S« GROUPE
maladies modifiant le rliythme respiratoire en agissant snr le poumon lui-même.
Dans la deuxième classe des maladies qui modifient la mécanique respiratoire, nous avons placé celles qui atteignent le tissu pulmonaire lui-même et qui, venant changer son élasticité, l'empêchent de se développer et de revenir sur lui-même comme à l'état normal.
En tête de ces affections nous mettrons l'emphysème pulmonaire, l'atélectasie du tissu du poumon. On a souvent dit que, dans cette affection, le poumon était fixé aune dilatation supérieure à la normale par suite de la non élasticité de son tissu. Dès lors, la cage thoracique, dans l'expiration n'ayant plus à suivre le poumon dans son resserrement, resterait fixée aussi à un point plus ou moins distant de l'état normal selon le degré de l'emphysème. M. Hirtz a déj à étudié l'emphysème au moyen de la méthode graphique, mais il s'est adressé surtout à des suj ets tuberculeux ayant un emphysème modéré et tout au début. Dans ces conditions, il a vu que la respiration était plus profonde et moins fréquente qu'à l'état normal. Nous avons, nous, expérimenté sur les vieilles femmes de la Salpêtrière et nous avons vu que, si l'emphysème est très-avancé, la cage thoracique est comme remplie, bombée, immobile, le diaphragme seul fonctionne, et, comme il est devenu insuffisant, il y a une dyspnée intense, et la fréquence de la respiration est extrême.
C'est ce qu'on verra bien dans le tracé 39 que nous recueillons sur une vieille femme de 78 ans, présentant tous les caractères et symptômes de l'emphysème le plus avancé.
L'inspection du tracé montre que la poitrine est vraiment fixée, le diaphragme exécute de petits mouvements et, quand on demande à la malade de faire de grandes inspirations, on voit encore que c'est le diaphragme pres-
Fi j . AJ. — 'Iracé recueilli sur un malade atteinc d'un grand épanchementdans la plèvre droite. Les mouvements thoraciqnes sont à peine modifiés.
que seul qui y prend part et que c'est dans le sens vertical que s'agrandit la poitrine.
Il est fort prohable qu'une pneumonie très-étendue, diminuant la perméabilité et consécutivement les mouvements du poumon, doit du même coup arrêter en partie les mou-
Fig. 39. — Tracé recueilli sur une vieille femme atteinte d'un emphysème considérable. — Le diaphragme est seul en action même dans les grands mouvements respiratoires.
vements du thorax du côté malade. Nous n'avons pas pu trouver de cas assez net pour faire une expérience tendant à cet ordre d'idées.
Mais une maladie très-fréquente qui atteint tout un côté du thorax et qui devait très-hien se prêter à nos recherches, c'est la pleurésie.
Nous avons expérimenté sur un homme atteint d'un épanchement considérable à droite. Nous avons obtenu le tracé 40.
On remarquera que, bien que le côté droit de la poitrine fût complètement rempli d'eau, les mouvements thoraciques ont conservé une ampleur qui se rapproche beaucoup de l'état normal.
Il devenait dès lors intéressant de rechercher si un des côtés de la poitrine suppléait l'autre côté dans une certaine mesure.
La méthode graphique nous a permis de voir qu'il en était précisément ainsi. — Nous avons fixé deux pneumographes sur la poitrine de notre malade, et, pour enregistrer séparément le mouvement de chaque côté du thorax, nous nous y sommes pris de la manière suivante : Chaque pneumographe était attaché à une demi-ceinture dont les extrémités portaient des pinces à coulants solides. La peau susternale et la peau de la partie médiane du dos étaient prises dans ces pinces à Regnard *2
Pig, 41, — Tracé montrant que la dilatation thoracique est diminuée du côté où il existe un épanchement«
coulant (opération d'ailleurs un peu douloureuse), et chaque pneumographe était ainsi indépendant et n'enregistrait
Fig. 42. — Tracé recueilli sur un malade atteint de pleurésie droite.
que le mouvement de la paroi tlioracique à laquelle il était attaché.
C'est de cette manière que nous avons obtenu le tracé 41 .
Fig . 43. — afc», Tracé pris sur ua malade ayant un grand épanchemeni à gauche. — a'6', Tracé recueilli pendant que le sujet fait de grands mouvements respiratoires.
On voit qu'à droite Tarapliation est plus faible qu'à gauche. Cela dit simplement que le côté où est l'épanchement se
dilate moins que Tautre, puisqu'il est fixé par une masse liquide. Pour savoir si le côté sain exagère ses mouvements et compense l'immobilité du côté malade, il suffit de mesurer au compas la hauteur des tracés D et G et d'ajouter les deux hauteurs l'une à l'autre. On trouve alors que D 4- G" égale précisément la hauteur de la ligne T de la
Fig, 44. — Tracé fourni par chaque côté de la ijoitrine dans un cas de pneumothorax
gauche.
fig.40. La compensation a donc lieu, puisque la ligne T est sensiblement un tracé normal.
Nous arons tenu à répéter plusieurs fois cette observa-
Fig. 45. — Tracé des deux côtés de la poitrine dans un cas de pneumothorax droit.
tion. Le tracé 42 a été fourni par un malade atteint d'un grand épanchement à droite.
Il démontre encore la différence qui existe entre le mouvement des deux côtés de la poitrine et la compensation que produit le côté sain.
La figure 43, recueillie sur un homme de 45 ans, couché dans une des salles de l'Hôtel-Dieu, est encore plus explicite s'il est possible.
'En a et en on voit le tracé fourni par le côté malade et par le côté sain pendant la respiration normale. En a' et 1/ on a les mêmes tracés pendant que le malade fait de grands et rapides mouvements respiratoires : la différence s'accentue encore.
A côté de la pleurésie, il faut placer le pneumothorax dont Faction sur la mécanique respiratoire est absolument la même.
Le tracé 44 est recueilli sur un phthisique atteint de pyo-pneumothorax gauche. Il démontre la fixation presque complète des côtes de ce côté compensée par le mouvement de celles du côté opposé.
Le tracé 45 a été pris sur un autre malade dont le pneumothorax était à droite. Il fournit la même démonstration.
D'ailleurs l'épanchement liquide ou gazeux n'a pas besoin d'être dans la plèvre et en contact immédiat avec les côtes pour entraver leur mouvement.
Dans un cas remarquable d'hydatide du poumon, nous avons recueilli un tracé (fi(/. 46) qui nous montre les mouvements de chaque côté du thorax. — L'hydatide était située à droite (a) : le côté gauche (b) respirait presque seul. En T, survint un accès de toux. On voit que, même dans ce cas, le poumon demeure presque incompressible et le côté droit de la poi^ trine est immobile.
Pour en finir avec les «causes qui, ayant leur siège dans
Fig. 46. — Tracé fourni par chaque côté de la poitrine dans un cas de kyste du poumon.
(T, accès de toux.)
le poumon, entravent l'apport de l'air dans cet organe, il nous resterait àparler des cas dé compression des bronches, d'obturation du larynx (croup, œdème de la glotte, cornage, tirage, etc.).
- Nous aurions eu souvent, pendant notre séjour à l'hôpital des Enfants, l'occasion de prendre des tracés de respiration croupale. Nousy avons toujours renoncé, l'urgence de la trachéotomie est souvent telle qu'il faut toujours hésiter à la retarder pour une simple recherche scientifique. Il ùous semble certain que la poitrine se dilatant peu, les côtes s'aplatissent, pendant que le diaphragme repousse les muscles abdominaux, on doit avoir un tracé qui ressemble
Fiy. 47, — Tracé recueilli sur un malade atteint cl'adéuopathie avec compression des.
bronches. . i
à ceux du rachitisme avec cette différence que l'affaissement thoracique doit être plus marqué encore et que les mouvements abdominaux doivent être moins prononcés.
Le seul renseignement que nous ayons pu recueillir sur ce genre de lésion est représenté par la figure 47. Il s'agit d'un malade atteint d'adénopathie trachéo-bronchique et présentant un peu de cornage.
Le tracé montre un obstacle à l'expiration. Le diaphragme exécute une série de mouvements sans rapports avec ceux du thorax. La respiration est rapide et assez régulière. , ,
d« GROUPE.
Ilaladlés de l'abdomen ayant nne influence sur lé rhythme
respiratoire.
Après avoir vu l'influence considérable de la moindre lésion pulmonaire sur les phénomènes mécaniques de la respiration, on pourrait croire que les maladies de l'abdomen,
Fig. 48. — Tracé respiratoire d'une temuie de 24 ans enceinte de 9 mois.
les épancliements liquides dans cette cavité, auront aussi l'inconvénient d'entraver les mouvements du diaphragme et d'empêcher qu'il ne se projette en bas au moment de sa
Fig. 49. — Tracé respiratoire d'une femme de 30 ans, enceinte de 9 mois.
contraction. Il n'en est rien et on le comprendra, même a priori, si on veut bien réfléchir à la difi^érence qu'il y a entre la cage thoracique et les parois abdominales. La cage thoracique est rigide, non extensible, non élastique; elle
ne cède paâ devant i^n obstacle. L'abdomèn, au contraire, est formé par des parois aponévrotiques et musculaires qui
Fig. 50. — Tracé respiratoire recueilli sur une fille de 19 ^ns, au moment de l'accouchement.
s'accommodent de suite aux conditions nouvelles créées par l'obstacle.
^ La grossesse nous en fournit un exemple frappant. De-
Fig. 51. — Tracé recueilli sur une femme de 42 ans, .enceinte de 9 mois.
puis longtemps, on lit dans les traités classiques, que le
Fig. 52. — Tracé respiratoire cùez une femme de 34 ans sur le point d'accoucher.
type costal supérieur est spécial à la femme parce que rutérus, en se développant pendant la grossesse, entrave
Fig, 53. — Tracé recueilli pendant les efforts de Taccoucheinent.
.les fonctions du diaphragme et qu'une compensation par ia partie supérieure du thorax devient nécessaire. C'est là
Fig, 54. •— Tracé respiratoire dans une asciie modérée.
une vue ingénieuse de l'esprit, mais ce n'est pas autre
Fig. ôô,-- Trace recueilli 15 jours après le tracé 54, sur le même malade, après que l'épanchement a augmenté.
chose. Ce qu'il faut c'est dê^nontrer qu'il en est bien ainsi.
Fig. 56. — Tracé recueilli sur le même malade alors que l'épanciieraent est énorme et la paroi abdominale très-teadue.
L'analyse par la méthode graphique nous prouve ce que la
^simple réflexion aurait dù faire penser dépuis longtemps* Les -femmes enceintes, si elles se tiennent dans de bonnes; conditions, ne sont point gênées du côté de la respiration, elles n'ont pas de dyspnée. L'utérus remplit l'abdomen, mais il chasse devant lui la paroi abdominale et il n'empiète pas sur le champ d'action du diaphragme. Pour qu'il vienne le refouler et l'empêcher de s'abaisser, il faut que la limite d'extensibilité des parois abdominales soit atteinte. Cela se Yoit quelquefois dans l'ascite, mais jamais dans une grossesse simple et normale. Les tracés 48, 49, 50. 51, 52, recaeillis sur des femmes, quelques jours avant leur accouchement dans les salles de l'Hôtel-Dieu, montrent que le diaphragme est bien libre et qiie si quelque chose est entravé, c'est plutôt la respiration thoracique que la respiration abdominale (peut-être à cause du renversement en arrière de la colonne yertébrale).
Nous avons même pu, dans un cas, recueillir le tracé des efforts de l'accouchement. [Fig.
La respiration thoracique s'y montre complètement indépendante des mouvements du diaphragme. Mais on peut voir combien celui-ci est libre et combien les parois abdominales ont encore d'élasticité si l'on considère l'intensité de ses mouvements au moment de l'apparition de la douleur.
La grossesse est, en somme, un état physiologique qui ne rentre pas complètement dans notre cadre et qui ne pouvait que nous servir de point de comparaison. Arrivons de suite aux maladies qui doivent agir dans le même sens qu'elle.
Au premier rang, nous trouvons Vascite* Mais ici il y a une légère complication.
L'épanchement se produit, le malade n'accuse pas de gêne respiratoire, au moins quand il est débarrassé de ses vêtements. Le pneumographe montre très-évidemment' qu'à cet instant le diaphragme est tout à fait libre. (Fig,
Mai^ attendons quelques semaines. L'épancliement aug-
-Fi(/, 57, — Tracé recueilli sur le même malade immédiatement après la paracentèse.
mente. 11 arrive un moment où la gêne intervient, les mou-
-i^ig. 58, — Tracé pris immédiatement avant la paracentèse sur un malade atteint d'une ascite considérable.
\ements se précipitent, le rliythme se change, il y a une
Fig. 59. — Tracé pris sur le même malade immédiatement après la paracentèse,
sorte de repos entre chaque inspiration. (Fig. 5 S.)
Laissons encore répanchement se faire, l'abdomen se développe, puis il arrive un moment où sa paroi se tend, ne prête plus et alors Tépanchement vient comprimer le diaphragme, le refouler, l'empêcher de s'abaisser. Tout au plus, à chaque inspiration, la paroi abdominale fait-elle un léger mouvement. {Fig. Sô.)
. On pratique à ce moment la paracentèse, et immédiatement le sens de la respiration change, l'abdomen se vide., la paroi se détend et le diaphragme reprend son action. La dyspnée disparaît. {Fig. 51).
Ce que nous venons de dire ressort encore avec évidence de l'observation suivante :
Ûn malade est atteint d'une ascite énorme, la respiration est haletante. Nous recueillons le tracé 58.
Ce graphique nous montre que les mouvements de Tabdomen sont presque annihilés.
Nous pratiquons la paracentèse et nous recueillons le tracé 59.
Le mode respiratoire est tout à fait changé, le diaphragme a repris l'étendue de ses mouvements et la compensation que faisait le thorax et qui est si marquée dans la figure 58cesse complètement.
Nous n'insisterons pas davantage sur ces faits qui nous semblent fort clairs, et nous nous contenterons de placer sous les yeux du lecteur trois tracés recueillis dans des cas d'ascites.
Le premier (Fig, 60) a été pris sur un malade atteint de cirrhose : l'épanchement était considérable, mais il ne tendait pas encore la paroi. Donc pas d'altération dans la valeur des mouvements abdominaux.
Le second, fourni par une malade atteinte d'un volumineux cancer del'épiploon {Fig. 61), peut nous montrer un cas où précisément on est sur la limite delà tension 'desmuscles abdominaux. L'inspiration est arrêtée déjà et se termine en un petit plateau ( r). .
Lé troisième nous montre un cas où, immédiatement
j après une paracentèse, le diaphragme était agité de légères
Fig.60, — Tracé respiratoire dans l'ascite.
secousses analogues au hopet î C'est un phénomène que nous retrouverons encore dans d'autres circonstances. {Fig. 62.)
Tout ce que je viens de dire de la grossesse et de Tascite s*applique naturellement aussi aux hystes de V ovaire.
Les figures 63, 64, recueillies sur des malades qu*on allait opérer en font foi.
Fig* 61, — 5Tracé respiratoire dans l'ascite.
Le tracé représenté par la figure 6S a été pris également sur une malade atteinte de kyste ovarique. Il présente ceci de particulier, c'est qu'il a été recueilli de suite après la ponction et qu'il nous offre un nouvel exemple de ces petite
mouvements spasmodiques dont le diaphragme est quelque-
Fî^'. es.— Tracé respiratoire énorme (fille de 20 ans.)
fourni par un malade atteint d'ascite (après para-
- qu'il était obligé d^accomplir.
Il existe quelquefois dans l'abdomen une série de tumeurs liquides qui, par leur position, se trouvent fixées au dia- J)hragme et peuvent en gêner les mouvements. De ce nom-
bre sont les kystes hydatiques du foie. Nous avons voulu
Fig. 64. — Tracé respiratoire pris la veille de i'ovariotomie sur une Llle de 19 ans.
voir s'ils entravaient les mouvements des côtes inférieures de leur côté : il en est ainsi en effet. [Fig 66).
Fig» 65^ — Tracé respiratoire recueilli après une ponction.
Les kystes du foie, on le sait, repoussent le diaphragme,
■^g. 66. — > Tracé de chaque côté du tboraz chez une malade atteinte de kyste du foie.
empiètent sur la cage thoracique, et c'est pour cela qu'ils
l'immobilisent au même titre et de la même manière qu*un ' épanchement dans les plèvres.
Mais, dans l'abdomen comme dans la plèvre, il peut se
Fig. 67. — Tracé respiratoire dans un cas de tyrnpanite.
faire des amas gazeux.
Ils entravent le diaphragme moins encore que les épan-
Fij. 68. — Tracé respiratoire dans un cas de contusion abdominale.
chements liquides. Le tracé 67 a été pris sur une femme
Fig, 69, — Graphique de la respiration dans un cas de péritonite aigtië.
atteinte de tympanisme hystérique des plus prononcés; On ^
yoit que les mouvements abdominaux sont absolument lir bres.
Nous avons étudié, à propos des maladies du thorax, l'influence de la douleur sur les mouvements des côtes. Nous retrouvons cette étude dans les affections de Tabdomen : là encore la douleur agit par le même mécanisme.
Voici {Fig, 68) un tracé respiratoire fourni par un jeune homme qui avait, la veille, reçu une violente coyitusion des parois abdominales. La respiration est irrégulière et comme tremblée, le tracé abdominal existe encore, mais sa hauteur est certainement diminuée, puisqu'il semble égal au tracé thoracique. ^
A côté de cela, il faut placer l'afiection, où la douleur a la plus grande importance. Nous voulons parler dela^^^n^om^^ aiguë. Depuis longtemps on a remarqué l'immobilité de la paroi abdominale dans cette affection : le ventre est tendu au maximum parles gaz, la respiration est gênée : la méthode graphique {Fig. 69) nous démontre que le diaphragme ne fait plus, en réalité, aucun mouvement,le tracé de l'abdomen est une ligne droite. Plusieurs causes concourent à ce résultat : le tympanisme qui va jusqu'à la compression de la voûte diaphragmatique et la douleur qui agit soit par la sensation directe, soit par voie réflexe.
4e GROUPE.
Influence des affections du système nerveux sur les mouvements respiratoires.
Les paralysies et les convulsions peuvent atteindre les muscles respiratoires comme tous les autres muscles de l'organisme.
• Nous aurons donc encore à nous occuper ici de ces deux processus généraux.
La maladie la plus simple que nous devions étudier c'est
Regnard. n
la paralysie du diaphragme. C'est malheureusement une
Fig. 70.— Paralysie du diaphragme dans l'agoflie.
affection rare, et il ne nous a pas été donné d'en voir pendant le cours de nos recherches.
Mais, en revanche, nous avons pu étudier par la méthode
graphique une sorte de paralysie déjà signalée depuis longtemps par M. le professeur Parrot, c'est celle qui survient dans l'agonie.
Le savant médecin a souvent observé qu'au moment de l'agonie, alors que le malade est dans le coma, il peut arriver que le diaphragme demeure complètement immobile, que la respiration thoracique seule se fasse. Il constatait ce fait par la simple inspection des mouvements du ventre et de la poitrine. Nous avons voulu soumettre son opinion au
contrôle de la méthode graphique qui nous l'a complètement confirmée. En 70 on voit le tracé recueilli sur une vieille femme de la Salpêtrière qui, depuis plusieurs jours, était dans le coma apoplectique. L'inspiration était courte et l'expiration prolongée donnait cette sensation qu'on a, à j juste titre, comparée au fumage de la pipe. Le tracé repro- ' duit ce rhythme : il nous montre de plus que le diaphragme
n'est plus pour rien dans la respiration. I Les mêmes faits sont encore évidents si on considère le ' tracé 71 pris sur un malade de l'Hôtel-Dieu mourant d'une fièvre typhoïde.
Les choses peuvent encore aller plus loin : il peut arri- 1 ver que le diaphragme soit si complètement paralysé qu'il ! demeure comme une cloison inerte, avalée pour ainsi dire
par le thorax à chaque inspiration et repoussée par Texpiration, de telle sorte qu'il exécute ses mouvements exactement d'une manière inverse à celle de l'état normal. — Gela est évidemment démontré par le tracé 72, dans lequel on voit que le soulèvement du thorax correspond à un affaissement de la paroi abdominale. En regardant la respiration des agonisants, on verra souvent ce phénomène et on constatera, avec le simple secours du palper, la discordance entre les mouvements thoraciques et abdominaux.
Avant de quitter l'étude de Tagonie, nous voulons insister sur un caractère spécial qu'elle imprime à la respiration. Nous en avons déjà parlé, c'est la lenteur de l'expiration et même celle de l'inspiration. Cela résulte certainement d'un obstacle à l'expiration et à l'inspiration, tenant à la paralysie de la glotte. Le stertor n'est que le bruit qui résulte de la vibration des cordes vocales paralysées. La preuve qu'il y a bien un obstacle aux deux temps de la respiration est fournie par le tracé "73.
En considérant surtout le tracé diaphragmatique, on voit que l'inspiration se fait lentement, puis a lieu un brusque mouvement d'expiration qui comprime l'air dans le thorax ; cet air s'échappe ejisuite lentement comme
Fig. 73. — Tracé de la respiration stertoreuse.
le montre le plateau légèrement ascendant du tracé.
En 14, on a un exemple tout aussi frappant, recueilli sur une malade morte à la Salpêtrière, et qui est demeurée plusieurs jours iaple stertor.
Nous retrouverons plus tard la paralysie du diaphragme; quand nous nous occuperons des grandes névroses. Passons maintenant à ses convulsions.
On les rencoj^tre surtout dans ce qu'on a appelé la chorée
Fig» 74. — Tracé de la respiration stertoreuse.
du diaphragme qui peut être isolée ou bien compliquer une chorée générale.
Nous avons pu en observer deux cas, dont voici les graphiques :
Le tracé 75 a été recueilli sur une femme de 26 ans, prise de chorée du diaphragme à la suite d'une frayeur. On voit que la chorée n'était pas rhythmique, que les mouvements étaient désordonnés, et, à la moindre émotion, le désordre s'accusait bien plus encore.
Le tracé 76 a été recueilli sur une fille de 16 ans, atteinte également de chorée du diaphragme à la suite d'une grande peur.
Il est tout à fait différent du précédent, la respiration rhythmée continue à se faire, mais elle est entrecoupée de soubresauts et de contractions secondaires.
On rencontre encore la convulsion du diaphragme dans d'autres cas. — Les hystériques en dehors de leurs attaques «ont quelquefois prises de ce qu'elles appellent des datte^
menis^ ce sont des secousses subites du diaphragme qui
s'agite avec une grande rapidité.
C'est un cas de ce genre que représente le
tracé "77. . •
Le thorax deme.ure immobile pendant que l'abdomen est agité de ■violents mouvements de va et vient.
C'est encore une [convulsion du diaphragme que l'on observe dans cette toux hystérique qui ressemble à un hoquet , toux aspirée qui arrive à chaque mouvement respiratoire.
C'est une pareille toux que l'on voit en 78. Le tracé a été recueilli eh dehors de toute attaque sur une hystérique dê la Salpêtrière.
Nous avons pu, dans un cas d'hydrophoMe, à la période où la respir ration commence à être prise, recueillir le tracé que nous avons placé
ci- dessous. {Fig. 79.)
Il nous montre qu'il y avait paralysie glottique (stertor et obstacle aux deux temps de la respiration). De plus le
Fig. 7ô, — Chorée du diaphragme.
diaphragme était agité de petites secousses très-analogues â celles du hoquet.
Il serait intéressant de voir si ce que nous avons observé une seule fois est un fait général et si le rabique meurt bien du fait de la respiration.
Fig* 76, — ChorÂo du diaphragme.
Ici doit se placer Tétude des mouvements respiratoires dans les grandes névroses^ dans Tépilepsie et dans Fhystérie en particulier.
Fig, 77. — Battements abdomioaux dans l'hystérie.
Nous n'avons pu recueillir qu'un tracé d'épilepsie et pourtant le service de M. Charcot contient plus de deux cents malades atteintes de cette terrible affection.
On ne s'étonnera pas de la difficulté qu'il y a à prendre de pareils graphiques, quand on réfléchira que l'épileptique tombe où il se trouve, dans les ateliers, les cours, les esca-
liers; qu'il est tôut habillé, que l'accès est déjà fini quand on apporte le malade à son lit et quand on pourrait appliquer sur lui les instruments.
Là" malade sur laquelle nous avons expérimenté était au lit, parce que, depuis plusieurs heures, elle avait eu quatre
Fig. 78. — Toux hystérique.
ou cinq attaques. Nous avions appliqué sur elle les pneumographes et nous avons attendu patiemment le début
- Fig. 79. — Respiration dans un cas de rage.
d'une attaque que nous avons pu recueillir presque en entier.
Le tracé 80 nous montre la période d'aura et la période onique.
Dans Vaura, au moment où le malade va perdre connaissance, la respiration se précipite,le thorax et l'abdomen exë-
cuténf desmouvements incoordonnés, mais toujours syner*.
giques.
Dans la dernière partie du tracé, on voit la période tonique qui, chez notre malade,était très - courte : le diaphragme et le thorax s'arrêtent tous les deux en expiration forcée et restent immobiles : — Puis survient le stertor, la dernière oscillation du tracé en est le début.
Il est représenté par le tracé 81 qui est la continuation exacte du précédent.
Nous le voyons avec ces deux caractères : 1* obstacle à l'inspiration et surtout à l'expiration , plateau légèrement ascendant; 2° paralysie du diaphragme, qui est comme humé par le thorax à chaque mouvement inspiratoire et rejeté brusquement d'abord, puis lentement au moment de l'expiration.
A mesure que le stertor diminue, ces caractères diminuent eux-mêmes. Le tracé 82 représente la fin de la pé-
Fig. 80, — Respiration dans l'aura épilep tique et dans la période tonique.
riode stertoreuse, les deux caractères existent encore mais ils sont bien atténués.
V hystérie doit nous arrêter après Tépilepsie. L*hystérie
Fig, 81,^ Stertor épilep tique. (Période initiale.)
simple (hysteria minor de Cliarcot) est difficile à étudier
J^'i^r. ôl. — stertor épileptique, (Période terminale.)
pour les mêmes raisons que Tépilepsie. L'attaque se produit
Fig» S3,-^ Eeapiratioa dans une attaque d'hystérie simple.
partout, dure peu et ne se répète pas. Le seul cas sur lequel
no.us ayons pu expérimenter (Hôtel-Dieu, 1877) nous a fourni le tracé 83. La respiration est irrégulière, précipitée : il y a discordance entre le thorax et le diaphragme. De plusnombreuses observations pourront seules faire savoir s'il en est toujours ainsi : Autant il est difficile d'étudier l'épilepsie et l'hystérie autant il est commode de prendre des graphiques dans l'hystéro-épilepsie, au moins pendant la période tonique, qui seule est intéressante. Nous renvoyons pour les détails, à un mémoire que M. Richer et moi nous avons publié sur ce sujet dans la Revue mensuelle (1878). Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails que comporte le sujet : il nous faudrait charger notre travail de faits d'autant plus inutiles que nous venons de les publier avec de grands développements dans le mémoire que nous avons indiqué.
Il y a des affections nerveuses et des maladies générales où l'on rencontre une dyspnée spéciale dont nous de-^ V07ts maintenant faire l'étude : c'est la respiration de Cheyne-Stokes.
J'emprunte à M. Cuffer la description qu'il en donne.
« Dans un certain nombre de mala>diës, dit-il, on constate que la respiration s'arrête par moments et reprend après les pauses respiratoires en devenant dyspnéique : puis, après une période de dyspnée plus bu moins longue, on voit de nouveau survenir une pause respiratoire suivie bientôt d'une dyspnée et ainsi de suites.
Fig. 84. — Rhythmede Cheyne-Stokes (forme dyspnéique).
« Ainsi, à un moment donné, le malade cesse complètement de respirer pendant un temps variable, ordinairement de dix à vingt secondes, souvent davantage ; puis la respiration reparaît, les mouvements respiratoires soni d'abord petits, superficiels, leur amplitude augmente progressivement et bientôt il y a une véritable dyspnée. Arrivée à ce degré, l'amplitude des mouvements respiratoires va graduellement décroissant jusqu'à l'arrêt complet ; il se produit alors une nouvelle pause ou période d'apnée et ainsi de suite. »
Cette description s'applique à la respiration de Cheyne-
Fig, 85, — Respiration de Cheyne-Stokes (Torme suspirieusej .
Stokes dyspnéique. Dans d'autres cas, le rhythme est un peu différent. Il y a une suite de petits mouvements superficiels du thorax à peine marqués, puis, survient une profonde inspiration, puis des petits mouvements et ainsi de suite. C'est la forme qu'on a appelée suspirieuse^ c'est celle qu'il nous a été surtout donné d'observer.
Le tracé 84 est un exemple de respiration de Cheyne- Stokes dyspnéique, il a été pris sur une femme en état d'asystolie avec dégénérescence graisseuse du cœur. On voit que de grands mouvements du diaphragme (la malade est emphysémateuse) sont suivis d'un arrêt temporaire, puis la dyspnée reprend.
Dans la figure 85 on voit au contraire un exemple de îa forme suspirieuse.
Le tracé a été recueilli sur une femme atteinte de tumeur
a un arrêt, un soupir, un nouvel arrêt et les choses reprennent comme devant.
La Fig, 87 représente un autre exemple de forme suspirieuse recueillie dans une méningite tuberculeuse. Il est extrêmement caractéristique.
Examinons rapidement par quelles théories on a essayé d'expliquer ce phénomène de Gheyne-Stokes.
C'est en 1816 qu'il a été vu pour la première fois par Gheyne. En 1854, Stokes en a fait un signe de la stéatose du cœur. En 1867, Dusch reconnaît son existence dans les maladies du cœur, dans les tumeurs cérébrales, et particulièrement dans la méningite tuberculeuse.
Enfin, en 1871, Traube essaye d'esquisser une théorie pathogénique. Pour lui, la respiration de Cheyne-Stokes se produit toutes les fois qu'il y a une modification dans l'irrigation du bulbe.
L'acide carbonique, je suppose, s'accumule dans le sang, les pneumo-gastriques sont seuls excités, il n'y a qu'une faible respiration. Puis l'accumulation augmente, tous les nerfs sensitifs reçoivent l'excitation, les muscles respiratoires se contractent : d'où dyspnée* Cet excès de respiration élimine l'acide carbonique. Alors les nerfs périphériques cessent d'être*excités et la pause respiratoire reparaît : si les vagues eux-mêmes ne subissent plus d'excitation, il y a arrêt respiratoire complet.
Mader et Ziemssen adoptent complètement cette théorie de Traube, à qui nous ne ferons qu'un reproche, c'est d'être édifiée de toute pièce et de ne reposer sur aucune expérience bien déterminée.
Filehneest venu, après Traube, donner une explication du symptôme qui nous occupe. Pour lui, il faut que le centre vaso-moteur soit en état d'asphyxie, sans que le centre respiratoire soit excité pour qu'il ait respiration de Cheyne- Stokes. A la fin d'une pause respiratoire, il survient une anémie du centre respiratoire- De là une excitation pour^e
malade à respirer amplement Les respirations amples amènent une grande artérialisation du sang d'où apnée et pause respiratoire. Cette pause ne cesse que quand revient une nouvelle asphyxie qui ramène, par excitation, une certaine dyspnée, etc.
Certainement, voilà encore une théorie ingénieuse à qui il ne manque que des expériences directes et probantes.
Pour M. Cuffer, « le poumon est le propre régulateur de la quantité d'oxygène qui doit pendant l'acte de la respiration pénétrer dans la poitrine , et c'est sous l'influence d'une action réflexe que ce fait se produit, et cette action réflexe a pour point de départ le sang contenu dans le poumon. » Si le sang veineux arrive normal au poumon, il excite les fibres centripètes du pneumo-gastrique d'une quantité juste nécessaire pour que la dilatation thoracique amène au sang la quantité exacte d'air qui lui est utile. Mais si le sang veineux n'est pas normal, s'il a une capacité moindre pour l'oxygène, l'excitation sera telle que la poitrine se dilatera davantage et plus souvent pour faire compensation.
L'apnée ne sera pas loin : elle arrive, en efîet, quand le sang étant surchargé d'oxygène, la respiration devient un acte inutile. La dyspnée dépasse-t-elle le but? il y aura pause respiratoire. Cette pause se continuant, amènera un début d'asphyxie à qui succédera une nouvelle dyspnée, puis une nouvelle apnée et ainsi de suite. En joignant à cela le spasme des vaisseaux pulmonaires, M. Cuffer explique tous les cas de respiration de Cheyne-Stokes.
Nous n'avons voulu retenir de toutes ces explications que celle qui pouvait tomber sous le contrôle expérimental direct. La respiration de Cheyne-Stokes est-elle une apnée, dépend-elle d'une irrégularité respiratoire amenant une suroxygénation du sang qui rend pendant quelque temps les mouvements respiratoires inutiles ?
Les deux expériences suivantes sembleraient le prouver.
Expérience GIII. — Nous prenons le tracé thoracique d'un enfant de 5 ans et nous obtenons le graphique T {Fîg. 87). C'est en somme une respiration régulière et normale. Puis nous faisons respirer à l'enfant trente litres d'oxygène pur. Nous retirons l'appareil à inhalation et nous prenons un nouveau graphique T'. Nous n'avons plus qu'une respiration superficielle, tremblée, entrecoupée de grands soupirs et en tout semblable au rhythme de Cheyne-^
Expérience CIV. — L'expérience est répétée sur une fillette de 6 ans. Le graphique T de la figure 88 représente sa respiration normale. Le graphique T' représente son rhythme respiratoire après une inhalation de 30 litres d'oxygène. Ici encore nous obtenons quelque chose de tout à fait analogue à la respiration suspirieuse de la méningite.
Nous avons choisi des enfants parce que chez eux la volonté a peu d'action sur le rhythme respiratoire et que c'est en somme sur eux qu'on observe le plus ordinairement le phénomène de Gheyne-Stokes.
Nous croyons pouvoir conclure de nos recherches que le phénomène de Cheyne-Stokes est une apnée due à un excès d'altérialisation du sang dans une dyspnée qui dépasse son but. Quant à cette dyspnée elle-même, elle peut avoir des causes nerveuses et chimiques sur lesquelles l'expérimentation ne nous semble pas avoir encore donné jusqu'à présent des renseignements suffisants pour qu'on puisse bâtir une théorie inattaquable.