‹ Recherches expérimentales sur les variations pathologiques des combustions respiratoiresChapitre 21 sur 35 · Urine I^Oq · texte numérisé non relu

Urine I^Oq

Expérience CVIIL - Analyse de l'urine de la malade Bue. . . , liystéro-(;pilep tique.

11 mars. — Urine 1.3:;0-r. »

Densité I.iil2 »

Chlorures 13 75Q

Acido phosfiliorique ... 2 116

12 mars. — Urine ■j.GOO »

Densité , , . 1.015

Chlorures 17 !',q(j

Acide phosplioricjue. ... 2 (.00

Urce 1(5 384

13 mars. — Urine 1.8U0 »

Densité 1.011

Chlorures JO 200

Acide phosphuri(jue. .. . l ;i:io

1i mars. — Urine I.400

Densité 1.014

Chlorures 12 500

Acide phosphoriquc. ... 1 400

Ur<fe , . . . 14 336

15 mars. — Urine 1.G03 »

Densité 1.016 ^

Chlorures 18 432

Acide phosphoriquc. ... 0 550

TJrce 18 500

10 mars. — Urine 1.400 »

Densité 1.015 »

Chlorures 14 400

Acide phosphoriquc. ... 2 100

Tirée 15 460

17 mais. — Urine - . . 1.300 »

Densité 1.014

Chlorures 15 GOO

' Acide phosphoriquc ... 2 080

Urée 13 312

18 mars. — Urine 1.400 »

Urée 14 336

19 mars. -- Urine 1.500

Urée 17 200

20 mars. — Urine 1.700 »

Urée • . 19 584

Il ressort de ces chiffres que, même chez des malades qui mangeaient à peine, l'excrétion de l'urée s'est bien faite, et que ce produit de combustion s'est formé comme à l'état normal, ou tout au moins avec un très- faible abaissement.

Ce serait peut-être ici le lieu de donner une explication de Vamirie hystérique, mais nous croyons que cela serait prématuré. Qu'il nous suffise dans ce moment d'avoir bien constaté les faits. Nous savons que, dans un certain état de la grande névrose, il peut y avoir une abstinence presque complète, que pendant qu'elle dure il arrive deux choses, ou l'urée, tout en se maintenant à son chiffre normal dans le sang, n'est plus éliminée, ou bien, elle est éliminée par une voie collatérale, la voie gastro-intestinale, et il se fait une sorte de balancement. Enfin, cliez l'immense majorité des hystériques, il ne se passe rien de semblable et l'ischurie demeure au fond un phénomène rare.

Maintenant comment et pourquoi cela se fait-il ? des suppositions ont été faites, elles étaient faciles ; mais comme rien jusqu'ici n'est venu leur apporter des preuves, nous préférons nous contenter des faits observés et attendre que de nouveaux viennent se produire.

Pendant que nous nous occupons de l'excrétion urinaire dans les maladies nerveuses, nous devons dire qu'il serait du plus haut intérêt de savoir ce que devient la production de l'urée dans le coma apoplectique, alors que le corps entier est dans une complète résolution. Ici, malheureusement, le manuel opératoire est des plus difficiles; nos tentatives ont été peu fructueuses. Il est presque impossible de recueillir lurine même avec la sonde à demeure, et nos devanciers ont dû éprouver les mêmes difficultés que nous, car la littérature scientifique est muette sur ce sujet. Tout au plus trouvons-nous un travail de M. A. Ollivier dans lequel deux ou trois analyses ont été exécutées ; mais

Turine totale n'a pas été recueillie ; on a analysé un échantillon pris au hasard et on a rapporté au litre la quantité d'urée trouvée dans le dosage. On ne savait pas combien le malade avait uriné de litres : on ne savait donc rien en réalité et l'auteur lui-même ne donne ses résultats que pour de lointaines approximations.

L'étude des maladies du foie est venue depuis peu jeter une vive lumière sur une très-importante question, sur le lieu de formation de l'urée. L'urée, nous l'avons dit, est le dernier résultat de la combustion des tissus, mais rien ne prouve que la dernière oxydation qui amène à cet état final les produits intermédiaires se fasse dans tous les tissus. Et, si l'urée est un produit de dédoublement de ces substances, alors il devient vraisemblable que ce dédoublement ne doit rencontrer les conditions de sa formation que dans des points limités. Or, il résulte d'expériences et d'observations déjà anciennes que l'un de ces points serait le foie. Nous allons donner ici un court aperçu de la question ; elle a pour nous un grand intérêt puisqu'elle nous explique la raison pour laquelle il n'y a pas toujours équation absolue entre les combustions et leur produit définitif, l'urée.

C'est par la pathologie qu'on a commencé à entrevoir la vérité ; nous avons déjà dit que Frerichs avait été étonné de voir que, dans des maladies fébriles par excellence, dans l'ictère grave par exemple, l'urée disparaissait.

A côté de cela, avons-nous dit, on observe l'azoturie dans des affections où la température reste basse.

Sydney Ringer et Chalvet constatent que, dans la fièvre intermittente, l'urée commence à croître avant la température. — Voilà bien des faits qui s'accordent peu avec la théorie des combustions directes.

Au contraire, l'idée que l'urée se forme surtout dans le foie, par la suroxydation de matières déjà oxydées dans les tissus ou par leur dédoublement, éclaire tout d'un coup la

question. Et, en effet, pour la formation de l'urée, il faudra l'intégrité des cellules hépatiques: toutes les fois que cette intégrité sera détruite, la formation n'aura plus lieu. Ce qui va suivre aura pour but de démontrer qu'il en est bien ainsi. Le lecteur qui voudrait plus de détails sur la question, se reportera à l'excellent mémoire que M. Brouardel a publié.

On a, depuis longtemps déjà, remarqué la relation qu'il y a entre l'état du foie et la production de l'urée, Fourcroy et Vauquelin l'avaient signalée en 1806. Prout, Rayer en parlent également ; Boucliardat, dans son traité de la glycosurie, signale la grande quantité d'urée que l'on trouve dans les cas d'ictère simple.

Quand la théorie du dédoublement a pris naissance, on a cherché où ce dédoublement pouvait avoir lieu. Meissner a publié, en 1864, un mémoire pour prouver que c'était dans le foie. Il a trituré du foie dans de l'eau et il a démontré que cet organe contenait beaucoup plus d'urée que le sang. Bouchard a depuis démontré que le foie du bœuf en contenait 0 gr. 20 c. par kilog.

Kuhne vient témoigner dans le môme sens en faisant remarquer qu'on ne rencontre pas d'urée dans le tissu musculaire qui pourtant est le siège le plus actif des combustions. — Stokvis et Heynsius étaient arrivés aux mêmes conclusions.

Fuhrer et Ludwig avaient pensé que l'urée se produisait aux dépens des globules du sang qui se détruisaient. — Meissner accepte leur conclusion et il l'adapte à sa théorie, car il fait remarquer que c'est dans le foie qu'a lieu une grande destruction de globules. Pour lui les albuminoïdes serviraient d'abord à l'état d'hémoglobine, puis, dans le sang, ils se dédoubleraient et il résulterait de cette opération de l'urée et du glycogène.

Cette opinion se trouve corroborée par une observation de Gœthgens et de Huppert qui avaient remarqué quOj

dans le diabète, le sucre et l'urée marchaient de pair, ce qui est facile à expliquer si tous deux naissent du dédoublement des mêmes matières albuminoïdes.

Une seule expérience pouvait d'ailleurs juger la question et elle a été faite par Cyon. Il s'agissait de doser l'urée du sang qui entre dans le foie et celle du sang qui en sort. Voici le résultat obtenu :

Ces chiffres semblent bien indiquer que l'urée se forme dans le foie.

Voilà ce que dit la physiologie ; voyons maintenant ce que dit la clinique. Nos guides, en cette matière, seront les travaux de M. Brouardel et de M. Charcot, qui contiennent une série considérable d'observations que les limites ellesmêmes de notre travail ne nous permettraient guère de reproduire.

Voyons d'abord les cas où le foie subit des altérations qui le détruisent en totalité ou en partie.

C'est d'abord V atrophie jaune aiguë, qui annihile la presque totalité des cellules hépatiques. Nous avons déjà cité les passages où Frerichs indique la disparition de l'urée et son remplacement par une grande quantité de leucine et de tyrosine. Ces faits ont été vus de nouveau par Murchison et par Parkes. La fièvre jaune paraît avoir le même, résultat. C'est encore une maladie qui détruit le foie et dans laquelle l'urée disparait.

Sang de la veine porte 0,09 pour 100.

— des veines sus-liépatiquey . 0,14 —

Et dans un autre cas :

Sang avant le foie

— après le foie

— après quatre passages

0,08 pour 100.

It intoxication phospJiorée attaque, elle aussi, la cellule du Ibie ; supprimera-t-elle Turée ? Si on en croyait un travail de Bauer, il n'en serait rien et même l'urée augmenterait. Ce fait, en rapport avec une observation de Storch, est absolument contraire à une autre observation de Schultzen et Riess, qui avaient vu tomber l'urée au minimum. Nous n'avons pas pu nous procurer le travail de Bauer, et nous le regrettons ; nous aurions voulu vérifier de nos yeux le manuel opératoire singulier qu'on prête à son auteur.

Ce savant allemand publie un tableau d'analyses qui contient des décimales. Sait-on comment il les obtient, comment il fait ses expériences ?

Il essaie vainement de faire uriner dans une soucoupe le chien sur lequel il expérimente. Alors il se résout à le laisser uriner sur le plancher du laboratoire et il recueille avec une pipette et une éponge l'urine qu'il jauge et qu'il analyse (??) (1).

Notre lecteur nous permettra de ne tenir aucun compte de recherches exécutées par cette méthode imprévue et de passer de suite aux expériences de MM. Brouardel et Lecorché.

Ces deux expérimentateurs, en empoisonnant très- lentement des animaux par le phosphore, de façon à arriver à une stéatose du foie presque complète, ont vu l'urée disparaître en même temps qu'augmentait la lésion hépatique. Il y a concordance parfaite avec ce qui se passe dans l'ictère grave.

Mais en revanche, dans Victère simple, alors qu'il n'y a

(l) Cette remarquable expérience est rapportée par M. Brouardel. Elle nous donne une idée assez exacte de la précision allemande. Beaucoup de savant» d'outre-Rhin publient des travaux où l'on trouve des chiffres suivis de quatre décimales ; ils font les lectures de gaz avec des longues-vues et souvent leur expérience commence à la façon de celle de Bauer.

pas destruction de la cellule hépatique, mais bien simple hyperhémie de l'organe, alors que les fonctions sont exagérées et que la bile est sécrétée en excès, nous voyons la fonction du foie vis-à-vis de la formation de l'urée s'exagérer et des quantités considérables de ce produit être éliminées. Nous avons déjà dit que c'était à M. Bouchardat que l'on devait la connaissance de ce fait important.

Un ahcès du foie, un cancer du même organe, diminuant le champ de l'uropoièse, doivent, en même temps, diminuer la quantité de l'urée. Il semble, en effet, qu'il en est ainsi ; c'est du moins ce qui résulte d'expériences faites par Parkes. Ce point important aurait besoin d'être vérifié encore.

Quant à la lithiase biliaire, on a vu plus haut qu'elle nous avait présenté une alternance remarquable entre la température et l'urée. L'état du foie est tel dans l'angiocholite que les produits extractifs ne sont plus amenés jusqu'à l'urée.

La cirrhose est encore une affection qui annihile la fonction de la cellule hépatique et qui diminue la production de l'urée, toute question d'alimentation mise à part. Schérer l'a déjà vu en 1843, Haller est arrivé dix ans plus tard à la même conclusion.

Aujourd'hui des observations nombreuses de Brouardel, . de Hirne, de Fouilhoux viennent démontrer que, dans la cirrhose, l'excrétion de l'urée tombe à quelques grammes, même si le malade continue à se bien alimenter. B en est absolument de même, cela était forcé, dans le foie cardiaque qui, physiologiquement, a les mêmes conséquences que la cirrhose.

Les suppurations prolongées, la phthisie amènent l'état graisseux du foie et, par contre-coup, une faible diminution de l'urée. Mais ici le résultat n'est pas convaincant, car la nutrition et l'alimentation sont tellement modifiées.

que rabsence d'urée n'a rien qui puisse surprendre.

Nous avons à propos de l'ictère simple lait remarquer que l'urée augmentait toutes les fois que l'iiyperémie de l'organe hépatique se manifestait. C'est, en particulier, ce qu'on voit dans la congestion iraitmaiique du foie. (Sigmund, Herzog, Brouardel.)

En résumé toutes les fois que la cellule hépatique est altérée ou détruite, l'urée diminue ou disparaît. Toutes les fois qu'il y a exagération des fonctions du foie, l'urée augmente. Ce sont là les conclusions du mémoire de Brouardel. Elles nous semblent devoir être adoptées provisoirement jusqu'à ce que l'expérimentation directe vienne les confirmer ou, ce qui est peu probable, les infirmer.

Résumant donc ce long chapitre sur la production de l'urée dans les processus pathologiques, nous dirons :

1° L'urée, étant le résultat ultime des combustions, marche en général conjointement avec elles et varie dans le môme sens :

2^ L'urée semble être formée dans le foie par suroxydation ou plus probablement par dédoublement des substances extractives. La loi exprimée ci-dessus n'est donc plus vraie quand le foie est lésé dans ses éléments. Les combustions s'arrêtent à des produits moins oxydés, à ceux qui se forment dans tous les tissus par la combustion directe, (Créatine, créatinine, hypoxanthine, acide urique) ;

3'^ L'urée peut s'accumuler dans l'organisme pendant les périodes où elle est produite en excès et être éliminée tout d'un coup sans qu'il y ait pour cela élévation des combustions (Crises);

4° Dans quelques cas peu fréquents et encore inexpliqués, la sécrétion de l'urée peut s'arrêter définitivement (Ischuries) ;

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