‹ Recherches hématologiques dans les érythèmes polymorphesChapitre 44 sur 47 · PER PEU · texte numérisé non relu

PER PEU

Il. — Erythèmes de cause intrinsèque.

A. —— ERYTHÈMES INFECTIEUX SECONDAIRES

Nous étudierons successivement les résultats trouvés dans les cas se rapportant à une même étiologie en les comparant aux formules admises pour cette maladie:

Ces recherches nous permettront de répondre aux questions suivantes : } ;

L’hématologie de l’affection cause de l’érythème est-elle modifiée par la manifestation cutanée ?

Existe-t-il une formule spécifique des érythèmes polymorphes infectieux secondaires ?

Chaque malade ne réagit-il pas plutôt selon l’affection causale, son évolution et ses complications ?

TUBERCULOSE. — Le nombre des hématies est diminué ; dans tous les cas nous avons observé une hypoglobulie moyenne, le chiffre le plus bas est 3.147.000 globules rouges. | Du côté des globules blancs, leucocytose modérée variant de 9.750 à 12.700.

Etudions maintenant les modifications de la formule leucocytaire dans les sept cas que nous avons réunis.

On observe de la polynucléose dans quatre cas.

Chez un malade (observation XL érythème polymorphe, pleurésie tuberculeuse), l’érythème apparaît au cours du traitement d’une pleurésie tuberculeuse : : 70 % de neutrophiles. ;

Dans un second cas, observation XII (érythème noueux :

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tuberculose), l’érythème se montre chez une jeune femme de 21 ans, qui présente des signes nets de tuberculose et réagit à l’injection de tubereuline : on trouve chez elle 76, 5 % de polynucléaires neutrophiles.

L'observation XIIT est celle d’un enfant de 9 ans, atteint de bronchite chronique, et chez lequel l’érythème noueux se manifeste au cours d’une nouvelle poussée du côté des sommets. Polynucléaires neutrophiles 72 %.

Enfin dans l'observation XV, chez une tuberculeuse d’ancienne date, on observe l’évolution, à la même époque, d’un érythème noueux et d’une pleurésie tuberculeuse : on note chez cette malade une proportion de 77 % de polynucléaires neutrophiles.

En somme chez ces quatre malades, nous nous trouvons en présence d’un érythème apparu au début d’une nouvelle poussée tuberculeuse. |

Dans trois cas nous avons constaté de la mononucléose.

L'observation XIV nous montre une malade atteinte de tuberculose fibreuse au moment de l’apparition de l’érythème et un mois avant la pleurésie consécutive : l'examen du sang nous donne 52 % de polynucléaires neutrophiles, et, au contraire, 35 % de mononucléaires.

Le second cas (observation XVI) est celui d’une femme de 44 ans, tuberculeuse d’ancienne date, et présentant de la condensation du parenchyme pulmonaire au sommet droit au moment de la manifestation de l’érythème : c’est ce cas qui présente le plus fort pourcentage de mononucléaires 50 %.

L'observation X est celle d’une fillette de 12 ans, à antécédents héréditaires chargés du côté tuberculose, mais ne

présentant pas de lésions au moment de l’apparition de

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l’érythème : la formule leucocytaire indique 39 % de mononucléaires.

L’éosinophilie ne se trouve que dans un seul cas, lobservation XII; c’est également chez ce sujet que l’on constate la polynueléose et la leucocytose les plus accentuées.

Si nous résumons les résultats obtenus dans nos sept cas d’érythème polymorphe et de tuberculose nous avons :

Une polynucléose neutrophile légère dans les quatre as où l’érythème apparaît au début d’une poussée.

De la mononucléose dans trois observations, dont deux de tuberculose fibreuse.

Rappelons rapidement les modifications des éléments figurés du sang dans la tuberculose pulmonaire : on constate une hypoglobulie marquée et une leucocytose modérée, quant à la formule leucocytaire elle est modifiée de façon plus complexe et demande à être examinée plus en détails.

Elle varie, en effet, suivant l’état des tuberculeux et suit les poussées évolutives de la maladie.

D’après les conclusions de la thèse de Routaboul on observe :

« Dans les formes aiguës ou subaiguës, hyperleucocytose très légère, moindre que dans les formes chroniques avancées, avec polynuecléose, diminution des lymphocytes et des éosinophiles : ces derniers peuvent même disparaître dans les cas graves.

Dans les formes fibreuses ou chroniques, à la période de début, hyperleucocytose inconstante, sans polynucléose:

À la période de ramollissement et à la période cavitaire, hyperleucocytose et polynueléose modérée, diminution des lymphocytes et des éosinophiles : ces caractères s’accentuent lorsque l’état général s'aggrave et inversement ».

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1Bezañçon, de Jong et de Serbonnes (1), étudiant la formule leucocytaire de la tuberculose font ressortir que cette formule varie selon l’état momentané du tuberculeux at se modèle sur les poussées de la maladie.

« Leucocytose avec polynueléose de courte durée tout au début de la poussée. Bientôt après l’on trouve un deuxième

Stade de mononuecléose. À la fin de la poussée s’installe

une éosinophilie persistante qui se prolonge après que la poussée à pris fin. La mononucléose sans éosinophilie chez un tubereuleux non fébrile nous semble indiquer l’existence d’une vieille tuberculose fibreuse, où tout processus actif est à peu près éteint ». :; 4

En comparant ces données à nos observations, nous voyons que les formules hémoleucocytaires obtenues se rapprochent beaucoup du schéma indiqué dans des cas semblables de tuberculose pulmonaire.

Nous sommes donc en droit de dire que les does polymorphes tuberculeux ne présentent pas de formule hémoleucocytaire unique et spécifique : les modifications des éléments figurés du sang suivent l’évolution de la maladie et reproduisent les variations observées au cours des diverses phases de la tuberculose pulmonaire.

Quant à la figure neutrophile sanguine d’Arneth, nous ne pouvons donner de conclusions, les cas observés étant en nombre insuffisant, tout ce que nous ferons remarquer c’est la déviation assez nette de la formule vers la gauche, comme dans la tuberculose pulmonaire.

INFLUENZA. — Panichi nous fournit deux observations

(1) Archives de médecine expérimentale et d'anatomie pathologique, 1910, p. 32.:

d’érythèmes polvymorphes apparus au cours d’une attaqué d’influenza.

Dans le premier cas, observation XIX, en plus d’une légère hypoglobulie et d’une leucocytose modérée, on trouve une éosinophilie peu marquée, 8,5 % : dans ce cas l’érythème s’est manifesté à la fin du processus infectieux de l’influenza. Les modifications de la formule semblent plutôt être dues à l’influence de la maladie causale qu’à l'érythème lui-même; l’hypoglobulie et la leucocytose s’expliquent par l'infection dont la malade vient d’être atteinte; quant à l’éosinophilie on la rencontre dans les affections atténuées, surtout à la période de convalescence, ce qui est précisément le cas chez cette malade.

L'observation XX n’est pas aussi nette

L'auteur italien, dans la discussion de son observation, reconnait lui-même qu'il est difficile d'établir si l’érythème

est vraiment dû à l’influenza, ou si l’on ne doit pas songer

à une tuberculose non encore déclarée : mais se basant sur le fait que le malade n’a dans ses antécédents qu’une attaque d’influenza au moment de la grande épidémie de Florence, et d’autre part l’examen des différents organes n'ayant rien révélé, Panichi porte Je diagnostic d’érythème polymorphe du à l’influenza. Il n’a pas été pratiqué pour ce malade d’injection de tuberculine, mais nous ne pouvons que nous ranger au diagnostic porté par l’auteur. Dans ce cas il n’y a pas d’hypoglobulie, très peu de leucocytose : éosinophilie faible, 6,5 %, due à la convalescence de l’influenza, et 35 % de mononucléaires.

BLENNORRAGIE. — Nous n’avons trouvé dans la littérature que deux cas d’érythèmes polymorphes dus à la blennorragie, examinés au point de vue hématologique.

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Le premier, observation XVII, est trop incomplet pour nous permettre une discussion quelconque; Schinckel,

É me dans des recherches hématologiques sur l’érythème noueux,

se contente d'indiquer un cas d’érythème apparu au cours

e, d’une gonococcie, et dans lequel il constate 25 %, d’éosino-

philes et 11 % de leucocytes mononueléaires:; il n’est pas question de polynucléaires neutrophiles.

Nous avons trouvé le second cas, observation XVII, dans l'étude de Panichi. On est en présence d’un érythème polymorphe apparu à chaque réchauffement de la blennorragie dont le malade est atteint, et qui, d’après l’auteur italien, ne peut être attribué à une intoxication médicamenteuse, le malade ne prenant aucun médicament au moment des apparitions successives de la lésion cutanée. Dans ce cas on ne constate pas d’éosinophilie : neutrophilie de 74 %, expliquée par la suppuration.

. ANGINE. — Nous avons recueilli deux cas.

| Dans l'observation XXI il s’agit d’une femme de 41 ans ayant déjà présenté à plusieurs reprises des éruptions seniblables. La dernière manifestation de l’érythème polymorphe est survenue à la période de déclin d’une angine. On trouve chez cette malade une légère hypoglobulie (3.225.000 globules rouges), une leucocytose modérée (11.650) et 72 % de polynucléaires neutrophiles, modifi-

- cations qui tiennent à l’infection légère de l’angine.

Quant à la malade de l’observation XXII, sa formule hématologique est tout à fait normale.

RHUMATISME. — L'observation XXIIT est la seule observation que Panichi ait classée comme étant d’origine rhumatismale- |

Les modifications du nombre des éléments figurés du sang

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sont une légère hypoglobulie (3.750.000 globules rouges), et de la neutrophilie 71,4 %, ce qui correspond à la formule habituelle du rhumatisme.

SYPHILIS. — Dans l’observation XXIV les lésions d’érythème noueux apparaissent en même temps que de nouvelles manifestations syphilitiques (plaques muqueuses, chute des cheveux, céphalée) : l'érythème semble done bien lié à la syphilis. Quant à la formule hématologique observée dans ce cas, il n’y a à signaler qu’une éosinophilie marquée, 11,5 %:.

Certains auteurs ont signalé, à la période secondaire, une éosinophilie en rapport avec l'abondance des lésions cutanées, ce qui est bien le cas dans l’observation rapportée.

Que faut-il conclure de l’étude de ces différentes observations d’érythèmes polymorphes d’origine infectieuse secondaire ?

Ce qui frappe au premier abord c’est l’impossibilité d'établir une formule générale comme pour les érythèmes d’origine extrinsèque, et de plus pour chaque maladie envisagée les cas étudiés ont des formules qui diffèrent suivant l’évolution et les complications de cette maladie.

Nous pouvons done conclure :

Il n’existe pas de formule hémoleucocytaire générale pour les érythèmes polymorphes infectieux secondaires

La formule observée dans chaque cas varie : 1° suivant l'infection cause de l’érythème; 2° suivant l’évolution de la maladie et les complications qui peuvent se présenter.

La formule hématologique de l'affection causale ne semble pas influencée par la manifestation cutanée.

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pie ERYTHÈMES INFECTIEUX PRIMITIFS

Nous diviserons les dix cas réunis en trois classes : dans

la première entreront cinq observations dont les formules hémoleucocytaires ont été trouvées normales ; dans la seconde, deux cas qui ont présenté de la polynueléose neu-

trophile ; enfin la troisième catégorie comprendra trois observations dans lesquelles on a constaté de la mononucléose.

Les cas rangés dans la première classe sont ceux rappor-

tés aux observations XXV, XXVI, XXVII, XXIX et XXXIV :

ils ne présentent absolument rien de particulier à Signalérie chez tous ces malades l’érythème apparaît au cours d’une bonne santé, ne s’ accompagne pas de modification de l’état général et c’est à peine si l’on note chez quelquesuns une légère hyperthermie, ou un peu de céphalée ou d’asthénie; l’affection cutanée disparut rapidement et,

dans un certain nombre de cas, le malade n’eut même pas

à interrompre son métier.

La figure neutrophile d'Arneth à été trouvée normale dans le cas XXVI, malade qui a présenté l’infection la moins profonde : déviée vers la gauche dans les autres observations et en particulier dans l’observation XXXIV.

Les trois malades qui ont présenté de la mononucléose sont rapportés aux observations XXVIIT, XXXI et XXXIT. Comme pour les cas précédents, leur lecture ne nous révèle aucun fait particulier qui puisse nous permettre d’expliquer cette mononucléose très forte chez un malade, puisque dans l’observation XXXI nous notons 75 % de mono-

nucléaires et 22 % seulement de polynucléaires neutro-

philes.

Quant à la figure neutrophile sanguine nous la trouvons déviée vers la gauche, comme dans les cas précédents, sans qu’il y ait de remarques particulières à faire.

L'étude de la dernière catégorie est plus intéressante. Nous ne sommes plus en présence des érythèmes bénins que nous venons d'étudier, mais d’affections graves et ayant, par leurs complications, mis la vie des malades en danger:

Dans l'observation XXX nous avons un érythème polymorphe qui s'est compliqué de congestion pleuro-pulmonaire et d’endocardite aiguë. L'examen du sang pratiqué au moment de l’entrée de la malade à l'hôpital montre de l’hypoglobulie (3.928.000 globules rouges), de la leucopénie ‘7.145 globules blancs). La formule leucocytaire indique une assez forte polynucléose neutrophile, 85 %,.et pas un éosinophile. Un peu plus tard l’examen hématologique est différent : l’hypoglobulie a diminué, mais surtout le nombre des globules blancs à considérablement augmenté; à la leucopénie précédente a succédé la leucocytose, très accentuée, et atteignant le chiffre de 36.000 globules blancs : la polynucléose neutrophile a aussi progressé et l’on note 91 % contre 1 % éosinophile.

Dans cette observation les variations des éléments figurés du sang sont en rapport avec la gravité de l’infection :

si, dans les cas précédemment étudiés nous avions des éry-

thèmes bénins sans atteinte de l’état général, chez ce malade nous avons une infection grave : non seulement les lésions cutanées sont très accentuées (au début on avait porté le diagnostic de variole) et présentent des rechutes rapprochées et aussi graves, mais encore l’atteinte de l’organisme est profonde ; les modifications de la formule héma-

se LEE, ur

… tologique ne font que traduire la gravité de cette infection et sont celles que l’on ohserve dans tous les états infectieux. =

L'observation XXXIIT n’est pas moins intéressante.

. Nous sommes en présence d’un malade présentant du purpura et de l’érythème polymorphe. L'état général est très mauvais, tous les appareils sont plus ou moins atteints, on constate de la diarrhée sanglante, des hémoptysies et des localisations pleuro-pulmonaires : en somme infection profonde. ù

Les modifications de la formule hématologique sont également le témoin de cette infection. | |

On trouve de l’hypoglobulie (3.813.000 globules rouges), une leucocytose très accentuée (25.000 et 58.000 globules blancs), se traduisant dans la formule leucocytaire par une polynucléose neutrophile très notable, 85 %.

Pour les érythèmes infectieux primitifs comme pour les autres, il nous est donc impossible d'établir une formule spécifique.

Chaque malade réagit suivant un certain nombre de facteurs qui varient à l’infini : que l'infection atteigne un individu plus ou moins résistant, où qu'elle soit elle-même plus grave, et l’on observera des variations considérables dans la facon dont le malade atteint réagira ; les modifications des éléments figurés du sang correspondront à la gra vité de l’affection et à la défense de l’organisme.

- Dans tous nos cas la figure neutrophile d’Arneth est légèrement déviée vers la gauche, comme elle l’est dans toutes les maladies infectieuses aiguës et même dans un certain nombre d’affections chroniques.

Que, g | CONCLUSIONS

Pr Lo NT n'existe pas de formule hémo-leucocytaire spécifique des érythèmes polymorphes.

IL. — La formule des érythèmes d’origine extrinsèque peut se résumer :. , S | :

leucocytose modérée — éosinophilie.

LE - XII — Pour les érythèmes d’origine infectieuse secondaire la formule leucocytaire varie suivant la maladie, cause de l’érythème et suivant l'évolution et les Ccomplications de cette infection.

MAVEULeS érythèmes infectieux primitifs n’ont pas non plus de formule spécifique : les chiffres obtenus sont en rapport avec la gravité de l'infection.

V.— La figure neutrophile sanguine d’Arneth est légèrement déviée vers la gauche comme dans toutes les maladies

infectieuses.

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