INTRODUCTION
Le mémoire fondamental, sur lequel repose toute l’étude qui va suivre est celui de MM. H. et F. Le Chatelier « Sur les propriétés mécaniques des corps plastiques » (22). La méthode choisie consistait à tordre autour de son axe une barre rigide, de la matière soumise à l'essai, maintenue
à une température assez élevée et soumise à un
couple. convenable, suffisant pour la déformer, mais trop faible pour amener un écrouissage notable. Dans ces conditions on peut, pour la majeure partie des corps, distinguer trois phases bien caractérisées dans la déformation à charge constante :
1° Déformation élastique, instantanée, qui disparaît immédiatement après la suppression de l'effort.
2° Déformation subpermanente dont l’ordre de
grandeur est comparable à celui de la déformation instantanée, mais qui se produit lentement et ne disparaît que progressivement après la suppression de l'effort.
3° Déformation visqueuse, continuant la déformation subpermanente, se produit plus ou moins rapidement selon la force exercée, mais toujours à vitesse constante et ne disparaît pas après la suppression de l'effort qui lui a donné naissance. C’est donc une déformation permanente.
J'ai repris la méthode et la technique exposées dans cette note pour étudier la viscosité de quelques métaux aux hautes températures. J'ai choisi aussi la méthode de torsion qui présentait l’avantage de pouvoir faire subir à l’éprouvette des déformations assez considérables sans diminûtion de diamètre et qui me permettait au point de vue technique l'installation d’un appareil simple et peu encombrant, car j'avais résolu d’opérer sur des barres d’un diamètre suffisant pour que, même en cas de cristallisation à gros grains, chaque cristal ne puisse occuper qu'une faible partie de la section, ce qui risquait de ne pas avoir lieu avec des
fils fins. Ces divers avantages ne se présentaient pas avec la méthode de traction préconisée et employée par d’autres auteurs.
Dans un travail, paru en 1917 mais dont je n'ai eu connaissance qu'à la fin de mes mesures M. À. A. Michelson (23) interprète théoriquement, d’une façon assez concise et sans apport expérimental dans sa note, les résultats de recherches menées sur plusieurs corps d’une façon tout à fait semblable à la mienne, mesurant la torsion par mesures micrométriques au lieu d'enregistrement photographique. Ce fait, joint à ce que les expériences paraissent avoir été exécutées à la température ordinaire, me font supposer que les déformations étaient toujours extrêmement faibles.
Les formules, peu simples, auxquelles aboutit M. Michelson reliant le couple de torsion, le déplacement et le temps, ne paraissent pas en accord avec l'existence, parfaitement établie d’une vitesse de déformation visqueuse constante, c’est-à-dire indépendante du temps. Je crois en définitive que mes mesures ne se rapportent pas au même phénomène, M. Michelson n'ayant dû entrer que fort peu dans la zone des déformations permanentes
Quant à l'influence du facteur température, sans savoir entre quelles limites il a varié, les formules le représentant sont trop compliquées pour supporter une discussion sans les résultats expérimentaux. :
M. Michelson a choisi l’essai de torsion pour les raisons qui m'ont guidé; il adopte les mêmes divisions de la déformation mécanique que moi et admet que le déplacement visqueux doit commencer dès le début de la période élastique, tout en y gardant une valeur très faible.
Les recherches qui suivent ont été exécutées au laboratoire de Chimie Générale de la Sorbonne: Je prie mon Maître M. Henry Le Chatelier, d'agréer l'expression de ma reconnaissance pour l'intérêt qu'il a bien voulu prendre à mes travaux et les conseils qu'il m'a sans césse prodigués.
Je désire aussi remercier M. Marcel Guichard, professeur à la Faculté des Sciences, dont les encouragements et les bienveillantes critiques m'ont fort aidé au cours de cette étude.