligne SP nous indique que l'air expiré a considérablement augmenté.

Dans le même temps, il y a eu 116 expirations qui ont produit 82 litres d'air.

Fig, f7.--Tracé représentant un rûythrae respiratoire exagéré etla quantité d'air «xpiréi

Dans le cas de la ligure 16, chaque expiration valait 0 litre 823 et dans le cas où le sujet respirait très-vite, chaque expiration était moindre, elle ne valait plus que 0 litre 707. La poitrine ne pouvait, en aussi peu de temps, se dilater aussi complètement que dans le premier cas. Mais, au fond, peu importe. Dans un cas, il passait 14 litres d'air en 100 secondes, dans le second cas, il en passe 82 dans le môme temps. La respiration est donc 5 fois plus active.

L'observateur qui aurait fait de la spirométrie simple et qui aurait recueilli une seule expiration, l'aurait trouvée moindre dans le second cas et il aurait forcément conclu que la respiration était diminuée.

L'étude de la circulation aérienne (1) du poumon, faite en tenant compte du temps, peut donc seule fournir quelques renseignements intéressants. Toutes nos recherches ont été faites dans ce sens et nous allons en donner ici un court aperçu. — Mais auparavant jetons un coup d'œil sur les travaux de ceux qui, surtout dans un but de diagnostic, ont cherché à reconnaître la capacité vitale du poumon au moyen de l'expiration maxima.

Nous nous sommes déjà expliqués à ce sujet et nous avons peine à comprendre comment Hutchinson en particulier a pu dire que, chez un môme individu, les nombres que fournissaient cette méthode étaient toujours identiques. En la mettant en pratique nous avons toujours trouvé des nombres variables d'un instant à l'autre.

Quoi qu'il en soit, en l'acceptant telle qu'elle est avec ses causes d'erreur, on peut en tirer quelques renseignements. Hutchinson, par exemple, a reconnu que la capacité vitale du poumon était en raison directe de la taille et il a publié le tableau suivant que nous empruntons à son travail :

(l) Nous donnerons dorénavant ce nom à la quantité de litres d air expirés pendant une heure.

Taille en Capacité pieds et en pouces vitale en pouces cubes

Cette proportionnalité entre la taille et la quantité d'air expirée a même été considérée comme une règle absolue qu'on a appelée loi d'Hutchinson.

Cette loi a été vérifiée par Schneevogt qui a publié le tableau suivant :

Taille

Volume

centimètres.

d'air en centii

Taille en centimètres

Volume d'air en centilitres

Ces chiffres montrent qu'en général la loi d'Hutchinson est yraie : il n'y a rien là d'ailleurs d'absolument surprenant, il est naturel que le thorax suive, dans un homme bien proportionné, le développement des autres parties du corps. — Hutchinson s'étonne qu'il en soit ainsi : il pense que la différence de taille tient surtout à la différence de longueur des membres inférieurs : il est en cela trop exclusif et je ne sache pas que personne ait jamais prétendu que la cage thoracique était égale chez tous les individus.

Toutes ces déterminations n'ont d'ailleurs pas d'autre but que d'établir l'état normal pour arriver par là à délimiter l'état morbide. Il faudrait pour bien se rendre compte des modifications apportées par la maladie à la capacité vitale connaître ce qu'était cette capacité dans l'état de santé ; or, on ne peut pas y arriver et on est obligé de s'appuyer sur la moyenne déterminée empiriquement par Hutchinson : c'est encore un point faible de la spirométrie.

Cette méthode a surtout été appliquée à la phthisie pulmonaire : non pas qu'elle donne des résultats bien spéciaux dans cette maladie, mais Hutchinson était attaché à l'hôpital des phthisiques et il a naturellement fait porter ses recherches sur les malades qu'il pouvait le mieux observer. Son but était surtout de démontrer que, dans la

phthisie confirmée, et, même dans cette affection au début, la capacité pulmonaire était diminuée.

Cela nous intéresse peu au point de vue des combustions : qu'importe, en effet, que le champ où s'accomplissent les échanges soit diminué, si ceux-ci restent égaux, grâce à une ventilation plus active, grâce à une augmentation du nombre des mouvements respiratoires.

Nous ne retiendrons que deux choses des travaux de Hutchinson, de Hecht et de Schneevogt :

l*' La grossesse, même au neuvième mois, ne diminue pas le champ de la respiration ;

2*^ Les déviations intenses du rachis diminuent beaucoup la capacité vitale en immobilisant les côtes à leur point d'implantation.

Nous retrouverons ces deux lois en nous occupant de pneumographie.

Hâtons-nous d'arriver à l'étude de la circulaiion pul^ monaire qui seule pourra nous donner des renseignements utiles sur les modifications des combustions. La spirométrie proprement dite nous dit ce qu'il peut entrer d'oxygène au maximum dans le poumon : elle ne nous dit pas ce qu'il en pénètre en réalité : elle nous apprend que, chez un phthisique, la capacité vitale est diminuée ; mais elle ne tient pas compte de ce fait que le phthisique respire vite, qu'il est essoufflé, et justement on verra plus loin que, chez lui, il pénètre plus d'air dans le poumon pendant un temps donné que chez un sujet sain.

Dans l'impossibilité oti nous étions de constater l'état de la circulation aérienne chez nos sujçts avant la maladie, nous avons dû chercher mie normale à laquelle nous pourrions comparer la quantité d'air expirée dans l'état pathologique.

A la suite d'un assez grand nombre d'expériences faites sur des infirmiers et sur des étudiants en médecine, nous croyons pouvoir admettre qu'un homme sain de l'" 60 de

haut et du poids de 60 kil. expire de 550 à 600 litres d'air à l'heure. Il ne faut considérer ce chiffre que comme général et ne conclure à l'existence d'une respiration pathologique que dans les cas où on trouve une différence d'au moins 50 Utres. On verra que telle a toujours été notre pratique.

Examinons donc dans quelles proportions peut être modifiée par la maladie la circulation aérienne dans les poumons.

Nos études sur la capacité respiratoire du sang nous ont appris que, dans l'anémie et dans la chlorose, le pouvoir absorbant de ce liquide est diminué ; il est à présumer qu'une tendance à la compensation doit s'établir et que la respiration doit devenir plus active, de telle sorte que l'air appauvri contenu dans les alvéoles étant renouvelé plus vite, l'oxygène se trouve en tension plus forte et soit absorbé plus rapidement.

Les expériences suivantes, entreprises dans différents cas d'anémie, nous ont prouvé que cette prévision se réalisait en effet.

Expérience LXVIl. — Femme de 50 ans, anémie profonde à la suite d'épistaxis abondantes (souffle au premier temps et à la base) . Teint très-pâle. Essoufflement. (P.45 kil. , taille 58.)

Circulation aérienne = 788 litres.

Expérience LXYIII. — Jeune fille de 18 ans, du poids de 60 kil. (Taille l"" 54.) Tous les signes de \di chlorose. Circulation aérienne — 737 litres.

Expérience LXIX. — Homme de 46 ans. — Anémie saturnine chez un cérusier de l'usine de Clichy . (Poids = 68 k. — Taille 1 m. 76.)

Circulation aérienne = 692 litres.

Voilà trois expériences où il est évident que la circulation pulmonaire était augmentée. — Normalement nos trois sujets auraient dû expirer environ 500 litres. Et pourtant la spirométrie par les procédés anciens n'aurait certainement pas indiqué de changement dans la respiration.

Ainsi, chez l'anémique, la ventilation pulmonaire compense le peu de capacité du sang et les fonctions physiologiques se maintiennent à peu près. — En est-il toujours ainsi : dans les cachexies où le sang est appauvri également et où l'organisme tombe dans une complète déchéance, où les combustions vont toujours en diminuant, la compensation a-t-elle lieu ? Non : soit que la puissance musculaire du thorax devienne incapable de maintenir la rapidité des mouvements respiratoires, soit pour toute autre cause, la circulation aérienne diminue. Aussi, nous le verrons en traitant des excrétions respiratoires, les combustions deviennent moindres par suite de l'absence d'oxygène qui les puisse alimenter.

Expérience LXX. — Femme de 42 ans,dupoids de42kil. Cmicer de l'estomac. Anémie. Teint jaune paille.

Circulation aérienne = 450 litres.

Expérience LXXl. — Homme de 55 ans, cancer de l'estomac.

Circulation aérienne — 474 litres.

I Expérience LXXII. — Homme de 35 ans, du poids de 60 kil., taille 1 m. 76. Grandes suppurations osseuses.

j Circulation aérienne = 560 litres.

! Dans les trois cas que nous venons d'examiner les choses étaient poussées à l'extrême et les malades sont morts rapi-

I dément.

j Revenons aux cas où, contrairement à ce qu'indique la mesure de la capacité vitale^ la circulation aérienne est augmentée.

Regkard. 10

Hutchinson a surtout étudié la phthisie : il a vu que, dans cette affection, la capacité vitale était amoindrie. Gela n'est pas douteux. Mais cela ne prouverait pas que moins d'air dût traverser le poumon : il suffirait pour établir la compensation que les mouvements de respiration fussent plus nombreux. Mais, bien plus, comme le sang, ainsi que nous l'avons vu, a perdu beaucoup de son pouvoir absorbant, il s'ensuit que, pour que la compensation soit, sinon atteinte, du moins approchée, les mouvements du thorax doivent être bien plus actifs et la circulation aérienne trèsaugmentée. C'est ce qui ressort des expériences qui suivent.

Expérience LXXIII. — Homme de 16 ans (45 kilog. , taille, 1"" 70), phthisie au 1^ degré, avec fièvre le soir. Circulation aérienne = 840 litres.

Expérience LXXIV. — Femme de 40 ans et de 40 kilog., phthisie avec cavernes, fièvre le soir.

Circulation aérienne = 675 litres.

Expérience LXXV. — Homme de 45 ans. Phthisie avec cavernes, anémie profonde, hémoptysies abondantes. Circulation aérienne = 593 litres.

Expérience LXXVI. — Femme de 28 ans.phthisie laryngée, signes ordinaires, craquements à droite. — Fièvre le soir.

Circulation aérienne = 720 litres.

Expérience LXXVII. -— Homme de 42 ans. Phthisie avec cavernes, grande maigreur. Fièvre le soir. Circulation aérienne 668 litres.

Expérience LXXVIII. — Homme de 50 ans, du poids de 71 kilog. P/ï^/^m^ peu avancée. Pas de fièvre. (Taille, 1"\58.) Circulation aérienne = 608 litres.

L'étude de la circulation aérienne est en somme l'histoire de la dyspnée faite par les moyens physiques d'investigation. Nous venons de voir que la dyspnée survenait dans les cas où la capacité respiratoire du sang était diminuée et cela pour amener une sorte de compensation. Ce n'est pas tout. La dyspnée peut encore arriver quand les combustions sont augmentées et que le sang, ayant conservé toute sa capacité, est appauvri en oxygène et en acide carbonique : ici encore il faut que la compensation s'établisse et que survienne l'augmentation de la circulation aérienne.

Le cas le plus simple est constitué par la fièvre. On verra au chapitre où nous traitons des combustions, que, dans cet état, la consommation d'oxygène est considérablement accrue. Il faut que l'arrivée plus rapide et plus fréquente de l'air dans le poumon vienne maintenir à peu près le taux de l'oxygène dans le sang. Il est ainsi en effet. Prenons le cas le plus simple, celui de la fièvre iniermiit ente .

Expérience LXXIX. Un jeune homme, atteint de fièvre palustre, consomme 30 litres d'oxygène dans la période intercalaire.

Circulation aérienne =*771 litres.

Pendant l'accès, il consomme 63 litres d'oxygène.

Circulation aérienne = 1740 litres.

Rien de plus net^que cet exemple.

Nous retrouvons le même fait, peut-être un peu moins accentué, dans une foule d'autres états fébriles.

Expérience LXXX. — Une fille de 27 ans, atteinte de rougeole, consomme 17 litres d'oxygène.

Circulation aérienne = 702 litres.

Pendant la convalescence, elle consomme 14 litres d'oxygène à l'heure.

Circulation aérienne =676 litres.

Expérience LXXXI. — Un homme de 35 ans, attemt d'érysipèle traumatique, consomme 43 litres d'oxygène. Circulation aérienne = 1024 litres.

Expérience LXXXIL — Une femme de 30 ans, atteinte de brûlures étendues, a une fièvre trautnaiîque intense. Circulation aérienne = 1000 litres.

Expérience LXXXIII. — Un homme de 50 ans est atteint d'érysipèle traumatique. (Temp. 40^) Circulation aérienne — ^770 litres.

Expérience LXXXIV. — Un homme de 45 ans, opéré d'une tumeur, consomme 36 litres d'oxygène. (Fièvre traumatique.)

Circulation aérienne = 720 litres.

Expérience LXXXV. — Homme de 45 ans, du poids de 60 kilog., brûlure étendue, /lèvre traumatique intense. (34 litres d'oxygène.)

Circulation aérienne = 870 litres.

Expérience LXXXYI. — Homme de 42 ans, du poids de 75 kilog. Taille, 1™ 72, atteint d'ictère grave. (Consommation d'oxygène, 31 litres.)

Circulation aérienne = 703 litres.

Expérience LXXXVII. — Jeune homme de 25 ans, taille 1™ 62. Consomme 40 litres d'oxygène par heure. Fièvre typhoïde.

Circulation aérienne = 1454 litres.

Le même, guéri 42 jours après.

Circulation aérienne = 456 litres.

Expérience LXXXVHI. —

Jeune homme de 25 ans

(taille, 1"^ 70). Fièvre typhoïde. Consommation d'oxygène = 37 litres.

Circulation aérienne == 1044 litres.

Expérience LXXXIX. — Homme de 24 ans, signes classiques de la fièvre typhoïde. Taille, 1" 64. Consommation d'oxygène = 30 litres.

Circulation aérienne = 920 litres.

Expérience XC. — Jeune liomme de 27 ans, de 66 kilog. Fièvre typhoïde. (T. = 39« 2.) Circulation aérienne = 830 litres.

Expérience XCI. — Fille de 16 ans (taille, 1"^ 45). T. = 40° -8. Consommation d'oxygène = 33 litres. Circulation aérienne = 870 litres.

Expérience XCII. — Homme de 30 ans (taille, 1™ 60). Fièvre typhoïde.

Circulation aérienne = 790 litres.

Expérience XCIH. — Fille de 26 ans. (Taille, 1"^ 52). Fièvre typhoïde.

Circulation aérienne = 745 litres.

Expérience XCIV. — Fille de 15 ans. Fièvre typhoïde. ~ Oxygène consommé, 28 litres.

Circulation aérienne = 674 litres.

Quelques jours après, la température ayant baissé de 0^ 8, et la consommation d'oxygène étant tombée à 21 litres :

Circulation aérienne =: 661 litres.

Expérience XCY. — Comme comparaison nous donnons la circulation aérienne dans un cas d'emdarras gastrique

fébrile qui simulait, à sy méprendre, un début de fièvre typhoïde : elle était de 445 litres seulement.

En résumé, les causes que nous avons jusqu'à présent examinées agissent sur la circulation aérienne pulmonaire, comme des processus chimiques. Ou bien, le sang ayant perdu une partie de son pouvoir absorbant, il y a une suractivité dans la mécanique respiratoire pour amener une oxygénation à peu près suffisante, ou bien le sang étant resté normal , ou même ayant perdu de son pouvoir absorbant, la consommation de l'oxj^gène augmente tellement qu'il faut encore une suractivité mécanique pour maintenir le taux de l'oxygène du sang dans des proportions à peu près normales. — C'est là la physiologie pathologique des dyspnées de cause chimique. — Mais à côté de cela, il faut tenir compte des causes mécaniques.

C'est leur examen qui constitue la troisième partie de notre étude.

Il est certain que si le champ respiratoire est tout d'un coup rétréci, il faudra, pour que la même quantité d'oxygène soit, dans le même temps, en rapport avec le sang, que les mouvements respiratoires deviennent plus actifs : il y aura tendance à la compensation ; mais cette compensation sera rarement atteinte ; il résultera de ce défaut le symptôme môme de la dyspnée.

Expérience XCVI. — Un homme est atteint d'une pleurésie avec grand épanchement. (Taille, 1"* "IS.) Circulation aérienne = 632 litres.

On pratique la thoracentèse et on enlève un litre de liquide.

Circulation aérienne = 655 litres.

La compensation n'était donc pas atteinte pendant la maladie, et, en efl'et, le malade se plaignait d'étoutfer.

Expérience XG VIL — Homme de 45 ans. (Taille, 1"^ 75.) Pleurésie gauche.

Circulation aérienne = 783 litres.

Ici la compensation semble s'être établie. Ce malade n'avait pas de sensation d'étoiiffement.

La cause mécanique agissait sur le poumon, elle empêchait l'air d'arriver au sang ; un mécanisme autre peut empêcher le sang d'arriver assez vite au contact de l'air et le résultat est le même (Maladie du cœur).

Expérience XGVIIL — Femme de 35 ans, ayant eu des rhumatismes, affection cardiaque, œdème (taille Im. 54). Circulation aérienne — 920 litres.

Les mouvements musculaires sont encore une cause mécanique très-puissante dans les modifications de la respiration ; ils agissent d'autant plus qu'ils augmentent du même coup les combustions et la consommation d'oxygène.

Expérience XGIX. — Fille de 16 ans, atteinte de chorée très-intense, (taille 1 m. 66).

Circulation aérienne = 770 litres.

Le sommeil produit un effet absolument inverse, il fallait s'y attendre.

Expérience C. — Homme dans le sommeil du chloral (taille 1 m. 80).

Circulation aérienne = 408 litres.

L'agonie produit a fortiori le même effet surtout dans les derniers moments, quand arrive le refroidissement.

Expérience CI. — Agonie dans un érysipèle du cuir chevelu (oxygène consommé 8 litres).

Circulation aérienne = 330 litres.

Expérience CIL — Agonie dans la mort par le charbon.

Circulation aérienne =^ 520 litres.

En résumé, la spirométrie proprement dite peut renseigner sur l'état anatomique du poumon : elle ne peut donner sur ses fonctions et sur l'état des combustions que des notions éloignées.

L'étude de la circulation aérienne, c'est-à-dire de la quantité d'air qui traverse le poumon dans un temps connu, a seule quelqu' importance physiologique. Elle nous montre que le degré d'oxygénation du sang étant modifié chimiquement, soit par cause directe, soit par cause indirecte, il y a, par la ventilation du poumon, une tendance à rétablir l'équilibre primitif. Nous avons déjà insisté sur ce point en parlant des gaz du sang. — Elle nous montre encore que, dans les processus mécaniques, la même tendance à la compensation se reproduit et que la sensation particulière à la dyspnée apparaît dans tous les cas où l'équilibre ne peut être rétabli et quand la compensation n'a pas lieu.

Voilà ce que peut nous apprendre la spirométrie. Comme nous l'avons avancé, un autre procédé physique nous servira encore à apprécier non plus la quantité exacte d'air qui pénètre dans la poitrine, mais la nature, la forme et la puissance des obstacles qui peuvent s'opposer à cette pénétration.— Ce procédé c'est l^pneumograpliie, c'est lui qui va faire l'objet de notre prochain chapitre.

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