GROUPE
Maladies entravant mécaniquement le jeu de la cage tho-
racique.
Toutes les fois qu'une cause mécanique quelconque viendra diminuer le champ du mouvement de la cage thoracique, celle-ci s'immobilisera d'elle-même sans que la volonté intervienne en réalité dans le phénomène.
Un des exemples les plus frappants de ce fait nous est fourni dans les cas de fracture des côtes.
Nous avons recueilli le tracé n° 28 sur un malade de l'Hôtel-Dieii, atteint de fractures multiples de côtes dues à une chute.
Il n'y avait aucune douleur quand le malade n'essayait pas de respirer du thorax. On voit que l'abdomen seul se dilatait; l'immobilisation de la poitrine était presque absolue.
Nous avons voulu savoir si, dans les grands efforts de respiration, le thorax serait entraîné.
Nous avons ordonné au malade de faire de grandes inspi-
Fig, — Trsçé «jomrsflt <jue, dausle cas de fracture de cOtés, Iç tbçrax est imipo'
biljsé,
rations. Nous avons obtenu le tracé n*» 29.
On y voit, en jetant un simple coup d'œil, que le thorax continue à être immobile, mais qu'en revanche l'abdomen,
immobile même dans ^les grandes inspirations et que l'abdomen compense cette immobilité par un déplacement exagéré. -
le diaphragme, compensent cette immobilité en apportant au thorax la plus grande dilatation possible, dans le sens
vertical pour compenser celle que les côtes ne peuvent plus produire dans le sens horizontal.
Il est certain que, dans ce cas, ce n'est pas la lésion traumatique par elle-même qui arrête les mouvements du thorax. Cet arrêt se fait bien plutôt par action réflexe, dans les cas où ce n'est pas la douleur elle-même, bien perçue, qui empêche le malade de produire les mouvements de son thorax.
L'influence de la douleur se manifeste d'ailleurs d'une façon bien évidente dans une affection fort simple où la cage thoracique n'a souffert aucune lésion : nous voulons parler du point de côté.
Le tracé 30 représente à sa partie supérieure T, la respiration d'un jeune homme atteint d'une pleurodynie trèsdouloureuse. Les mouvements du thorax sont peu amples, irréguliers, tremblés. On pratique une injection de morphine qui calme beaucoup la douleur.
Immédiatement les mouvements du thorax (T') reprennent leur forme et leur rhythme normal.
Nous avons pu constater la même chose sur une femme atteinte de cancer du sein. Quelques jours après l'opération, la douleur étant encore assez intense, le thorax a ne respirait plus, l'abdomen & à lui seul suffisait à produire la compensation. {Flg, 51 .)
C'est surtout dans les déformations des côtes ou de la colonne vertébrale que les mouvements de la cage thoracique se trouvent entravés. Que l'on veuille bien se reporter à ce qui se passe chez un rachitique. Le thorax est aplati en forme de carène, les côtes sont molles, le mouvement de projection en avant du sternum n'est accompagné d'aucun agrandissement latéral. La dilatation du thorax n'est plus cubique, elle est linéaire, elle ne s'accomplit que dans un seul sens, d'arrière en avant.
On conçoit donc qu'elle est peu active. Le diaphragme ici encore exagère son action et arrlvje à produire une cer-
taine compensation insuffisante pourtant à rétablir Téqui
Fig* 30. Tracé montrant l'influence de la douleur sur les mouvements du thoraxlibre. Aussi la respiration étant moins active, l'apport
Fig, 31, — Tracé respiratoire d'une femme atteinte de cancer du sein.
d'oxygène au sang étant moins complet, les racîiitiques se
Fig» 32, — Tracé montrant que, chez les rachitiques, le thorax est immobilisé^ et que sa dilatation n'est plus cubique.
trouvent dans un certain ^tat de déchéance organique; voilà pour l'état de santé. Mais supposons maintenant qu'une maladie abdominale vienne à son tour entraver l'action du diaphragme : alors, le rachitique attaqué par deux côtés à la fois, s'asphyxie lentement, et une maladie insignifiante peut avoir une issue fatale. C'est un fait clinique important que M. Jules Simon signale souvent dans ses leçons sur les maladies infantiles, et que vient expliquer la physiologie pathologique.
Voici maintenant quelques résultats expérimentaux :
Le tracé 32 a été pris sur un jeune homme de 21 ans, rachitique, ayant le thorax en carène. La colonne vertébrale présente une scoliose des plus prononcées. Le sternum à chaque inspiration se projette en avant, mais de chaque côté, les côtes s'enfoncent plutôt qu'elles ne s'écartent. On voit que le tracé thoracique est à peine marqué, tandis que le diaphragme suffit à lui seul à tous les besoins de la respiration.
On trouve les mêmes caractères sur les tracés 33, 34, 35, recueillis chez des enfants rachitiques du service de M. Jules Simon.
Nous n'entrerons pas dans de plus amples détails, il nous faudrait répéter les mêmes choses pour chaque cas en particulier.
Dans le mal de Pott le mécanisme est différent mais le résultat final est à peu près le même ; le thorax est devenu presque inutile. — Les tracés 36, 37, 38, en font foi. Cela tient à ce que les articulations costo-vertébrales sont alté-^ rées ; il se passe pour les côtes ce qu'on observe pour une porte dont les charnières sont faussées, elles ne peuvent plus tourner sur elles-mêmes. Les mouvements du thorax sont alors entravés et la poitrine ne s'agrandit plus que dans le sens vertical. De plus, on remarquera, en examinant les Fig. 36, 37, 38, que ces respirations incomplètes sont
plus nombreuses, de telle sorte que la quantité d'air en
Fig . 33. — Tracé de la respiration chez uq entaiiL ue -i aus ues-rachitique.
Fig 34. — Trace de ia respiration recueua sur une niie ue o aus iies-rai-bilique.
Fig. 35.
— Tracé respiratoire recueilli chez une fille de 10 ans très-rachitique.
circulation n'est pas beaucoup diminuée. Cette remarque
Fi g. 36, — Tracé recueilli chez une fille de 12 ans atteinte de mal de Pott dorsal.
jfp^fjf, 21 . — Tracé recueilli chez un garçon de 9 ans 1/2 atteint de mal de Pott dorsal.
FI g. 88, — Tracé recueilli chez une fille de 3 ans atteinte de mal de Pott dorsal.
s'applique aussi au rachitisme. Le danger n'arrive que
quand des causes pathologiques intercurrentes viennent précisément empêcher ces mouvements de s'exécuter.