‹ Recherches helminthologiques en Danemark et en IslandeChapitre 17 sur 21 · Bothriocephalus fuscus n. sp · texte numérisé non relu

Bothriocephalus fuscus n. sp

J’ai trouvé 5 fois, chez les chiens islandais, des Bothriocéphales qui ne peuvent être rapportés à aucune des espèces connues jusqu’ici. Par la forme générale de la tête,

40) Sitzungsberichte der mathem.-naturw. Classe der lcais. Ahademie der Wissensckaften. Bd. XVIII.

Jahrg. 1855.

4') L’Institut 1863. n“ 1524.

ils ressemblaient tous au B. cordatus des chiens groënlandais, décrit par L euckart, et ma première pensée fut aussi qu’ils appartenaient à la même espèce. Un examen attentif me démontra toutefois qu'ils différaient beaucoup de ce dernier aussi bien que du B. latus , et ils étaient en outre si dissemblables entre eux que je doute fort qu’on puisse les ranger sous une seule espèce. J’en ai observé 3 formes différentes, mais il n’y en a qu’une (le B. fuscus stricte ) qui m’ait fourni plusieurs exemplaires avec les organes génitaux développés ; quant à la seconde (le B. reliculatus) , je n’ai pu en recueillir qu’un exemplaire incomplet, et la troisième était dépourvue d’organes génitaux.

a. B othriocephalus fuscus [stricte). Le 22 Août, j’ai rencontré cette forme pour ainsi dire type dans deux chiens, l’un de Ljosavatn, à 3 milles à l’est d’Ofjord , et l’autre d’Arndisarstadir, lieu voisin de Ljosavatn. Le premier en renfermait 2 petits exemplaires, et le second, 22 de différentes grandeurs, depuis 8""" jusqu’à 80cra.

La tête est comprimée, lancéolée (fig. 81), et un peu plus large que le cou (fig. 82 et 84). Dans quelques exemplaires , entre autres chez le plus petit (fig. 80) et le plus grand (fig. 84—88) , les articles ne commencent qu’à quelque distance de la tète, tandis que chez d’autres, sans doute à cause d’une plus grande contraction, ils se montrent immédiatement derrière celle-ci; mais chez tous, les premiers sont à peine visibles. La largeur des articles croît régulièrement depuis environ 0,5mni jusqu’à 5""" (dimension observée chez le plus grand exemplaire, dont je me suis surtout servi pour la description qui va suivre); elle diminue ensuite, mais les articles deviennent plus allongés, et sont souvent plus longs que larges (fig. 87). Dans la partie postérieure, il n’est pas rare d’en rencontrer 2 ou 3 qui ne sont pas séparés l’un de l’autre, ou du moins qui ne le sont qu’à l’un des bords. Les angles postérieurs des articles ne sont partout que peu saillants.

La première trace des organes génitaux se montre à 4cm (chez les exemplaires plus contractés, à 2cm) derrière la tête, mais ce n’est que 9cm plus loin qu’on trouve quelques œufs isolés dans la matrice. Celle-ci, là ou elle est distincte, présente d’abord à — 7 anses de chaque côté, mais le nombre en augmente peu à peu, de sorte que, dans les articles postérieurs, on en compte de 10 à là. Les œufs (fig. 112) ont la forme allongée commune aux Bothriocéphales , et sont longs de 0,055 — 0,06""". Dans les articles assez développés, la matrice apparaissait déjà très distinctement chez les exemplaires vivants sous forme d’une tache d’un noir bleuâtre. Chez les sujets qui sont conservés dans l’esprit de vin, et ont été soumis à l’action de la potasse caustique et de la glycérine, elle devient encore plus distincte, et présente dans sa partie antérieure une coloration brune, tandis que la partie postérieure en est d’un gris jaunâtre comme l’ovaire. Dans les articles postérieurs, qui sont souvent plus ou moins confondus enlre eux, les appareils sexuels restent cependant isolés, et sont placés à la suite les uns des autres; j’ai seulement constaté une fois que l’un d eux n’était que très peu développé.

La matrice est située dans un espace allongé, transparent et nettement limité, en dehors duquel le corps de l'animal est plus opaque, et se montre sous la loupe finement ponctué, ce qui est dû aux glandes sous-cutanées qui s’étendent de chaque côté de la couche moyenne. Celles-ci sont irrégulièrement arrondies, et constituées par une masse finement granulée, d’un brun grisâtre, qui est entourée d’une membrane très mince. Dans les articles les plus jeunes, on n’aperçoit pas cette couche glandulaire, mais le développement s’en effectue parallèlement à celui de la matrice. D’après les recherches d’Eschricht sur le Bothr. latus , ces glandes sécréteraient la matière brune qui incruste les oeufs, et qui leur est distribuée par les «conduits jaunes» décrits par lui. M. Leuckart a contesté l’exactitude de cette opinion, et suppose qu’elles pourraient servir de lieux de dépôt pour des excrétions; mais les travaux de M. Boette lier*) ont confirmé l’explication d’Eschricht. — Dans les coupes transversales, les différentes couches des articles étaient très peu distinctes. Les corpuscules calcaires manquaient complètement.

Chez tous les exemplaires, même les plus grands, on pouvait voir à la conformation de l’extrémité postérieure qu’aucun article ne s’en était détaché. Quant aux plus jeunes, ils avaient une forme semblable à celle des jeunes B. cordatus qui ont été représentés par M. Leuckart, mais la partie la plus large en était située plus en arrière. Dans les exemplaires longs de 10 — 12cn‘, les organes génitaux avaient atteint le même degré de développement que dans la partie antérieure correspondante des sujets plus âgés, mais je n’ai pas trouvé qu’ils fussent plus avancés dans les articles moyens, comme le décrit M. Leuckart pour le B. cordatus-, la partie postérieure présentait la même réunion partielle et irrégulière d’articles que chez les grands exemplaires. Les sujets très petits et évidemment tout jeunes (ûg. 80), de 8— 10mm de long, n’offraient encore aucune trace d’organes génitaux; la tête était plus petite et incomplètement développée. Chez aucun de ces Cestoïdes, je n’ai pu trouver de traces d’une division secondaire des articles, telle que je l’ai observée chez le Bothriocéphale décrit plus bas sous le nom de B. dubius.

b. (Bothriocephalus reticul atus spec. dub.) Dans un chien que j’ai examiné à Uthlid, entre Thingvellir et Geysir, environ à 8 milles de la côte, j'ai trouvé le

4 Juillet, un Bothriocéphale qui, sous plusieurs rapports, différait de ceux que je viens de décrire. Malheureusement, je n’ai pu en conserver que les parties antérieure et postérieure mesurant ensemble 1 0cm, et, comme il n’a séjourné que peu de temps dans l’eau avant d’être mis dans l’esprit de vin, il se trouve dans un assez grand état de contraction.

La tête et le cou (fig. 89 — 90) ne diffèrent pas beaucoup de ceux du B. fuscus

[stricte). Les articles commencent à peu de distance de la tête; ils sont partout parfaitement réguliers, et ne se confondent pas entre eux à l’extrémité postérieure. Les angles

*) Ouvr. cit. n° 32. p. 136 et suiv.

postérieurs sont très saillants, et donnent aux bords l'aspect dentelé d’une scie. Les plus larges mesurent 3,5'",n sur lmm de long. La largeur décroît vers la partie postérieure, et, dans les derniers articles, elle ne dépasse pas 2,5mm, tandis que la longueur y atteint 2,75mm.

Tandis que les Bothriocéphales précédents ne renfermaient point de corpuscules calcaires, j’en ai trouvé chez celui-ci un nombre assez considérable, tant dans la tête que dans les articles. Les premières traces des organes génitaux se montrent à 2cm de la tète sous la forme d’une tache transparente située au milieu de chaque article. A 4cra de la tète apparaissent les premiers œufs dans la matrice. Celle-ci présente 5 — 7 anses de chaque côté dans les articles postérieurs. Les œufs (fig. 113) mesurent 0,06 — 0,065'"m, et sont un peu plus étroits que ceux du B. fuscus [stricte). Les glandes souscutanées sont visibles mais peu distinctes. La partie occupée par la matrice , l’ovaire et la bourse du pénis ne contient que fort peu de corpuscules calcaires, mais, dans le reste de l’article, ils sont assez nombreux, et affectent la forme d’un réseau (fig. 94) qui suit les faibles contours d’autres corps plus grands et fortement pressés les uns contre les autres, savoir les testicules, qu’on voit distinctement dans les coupes transversales. On en trouve en outre un assez grand nombre disposés en arc devant la bourse du pénis.

c. (Bothriocephalus dubius spec. dub.). Le 1er Juillet, j’ai trouvé dans un chien, à Reykjavik, 4 Bothriocéphales longs de 8 à 43cm, et le 16, dans un autre à Gardir, sur les bords d’une baie dans le voisinage de Reykjavik, un exemplaire de la même espèce qui mesurait 130cm.

La tête (fig. 95) est aplatie, large, lancéolée, pointue en avant et nettement séparée du cou. Les fossettes sont profondes et munies de lèvres minces très saillantes (fig. 96). Les articles commencent très près de la tête; ils sont plus distincts que dans les deux espèces précédentes et augmentent plus rapidement de grandeur (fig. 97). Les angles postérieurs en sont aussi proéminents, mais la dentelure des bords est moins marquée que chez le B. reticulatus. La largeur des articles (chez le plus grand exemplaire) croit jusqu’à 3,ômm, et diminue peu à peu à mesure qu’on s’avance vers la partie postérieure, où elle n’est que de lmm (fig. 100).

Les articles présentent un phénomène fort remarquable. A partir du I7me, on observe en effet dans chacun d’eux une division transversale très régulière, et, comme plus en arrière, chaque quatrième ligne de démarcation est plus prononcée, et, que les angles postérieurs des articles correspondants sont plus proéminents (fig. 98), il est évident qu’une seconde division transversale a eu lieu. Cette particularité peut facilement être constatée dans la plus grande partie de la longueur du ver, mais, à la partie postérieure, où la largeur diminue, la division devient moins distincte, et se réduit à la fin à des rides irrégulières (fig. 100).

Aucun de ces vers, pas même le plus grand, qui avait cependant une longueur considérable, n’était pourvu d’organes génitaux. Le seul indice qui en existât consistait en quelques masses indistinctes, moins transparentes, qui se montraient parfois sur la ligne médiane des articles moyens; des masses semblables s’observaient plus fréquemment au bord interne des canaux latéraux (flg. 99). De même que les organes génitaux, les glandes sous-cutanées manquaient aussi.

Les corpuscules calcaires sont nombreux et fortement marqués dans les articles antérieurs, et se montrent aussi dans la partie médiane de la tête. Ils deviennent plus rares et moins distincts vers la partie postérieure, et, dans les derniers articles, qui sont plus étroits, on peut à peine les distinguer.

L’absence des organes génitaux, et la division transversale secondaire des articles chez ce Bothriocéphale, constituent deux phénomènes fort singuliers; ils ont cependant été observés auparavant, mais pas ensemble, que je sache. Eschricht42) a en effet constaté — circonstance qu’il attribua à l’influence de la saison — que le Bothriocephalus punctatus du chabot présente, pendant l’été, des organes génitaux bien développés ainsi que des œufs, tandis qu’il en est complètement dépourvu en hiver, et, en examinant an printemps des exemplaires munis de leurs organes génitaux^ il a également signalé chez ce ver une division transversale des articles*), mais elle était loin d’être aussi complète, bien qu’elle s’étendît aussi à ces organes eux-mêmes. Comme il est à présumer que le Bothr. dubius doit aussi, à une certaine époque, être pourvu d’organes génitaux, il ne serait pas impossible que le B. fuscus [stricte), ou le B. reticulatus ( spec . dub.) représentât cet état de développement. Jusqu’à quel point la présence ou l’absence des corpuscules calcaires peut servir de caractère pour la détermination des espèces, c’est ce qui n’a pas encore été suffisamment éclairci; le B. fuscus ( stricte ) n’en renfermait pas du tout, tandis qu’il y en avait chez les deux autres. J’ai trouvé le 24 Mai à Reykjavik, dans l’intestin grêle d’un Mus decumanus, un Bothriocéphale qui ressemblait beaucoup au Bothr. dubius; il y en avait 5, longs de 2,5 à ocm, dépourvus comme celui-ci d’organes génitaux, et présentant la même division secondaire des articles, mais sans corpuscules calcaires; je ne saurais dire avec certitude s’ils appartiennent à la même espèce que ceux du chien. Ce qui semble en tout cas bien établi, c’est que certaines espèces de Bothriocéphales proprement dits (B. cordatus, dubius , punctatus ) présentent, peut-être seulement dans des circonstances déterminées, le même mode de développement que plusieurs genres voisins (Schistocephalus , Ligula), et peuvent atteindre des dimensions assez considérables avant que les organes génitaux commencent à se montrer, mais, pour que ceux-ci se développent, il est indispensable que le ver, après avoir acquis une grandeur convenable, passe dans le tube digestif d'un autre animal.

42J Acta Acad. Caes. Leop. Carol. Nat. Car. Vol. XIX. Suppl. II. p. 91.

') Ouvr. cit. n° 42. p. 86.

Il était intéressant (Je s’assurer par une comparaison directe si quelqu'un des Bothriocéphales que j’ai trouvés dans les chiens islandais était identique avec le B. cordatus des chiens groënlandais décrit par Leuckart*), comme aussi d’examiner si ce ver, ainsi que l’a supposé le savant professeur de Giessen, ou l’un des Bothriocéphales islandais, se rencontrait également chez les phoques, dont les Cestoïdes sont jusqu’ici peu connus. C’est ce que j’ai pu faire, grâce à l’obligeance de M. le professeur St eenstrup, -qui a bien voulu mettre à ma disposition la riche collection de Bothriocéphales septentrionaux du musée zoologique de l’université, et il résulte de cet examen, comme on le verra plus bas: 1°. qu’aucun des Bothriocéphales islandais décrits ci-dessus n’est identique avec le B. cordatus ; 2°. que ce dernier se montre aussi chez plusieurs espèces de phoques, mais 3°. qu’il se trouve encore chez ces animaux d’autres Bothriocéphales inconnus jusqu’ici, parmi lesquels je n’ai pu reconnaître aucun de ceux que j’ai rencontrés chez les chiens islandais.

Ce qu’on a su jusqu’à présent sur les Bothriocéphales des phoques se borne aux observations suivantes.

Creplin**) mentionne sous le nom de Bothriocephalus Pliocae foetidae (= Phocae lrispidae Fabr.) un Cestoïde qu’on lui avait apporté de Greifswald. C’était un exemplaire incomplet, long de 27cm, et sans tête. Les articles antérieurs étaient presqu’aussi longs que larges, et, vers la partie postérieure, devenaient peu à peu plus longs et plus étroits. Au milieu des articles, et vers le bord antérieur, il a observé un lemnisque grêle et recourbé en arrière, dont la longueur allait en augmentant dans les articles postérieurs.

M. v. Siebold43) fait quelques remarques sur un Cestoïde d’un phoque qu’il appelle Bothriocephalus tetrapterus. Il a trouvé que les bords des fossettes étaient allongés de manière à former 4 ailes triangulaires, et que, parmi les articles régulièrement limités, il y en avait quelques uns qui présentaient une division transversale incomplète.

M. Diesing***) signale sous le nom d e Dibothrium Mans une espèce qui paraît se rapporter à un Cestoïde dont il avait, au mois de Septembre, à Vienne, trouvé de nombreux exemplaires dans le Phoca Monachus. Il indique pour la tète des dimensions fort considérables, savoir 2'“ de long et l1/»'" de large, « bothriis ovalibus hiantibus lateralibus » , et ajoute : corpus interdum postice bijidum. Il range aussi sous cette espèce les Cestoïdes que Thienemann avait, au mois de Février, recueillis en Islande chez le Phoca barbata , ainsi que ceux qui ont été mentionnés par Creplin et v. Siebold, ces derniers toutefois avec quelque réserve.

*) Ouvr. cit. n° 16. p. 437 et suiv.

*') Ouvr. cit. n'1 36. p. 68.

43) Lehrbuch der vergleichenden Anatomie der ivirbellosen Thiere. Berlin 1848. p. 120, 140 et la note p. 147. **’) Ouvr. cit. n° 6. p. 588.

0. Fabricius44) décrit une espèce très différente, le Taenia Pliocarum, « capite longo tetragono, quadrüobato , ore antico verrucoso», sur lequel il a donné plus tard45) des renseignements plus détaillés avec une figure. Rudolphi* *) lui donne le nom de Taenia anthocephala , mais pense cependant**) que c'est un Bothriocéphale. Diesing***) le range à côté du Bothriocepkalus tumidulus de Rudolphi sous le nom de Tetrabotlirium anthoceplialum.

Rudolphi-]-) signale en outre quelques cas de l’apparition du Bothriocepkalus solidus chez le Phoca vitulina , et ajoute qu’il a aussi trouvé une Ligula crispa dans l’intestin grêle de ce phoque -j-f).

Les Bothriocéphales que j'ai eu l’occasion d’examiner proviennent en partie de l’ile de Disco , dans le Groenland septentrional, en partie d’0fjord, dans le nord de l’Islande, et ont été recueillis chez 5 espèces de phoques, savoir les Phoca harhata, vitulina , liispida et cristata, et le Tricheclius Rosmarus. Quoique ces Cestoïdes ne présentent pas des caractères bien tranchés, je crois cependant devoir en distinguer provisoirement 6 espèces différentes, dont 5 se rapprochent des Bothriocéphales des chiens islandais par la forme de la tête, tandis que la sixième en diffère beaucoup.

1. Bothriocep halus cordatus Leuckart. Aux observations qu’a publiées M. Leuckart sur ce Cestoïde des chiens groënlandais , je puis ajouter ce qui suit.

Les exemplaires que M. l’inspecteur Olrik en a recueillis chez 6 chiens ont été trouvés en partie au mois de Novembre, en partie dans la période de Février à Mai; chez 3 d’entre eux, ils avaient été librement expulsés. Le 30 Octobre 1860, M. Pfaff, médecin dans le nord du Groenland, examina 4 chiens, dont 3, tout jeunes, renfermaient ensemble 24 exemplaires du B. cordatus. L’un de ces vers présentait une irrégularité à l’extrémité postérieure, savoir une courte fissure longitudinale sur la ligne médiane; les œufs (fig. 114) mesuraient 0,075mm. Le 24 Juillet 18t>0, dans l’île de Disco, M. Pfaff trouva 4 exemplaires du même ver dans l’intestin grêle d’un Phoca barbata\ le plus grand avait plus d’un mètre de long et jusqu’à lcm de large; les œufs (fig. 115) étaient longs de 0,07 — 0,075'”'". Enfin, M. Zimmer, intendant de la colonie d’Egedesminde, en découvrit, le ? Novembre 1863, chez un Tricheclius Rosmarus , 3 exemplaires, qui mesuraient 30 — 40cm, et dont les œufs (fig. 116) avaient la même longueur que les précédents.

441 Fauna Groenlandica. Ha/niae et Lipsiae 1780. p. 316.

45) Shrivter af Naturhistorie Selshabet. Bd. 1. Hft. 2. Kjobenliavn 1791. p. 153 — 55 et pl. X.

*) Ouvr. cit. n° 4. p. 91.

“) Ouvr. cit. n° 31. p. 146.

”*) Ouvr. cit. n° G. p. 00 1.

f) Ouvr. cit. n° 4. p 60.

ft) Ouvr. cit. n° 31. p. 467.

Je n’ai observé de division secondaire des articles chez aucun exemplaire de cette espèce; mais on y constate assez souvent une difformité semblable à celle dont L eue kart*) a donné les dessins pour le B. latus et le T. mediocanellata , savoir une intercalation d’articles cunéiformes, sans pourtant qu’il en résulte un dédoublement des organes génitaux.

2. Bothriocephalus lanceo latus n. sp. Le 11 Décembre 1859, à Godbavn, M. Olrik trouva ce Cestoïde par milliers dans la moitié postérieure de l'intestin grêle d’un Plioca barbata. Ils avaient de 1 à 3,ôcm de long, et leur plus grande largeur était de fi"1"1. M. Pfaff a recueilli, dans le même Plioca barbata qui renfermait le B. cordatus, 6 exemplaires d’un Bothriocéphale qui semble aussi appartenir à cette espèce; mais ils étaient plus grands, et mesuraient jusqu’à llcm de long et I2,nra de large.

Par la forme de leur corps, ces vers ont quelque ressemblance avec le Schùto cep/talus dimorplius Creplin. Ils sont lancéolés, et leur plus grande largeur est à la partie moyenne antérieure. Les organes génitaux sont déjà visibles dans les articles anté-

rieurs, et ils se développent rapidement, car, dans le 13mc — I4me article, les œufs sont tout formés. Ces derniers sont notablement plus courts que ceux du B. cordatus ; ils n’ont en effet (pie 0,055 — 0,00""", dimensions qu’ils ne dépassent pas dans les 3 espèces suivantes. (Chez le Schistocephalus dimorplius , ils sont un peu plus longs et plus étroits que chez le B. cordatus ).

3. Bothriocephalus elegans n. sp. Le 28 Mai 1860, à Godhavn, M. Olrik en trouva dans le rectum d’un Plioca cristata , une vingtaine d’exemplaires qui mesuraient jusqu’à 9cm. Les articles, qui, tout près de la tête, ont à peine la largeur de celle-ci, et sont en outre très courts, augmentent lentement de grandeur; dans la partie postérieure, ils sont longs de 0,2mm, et larges de 3,mn. De même que le B. lanceolatus , ce ver ne présente aucune irrégularité dans la division des articles. Les œufs ont 0,05— 0,055mm.

4. Bothriocephalus variabilis n. sp. Je l’ai trouvé, le 12 Août 1863, à

Ofjord, dans l’intestin grêle d’un Plioca cristata âgé de 2 — 3 ans; il y en avait 70, dont la longueur variait de 6 à I35cm (dans un état très relâché). Les articles commencent immédiatement derrière la tête, et la largeur en augmente lentement, de sorte qu’à la partie postérieure, ils sont larges de 5n,n‘ et longs de l,5mm. On en trouve un grand nombre

avec une division secondaire transversale, mais elle n’est pas très régulière. Dans les ar-

ticles bien développés, les lignes de cette division ne sont distinctes que sur les bords, et ne touchent pas la matrice. Il n’est pas rare de rencontrer des parties oit l’appareil génital est double et même triple, et, dans le voisinage immédiat de ces parties, tant en avant qu’en arrière, il y a ordinairement un ou plusieurs articles dans lesquels ces appareils sont plus ou moins confondus sur la ligne médiane. La longueur des œufs est de

‘) Ouvr. cit. n° 1(5. p. 30(5 et 436.

ü,04mm. L’extrémité postérieure est souvent fendue sur une longueur de plusieurs centimètres, mais cette fente ne résulte pas d’une rupture de la matrice, car celle-ci reste dans l’une des moitiés.

Le 25 Septembre 1S63, M. Fin s en, médecin à Ofjord, trouva dans un Phoca barbata quelques Bothriocéphales , qui appartiennent sans aucun doute à la même espèce, mais ils étaient plus contractés, et par suite les articles étaient plus courts. Ceux-ci présentent la même division imparfaite et irrégulière, et la matrice est également tantôt simple, tantôt double ou triple. Les œufs sont longs de 0,045 — 0,O5mm.

Le 21 Novembre 1859, M. Olrik recueillit à Godhavn dans un jeune Phoca vitulina quelques vers qu’il faut également rapporter au B. variabilis. Ils sont conservés dans un grand état de contraction, de sorte qu’ils ressemblent surtout à ceux qu’a trouvés M. F in s en. On y observe la même irrégularité dans la division des articles et les organes génitaux. Chez un exemplaire long de 48cm, il n’y avait point d’œufs dans les 32 premiers centimètres, mais la division secondaire est très distincte dans toute cette étendue; elle commence à peu de distance de la tête, et, de même que chez le B. dubius , chaque quatrième ligne de démarcation est plus fortement marquée , ce qui indique une division répétée. Les œufs sont longs de 0,045 — 0,O5mm.

5. Bothriocephalus fasciatus n. sp. Le 14 Mai 1859, M. Olrik en trouva 3 exemplaires longs de 28 — 80cm dans un Phoca hispida à Godhavn. Il atteint la même largeur que le B. cordatus , et se fait surtout remarquer par la division répétée des articles, qui sont fort courts, et par la disposition des organes génitaux, qui forment sur toute la longueur du ver 2 séries parallèles et très régulières. Sur la zone longitudinale médiane, et entre les séries ci-dessus, se trouvent disséminées çà et là des matrices moins développées qui renferment cependant des œufs. Les articles sont très serrés, de sorte que leurs subdivisions n’ont qu’une longueur de 0,lmm environ, et les lignes qui les limitent ne s’étendent que sur les parties latérales, sans toucher les matrices. Les œufs sont longs de 0,045— O,05mra. Chez un exemplaire, l’extrémité postérieure était fendue de quelques centimètres le long de la zone médiane.

Chez l’isatis du Groenland ( Canis Lagopus), on trouve aussi un Bothriocéphale qui se rapproche de ceux des phoques:

Bothriocephalus similis n. sp. M. Pfaff l’a trouvé en 1860 — 62, pendant les mois d’Août— Octobre, dans l’intestin grêle de plusieurs isatis. Il est long de 32— 37 cm, fortement contracté, et, à l'endroit le plus large, mesure 5mm. Les articles ne présentent aucune division secondaire, et les organes génitaux ne forment partout qu’une seule série. Là longueur des œufs est de 0,06mm.

Il résulte de ce qui précède que les phoques des régions polaires renferment plusieurs espèces du genre Bothriocéphale; mais, pour que la détermination de ces espèces

puisse se faire avec quelque certitude, de nouvelles recherches sont nécessaires, car la division secondaire des articles, et le dédoublement des organes génitaux ne fournissent à cet égard que des caractères douteux; on observe en effet quelque chose d’analogue chez le genre Ligula. Quant à la question de savoir si quelqu’un des vers compris par M. Diesin g sous la dénomination de Dibothrium Mans appartient à l’une ou l’autre des espèces que nous venons de décrire, c’est ce qui ne saurait être décidé que par une comparaison directe.

6. Bothriocephalus Phocarum Fabricius ( Taenia anthocephala Rudolphi). Le musée zoologique de l’université de Copenhague a reçu de M. M aller à 0fjord, et de M. Olri k, inspecteur au Groenland, plusieurs exemplaires de cette espèce, qui ont tous été trouvés dans le canal intestinal du Plioca barbata. Aucun de ceux qui viennent de l’Islande ne paraît être complet, mais il y en a des fragments qui mesurent jusqu’à 16c“, et 3 d’entre eux sont munis de têtes.

Ce Cestoïde diffère beaucoup des espèces précédentes par la conformation de la tête. Elle ressemble à une assez grosse protubérance en forme de chou-fleur. Sur chacun des côtés qui correspondent aux faces des articles, on observe deux tubercules oblongs convergeant en arrière, et, devant ceux-ci, plusieurs proéminences analogues, mais plus petites, qui forment des sinuosités, à peu près comme les circonvolutions du cerveau (flg. 101 — 103). Vue de face Ifig. 103), la tête apparaît comme un carré long, car les côtés où se trouvent les grands tubercules sont plus saillants, de sorte que le diamètre, dans ce sens, est de 3mra, et, dans la direction opposée, dépasse à peine 2mm. Les articles commencent immédiatement derrière la tête; ils sont d’abord très peu distincts, et ressemblent plutôt à des rides, mais ils deviennent peu à peu plus marqués en augmentant lentement de longueur. Les angles postérieurs en sont très peu saillants, et les bords du ver forment presque une ligne droite. Près de la tête, les articles ont à peu près la même largeur que celle-ci, savoir 2,5““; plus en arrière, là où la longueur des articles est d’environ 2m“, elle dépasse un peu 3mm.

La structure interne est en général la même que celle des autres Bothriocéphales. La matrice ne renferme des œufs qu’à une assez grande distance de la tête; je n’en ai trouvé qu’un fragment où ils fussent visibles (flg. 104). Elle est assez étroite et allongée, et présente environ 7 anses de chaque côté. Les œufs (flg. 117) sont oblongs et de longueur variable, de 0,055 jusqu’à 0,O7mm. La couche glandulaire est distincte, mais les glandes ne sont pas très rapprochées l’une de l’autre, de sorte que les parties latérales, vues par transparence à l’aide d’un faible grossissement, paraissent ponctuées comme chez le B. fuscus , tandis que la matrice est entourée d’un champ plus pellucide qui en est dépourvu. Les corpuscules calcaires sont assez nombreux; dans la couche glandulaire, et du côté opposé à celui où se trouvent les orifices génitaux, ils sont en grande partie opaques.

C’est sans doute la même espèce que Fabricius a trouvée au Groenland chez le Plioca barbata. D’après ses dessins, qu’il avoue lui-même être incomplets , on ne la reconnaîtrait guère; mais, comme il l’a examinée à l’état vivant, il est possible qu’il l’ait représentée dans un état moins grand de contraction, ce qui expliquerait le grand rétrécissement des articles de la partie antérieure.

Le mode de développement des Bothriocéphales, dans le tube digestif des animaux où leurs organes génitaux arrivent à maturité, est, comme l’a fait voir M. Leuckart*) pour le B. cordatus , tout différent de celui des Ténias cystiques. Tandis que la tête de ces derniers, après son introduction dans le tube digestif d’un carnassier, ne subit qu’un léger changement dû à l’accroissement de la base des crochets, celle du B. cordatus augmente tout entière de volume comme le reste du corps; pendant une certaine période de la vie de ce Bothriocéphale , les articles croissent seulement en grandeur mais non en nombre, et les organes génitaux se développent d’abord dans les articles moyens. C’est ce que j’ai constaté chez plusieurs des vers décrits ci-dessus. On peut ainsi distinguer un jeune exemplaire d'un autre plus âgé de la même espèce que la perte d’un certain nombre d’articles a réduit à la même longueur; le premier a en outre une largeur moindre, maximum dans la partie moyenne, et les organes génitaux en sont moins avancés. Le degré de développement que présentent les Bothriocéphales et les Cestoïdes qui s’en rapprochent le plus, lorsqu’ils pénètrent dans le tube digestif, semble d’ailleurs être très différent suivant les espèces. Le Scliistocephalus dimorplius et les Ligulas, par exemple, atteignent déjà des dimensions considérables dans le premier animal qu’ils habitent (diverses espèces de poissons) , mais ce n’est qu’après avoir passé dans l’intestin d’un oiseau aquatique, qu’ils trouvent les conditions nécessaires pour qne leurs organes génitaux puissent se développer et remplir leurs fonctions. Par contre, le Bothriocephalus fuscus (fig. 80) , dont les exemplaires de petite taille paraissent bien être de jeunes vers, est beaucoup moins développé lorsqu’il change de demeure, et il en est sans doute de même pour la plupart des Bothriocéphales. Pendant leur développement ultérieur, l’augmentation du nombre des articles n’est pas toujours exclusivement due, comme chez les Ténias, à la formation de nouveaux articles engendrés par la tête, mais, chez quelques espèces, telles que les B. dubius , variabilis et fasciatus (les observations d’Eschricht sur le B. punctatus , et celles de M. v. Siebold sur le B. tetrapterus du phoque doivent sans doute aussi y faire ajouter ces deux vers), elle est encore produite par la division transversale qui s’opère dans les articles déjà formés. Cette division secondaire peut se répéter plusieurs fois après la formation des articles principaux, dont chacun

*) Ouvr. cit. n° 16. p. 447.

renferme un appareil sexuel complet, et elle se montre alors surtout distinctement dans les parties latérales, car elle ne s’étend pas aux organes génitaux, qui sont situés au milieu des articles. D’autres espèces, telles que les B. cordatus, lanceolatus, elegans et similis, ne paraissent jamais présenter une telle division, et on n’en a non plus trouvé des traces chez le B. latus.

On n’a pas encore réussi à établir si le développement des Bothriocéphales et, en particulier, la formation de leurs oeufs, ont nécessairement lieu dans certaines saisons de l’année. Ce qui semblerait contredire cette hypothèse, c’est que, plusieurs fois, tant chez les chiens islandais que chez les phoques du Groenland, j’ai trouvé dans le même individu de tout jeunes Bothriocéphales, et d'autres plus âgés avec des œufs déjà formés. Il existe toutefois des observations qui, pour quelques espèces du moins, pourraient la rendre probable. Tel serait le cas pour le B. punetatus, suivant Eschricht. Les recherches de M. Stee nstr up46) et d’autres savants ont montré que le Schistocephalus dimorphus passe de l’épinoche dans les oiseaux aquatiques au commencement de l’automne, et il en résulte que, chez cette espèce aussi, le développement des organes génitaux se ferait régulièrement à des époques déterminées. D’après M. Kno ch* *), les articles mûrs du B. latus ne sont pas expulsés en toute saison, mais vers la lin de l’hiver et de l’automne, ce qui pourrait également indiquer que les organes génitaux de ce ver se développent de préférence dans certains mois de l’année. Quant aux Ténias cystiques, leur développement ne paraît dépendre en rien de la saison; ce n’est que lorsque l’abattage des bestiaux a lieu particulièrement à des époques fixes, que les chiens ont, pendant certaines périodes, plus souvent l’occasion d’avaler des vers vésiculaires.

Le grand nombre de Bothriocéphales qu’on rencontre chez les poissons semble, jusqu’à un certain point, être en corrélation avec la fréquence de ces vers dans les carnassiers, et surtout dans les phoques qui habitent les côtes des régions boréales. On ne sait pas encore comment ils passent dans ces animaux, mais les faits déjà connus doivent faire présumer qu’ils sont alors dans un état de développement moins avancé que les espèces qui passent des poissons dans d’autres plus grands vivant de proie, ou dans les oiseaux aquatiques.

Comme nous l’avons vu plus haut, il n’est pas rare de rencontrer chez quelques Cestoîdes une irrégularité dans la division des articles et la disposition des organes génitaux, irrégularité qui paraît produite par l’intercalation d’articles incomplets en forme de coin, et semble de préférence affecter certaines espèces. Mais, chez plusieurs Bolhriocéphales, on observe en outre un nombre plus considérable d’appareils sexuels, de sorte qu'il y en a 2 — 3 à côté l’un de l’autre dans le même article; tel est le cas pour le B.

46) Oversigt over det Kgl. danske Videnskabemes Selskabs Forliandlinger i Aaret 1857. p. 192.

•) Ouvr. cit. n° 32. Bd. 24. 1862. p. 453.

variabilia et le B. fascicitus , les mêmes espèces qui présentent une division secondaire des plus marquées lorsque les organes génitaux sont complètement développés, mais chacune d’elles se comporte à cet égard d’une manière particulière.

B. Nématoïdes.

Ascaris marginata Rudolphi.

Chez 100 chiens islandais âgés de plus d'un an, je ne l’ai rencontré que deux fois aux environs d’0fjord, et il n'y en avait chaque fois qu’un exemplaire. Je l’ai trouvé en outre, également à 0fjord, dans un chien âgé de 2 mois, qui n’en renfermait aussi qu’un seul. Il paraît donc être bien plus rare en Islande qu’en Danemark.

Le Chat.

Sur 31 chats que j’ai eu l’occasion d’examiner, dont 25 de Reykjavik et des environs, et les autres de différentes parties du pays, il y en a 25 ou 81 p. C., dans le tube digestif desquels j’ai trouvé de vers intestinaux, savoir:

le Taenia crassicollis chez 7, ou 23 p. C.

— Canis Lagopodis . . — 11 - 35 —

l’ Ascaris Mystax — 16 - 52 —

A. Gestoïdes.

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