ARTS DIVERS
L'Exode atteste par ses descriptions la connaissance des arts antérieurement à l'arrivée des Hébreux dans l'Egypte , conséquemment à la migration de Cécrops dans l'Attique, tels que les principes et les distributions harmonieuses de leur ar< chitecture, l'emploi des divers métaux, l'usage des tissus et des broderies, des teintures, l'art 4e polir et même de graver les pierres dures, et plusieurs autres qui durent les précéder^ Le Pen-
tateuque atteste aussi lantiquîté des tissus et de la toile d'Egypte , devenus célèbres dans la Grèce et dans TAfrique, du temps d'Hérodote. Les tombeaux égyptiens nous ont d'ailleurs transmis des tissus de 3ooo ans et plus , qui ne le cèdent en rien à ceux de nos fabriques actuelles. Pharaon , en élevant Joseph à la dignité de son premier minis* tre , lui remit son anneau , c'est-à-dire son sceau, et le fit revêtir d'un collier d'or ■. Au point où se trouvait alors (plus de 1700 ans avant Jésus Christ) Fart de travailler les métaux , on ne peut s'étonner que celui de faire des monnaies fut en usage depuis long -temps. Les Égyptiens excellaient dans l'application de la dorure sur les mé-^ taux ; les débris d'antiquité en fournissent des preuves nombreuses.
Les harpes et les harpistes figurés notamment dans les hypogées et dans la catacombe royale , que les Français ont surnommée des Harpes j attestent le goût de la musique chez cet ancien peuple. Ces harpes sont très*variées pour la forme <, les ornements et le nombre des cordes ; il y en a de 1 1 et'de ai cordes. On y voit encore des espèces de mandof es à très-long manche , portant au moins 3 cordes , des flûtes à deux becs, et des instrumenté de percussion.
' Genèse, chàp. xli, jf 4*. — Origine des lois, des arls, etc., tome I, Hv. 2, p. i55.
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liCs anciens Egyptiens connaissaient anssi les propriétés de la balance; on en voit de fréquentes applications dans les. bas-reliefs et les dessins allégoriques des ilivers monuments. Les balances antiques et modernes des Egyptiens ressemblent, pour la forme et les détails, à nos balances ordinaires à bassins garnis de trois cordes, excepté que la tige du fléau est en dessous du levier.
Dans les tableaux ou sujets représentant des danses, les attitudes et leur variété annoncent de Télégance et du goût. Les scènes relatives aux métiers de charron , de potier, de sellier, de tisserand, d'embaumeur, etc.; à la navigation, la chasse, la péclie, Tagricultm-e, etc., attestent la multiplicité des arts anciennement pratiqués dans l'Egvple. Les diverses cérémonies, les costumes, les meubles et les ornements qu'on y voit attestent aussi le luxe ei la recherche voluptueuse des anciens.
Les anciens Egyptiens, outre la composition des couleurs végétales et minérales, connaissaient encore leur application sur toile, sur bois, sur pierre, sur émaux , etc. I^es hypogées, les temples et les palais les plus anciens en fournissent les preuves les plus multipliées. Ij'éclat et la vivacité des couleurs frappent encore les regards; c'est déjà Teffet d'un art spécial. JMais cette peinture n'offre que d(^s teintes plates et tranchantes, sans ombres, sans iiuances m fusion, eiilre d(*s con-
HISTORICO^BfemTltf CNTALBS. 8 I
tours généralement roides et dénués de grâce; voilà ce qu'attestent tous les historiens , les voyageur», et surtout les artistes compétents de l'expédîtion française, sauf pourtant quelques rares eiceptions.
Les . artistes égyptiens ont en quelque sorte suppléé à l'absence du clair-obscur >et de la fii* sion des teintes par l'union de la sculpture et de la peinture : le faible relief des tableaux produit par la sculpture est rehaussé par les couleurs dont ils sont ordinairement recouverts, et réciproquement la peinture se développe par le relief du sujet. Ainsi ces espèces d'enluminures n'étaient point absolument dépourvue^ de reflets et d'ombre.
On ne peut se faire idée de l'immenisité des sailptures, qui semblent coulées avec profusion sur tous les parements même extérieurs^ des monuments égyptiens; c'est le travail opiniâtre de légions et dé générations d'artistes. Je ne mentionnerai que les objets principaux dans ce genre, en parlant des monuments dbnt ils dépendent ou qu'ils constituetit eux-mêmes; tels qlie lei^ colosses aussi nombreux qu'étonijants dans cette antique contrée.
L'art de la verrerie était tonnu en Egypte, au tettips où Thèbes flori^sait; ce que prouvent les colliers de verre trouvés aux momies et les émaux découverts dans les tombeaux antiques de cette
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contrée; ce que prouvent encore les vases peints sur les tnurd des hypogées et leur transparence exprîfloée de manière à y montrer de la liqueur. Le pays, il est vrai v* se prêtait bien à* l'initiative du genre : car il offrait en abondance la silice et Talkali nécessaires k ce produit kidustrtd ( les sables du désert et les iacs de natron ' )• Les Égifp* tiens connaissaient aussi, du temps de Ptolémée-* Philadelphe ^ Tart de colorer le verre et menue d'imiter, très en grand, les pierres précieuses. On sait que Ptolémée l'astronome avait une lunette à l'aide de laquelle il découvrait les Vais^ seaux en mer ^ à une très^grande distance. Mais Archiroède; instruit par les Egyptiens, avait déjà perfectionné l'usage du verre en l'employant à sa sphère vitrée ^ en l'appliquant au réflecteur dont il se servit pour incendier la flotte romaine de» vaut Syracuse. Ce réflecteur, ne (ul>»il que de roé<-
■ Le6 lacs de natron Aont situés datas le désert de Chatai , à Touesi du'Delfea. Leur lit est ime mpète de foise natmellé , de trois à quatre lieues de long sur un quart de laEgto. Le.food en est solide et pierreux ; il est sec pendant neuf mois de Tannée; mais en hiver il transsude de la terre une eau d'un rouge violet, qui remplit les lacs à 5 ou 6 pieds de hauteur. Le re^ tour des chaleurs la faisant évaporer, fl reste une couche de sel épaisse d'environ % pieds, et très dure, que Ton détachi^ à «'oups de barre de frr. On en retire jusqu'à 36 mille quitataiix par an. (Volnev^, Voyajrc en Egypte et en Syrie. État phys. de rÉgypte, tome i , chap. i. )
HlSTORIOCVlIOiyilKEirT A LRS. 83
taly c'est tôQJiMifftua grané résultat de la science etde'rart ^
De rÉgypte , Tart dt ia verrerie est parvenu en Perse , en Grèce , et de là en SicMe , ensuite dans l'Italie; dans les Gaules, etc. Thèbes, Mem* pbis et Sidon ont* été loAg«-teHips en possession de fournir à l'Occident des verreries de formes et de couleurs variées , jusqu'à ce que l'industrie y fit découvrir successivenient les matières et les procédés propres à' ce g^dre de Ëibrication , par exemple en Italie sous 4e règne de Néron .' , en France sous Louis* IX , au retour des oroisades.
* QOCLEH ou BARDÀQUES.
L'art de la poterie remonte ^ en Egypte , à la plus haute antiquité; les vases représentés dans les tableaux ou bas*-relîefs* sont reroasquables par la pureté de leurs formes et l'élégance de leurs proportions. Les vase6 étrusques, si renommés, n'offireot rien de plus agréable ni de plu^ gracieux. Les prêtres de Vulcain Paient de grands
■ Suivant Buffbn, le réflecteur ou miroir d'Archlmède aurait kè composa de plusieurs plans coordonné» entre eax , et les vaisseaax romains n» demtent être éloignés que de la portée du trait, c'est-4-dire d'environ aoo pieds au plus.
' Neronis principatu reperta viiri arte^ motUcos duos calices quos appellabant pterotos, US, sex miUitnis fuisse venditos, (Plik. » fTw/. ruitur., 06. xxxvi, en/?. a6.)
j^/ RECHKRCHKS
chimistes; ils connaissaient l'emploi des oxitlcs métalliques pour colorer les matières vitrifiables. C'est en Egypte surtout qu'on fait encore, comme autrefois, un fréquent usage de ces verres réfrigérants nommés Qouleh ou bardaques. Les formes de ces vases sont très-variées, élégantes el commodes. On sait que tout le secret de cette fabrication consiste à mettre dans la pâte environ un quart de sel commun; la première eau qu'on verse le dissout et laisse une multitude de pores par lesquels transsude le liquide. En s'évaporant il fait baisser la température de l'eau cpii reste dans le vase.
MONIMIMS IvN (;KM:i(Ar.
Les monuments de l'art, en Egypte, offrent un caractère commun ; Us paraissent se vallacher aux .nêmes principes et au même génie. Us sont en même temps historiques et religieux; ils retracent ils reproduisent fré.p.emment les objets de 1, croyance des Égyptiens, de leur vénération, ac leu^ reconnaissance , de leur industrie , de leurs vœux et de leurs craintes. En un mot, leurs sculpture, et leurs peintures sont l'histoire générale du pays, inlu'iente à leur architecture.
I es" temples et les palais égyptiens étaient ord-.nairement élevés au milieu d'une enceinte ,„„rée, en grosses briques, et dont l'entrée se
HISTORICO-MOirUMeNTALES. 85
trouvait décorée d'une porte ou d'un pylône proportionné k la grandeur et à Tiinportance de l'édifice. L'épaisseur de ces enceintes les rendait à la fois protectrices et défensives.
On sait que l'Egypte, après la domination de ses souverains indigènes , a successivement passé sous celle des Perses, des Macédoniens, des Grecs; des Romains et des Arabes. On distingue dans les diverses inscriptions tracées sur les monuments égyptiens les noms de cinq rois : Évergète^ Épiphane, Philométor, Alexandre et Aulètes ; de onze empereurs romains, savoir : Auguste, Tibère, Claude, Domitien, Trajan^ Adrien et Sabine^ Marc- Aurèle,yérus, Septime-Sévère, Âlexandre-Sévère, Dioclétien; et ceux de beaucoup de hauts fonctionnaires, tant macédoniens que romains, généraux, préfets, tribuns militaires, préteurs , centurions, etc. '. Si l'on excepte quelques restaurations, ces inscriptions n'attestent que des consécrations ou des dédicaces nouvelles, ou des hommages, soit des empereurs aux divinités égyptiennes, soit des peuples aux empereurs, et n'ont aucun rapport aux constructions primi-
tives. C'est ainsi que 1^ Romains en ont usé dans la Grèce , mais avec une apparence plus fondamentale, parCeque leurs inscriptions y pouvaient
' JoMARD, Mémoire snr les inscriptions anciennes, A., t. ii, pages 3 et 4.
86 HECHRRCHJ»
être placées sur les frontispices et tes parties principsdes des temples.
AJIGHlTBGrUHE. •
L'architecture colossale des Égyptiens ne manque point d'harmonie dans son genre. Leurs colonnes ne pouvaient être svdtes- ni élégantes, puisqu'elles devaient supporter les énormes pierres qui forment ies architraves et les plafonds de leurs édifices. Les Égyptiens ne voulaient point y appliquer la science de la coupe des pierres, science aussi facile que la étatique et la mécanique, où ils étaient certainement très-versës.
Le loius égyptien est un type fondamental, dont la tige et la fleur ont servi de modèle pour les formes et les ornements de cette arcfaitectume.
Les Égyptiens n'employaient point les monoilithes aur colonnes, comme l'ont (ait* les Grecs et les Romains; ils réservaient ce luxe poiir d'autres parties de leurs. temples, pour les obélisques et les statues colossales , dont ils fbrmatetit des mo* numents isolés.
Une règle qui parait générale dans la-construc*tion des édifices égyptiens, c'est la diminution successive de la hauteur des diffénentes palites; elle a lieu dans les temples, depuis le portique jusqu'au fond du sanctuaire , et dans les palais depuis les premières cours jusqu'aux appartements les
HISTORlGO**lf01II]]IB»TALES. 87
plus éloigaés. Lqs arckitectes nationaux ont peut-' être eu pour objet, au moyen des alignements et de la régularité des pians, d'augmenter les effet» de la perspective ; c'est la remarque fieiite par MM. Joliois et Devilliers k l'occasion de la grande salle ou de Vfgrpastjcie de Kamak '.Ot abaissement pouvait encore relever la- majesté des perscmnages auxquels ces pièces extrêmes étaient exclusivement réservées. Les Chinois fqnt précisément l'inverse.
L'arofaitectwpe ^yptienne offre de grandes et bcili» lignes; les ornements ni sont jamais le résiikat du caprice; tout y est motivé et semble oombioé d'après une connaissance profonde et une imitation, des phénomènes «île la nature. Les aocieos poètes n'ont pas compris ce système symbolique et conséquent:.
Les temples n'étaient éclairés que par les portes et des espèces de soupiraux , plus larges que hauts, placés à la hauteur des plafonds. C'était probablement à causa de la trop vive lumière de ce climat, et pour inspirer un mystérieux recueillenfent.
Les sonlptures monumentales sont généralement^ à l'extérieur , en relief dàtis le creux , tan«> dis qu'à l'intérieur elles sont en relief saillant sur le nu des murs»
Les anciens Égyptiens n'ignoraient point les propriétés architecturales de i^a for me. circulaire:
' Description générale de Tliébes, A., tome 11.
88 RKCHERCHFS
on vA\ volt (les exein[)les à Tentrée cU» Icnirs fiypoçiéiis^ quelquefois au ciel de leurs galeries soulerraines et même de leurs salles sépulcrales; ils employaient Tare à grand rayon , mais sans coupe de pierres.
Les obélisques, ces monuments si simples et |)Ourtant si soignés dans leur exécution, doivent être considérés comme la production la plus élégante de Tarcliitecture égyptienne.
Quant aux matériaux employés dans les impérissables constructions de TÉgypte, la notice suivante peut en donner une idée première, qui se développera dans les descriptions sommaires que j'aurai lieu de présenter au sujet des monuments les plus fameux. C^ette notice est puisée dans un mémoire technique de M. de Rosière, ingénieur en chef des mines et Tun des niembres de la commission d'ILgyptc .'
CONSTITUTIOX PHYSIQHF niî SOT. r:T MATÉRI\L'X.
Le sol granitique forme la partie supérieure ou méridionale de rEgy[)te, le sol de grès la partie du milieu, et le sol calcaire la particMuférieure ou se|)tentrionale. On voit encore, entre Syène et
• Oiiviaiio (l'Fi^^vptr, A., foinc r .ippcnd. n'^ i .
Voii- \.i c<\v\r d'F.LivpU' , pi. I. p(Mii Ion (l<•^(■riptlon^ ^.lu- \ nnics
HISTORIGO'MODrUMBiWTALES. 89
Philae, d^anciens travaux d'extraction non terminés, entre^autres un obélisque et plusieurs colon*nés dont la taille est ébauchée. Ce granit, connu sous le fiom d'oriental , est rouge ou rose. Il y a des Tariétés* de granit égyptien y telles que le gris qui forme la. belle colonne de la Justice sur la place de la Trinité à Florence, et le granit noir; il ne £3iut pas confondre cette dernière . variété avec la roche noirâtre^ qui se trouve notaminent aux environs de la cataracte de Syène, dans la chaîne arabique , et désignée par Strabon et Pline sous le nom de basalte, sans être de nature volcanique ; M. de Rosière la qualifie sféniielle-hasultù^ y&nne, c'est-à-dire roche de Syène à petits cristaux, ressemblant au basalte. Un en voit plusieurs statues égyptiennes dans les musées d'Europe.
n résulte de cette constitution du sol égyptien ^ que les monuments de la haute Egypte sont généralement en granit ; ce sont en même temps les plus anciens et les mieux conservé^ ; que dans les monuments de la. cokitrée moyenne on a du faire dominer le . grès , sans exclure néanmmns la matière granitique; que la pierre calcaire a trouvé son egiploi dans Ja contrée inférieure, depuis Men^phiâ, dont les pyramides sont construites en cette matière , pourtant avec des revêtements en granit. Enfin on a jugé que l'éloigné* ment des carrières granitiques et les grandes difficultés du transport ne dispensaient pas d'em-*
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ployer ces précieux matériaux aux monoitthes dloiportance dans la basse Egypte , où d'ailleurs les débrisd'Héliopolis,deMemphî$,etc.,ontété successivement utilisés pour des ouvrages subséquents. On a cependant fait usage des. briques dans les différentes contrées de l'Egypte , soit concurremment dans les massifs de maçonnerie, soit exclusivement dans les ouvrages accessoires et surtout dans les grandes enceintes défensives. Ces briques étaient formées avec du limon du Mil et de la paille hachée. On les employait ordinairement crues et durcies au soleil. Celles d'un mur d'enceinte, à Karnac, ont o'^*',3a*'' de longueur, o"^Si6** de largeur, et o"*^,i4*'* d'épaisseur.
Le mortier qui lie les pierres des pyramides , notamment celles duChéops, est semblable à nos mortiers d'Europe; à Ombos, à Ediii, dans llle de Pbilee, etc., le mortier qu'on aperçoit entre les joints des édifices dégradés présente un sable fin mêlé avec la chaux dans les proportions ordinaires. Ces faits sont d'une époque antsérieure à notre ère d'environ aooo ans. Les Egyptiens horliaient l'emploi des ciments au stricte remplissage des joints étroits de \evr& assises. Dans ce pro* cédé ils ont mieux pressenti les influences de leur atmosphère brûlante que les Romains, dont les travaux postérieurs sur les bords du Nil laissent à peine des traces remarquables. On sait que la brique crue , liée avec l'argile molle, suffisait aux
HISTORICO-MOHUMEflTALES. g 1
simpUs habitalioiis et même aux Vastes enceintes ou clôtures extérieures ^.
HONÇMENTS PRINCIPAUX.
Je ne classerai pas ks monuments égyptiens par genre ni par âge; je me borne à des recherches; je les grouperai , pour ainsi dire, dans les anciens nomes , dans les lieux célèbres de leur établissement. Me portant d^abord vers les limites supérieures de l'Egypte. explorée , jie suivrai le cours du Nil , depuis Philae jusqu'aux bouches du fleuve. Je ferai seulement observer en général que Héliopolis y Thèbes et Memphis fure;nt les trois cités les plus remarquables et Ie$ plus célèbres de la haute antiquité.
* A|»ràs avoir fait conoaitre la con^citntioii permanente du sol égyptien, on qe verra peut-être point avec indifféreDçe le tableau changeant de ce territoire, vers la fin du xviii™^ siede:
< Si l'en se peint nn pays plat , coupé de (!anaux , inondé « peildant Crois mois, fangeux et verdoyant pendant trois au- « très, poudreux et gercé le reste d^ Tatinée; si Ton «e figure « sur ce terrain des villages de boue et de briques ruinés, des • paysans nus et bâlés, des buffles, des chameaux, des syco- « mores, des dattiers clair-semés, des lacs, des champs cul- « tivés et.de grands espaces vides; si l'on y joint un soleil « édncelant sur l'azur d'un ciel presque toujours sans nuages; « des vents plus ou moins forts, mais perpétuels ; l'on aura pu « se former utae idée rapprochée de l'état physique du pays, v (VoLVftT, Voyage en Egypte. État poKlique, chap. xiii.)
ij'l Hi:CHEKCHi:S
PhiltP. — L'ile de ce nom offre un parallèle remarquable de constructious successives, d'un caractère et d'un âge différents. Les travaux égyptiens s'y distinguent, au premier coup d'oeil, par leurs grand(\s proportions et la qualité des matériaux; ceux des Romains, des Chrétiens et des Arabes par leur genre, leur petitesse relative et leur imperfection.
Eléphantine. — C'est encore inie île du fleuve nourricier de l'Egypte. C'est le point d'étaljlissc»ment du Serapeum ou nilomètre décrit par Strabon. Les Egyptiens ap|)ellent Sêrapis ou plutôt Chcrapi y I(»s monuments consacrés à Tobservation annuelle des crues du jNil, cause de la fertilité et de Tabondance, qu'ils divinisèrent sous le nom d'^/^/^. Les princi|)aux nilometres, consacrés à Sérapis ^ étaient : celui d'Elépliantine , le premier en amont; celui de Syène; celui dc^ Denderah', attribué à A'mrou; celui de Mem|)liis, le plus ancien et le j)Ius célèbre; celui de Houdali' ou le Meqyds actuel.
M. Cirard , membre des instituts d'Egypte et d(» France , a fait (rimportantes obsiTvations au nilomètre d'Elé[)liantiiie ; il en a déduit : T* la détermination d'une ancienne coudée, qu'il iixe entre o""' ^WxS et ()""' ,5,^7, ou moyeimement à o""' ,59.5; 9.*^ Texhanssement progressif ilu sol égy|)tien par l'effet des inondations ilu Nil, ipi il évalu(* à ()""' ^\Sx movennement j>ar siècle; ce qui i<'rait.
HrSTORKH^^MONUBrRNTALES. 98
pour 3,000 ariâ, environ 4 mètreâ, résultat concordanl avec d'atrtres observations faites à Thèbes, Héliopolis, etc. '.
Syène, l'ancienne Asouan^ est célèbre par les cataractes du Nil et par les carrières granitiques, d'où sont provenus tant de matériaux et ces monolithes étonnants qui déjà ont usé trente siècles. Syètie est le nec plus ultra de la navigation du
Nil.
Esné (l'ancienne Latopoli^\ sur la rive gauche
du fleuve , se distingue y comme on Ta .vu plus
haut , par deux zodiaques dont l'un se voit au
pronaos ou portique du grand temple , l'autre au
portique du second temple. M. Champollion le
jeune ^ qui explorait ces monuments en 18:19, à
donné de curieux détails sur les sculptures et les
inscriptions du grand temple ^. Elles mentionnent
divers règnes des empereurs romains , depuis
Claude ( César, Tibérius-Claudius^GeFmanicus )
jusqu'à Caracalla , savoir : ceux de Vespasien , de
' Mémoire sur le nilomètre d'Éléphantine, A., tonae 11, pages 11 et 18.
' ift^* lettre de ChampolUoo, datée de Bjrban-ei-Bfo/ouk (Thèbes ), le 25 mars 1829.
L'Etifope savante a perdu cet habile antiquaire, prématn- Ténent enlevé, à Fâge de 4< ans , dans le. commencement de mars i83a.
94 aBCHERCHES
Titus, de Domitien^de Traja^, dlfadrîen^ d'Antonin , de MaroAurèle, de.C2omn}odet de Seplikne* Sévère et de Géta. On sait que c^ dernier fut barbarement assassiné, par son frère Garacalla, qui fit ensuite proscrire son nom dans tout Tempire .romain. Cette proscription , dit le même antiquaire, fut exécutée à la lettre jusqu'au fond de la Thé* baide : il a reconnu , de visu^ que les Cartouches renfermant les noms propres de l'empereur Géta sont tous martelés avec soin , ce qili n'a' point empêché M. Champollion -de lire très-clairement le nom de ce malheureux prince :
L'empereur César-Géta^ te direùteur.
On col>nait ailleurs des inscriptions latines ou grecques , dans lesquelles Ce même noift est efiBn^é.
Cet antiquaire n'admet point les conjectures accréditéesconcemant le grand temple d'Esné, que l'on considérait comme le plus ancien monument de l'Egypte, conjectures établies, dit-il, sur une façon particulière d'interpréter le zodiaque du plafond. 11 a d'ailleurs observé que les bas-relie& qui décorent le monument, et les hiéroglyphes surtout sont d'un style grossier et tourmenté qui marque le point extrême de la décadence de Tarf. Il conclut que ce monument est au contraire le plus moderne de ceux qui subsistent en-
HIStomcO-JHONUMENTAtES. qS
core dans la contrée; que la construction du pronaos ou portique d'Esné ne remonte pas audelà de l'empereur Claude, vers la moitié du 1** siècle de Tére chrétienne., et que ses sculptures, ses inscriptions et conséquemment le iam^x Bodiaque descendent jusqu'à GaracaMâ, c'est*idire jusqu'au commencement du. 3^ siècle. :
Cette opinion n'est point conforme à celle de M. Fourier que j'ai rapportée, page a3. D'après ce savant du premier ordre, les sculptures astro^ nomiqaes d'Esné seraient d'environ quatre ^ècles plos anciennes que celles du temple d'isis à Dendo-ah'.
Thèbes, ou Diospolis-Magna , est connue sous la dénomination homérique ^Bécatompyle { viUe aux cent portes). Les Hébreux paraissent nous avoircooservé son ancien nom Njp^jimmùun (ville ijémmoa ), ville dédiée au soleil considéré dans le bélier, le chef des signes du zodiaque. Lorsque Homère donne loo portes à Thèbea-lai^Grande , on serait tenté de ne voir dans cette expressiota que le style figuré du poète. Cependant j'y trouve aas^ de vmisemblance^ puisque le Kairc,- ville moderne -t^ui n'a point la moitié de l'étendue die l'ancienne Thèbes ,371 portes, en y comprenant celles qui sont devenues intérieures depuis l'exienskm de la vtUe ^ '^
' Descrifi. du Hairc, par M. Jovasd, £. M. > 1. 11^ p. 58i.
^ tlEGHRRGH£â
On n^ tirouvedâns les ruines deThèbes aucunes traces d'une enceinte générale ni de portes extérieures. Peut-être la dénomination ^Hécaiompylt a-t-elle rapport àuiL pj-lones, espèces de portes colossales, très-nombreuses à la vérité, qui précédaient et dominaient pour ainsi dire les temples et les palais anciens de la Thébaide.
Les auteursaiiciens ne s'accordent aucunement sur rétendue de Thèbes, soit c}u'its en donnent la longueur , le circuit ou Ja sùpei^ie; il est vrai que leurs mesures ne concordaient guère* que de nom. Il est du moins probable qu'elle l'emportait sur toutes les cités égyptiennes par son étendue comme par son ancienneté. Elle montre encore les restes d'une grandeur étonnante , et Tapplication variée des arts de l'antiquité la plus majestueuse; sa splendeur est incontestablement antérieure aux temps héroïques de la Grèce. I^a superficie de l'ancienne Thèbes,'avec ses annexes, mesurée par les ingénieurs français de l'expédition d'Egypte et d'après les plans qu'ils ont relevés avec le plus grand soin, est de 1,7^6 hectares'. Cette vaste cité n'est point comparable, pour l'étendue^ aux grandes capitales de l'Europe : en effet, la nouvelle enceinte de Paris , en y comprenant la traversée de la Seine, est de 2l^fit6 mètres, et sa superficie d'au moins 3,4oo hectares ; la circonféreuce de
'Tableau de la superf. de l'Egypte , E. M., tome n, p. !r78.
HISTORICO-MONCMENTALES. 97
Londres, comprenant Wesminster^ Southwark et les accroissements successifs ,- est d'enyiroii 2à3,OQO mètres, et la superficie de aai6 hectares; la superficie de. Vienne est de aïoo hectares.
Tacite rapporte que l'un des plus anciens prêtres égyptiens expliquant à Germanicos des caractères monumentaux parmi les ruines de Thèbes^ y lisait que cette ville avait autrefois renfermé sept cent mille habitants en âge de porter les armes ^ Comment expliquer une telle exagéra-* tion ? Thèbes,dansun circuit de quatorze à quinze mille mètres, embrassant les deux rives du Nil, comprenait cinq quartiers principaux : Kamak, Louqsor^ le Memnonium, Meydtnèt-Abou et Qournah. On n'y compte pas moins de huit obélisques, monolithes, dont quatre s6nt encore .dans leur entier^ et tous d'une hauteur prodigieuse; dix-sept pylônes * d.e dimensions colossales ; sept cent cinquante coloimes presque toutes intactes, parmi lesquelles il s'en trouve d'un diamètre (plein) égal k celui de la colonne Trajane à Rome. On y.Toit maintenant soixante-dix-sept statues monoUthes encore subsistantes, ou dont l'exis^
' E^erelkU habUasse quontiàm septingenta millia œtaie militari, (Tacit, Annal. , Ub. xi , cap, 60. )
* Mot dérivé du grec pylân , employé pour désigner les grandes constructioos pyramidalesi espèces de piliers colossaux qui forment ordinairement IVntrée des temples et des palais en Egypte.
<)(S KM'inr.ciiis
IriK'r (vsl ifU()Ml('stril)l(MiK*nl annoucro jinr* dr nouihiTsix (lcl)ris : la |>lus |)fl)te excède les |)r(>- |)i)rtions naturelles, et les ])lns faraudes ont jus- ([u'à di\-hiiit mètres eiii(|iiaiile-(juatre pieds i de liautenr.
I /h\ p|)()dr()ine de Tliehes on de Ah^ydinet-Ahon piésente dans ses mines une enceinte de deux mille cincj cents mètres de long sur neuf cent (|natre-vini;t-lunl niètres de large, ce qui donne tnie superficie de deux millions ([uatre cent soixante mille mètres carrés, sept f(iis plus considérable qu(* \c Champde-Mars à Paris \ I.e |)ourtour seul de Karnak est évalué à cinq mille mètres [)ar MM. Jollois et Devilliers.
I,e palais de Karnak, exactement orienté de lest à l'ouest, faisait lace au Nil, sur la rive droite, et de ce coté il était précédé par une avenue d'aunjoins soixante s|)hinx à têtes de bépM^r sur des corps de lion, avec une coifture qui couvre la tête et retombe sur les épaules et sur la poitrine. Le |)vlone a (piarant(*-trois mètres de hauteur au dessus i\u sol, cent treize mètres (h* longuetu' et cpun/t» uictres environ d'épaisseur. (les p\ loues itairnt le* coté antérieur dune |>i'e-
' f )(•^<■|•|j)lMlî L:i fni .lir (II* '('Ih'Im'>, pnr M!M. .loi i ois «-t Df -
\ " ' 1 : r.N , \ . t. 1 . (Il !!•
Mudrs t!c !;n\4i', < •• <Mii dcriiu' une siijui licic <lr »î):>,'i()0
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mière eoceÎAte formant une espèce de cour eti avant des palms ou fies temples. Quelle vaste con'> strtiction pour un ouvrage accessoire! Quel étom nement on éprouve à la seule lecture descriptiv/^ de ce patais de Karnak ' ! Une idée parait avoir frappé tes habiles explorateurs Joliois et Devilliers à Taspect des immenses et monstrueuses ruines du palais de Karnak : « Il semble qu'il n'y a qu'une • secousse générale, produite par un tremblement € de terre, qm ait pu le rédnire à Tétat de des^^ « traction où on le voit à présent. »
Cependant au-delà du pylône subsiste encore un monument eiitraordinaire de la tnagniAcence égyptienne : c'est une vaste salle hfpostyie^ dont les plafonds sont portés par cent trente<}uatre colonnes de proportions colossales ; son plan est un rectangle de cent deuic mètres cinquante cen* timètres de longueur et cinquante-deux mètres de largeur ^. Ainsi Tune des dimensions est à pen près' double de l'autre. Les colonnes qui forment la partie centrale ont trois mètres citiquantesept centimètres de diamètre et vingt et un* mè« très de hftoteiH* depuis le sol jusqu'au-dessus du dé supérieur; le chapiteau seul a trois mètres
' Description générale de Thèbes, par MM. Jollois et Db- ▼iLLisms, A. y t. i, chap. 9.
* Description génmle 4e Thèbes» par MM. Jollok» et De* viLLisas, Av, t. 1, chap. 9,«p. 21^7 • «