CHAPITRE IV Des gaz du sang
§ m. Variations pathologiques.
L'influence pathologique, la plus simple qui puisse faire varier la quantité des gaz contenue dans le sang, est la diminution même des éléments qui, dans ce liquide, ont la propriété de fixer ces gaz ; c'est la diminution des globules rouges.
Anémie. — C'est donc le processus hémorrhagique que nous aurons à examiner tout d'abord.
On sait maintenant ce qui se passe immédiatement après une saignée. La pression sanguine baisse subitement, mais elle se relève vite ; une quantité considérable d'eau a passé dans le système circulatoire, et en même temps il s'est régénéré un certain nombre de globules. Mais les globules ne sont plus proportionnels à la quantité de liquide qui les baigne ; ils sont plus dilués que primitivement, aussi une même quantité de sang ne peut-elle plus dissoudre une aussi grande quantité de gaz. Il y a donc moins d'oxygène dans le sang après qu'avant une liémorrhagie, toute condition de volume étant gardée.
MM. Mathieu et Urbain ont signalé ce fait important, mais l'explication qu'ils en donnent est un peu différente de la nôtre. Pour eux, la diminution delà pression artérielle entraînerait des contractions plus rapides du cœur; le sang,
circulant plus vite, demeurerait moins longtemps dans le poumon au contact de l'air, d'où des échanges moins complets. — Cela doit être en effet : en tous cas, cette deuxième cause vient se joindre à celle que nous signalons plus haut et marche dans le même sens.
Quoi qu'il en soit de l'explication, nous avons fait quelques expériences pour mettre le fait lui-même bien en lumière.
Expérience XXVI. — Nous prenons à la crurale d'un chien barbet bien portant et respirant tranquillement 30 ce. de sang artériel que Ton porte à la pompe. T. = 38° 5.
Volume des gaz 16^^,2 pour 100 c. c.
Oxygène 24 ,0 —
Acide carbonique 50 ,3 —
Azote 1 ,9 —
L'animal est vigoureux, il pèse 11 kil., on lui pratique une saignée de 150 gr. Une heure après, nouvelle analyse de 25 ce. pris à la crurale.
Volume des gaz 68^^,4 pour 100 c. c.
Oxygène 22 ^8 —
Acide carbonique 43 ,6 —
Azote 2 ,0 —
Dans cette expérience, une saignée de 150 gr. a diminué l'oxygène de 1 ce 2 et l'acide carbonique de 6 ce 7. La respiration était demeurée très-normale.
Expérience XXVII. — Sur un gros chien de chasse de 15 kil. nous prenons 30 ce de sang à la crurale. L'animal est très-calme et dans des conditions excellentes :
Volume des gaz 60*^'^,0 pour 100 c. c.
Oxygène 16 ,8 —
Acide carbonique 41 ,2 —
Azote 2 ,0 —
On pratique une hémorrhagie de 200 gr. et on laisse l'animal se bien reposer.
Volume des gaz.
Oxygène
La saignée a amené une perte de 2 ce. 4 sur l'oxygène et de 5 ce. 2 sur l'acide carbonique.
Ces deux expériences sont très-concluantes. On en trouvera un grand nombre de semblables dans les mémoires de MM. Mathieu et Urbain et dans celui de M. Noël.
Nous avons fait connaître l'explication donnée par MM. Mathieu et Urbain du phénomène qui nous occupe : diminution de la pression artérielle, circulation plus ra^ plde, d'où oxygénation moins complète dans le poumon. — Si leur explication est exacte de tous points, ou plutôt si elle contient à elle seule toute la vérité, une injection de sérum égale à la perte de sang, rétablissant la pression intégralement, devrait ramener les gaz du sang à leur taux primitif. Or, il n'en est rien.
Expérience XXVIII. — A un chien lévrier de 8 kil., nous prenons 25 ce de sang à la crurale.
Volume des gaz ,
Oxygène
Acide carbonique Azote
Immédiatement nous lui faisons subir une hémorrhagie de 150 gr., ce qui pour lui est une perte assez considérable; puis, grâce à un robinet à 3 voies adapté à la seringue, nous injectons de suite 150 gr. de sérum. Après 1/4 heure, nouvelle prise de 25 ce de sang.
b2^^,0 pour 100 c. c.
52^^2 pour 100 c. c.
Volume des gaz. .
Oxygène
Acide carbonique, Azote
32'^^! pour 100 c. c.
Voilà une expérience où la pression sanguine n'a pas changé sensiblement et oii, grâce à la simple dilution des globules dans une plus grande quantité de liquide, les gaz du sang ont beaucoup diminué. — Quand nous nous occuperons du plus grand volume d'oxygène absorbé par le sang, nous signalerons une expérience qui plaide absolument dans le même sens. Ce n'est pas à dire pour cela que la cause invoquée par MM. Mathieu et Urbain doive être complètement rejetée ; elle agit et tout particulièrement dans les instants qui suivent immédiatement la saignée.
Il faut également savoir qu'une perte de sang légère peut amener un léger ralentissement de la respiration qui pourrait diminuer l'oxygène du sang. — Mais ce n'était pas le cas dans les expériences personnelles que nous avons rapportées. L'hémorrhagie avait été assez considérable pour avoir amené, au contraire, une véritable anhélation. Il semblait que l'animal compensât par la ventilation de ses poumons l'insuffisance de la capacité absorbante de son sang. La dyspnée est, en effet, un des symptômes communs des hémorrhagies considérables et des anémies profondes.
En résumé, qu'elle agisse par la diminution des globules ou par la diminution de la pression sanguine, l'hémorrhagie a toujours pour résultat une diminution dans les gaz dissous dans le sang, diminution qui porte principalement sur l'oxygène.
Chaleur animale. — Fièvre. — Immédiatement après avoir parlé de l'hémorrhagie, nous devons nous occuper des modifications dans la chaleur propre de l'animal. La température étant proportionnelle aux combustions et
celles-ci utilisant des quantités également proportionnelles d'oxygène, on conçoit que ce gaz devrait être en raison inverse de la température. Mais ici intervient encore l'influence perturbatrice de la mécanique respiratoire; une ventilation pulmonaire plus active venant remplacer l'oxygène à mesure qu'il est utilisé dans les tissus et éliminer l'acide carbonique qui est produit en excès.
C'est ainsi qu'il résulte d'expériences nombreuses de MM. Mathieu et Urbain qu'il y a d'autant plus d'oxygène dans le sang artériel que la température de l'animal est plus élevée et qu'il y en a d'autant moins qu'elle est plus basse. Ces résultats semblent contradictoires. En effet, les combustions étant plus actives quand la température est élevée devraient avoir employé plus d'oxygène et produit plus d'acide carbonique. Mais les mouvements plus fréquents du thorax ont amené une compensation qui a même dépassé la normale et entraîné un résultat final inverse. Les chiffres obtenus par MM. Mathieu et Urbain nous semblent tenir aux variations considérables qu'ils provoquaient chez les animaux sur lesquels ils opéraient. C'est ainsi qu'ils refroidissaient des chiens jusqu'à 25° et qu'ils en échauffaient d'autres jusqu'à ce que leur température rectale fût de 42° 5. — Ces états incompatibles avec la yie et rares sinon inconnus, même en pathologie, amenaient dans le rhythme respiratoire des variations de 5 à 200 inspirations à la minute, de là, nous l'avons dit, la diminution de l'oxygène dans le refroidissement et son augmentation dans la fièvre.
Nous avons voulu procéder plus doucement et amener des changements de température assez lents et assez modérés pour que le rhythme respiratoire fût peu modifié et pour que l'état des gaz du sang indiquât mieux le sens dans lequel ils étaient utilisés ou produits par les combustions intimes.
Et alors nous sommes arrivés à des résultats peu mar-
qués, il est vrai, mais inverse, de ceux qu'avaient signalés MM. Mathieu et Urbain.
Expérience XXIX. — On prend, à un petit chien de 8 kil., 25 ce. de sang à l'artère crurale.— T. R. = 38%5, R. = 16.
Volume des gaz ôS'^^.O pour 100 c. c.
Oxygène 15, 8 —
On attache alors l'animal sur le dos pendant 4 heures.
La température extérieure est de 12^ Au bout de ce temps la température du chien est tombée à 36o. Le nombre des respirations est de 14 à ]5 à la minute.
Nouvelle prise de sang :
Volume total des gaz ôO^'^.S pour 100 c. c.
Oxygène 18, 2 —
Acide carbonique 30 ,8 —
Azote 1 ,8 —
I ci la respiration est restée presque la même ; le refroidissement a entraîné un gain de 2 ce. 4 d'oxygène et une diminution de 5 ce d'acide carbonique.
Nous avons encore utilisé pour amener le refroidissement l'action hyposthénisante de l'alcool.
Expérience XXX. — Un chien de 13 kil. (T. R. = 38°) est soumis à une saignée de 25 c. c à la crurale. R. = 18.
Acide carbonique.
Azote
Volume total des gaz,
Oxygène
Acide carbonique. . . .
Azote
58^^8 pour 100 c. c.
On lui injecte 70 grammes d'alcool à 36° sous la peau.
L'animal, d'abord agité, tombe rapidement dans le collapsus ; on attend deux heures et on pratique une nouvelle analyse des gaz du sang artériel. (T. R. = 37°, E. = 17.)
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique . . .
Azote
L'animal est mort dans la nuit.
Voilà encore une expérience où le refroidissement a amené une augmentation de l'oxygène et un abaissement du chiffre de l'acide carbonique.
Expérience XXXI. — Nous prenons à l'artère crurale d'une chienne épagneule de 11 kil. 25 ce. de sang. T. R. = 27«, R. = 15.
Volume des gaz .
Oxygène
Acide carbonique Azote
On injecte alors dans divers points du tissu cellulaire 100 grammes d'alcool à 36«. Une heure après l'animal est inerte, anesthésié même à la conjonctive, mais la respiration est encore active. R. =18. La température rectale est tombée à 35° 8. Nouvelle analyse.
Volume des gaz .
Oxygène
Acide carbonique Azote
Mort dans la nuit.
Ici encore le refroidissement a fait gagner au sang 2c. c.6 d'oxygène. Il lui a fait perdre 8 c. c. 9 d'acide carbonique.
52^^8 pour 100 c. c.
63cc,2 pour 100 c. c.
ÔG^^'^jQ pour 100 c. c, 23 ,7 — - 31 ,4 — 1 ,8 —
Lé refroidissement n'a pas toujours la même action. M. Légerot Ta produit en passant unyernis sur la peau d'un lapin. Il a yu ainsi l'oxygène tomber de 15 c. c.àlO c. c.0/0 et l'acide carbonique de 28 à 21 .
Inversement, nous avons vu une augmentation modérée de la température, amener une diminution dans les gaz du sang artériel.
Expérience XXXII. — Nous prenons à un chien épagneul du poids de 10 kil. 25 ce. de sang à l'artère crurale. (T. R. 38°, R. = 20.)
Volume total des gaz 56'''', 5 pour 100 c. c.
Oxygène 16, 2 —
Acide carbonique 38, 4 —
Azote 1, 9 —
Puis nous lui injectons dans le tissu cellulaire environ 10 c. c. cubes d'urine commençant à se putréfier. Le surlendemain le lieu de l'injection (aisselle) est le siège d'un phlegmon étendu. (T. R. = 39« 6, R. = 24.)
Nouvelle analyse de 25 ce. de sang.
Volume des gaz
Oxygène
56'=«,8 pour 100 c. c.
Ici la fièvre a diminué l'oxygène et augmenté l'acide carbonique d'une quantité à peu près égale.
Nous avons encore tenté deux fois cette expérience, mais, dans ces deux cas, la respiration est devenue très-fréquente, et alors, conformément aux conclusions de MM. Mathieu et Urbain, nous avons eu une augmentation de l'oxygène et une diminution de l'acide carbonique.
Ainsi nous ne saurions trop insister sur ce point, c'est,
le rhythme respiratoire, la yentilation pulmonaire qui règle et domine la quantité de gaz dissous dans le sang, et cela au point d'arriver souvent à masquer l'action propre des processus physiologiques ou morbides. On conçoit donc combien les maladies qui entravent le jeu du thorax ou du diaphragme peuvent avoir d'action sur lés combustions intimes (1).
Nous retrouvons le même résultat si nous nous occupons de l'influence des convulsions sur la teneur du sang en oxygène et acide carbonique.
Nous l'avons déjà dit quand nous nous sommes occupés du travail musculaire, les mouvements exagérés des membres sont accompagnés de mouvements exagérés du thorax, et alors l'accumulation d'acide carbonique, qui devrait se faire dans le sang artériel n'a pas lieu et l'appauvrissement en oxygène est empêché.
Dans les convulsions intenses et pathologique^, il ëri ëst de même souvent, seulement la dépense dans les muscles et la surcharge carbonique du sang veineux deviennent tels que la ventilation pulmonaire n'est plus suffisante et on voit alors l'exagération des combustions se révéler dans la
(l) On remarquera que nous ne nous àppuyons pas Sut le travail (|tië MM. Estor et S. Pierre ont fait sur les gaz du sang veineux dans les parties enflammées. — Voici, en effet, les chifiFres trouvés par ces expérimentateurs :
Oxygène Aeidet pour 100 c. c. carbonique.
1*"® expérience.
Membre enflammé.
2® expérience.
Membre enflammé.
3® expérience.
Membre enflammé. .
Du sang veineux qui contient seulement 7 O/O de CO*. Il y i inspirer bien des doutes sur la valeur des analyses .
i là de quoi
composition du sang artériel. C'est ce qui ressort des expériences suivantes.
Expérience XXXIII. — Nous analysons 25 c. c. de sang pris à la crurale d'un chien mâtiné, du poids de 13 kil. (T. R. 37«,5 = R = 20.
Volume des gaz .
Oxygène
Acide carbonique Azote
Immédiatement après l'analyse, nous injectons dans l'estomac du chien, 4 gr. d'acide phénique dissous dans 150 gr. d'eau. Au bout de trois minutes, l'animal est pris de convulsions, de trépidations. Les mouvements respiratoires sont tellement rapides que nous ne pouvons les compter.
Nous faisons une nouvelle analyse de 25 c. c. de sang :
Volume des gaz 50^=^,0 pour 100 c. c.
Oxygène 14 ,0 —
Acide carbonique 24 ,0 —
Azote 2 ,0 —
Voilà donc une expérience où, malgré la rapidité des mouvements respiratoires, l'oxygène, activement employé dans les muscles, a diminué dans le sang artériel.
Du reste, la ventilation pulmonaire si rapide, a eu, néanmoins, son effet bienfaisant sur l'acide carbonique qui a été éliminé et a diminué dans le sang.
Les convulsions produites par l'acide phénique sont des convulsions cloniques. Si l'on étudie les gaz du sang pendant les convulsions toniques qui immobilisent la cage thoracique, on trouve un effet encore bien plus accusé.
C'est ce que démontrent les deux expériences qui suivent.
44cc,6 pour 100 c. c.
Expérience XXXIV. — Le 21 juillet, on met en expérience un grand chien dogue, du poids de 14kil. (T.R.=38'^), assez mal portant, ayant subi deux saignées et portant des plaies suppurantes.
On analyse 25 c. c. de sang crural.
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique . . .
Azote
68^^,9 pour 100 c. c.
On injecte sous la peau 5 milligrammes de sulfate de strychnine. En cinq minutes, l'animal devient très-excitable, et immédiatement au début de la première grande convulsion, on fait une prise de 25 c. c. de sang. La cage thoracique n'a pas été immobilisée ; la respiration a été lente, mais très-ample.
Volume total des gaz 64'^*', 8 pour 100 c. c.
Oxygène 11 ,6 —
Acide carbonique 51, 2 —
Azote 2 ,0 —
Diminution de près de moitié de l'oxygène et augmentation considérable de l'acide carbonique.
Ce fait est encore plus évident dans l'observation suivante.
Expérience XXXV. — Le 2*7 juillet, on prend un chien barbet, adulte, de 4 kil. Ce chien a déjà été opéré et suppure (T.R. =3 38°).
On analyse 25 ce. de sang de Tartère crurale.
Volume des gaz , 66*^^,7 pour 100 ce.
Oxygène 17 ,0 —
Acide carbonique 48 ,1 —
Azote 1 ,6 —
Regnard. 6
" On injecte dans Faisselle 4 milligrammes de sulfate de strychnine. Dix minutes après, grandes convulsions toniques, puis secousses spontanées multiples (T. R. = 38°5). A la suite d'une des convulsions, oii le thorax a été un peu immobilisé, on prend 25 ce. de sang qu'on analyse. •
Volume des gaz .
Oxygène
ei^^,b pour 100 c. c.
Ici encore, une diminution de l'oxygène par suite de son utilisation dans les tissus jointe à un certain défaut dans l'aération du poumon.
On attend encore dix minutes, deux grandes convulsions ont lieu (T. R. 39«).
L'auimal fait des respirations très-lentes mais très-profondes.
Nouvelle prise de sang (il est noir dans la pompe).
Volume des gaz. 33,0 pour 100 c. c.
Oxygène 1,0 —
Acide carbonique 30,8 —
Azote 1,2 —
L'animal est en pleine asphyxie, les résultats n'ont plus d'importance.
Avant d'en finir avec les convulsions, nous avons voulu voir ce qui advenait des gaz normaux du sang artériel dans les convulsions cloniques de l'urémie. Cela avait une certaine importance à cause de l'action particulière qu'a sur le sang le carbonate d'ammoniaque.
Ce sel, en effet, semble diminuer le pouvoir d'absorption de l'hémoglobine pour l'oxygène. Malgré cela, le rhythme respiratoire est suffisamment exagéré pour que le sang
continue à s'oxygéner au-delà de la normale. Il résulte de là, qu'après la convulsion, l'animal n'éprouve plus le besoin de respirer et cju'il demeure en apnée. Nous verrons plus loin le parti qu'on a tiré de ce fait pour expliquer le phénomène de Clieyne-Stokes dansl'ammoniémie.
L'augmentation de l'oxygène dans le sang ressort de l'expérience suivante.
Expérience XXXVL — Sur un chien gritFon de 5 kil., nous faisons une analyse de 25 c. c. de sang crural.
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbouique. . .
Azote
On injecte dans la veine un gramme de carbonate d'ammoniaque dissous dans 25 ce. d'eau tiède. Très-rapidement commencent des convulsions et une dyspnée intense, l'animal s'agite.
Analyse de 25 c. c. de sang.
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique . . .
Azote
En résumé, les convulsions augmentent la température et les combustions. Elles diminuent l'oxygène du sang artériel et en augmentent l'acide carbonique, à moins qu'une ventilation pulmonaire compensatrice ne vienne détruire cet effet et même dépasser le but (convulsions cloniques).
C'est à côté de ces phénomènes dus à la variation de la chaleur animale que nous devons placer ceux qui résultent de certains agents anesthésiques comme le chloroforme, la morphine, le chloral. Ces agents agissent en diminuant les mouvements et, par suite, les combustions. Il est donc pro-
54^^9 pour 100 c. c.
56^^9 pour 100 c. c.
bable qu'ils agissent comme la section de la moelle, l'alcoolisme ou la simple immobilisation : ils augmentent légèrement l'oxygène et diminuent considérablement le taux de l'acide carbonique. Mais ici encore intervient le facteur important dont nous avons eu à nous occuper tant de fois : le mécanisme respiratoire. On sait, en effet, que le chloroforme peut changer considérablement le rhythme de la respiration qui est accéléré dans la période d'agitation, qui est diminué au point que la mort devient imminente dans certains cas pendant la période de collapsus. Nous ne pouvons donc nous étendre sur ce point et il nous suffira de signaler au passage ces agents et leur action sur les phénomènes intimes de la respiration.
Une des causes qui, on le comprendra, doit avoir sur la composition gazeuse du sang l'influence la plus considérable, c'est l'intoxication du sang lui-même.
Certaines substances ont la propriété de se fixer à l'hémoglobine et de détruire temporairement ou définitivement son pouvoir d'absorber l'oxygène. Tels sont l'oxyde de carbone et les nitrites. — Il est évident que ces substances, supprimant d'emblée une portion de la partie utile du sang, agissent à la façon d'une saignée, diminuent l'oxygène du sang et consécutivement son acide carbonique.
Gela ressort des expériences suivantes :
Expérience XXXVII (1). — Nous prenons un chien du poids de 14 kil. : Cet animal respire tranquillement. Nous analysons 25 c. c. de sang pris à l'artère crurale :.
Volume total des gaz 54^'^, 5 pour 100 c. c.
Oxygène 18 ,2 —
Acide carbonique 34 ,5 —
Azote 1 ,8 —
(l) Faite en commun avec M. le D"^ Jolyet, professeur à la Faculté de médecine de Bordeaux. (Voir Gazette médicale- , 1876.)
Puis nous lui faisons inhaler quelques gouttes de nitrite («'amj?/^^ placées dans un flacon. Prise de 25 c. c. de sang noirâtre :
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique. . .
Azote ,
Donc diminution considérable d'oxygène, le sang ne pouvant plus en absorber autant ; diminution également de l'acide carbonique consécutive à celle de l'oxygène.
Expérience XXXVIH. — Nous prenons une chienne du poids de 13 kil. 200, respirant tranquillement. Nous analysons 25 c. c. de sang crural :
Volume total des gaz
Oxygène
Nous lui faisons inhaler du nitrite d'amyle et nous procédons à une nouvelle analyse :
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique. . .
Azote
Expérience XXXIX. — Un chien vigoureux du poids.de 14 kil. est mis en expérience. On lui prend 25 ce. de sang à la crurale :
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique . . .
Azote
32^^^ 4 pour 100 c. .c.
49^*^,4 pour 100 ce.
25,5 pour 100 c. c.
54,7 pour 100 c. c.
On lui injecte sous la peau 3 grammes environ de nitroglycérine. On analyse trois heures après 25 c. c. de sang.
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique . . .
Azote
Expérience XL. — Chien de 8 kil. 200 déjà un peu malade (suppuration). Analyse de 25 ce. de sang pris à la crurale :
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique. . .
Azote
On lui fait inhaler un mélange non titré d'air et d'oxyde de carbone ; dès que l'animal se débat on retire le sac. On attend une demi-heure, l'animal a vomi, a eu une convulsion : il dort. On prend 25 ce. de sang à la crurale. La respiration est très-active :
Volume total des gaz 26^^,9 pour 100 c. c.
Oxygène 4, 9 —
Acide carbonique 20 ,2 —
Azote 1 ,8 —
Donc en résumé, Faction des poisons du sang consiste à diminuer l'oxygène qu'il contient et, par contre-coup, l'acide carbonique dont il est chargé.
Il convient de rapprocher de ces substances celles encore peu connues qui, par leur ingestion, déterminent la septicémie. Il semble, en effet, qu'elles aient pour effet de détruire l'hémoglobine et de diminuer le pouvoir absorbant de celle-ci.
C'est ce qui semblerait résulter d'une étude assez complète faite sur ce sujet par M. le docteur Légerot. On verra plus loin, au chapitre où nous traitons de la capacité respi-
31,5 pour 100 c. c.
53,7 pour 100 c. c.
ratoire du sang que les études que nous avons faites directement sur les malades viennent bien à l'appui des assertions de cet expérimentateur.
M. Légerot rendait ses animaux septicémiques en leur injectant dans les veines quelques centimètres cubes de sang putréfié. Voici, en abrégé, les résultats numériques qu'if a obtenus :
Oxygène Acide carbonique
Chien de 13 kil 19,4 43,2
Après injection 7,6 26,6
Chien de 9 kil 18,2 27,7
Après injection 11,0 45,9
Chien de 14 kil 20,4 45,4
Après injection 11,0 29,3
Nous avons tenu à revoir ces faits et, dans une expérience que nous avons faite dans ce but, nous sommes arrivés à des résultats à très-peu près semblables.
Expérience XLI. — On analyse 25 ce. pris à la crurale d'un chien de petite taille bien portant et respirant tranquillement :
Volume des gaz . .
Oxygène
Acide carbonique Azote
67'=«,1 pour 100 c. c.
On injecte ensuite dans la veine fémorale un centimètre cube de sang putréfié. L'animal est pris le lendemain de phénomènes de septicémie. T. = 40°, 5, il a vomi, il a la diarrhée,la respiration n'est pas très-active. Prise de 25 ce. de sang crural.
Volume total des gaz
Oxygène
Acide carbonique. . .
Azote
44^^,7 pour 100 c. c.
Une longue suppuration agit dan^ le même sens que la septicémie. Il nous semble qu'il faut attribuer ce fait à l'anémie progressive qui accompagne la suppuration. En tout cas voici deux résultats publiés par M. Légerot.
Oxygène Acide carbonique.
Chien de 14 kil. 400 21 36
Suppuration 11® jour 19 43
— 19® jour 19 44,8
— 25® jour 17,5 40,0
— 34«jour 11,5 38,9
Chien de 14 kil 17,6 39,3
Suppuration 12® jour 20 33,4
— 39® jour 15 40
— 42e jour 15 36
Toutes les causes que nous venons de signaler en dernier lieu, diminuent les gaz du sang par un processus chimique, en diminuant la quantité de sa partie active. Ces gaz peuvent encore être diminués par des procédés mécaniques. C'est ainsi que toutes les affections pulmonaires, qui viennent rétrécir le champ de l'hématose (pneumonie, pleurésie, phthisie) doivent diminuer en même temps les gaz du sang artériel.
Mais, en revanche, la compensation se fait très-vite par l'augmentation de l'amplitude et du nombre des mouvements thoraciques. Toutes ces affections sont accompagnées de dyspnée. Il n'y a donc pas d'intérêt à étudier la questioh sous ce point de vue puisque tout dépend de la réaction que la malade pourra opposer aux causes qui tendent à amoindrir son hématose.
Voilà en somme tout ce qu'on peut dire de certain sur l'état des gaz du sang dans les divers - processus pathologiques. — Nous n'avons étudié que le sang artériel parce qu'il est le seul qui présente un intérêt réel au point de vue de notre étude du milieu intérieur, le sang veineux étant
plus particulièrement tributaire de l'étude du résultat des combustions intimes.
Mais notre travail n'est pas achevé. Il nous reste maintenant à faire l'étude la plus importante de l'hématologie, la recherche du pouvoir absorbant du sang, ou, comme nous le disons par abréviation, l'étude de sa capacité respiratoire. — C'est elle, en effet, qui domine toute la situation. — Tout ce que nous avons dit s'applique à l'état transitoire de l'oxygène dans le sang suivant les conditions mécaniques qui règlent sa dissolution ou suivant les processus chimiques qui président à son utilisation.
Mais à côté de cela le milieu intérieur subit des atteintes pathologiques qui le modifient à tout jamais. L'état du milieu intérieur dépend donc absolument de la capacité respiratoire du globule.