AVENUES BE SPHINX
Les abords du palais de Ramak, vers le sud, présentaient une avenue des plus majestueuses, composée. d'une suite de quatre beaux pylônes séparés par de vastes cours. Dans ces espèces de propjrlées, entre autres colosses monolithes, on en compte actuellement douze ayant plus de rente mètres de proportion, et des fragments annoncent que le nombre en était plus grand. C*est en avant de ces propylées qu'il y avait deux rangées > des plus gros sphinx qui se trouvent
* Description générale de Thébes, par MM. Jollois et DkviLLiKEs, A., t. ifChap. 9. (Introduclioii.)
lov. kkchkiu:hi:s
dans \v> ruiiK\s de Thèbes. Du colé de Test, ou rii voit (uicon* oinc|naiite pins ou moins mutilés, mais dans leur place j)rimitivo; le nombre de eetle rangée devait être de soixante-six ou soixanleliuil; on n'apereoit plus aucun vestige de ceux qui nianquenl. Du coté de Touest , ou du Nil, on en compte encore cin([uante-deux presque entiers; les autres oiU été détruits, mais leurs débris sont sur place. Ces sphinx, comme on Ta dit, ont d(\s têtes de bélier sur des coi[)s de lion, avec une coiffure symbolique, et reposent sur un socle et un piétiestal de cinq mètres trente-six centimètn^s de longueur; ils sont en pierre de grès.
\)[i méiiie coté se troMV(* um* autre avenue de s))hin\ (Tespece différente et njoins colossale, (leux-ci ont dis tèl(\s dr (ernme sur des corps de lion,égalen)(Mit (mi re|»us. (.etle av(»nue est presque entièrement dévastée. Dans la ranimée du nord, de tr(M)te-luiit splunx il n'en reste que dix-huit, et se[)t dans la ranimée du sud. Klle s'infléchit et se dirige vers le palais de l.ouqsor; C(*tte dernière partie devait avou' ini grand nond)re de sphinx ;>endjlal)l('s a ceux de la |)rr'niiere. On en évalue le noinlire îot;d ;i six ccnis poiu' chaipie coté, «lans un esp^ire de deux nnlle nietres ^ An temps (IrStrnl^nti, ces ;i\('MU{'s (Liitiii p;«V(''es en grandes
' J ï''-< I ;j)Iii'.; :j<Mr/ ,n« (!<■ i 'ici t«^, | »ar MM. Jni i «us rr I)h - \ Il ( I H'.s , A., t I . 'ImI» '». p;!L:i^ .•> 'i cl >' •
^..bTORICO^MOXfUMJlWTALES. *x .
dalles de pierre. Enfin cette fmgniâqOte avetiue était l^miDée^du côté de K.»rnak, ei>.faoe du grand temple, |>9l'ui]ie autre forwée, non d'atiiniaiix chimérîquea, mais de béliers complets, accroupis sur ua socle et un . piédestal , et portant sur la -fmJùriàt une figure de divii>itéég;yptienoe soulptée en reliefs Celte dernière aventie, de cent soixante-ciaq mètres^ avait cinquaDte*huit béliers à chaque mmg- Plusieurs manquent, et presque tous siKit iBUtîlés ; Ja tète simule a un mètre trentetrois icentiaiètpes (quatre pieds) de longueur.
MM. Jollois et DeviUiers font obi^rver ^ que le sphinx à 4éte de femme sur un <îôrpa de lioti se retrouve et précède la Vierge au zodiaque d'£sné, en une posture sen^blable, et q«ie des bas-rq|ief$ astronomiques offrei«<t aussi des têtes de bélier ajustées sur des corps de^ bon. Il est évident que de telles allégories ne se rattwAient pas seulement à Tarchitecture et à la sculpture.
Ces deux savants ont remarqué sur la piatefqrme de plusieurs édifices antiques, notamment du grand temple du sud à Karnaji, des pieds humains et des sandales, sculptés dieux à deux , avec des inscriptioils ou caractères hiéroglyphiques inconnus ^. Ce sont des traces et des résultats de pèlerinages.
* Desoriplioii ^c'iiérale de Thèbcs , A., (. i, chap. ij. ^ Description guiiûralt? de Thèbcs, A., f. i, ch«p. y.
\o/\ RKCIlFHCHliS
Kiirnak ol Louqsor étaient réunis par une» allée (le sphinx de deux mille trois cents niètres de longueur, de|)uis la |)orte la |)lus méridionale de Karnak jusqu à l'entrée de Lou(|sor.
En avant du palais royal de Louqsor se trouvent deux obélisques monolithes, erî beau granit rouge, et couverts d'hiéroglyphes d'une sculpture tres-soignée. Ils ne sont pas de même hauteur : celui lie gauche (Toriental) a vingt-cinq mètres trois centin)ètres (soixante-quinze pieds) de hauteur, y compris le pyramidion, de deux mètres cinquante-six centimètres; sa largeur à la base est de deux mètres cinquante-un centimètres en tout sons; Tautre a vingt-trois mètres cinquante-sept centimètres f soixante-douze pieds) de hauteur, en supposant son pyramidion restauré, et deux mètres trente-neuf centimètres de largeur à la hase *. \ussi lesdits obélisques sont-ils posés sur
• Description générale de Thèbes, A., t. i, oliap. 9. Ces deux obélisques, cédés par le vice-roi Melicmet-Aly au couver nemenl français, doivent être élevés, l'un sur la place de la Concorde, et l'autre peut-être sur l'esplanade des Invalides, à Paris. Le plus yrand pèse au n)nins '280,000 kiloi^ranuiies.
1,'un de CCS obéJi>(]ues, parti de Rosrtte à l'embouchure du Nil, le i'*'' avril i^V^ , sur un bâtinient de construction spéciale, nomme ir Louqsor , et remorque par le bateau à vapeur It Splii/i.r ^ est arrive à Toulon le 11 mai suivant, après avoir relàclié sur (liflrr^'iits points de l'archipel ^'lec et en dernier lieu à (orfoii , (ju'il a (piitti- le y niai. De Toulon il a (te (ondiul a l.heibourii, rnsuile au Havre, cl dt' là pat
HISTORICO-MONUMENT AL£$. 1 oS
des socles inégaux , qui ne compensent pas néanmoins toute la différence des fûts; mais le dernier
la S«ine à Paris , maU après avoir attendu ies crues hivernales de ce dernier fleuve. — J^xnsï 4o jours ont été employés au premier voyage maritime p environ le double aju secoi|(| , en total quatre mois sur mer seulement.
M. Al^candre de La Borde, dans une brochure relative à| ces obélisques (août i833), donne quelques détails sqr les opérations et les difficultés de transport du second (l'oociden* tal). Le navire .destiné à ce voyage , en remontant le Nil, iiiit, au coude de Panapolis , 5o heures pour faire une lieue ; tous les cordages d'arrière , toutes les embarcations de remorque forent presque détruits dans ce pénible trajet; et au dernier coude du fleuve, à 5 heures de Thèbes, il ne restait plus qu'un seul canot qui pût tenir leau et deux aussières dans le plus mauvais état. Four le dépla<sement de Tobélisque il fallut d'abord pratiquer un chemin, ou plan incliné, depuis son pied jusqu'au navire, trancher à cet effet deux monticules d'antiques décombres, et démolir la moitié du vilfage qui se trouvait dans cette direction. Ce travail a employé 800 hommes pendant trois mois.
L'opération d*abattage se fit au moyen d'un câble tenant au haut de l'armature de l'obélisque et fixé à une ancre trèsp forte à i5o mètres du monument; ce câble était retenu . en sens opposé , par une grosse poutre , à ui| point solide de retenue, d'où partait le mouvement qui se modérait à volonté* Lr monolithe s'incKnait en s'appuyant sur un cylindre encastré sous la base. On estime que cette pièce de chêne de o,*** ao seulement de rayon, a supporté pendant a5 minutes une pression de 25o,ooo kilogrammes; ainsi l'abattage se termina doucement et sans aucun dommage.
On peut juger, par ces détails sommaires , combien de travaux , de dépenses et de soins aura coûtés l'un des obélisques élevés dans Paris. Mais tous ces gr^ndçi efforts sont inférieurs à ceux qu'a nécessités l'érection des nombreux obélisques
\oi) llFCHFiîCHFS
se trouve placé en avant du premic^r, de soitr qu'à une certaine distance la perspective produit l'illusion complémentaire. On y vf)it aussi deux statues colossales de onze mètres ( trente-quatre pieds "^ de hauteur; tous ces objets sont ornés de sculptures du |)lus beau travail.
L(* Memnouium , sur la rive gauche du Nil, rappelle un nom presque fabuleux. Le palais de Memnon, connu sons le nom du tombeau d'Osyinandès, ou Osymandias rilercule égyptien], était formé d"e j)lusieurs galeries, dont une n^présentait douze animaux sout(*nant une voûte étoilée. On v vovait, au-dessus du tombeau, un cercle d'oî' ou doré de trois cent soixanle-cin(| cou(lé<\s {\c circonférence et d'une coudée d'épaisseur, oii Ton avait marqué les join-s et les constellations dont le lever ou le coucher présidaienl
en KiîV|>l<', «Icpuislc pi'cniior travail d'cxtiaction de ces clou liants nioii(»lilli('S.
Pline 'Ji\.xx\, cliap. y raj)|)orre de <juelle manière nn <>l>élis((ne de So eondées fnl amené de la eairièie an TMil, sons le rè^ne de l^tolomér-Pliiliidelpiie : on ereiisa nn canal depnis la earrièr<' jnstjn'an Nil, en le iais;nit passer sons Tol)élis(jne dans niw diieeîion p<'r|)endienlaire à la loni^neni' <lii iiMniolitln', dont les extrcmius pouaienl sni' les bords solides i\\\ eiinal. Pendant niu^ erne tin Nil, on y eonthiisil nn in) meiisc ladean, eliargé dnn poids donhie de crlni dn monolithe. Ensnitc on alléi^rj t;i adnclicminl de «ilte rhari^e |)ro- \isoirelc îade.ni^qni |)ar son émei >ion souleva rohclisipic el permit de le hnnspinh-r ;»insi mm le I1«'iim'.
HlSTORICO-MOirilMEKrTALES. t4yj
à ragricuhure ^ C'était iln monunient à la fois astronomique et métrique. Des ingéfiîetirs fran^ çais ( MM. Jolloîs et. Deviiliers ) ont £ait obseiv» ver que ce faaieux cercle ne pourait être tontemi dans Tencçinte de. Tédifice , ^doot le» traces oivl été trouvées et soîgneuseroânt explorées par eux^ Us pensent, à ce sujet, qu'il ne faut-point prendre à b lettre le mot coudée ,. mais» .le oofisitiéveif comme représentatif, c'est-à-dire comme unedi^ vision analogue à celle du ocrde eli Crois cenO soixante parties égales, auxquelles on ai domfiè le nom de degrés. . .
STATUE p'oSTliàEVmAS.
I^ Statue monolithe d'Oiymandias , d'après les mesures exactement prises 3ulr les liienibrés qui font partie de ses débris ^ avait, assise^ 1*8 mètnes 47 centia^trieB(4^ eoiidées^ ou 6apied6 égyptiens) de haut, depuis le sommet de la fêle jusqu'à la plante des pieds, ce qui téportd à une hauteur, deb^mt^ (i eu sus) de %% mètrea 17 cenkimè-^ très {ffi coudées ou 7a pieds a«liques), cfestà-dire douze fpis la. staturt» égyptÂeime au module de I mètre 847 millimètres. On n'en voit maintes nant de parties réunies que la tête, la poitrine et
' JoMARD, Mém. sur le syst. métr. desanc. Égypt., A., t. ii, pag. 545.
I08 RECHERCHKS
les bras jusqu'aux coudes; un autre bloc contenant le reste du corps et les cuisses gît à quelque distance. Parmi les débris dispersés , on retrouve le pied et la main gauches. I.e diamètre du bras, entre le coude et répaule,= i mètre ^6 centimètres (naturellement o mètre ii centimètres); la largeur développée du pied, depuis Tarticulation du pouce jusqu'à celle du petit doigt, = I mètre ^o centimètres (naturellement o mètre ii6 millimètres); la longueur de Tindex= I mètre ( naturellement o mètre o83 millimètres); la largeur d'une épaule à l'autre, mesurée en passant sur la poitrine, = 7 mètres 1 i centimètres ( naturellement o mètre ^9 centimètres). La statue et son piédestal sont en granit rose de Syène. Son cube est évalué, par MM. Jollois et Devilliers, à 412 mètres, ou 11965 pieds cubes, pesant, à raison de 186 livres le pied, 2,225,5 10 livres \ Quels moyens la mécanique a-t-elle employés pour extraire , mouvoir, transporter et dresser de telles masses? Rien n'en décèle le svstème et n'en retrace le souvenir. Il semble que de pareils travaux n'aient pu être entrepris que par un peuple de géants et poiu' leurs »
semblables.
' Dcscript. ^îiu. de Thèi)es, /V., ton), i, cliap. 9, pnj^es 124 t^t 125.
RISTORICO-MOUDJIIKNTALES. IO9
STATUE VOCALE DE tfEMNON.
Il n'est point de célébrité au-dessus de celle dii colosse de Meninpn^ situé dans la plaine de Théfaes, au lieu désigné pat Diodore sous le nom de Memnanium. Ce colosse , lorsqu'il était dans son inté^ grité, avant l'invasion désastreuse de Cainbyse, au temps où la religion égyptienne était dans toute ça vigueur, rendait, dit-on, des sohs harmonieux aux pt*emiers rayons du soleil ^ On voit au même endroit deux colosses presque contigiis; celui dis Memnon, nommé Tâma^ se trouve au nord de l'autre nommé Chàma; tous deux sout formée d'une espèce de grès-^brèche , ou poudingue composé de cailloux agatisés, liés entre eux par une pâte extrêmement dure, qui n'a pu cependant rebuter le ciseau des artistes. Il est malheureusement rompu dans son milieu. La partie inférieure, comprenant les bras qui sont étendus sur les genoux, les jambes et le tronc de là statue, est d'un seul bloc; mdis la partie supérieure, depuis la jointure des braS jusqu'au-dessus de la fête, a été reconstruite par assises, tandis que la statue du sud est encore d'im seul bloc.
Le fcolosse du sud a de hauteur totale, depuis les pieds jusqu'iiu sommet de la tête inclusivement.
' Paosah. , Ub, 1, p. toi , édii. ÎÀps. , 1696. — Plut., Hitt. Hat,, Ub. zxxYi, c. 7. — Tacit., Ann., Ub* u. — JuYEir., Sat, iv.
I lO HIK.ÏIKHCHIS
1.*) mètres :>() centimètres /^«S |)ie(ls de Fiaiice . ]a\ laj'f^eur (h* la statue, mesurée entre les deux épaules, est de i\ metre.T l'y eentinietres H) pieds , et la ioni^uenr du yraud doii^l est de i mètre >8 centimètres ( 4 [)ieds .'> pouces ). Le ciil)e de la statue (\st évalué à 9.1 G mètres^ et son poids à rj^Goc)!^ kiloj;rammes« à raison de uj'jo kilogrannnes par mètre cube '. Le |)iédestal, en paitie caché sous les atteriiss(»inents du A^il, a ^ niètrt-s ()7 centimètres ;^ lu pieds 3 pouces) de hauteur, l^es traces des |)lus hautes inoiulations, sur la lace antérieure tournée \err. Torient, sont à o mètre 5.2'^ millimèlrt^s (hi milieu de son arête supérieure. On voit deux longues inscriptions i;rec([ues sur les deux laces du nord et du sud. La hauteur de ce colosse assis, éi>ale à celle de Memnon, répond à une hauteur complète? de 18 mètres 'j i centimètres ' environ 4^ coudées , décu[)le de nature. Deux ligiues isia([ues d(î femmes st)nt sculptées debout, en ronde bosse, de chaque coté des jambes du colosse; elles f)nt environ 5 mètres de proportion. Lue troisième figure, entre lesjambes, n'est que ilc^ grandeur naturelle. Les jaujbes du colosse principal ont G mètres depuis la plante des pieds jusqu'à la partie supérieure du genou ^.
I »fscii|>t . LM-ll. <i<' Tiu'h«s, |»;n MM .In? i nis «'f I )lvVll l 1 1 Rs, \., I- I , rii M.
icU'iii.
HfSTORICOHIlOQrtiMElVTALES. ' | | f
Uq a t:out liau de croire que ces deux &tajtues ( le Tâma^ et le Chôma ) étaient , stiivant Tusage égyptien , placées devant quelque f^rand édifice maintenant ruiné. Celle du nord passe pour une représentation soit ^AménAphis^ soit de Memnon^ , sous des attributs de divinité et d'une jeunesse étemelle. Peut-être est-ce un OsyriSy et l'autre une Isis? On aperçoit ces deux colosses à la distance de quatre lieues , comme des rochers au milien de la plaine.
De nombreuses inscriptions grecques et romaines sont gravées sur le piédestal et sur les jambes du colosse de Memnon. M. Jomard en a compté soixante^dooze tracées par des personnages plus ou Bioixis distingués de l'empire romain , comme des empereurs , d^s généraux , des préfets , eta La frfupart sont néanmoins du temps d'Adrien. Elle sont en général relatives à Memnon, et attestent que ces étrangers ont entendu résonner la statue, ce qui semble confirmer l'opinion que c'était la statue de Meranon. I) feit observer qu'aucune de ceq inscriptions ne remonte au temps des Ptolémées, sans doute parce qu avant les Roaunns, c'est-à-dire avant la chute totale de la religion et des mystères de l'antiquité , il n'eût pas
' M. ChainpollioQ le jeqne ideiiti6e,Memnon avec Amè- DÔlhph ou Aménophis troisième du nom.
I k a * HBbHÉRdHES
été permis de monter sur ce fameux colosse et d'y graver des caractères. La base présente des inscriptions du temps de Septime - Sévère , qui fournissent aux modernes un. renseignement précieux sur la crue du Nil , et par conséquent sur Texhaussement du lit du fleuve:
PHBHOM^ICB d'acoustique.
Quant au son de cette statue vocale, suivant la plupart des auteurs anciens, il était semblable à celui d'une corde d'instrument qui se rompt, ou produisait un bruit pareil à celui qui résulte du choc d'un caillou sur une pierre sonore; quelques-uns pourtant rapportent que la statue rendait des sonâ articulés. L'étude et les observations locales des modernes n'y trouvent que le résultat d'une fraude pieuse ou de la superstition. Les savants français en Egypte ont reconnu des conduits ou tuyaux ménagés dans l'épaisseur des murs des temples et des sanctuaires, particulièrement au sanctuaire du grand temple de Philœ , a celui de Denderah' et aux temples d'Esné vers le nord et l'est '.
■ Descrîpt. gén. de Thèbes, par MM. Jollois et Dbtiixikbs, A. , t. I, ch. 9, pâg. 104. — Idem, note 6.
BlSTORICO-MOf«U MENTALES. Il5
«aussitôt frappée, ne se répartit pas égalenient « dans le reste de la masse ; et le craquement , «pareil au son d'une corde vibrante, que nous « avons entendu , pourrait bien n'être que le réc sultat d'un établisserïient de l'équilibre. »
Cette observatioii parait ^avoir été faite pi^incipaiement dans le^ ruines du raonunlent de R.arnak, où des pierres renversées se ti^ouvatent sinon isolées , du moins comme détachées des masses adjacentes. tJn effet analogue pouvait bien avoir lieu au colosse voc^l de Atemnon , formé d'Un bloc susceptible d'une môdi6catiôn d'autant plus subite dans sa température, c(U'il était entièrement exposé aux rayons du soleil levant, vers (equel la statue était tournée. La tradition Êibuleuse disait que Memnon, fils de l'Aurore, lui adressait à son lever Thommage de sa reconnaissance.
Le goût prononcé des Égyptiens pout* les colosses se lie sans doute à de hautes idées sur leurs dieux et sur les touverains bienfaiteurs du pays. Ces mêmes idées se rattachent au choix des matières, telles que le granit, l'espèce de basalte et le porphyre, dont ils formaient leurs obélisques, leurs statues, leurs figures allégoriques, et jusques aux masses diverses de leurs édifices publics.
1 ,(, llFCfIFKCmS
Il Y PO(. i:i: S T n i': n a i ns.
Los hypoi^ces ' de Tlièbes, considérés seulement comme des carrièn^s, proiivci aient du moins que Fart des constructions était en vigueur dans l'Kcryple, quand la plupart des autres peuples ac tuellement célèbres erraient en noujades, ou véoctaient sous des cabanes rustiques. Mais ces bypogées sont les villes obscures de la mort,qu» n\at testent pas moins que les cités du soleil Timmense population et la splendeur, le i^énie et les arts, les croyances et les usages des anciens Egyp tiens. C'est aux VYançais que Ton doit, à ce sujet . les renseignements les plus certains et les plus étendus. Des galeries, des salles, des réduits, des caveaux, des puits, destinés à une ombre éternelle , ont été travaillés et enrichis avec autant de soin q'io les monuments exposés à la plus vive
• Hypo^iv, t;n»{t(', civptf ou catacoml)(^ >onl (le> mots i peu pics svnonvnHS, surtout le premiei cl le «leinicr, poiii ih.si.Mier (le> li«M.x souterrains et funéiaiies. On nomme enviM'c svnn^cs une suite dr t^aleries souterraines aboutissant :, „ne Ijone eom.nune , oX ilonl les oriliees présentent en perspeetive une aualope avee la Hùte de Pan , synnr\ nu Inen d<s i;aleri<s irre^ulieres et lortucu.o.
1 ,.. raia<MN)!.<-s rtruMpus dr ranjumia ( \xWihv i, rrlK- .Ir Bou.f H <\c NapUs ont .p.rlcp.es rapports n.terieur-^ asr. ,,,1|... .IKuvptr, u.ai^ ...M, M... If po:;n <le vue d.- li i\ciO i.r.ioii i\ d(' la nr]i<-sc
fiISTORIGO-MONUM£NTAL£S. 1 I 3
Strabon y observateur exact et.véridiquey «yant entendu lui-même le son échappé du colosse, n était pas certain qu'il sortit de la statue, de la base ou de quelqu'un des assistants ^ Il y avait peut-être, entre le piédestal et quelque édifice voisin, une communication invisible propre à favoriser le son miraculeux. Cambyse fit probablement couper en deux la statue pour rechercher le mécanisme ou le secret vocal , qu'il ne put découvrir , puisque ia statue mutilée rendait encore des sons : c'est ce que; constatent les inscriptions, qui toutes sont postérieures à la mutilation. Plusieurs de ces inscriptions prouvent même que le son vocal ne se faisait point entendre alors tous les jours, mais, à de certains jours et à des heures varioles, ordinairement vers la preoûère heure du jour; quelquefois il était répété dans un même jour avec des intonations différentes, probablement au gré des prêtres. Il parait certain que depuis le IV ou le V* siècle de notre ère, la statue est restée muette , c'est-à-dire depuis que les prêtres égyptiens ont été totalement dépouillés par les Arabes de leurs richesses et de leur autorité ^.
Utrum à basî, sive à colosso , an vero ab eam circum- ^Uuttium aliquo edkus fueritj non habeo affirmart: cum proptcr ÛKeHitudmem causa quid vit potùts credere tubeai , quuin ex f^idibat sic oomposiiis sonitum edi. ( Staab., Geogr,, lia. xvii, png. 8i6, otHt. i6ao.)
' A la suite de leur description générale de Thèbes, où j'ai
ï l4 KFClIKHCrnS
(./est ici le cas de rapporter l'observation crmi phénomène singulier constaté par MM. (>ostaz , Redouté, Coutelle, Le Père, Delisle et Jollois , membres de la commission d'Egypte. Voici le texte de cette observation ' :
« C'est dans les appartements de granit que nous « avons entendu se renouveler le phénomène, si tf célèbre dans l'anticputé, des sons rendus pai* « des pierres au lever de l'aurore. Il nous est plu- « sieurs fois arrivé, lorstjue nous étions occupés « à mesurer l(*s moiujments ou à dessiner les bas- <- reliefs dont les parois des murs sont couvertes, <( d'entendre à la mi^me lieure, après le lever dti « soleil , un léger craquement sonore qui se ré- « pétait plusieurs fois. Le son nous a paru partir cr des pierres énormes qui couvrent les apparte- « ments de granit, et dont quelques-unes menac( cent de s'écrouler. Ce phénomène provient sans « doute du changement de température presque « subit (jui se fait au lever du soleil. Quelque forte, tf en effet , que soit la chaleur que* Ton éprouve en <( Égvpte pendant le jour, les luiits sont toujours t( fraîches. La chaleur se faisant sentir tout à coup (f à la surface extérieure des pierres, qui en est
puisé la plupart dr ces irnsci^ncnR'nts, MM. Jollois ot Devilliers onl iclaté tcxtucllcuK'nt et traduit k'S priiioipalf> \i\scr iplioiis iriMiciIlifS r>\\i If coIosm' ilc Moniiion.
» Desciipl. gril, dv Tlulxs, A., t. i, cliap. <>, paj^. ' ^i-
HISTOBIGO-MONUMENTALES. T t<)
««On peut regarder les tombeaux des rois, dans « la vallée de ce nom , comme le dépôt de toutes « les connaissances de l'antique Egypte : on y voit A en effet tme multitude de tableaux , dont les uns « ont trait à des scènes domestiques , les autres à « la religion , à l'astronomie , et, en général , aux « sci^iees et aux arts. Les rois reposaient dans ces A demeures sombres, au milieu de tout ce qui «pouvait les recommander à la postérité; on y « avait consigné les services qu'ils avaient rendus à c la patrie, les actions d'éclat qui les avaient illus- 9 très à la guerre, les tributs qu'ils avaient levés « sur les peuples vaincus, les arts et les sciences «qu'ils avaient encouragés ou protégés '. »
Diodore de Sicile, en parlant de ces tombeaux, disait que les rois qui les ont élevés n'ont point laissé à leurs successeur^ le moyen de les surpasT ser ^ Ije même auteur fait une belle description de la pompe funèbre d'un bon jroi de l'antiquité égyptienne. Les hypogées, si vastes, si mystérieux, des anciennes dynasties tbébaines impriment à la fois la terreur et la vénération!
▼ertes d'hiéroglyphes, ont été données par le chevalier Drovftti , consul de France au Kaire , et je les dois à la générosité d'un de mes amis , avec un coupon de byssus faisant partie de l'enveloppe d'une momie.
' Description générale de Thèbes , par MM. Jollois et DiviLLicES, A., tom. I, chap. 9 ( introduction).
* DiODORE de Sicile , Bihliolh, histor. , Ub. i , pag. 56 (t'dit. de 1746 ).
l'JA) Hi:CHKKCHi;S
Les iuitrcs hypogées, ou grottes sépulcrales de la chaîne Libyque, rappellent, dans leurs bas-rehefs ou leurs peintures, les différents travaux et les usages des anciens Egyptiens, tels que la chasse, la pèche , Tagriculture , la navigation , le commerce, les exercices militaires, les jeux, les procédés des arts et métiers, les cérémonies miptiales et funèbres, etc. On peut s'y instruire des habitudes et des nuxMU's d(^ cette antique nation; enfin les hy- ])ogées feraient la base et pourraient devenir le complément de riiistoire d'Kgypte.
VALI-hK J>KS TOMlUAtX.
La i\ccr(pf)(flLs ^ ou Vallée des Tombeaux, est sur la rive gauche du Nil. Près du Mernnoniiun . e») élevant ses regards vers la montagne Libyque, formée d'énormes bancs de rochers calcaires et très-escarpés dn coté du fleuve, on aperçoit de toutes parts et à toutes les haiiteurs une multitude d'ouvertures percées dans le roc et qui, de loin, ressendjlent à des fenêtres. M. Costaz en a compté denx cent cinq, au moins, vues du sonnnet de ce njonument : ce sont les entréc^s d(^s grottes, catacombes (Ml hypogées de Thebes. (les galeries varient beaucoup dans l(*ur (ensemble et leurs détails. Plusieurs sont interrompues subitement par des puits creusés en conlie-bas sur toute la largeiu' dn nass;iL:t\ a Texceptioi: d\ni(^ bei nie étroite
lUSTOAlCO^MOH UMEITTÂLES. J I J
lumière du soleil. La scolpture , la peinture-, l'architecture et presque tous les arts ont concouru à rordeoDent de ces lieux souterrains. L'Egypte , ori(;ioale dans son architecture extérieure , Test encore exclusixeilieDt dans son architecture souterraine, Tarchitecture des tombeaux.
Les hypogées de Thèbes. et de ses environs sont innombrables, et ne peuvent plus être entièrement reconnus y parce qu'il en reste beaucoup d'inaccessibles ^t même :d'in visibles.
Les Français explorateurs des hypogées de Thèbes disent que presque tous offrent aujourd'hui l'aspect d'un bouleversement total. Les momies ne sont plus à leurs places ni dans leurs caisses; elles sont renversées à terre, pêle-mêle, et le sol en est jonché; quelquefois même le passage en est obstrué : on est obligé de marcher dessus; elles se brisent sous le poids du corps vivant, et souvent on a de la peine k retirer le pied embarrassé dans les ossements et les langes. Mais ces momies n'ont rien qui répugne soit à la vue, soit à l'odorat. On ny éprouve aucune exhalaison cadavéreuse; il domine au contraire une odeur de bitume qui n'a rien de désagréable. La seule pensée qui doive inquiéter le voyageur, est celle que tous ces corps desséchés, envelc)f)pé^' d'épaisses toiles chargées de bitume, peuvent s'embraser par une étincelle partie des torches que portent les guides; et si l'incendie s'allumaitu
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comment en échapper, surtout dans des grottes profondes, sinueuses, dont plusieurs parties sont tellement obstruées , qu'il faut ramper sur le ventre pour y pénétrer ou pour en sortir '? Quel supplice! quelle mort! il y a bien do quoi frissonner d'épouvante. L'inquiétude et Tincommodité s'accroissent par les nombreuses chauve-souris qui volent dans ces cavités, se jettent en sifflant sur les torches et se cramponnent quelquefois sur les voyageurs, déjà fort embarraSvSés de se soutenir dans leur marche fatigante.
Nota. Si l'ont veut, à ce sujet, une émotion profonde, on peut lire le récit d'ini accident [)lein d'horreur arrivé à di'ux Français de l'expédition (rEgv[)te par l'extinction subite des lumières qui les guidaient , o{ l(\s précipices au milieu desquels ils furent surpris ^.
\u milieu de ces débris humains on trouve épars sur le sol des amulettes, des statuettes ou petites figures symboliques, soit en pierre, soit en terre cuite, en émail, en bois, etc. ^.
' Descriplion des livpoj^ccs tic Ttièlxs, par M. Jomard, A., roni. I, rliap. cj, sect. lo, pai;. 3i/|.
' I)<'srripri()n dt-s l»vj)()t;é(s dt- Thclx's , pai M. Jomaiu», A., tom. 1, oh. 9, soct. 10, pa^'. '^17 et suivantes.
^ Je possède trois pièees de ee l'eiire : nue en émail, nne en pierre tendre, une en bois de sycomore; ell« s >ont eou-
HISTORICO-MONb MENTALES. I a3
c sont au dehors. Un coup de marteau la fait ré- « sonuer à la manière des cloches, et en tire des « sons que les parois de la grotte et ses longues «c Toutes ( plafonds ) répètent sur un ton lugubre. « Ce sarcophage a dû être fermé autrefois par un « couvercle, qui a disparu, et dont il ne reste tf pas un seul fragment. Nous pouvons juger de « sa forme d'après un couvercle qui existe dans «la seconde catacombe de l'ouest; il est de la c même matière que la cuve, creusé en dedans, c et taillé de manière que ses bords peuvent s'ac juster exactement sur ceux de la cuve. Sa partie « supérieure est ornée d'une figure couchée, « semblable à une momie , sculptée avec un relief « si fort qu'on la croirait détachée. »
Si l'on examine attentivement les dimensions du sarcophage , on s'aperçoit que la porte d'entrée de la grotte n'est pas suffisante pour son passage. Il faut donc supposer qu'elle fut tout exprès construite après l'introduction du bloc , pour en empêcher l'enlèvement, ou qu'on ait eu recours, dans le même but, à quelque moyen secret dont les traces sont restées invisibles.
Il parait que, suivant la croyance des Égyptiens, la mort ne séparait point l'ame du corps, et qu'elle y restait attachée aussi long-temps qu'il durait en son entier. Cette persuasion expliquerait les soins et les précautions extrêmes que ces peuples prenaient, afin de préserver les cadavres
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(le la pourriture, et de les garantir, par des tombeaux solides, de tous les accidents qui auraient |)U occasioner la destruction ; elle explique également leur attention à choisir, pour les sépultures, des lieux élevés, secrets, et à Tabri des atteintes vulgaires.
CKHci :j:ils dfs mo.miks
Les sarcophages ordinaires, ou cercueils des momies \ sont des caissc^s d'une forme semblable à celle de la momie qu'elles contiennent. JHIes étaient formées, surtout à Thébes , d'une espèce* de carton épais et dur, fait de |)lusieurs, quelquefois (Tun grand noml)re de toiles collées et pressées, le* tout enduit d'un stuc blanc, couveit de peint iu'(*s, de caractères, et de divers dessins très-soignés, riches en couleurs, et (pi(*lquefois en dorures. A Tendroil de la tête est un masque, ou visage, que des antiquaires considèrent comme représentant la figure du défunt. Ces caisses sont divisées, commi* une boîte, en deux parties à
' Il paraît (jiie le mot iW momie a >>oi\ clymoUrj^iv i\iu\> l'arabe moinnuî ^ on claii^ les mots (jchtcs , ([ui siî^nifieiit mort et st?l mort salé, ou mort «mbaumc ). (iepemiaiit le mot (le momie on mumie, en p^Jsan, Nient de tnoifn,\ (\\\\ <\j,\\\\\q eire, connue, oniinent. l$riio>. Histnn e ualnr. des Monran\,<in mot Hittunt- , note, pai:. j/aS, lom. i\, édition df Sonnnii.
niSTORIGO*MOrrUM£IfTA.LES. I a I
réservée sur l'un des côtés ; ce sont des précipices bien dangereux pour les curieux imprudents et distraits. I^e savant que je viens de citer donne à entendre que le voyageur doit être constamment sor ses gardes, même à l'égard des guides qui l'accompagnent dans une première exploration.
Les puits conduisent quelquefois à des saUes on à d'autres galeries ouvertes, soit au niveau du fond, spit à des hauteurs intermédiaires. C'est principalement au fond des puits creusés en con^ tre^bas de galeries ordinaires que se trouvaient les momies enchâssées dans les parois de ces puits.