THERMES
Ces établissements étaient nombreux et généralement somptueux; ils portaient, presque
' La forme de cette fontaine est celle d'une barque. * MoNTTAUcoNy d'après Dion, Antiq. cxpl., t. m, %^ partie, liv. IV, c. 3.
298 UKC II ERCIIKS
tous, le*^ noms dc^s empereurs qui les avaient fondés ou restaurés. Les principaux, dont les restes ont fourni le plus de renseignements, sont ceux d'Agrippa , de Titus, de Caracalla et de Dioclétien.
tukumfs d agrippa.
I^es thermes d\\gri[)|)a lurent les premiers qu'on éleva à Rome, lis étaient tellement rapprochés du Panthéon du méuic \grip[)a, qu*une partitMles n\sles de ces th(*rmes sert actutîllement de sacristie |)our le culte catholi(pie établi dans l'ancien Panthéon, (les tliermes devaient être considérables et magnifiques. L'eau inerte, (piAgrippa fit conduire à Rome, servit à leur usage (*t à celui des jardins contigus, où se trouvait un vaste réservoir. Cell(^ eau alimente aujourd'hui l'admirable loiitaine de Trevi.
TUKJiMlS i)i: Tirtis.
Les thermes de Titus portent aussi le nom de Irajan, qui les (il reslaurei' et augmenter. Quoi- (ju'ils ne fussent pas Ires-vastes, ils riaient foit estimés à cause (le rarchileclure , du bon goulet du mérite des ornements, car les arts fleinissaienl a eeltc* époque. Actuellement on ne pénètre (pi'avec difficulté dans les chambres devenues souter-
HISTORICO-lfOiroifEirTALES. 299
raines, pour voir, à l'aide de torches, quelques peintures plus ou moins dégradées par le temps et l'humidité.
Ce lieu rappelle des souvenirs intéressants : là fut trouvé le fameux {pnoupe de Ijaocoon ; là furent précédemment les jardins de Mécène ; là fut encore la tour d'où Ip cruel Néron, en contemplant Fincendie de Rome, chantait froidement, au son de sa lyre, l'incendie de Troie.
Le réservoir des therpies de Titus, nommé le$ Sept^alles (et qui présente neuf compartiments), est une construction de la plus grande solidité : les murs, très-épais, sont revêtus d'un double enduit parfaitement conservé.
THERMES DE CARACAIXA.
Les thermes de Caracalla , communément appelés Antoniens, présentaient une étendue et une magnificence que leurs ruines attestent encorç '.
' On évalue la superficie occupée par les niiues de ce vaste établissement à ia4|t4o métrés, c'est-à-dire environ un tiers de plus que le plan général des Invalides à Paris. Seb. Serlio et Palladio ont donné des plans de ces thermes , dont Tesactitude est au moins contestée. Il en a paru tout récemment une description complète par l'architecte français G. Absl Bloubt, enrichie de la restauration conjecturale du monument, basée sur l'exploration la plus soignée des lieux , sur les relations des anciens auteurs , et sur les témoins matériels que présentent encore les parties conservées des
3oO RECIlKRCHliS
lis étaient situes an pied du mont Aventin, entre les uuirs actuels de la ville et la voie Appienne. 1^'exposition en était belle ; les architectes romains étaient attentifs à ce mérite fondamental. Les bains étaient alimentés par Feau Marcia, passant sur l'arc de Drusus. L'ensemble, composé de divers corps de bâtiments, de galeries et dVsplanades , offrait une grande régularité. Outre sa destination principale, rétablissement était disposé pour des exercices gymnastiques, des jeux, des académies et autres réunions dans le goiit du temps. Le luxe des arts s\ maiûfeslait tant par la beauté des matériaux que par la richesse des ornements. Les marbres, les statues, les bronzes, les mosaïques et les peintures y étaicîit prodigués. C'est là qu'on a trouvé le bel Hercule de Glycon ^ la Flore, le Taureau de Farnèse, le Torse antique, des vases et quantité d'objets précieux. La belle colomie en granit gris, surmontée d'une statue de la Justice en porphyre, que l'on voit sur la place de la Trinité à Florence, était la dernière des huit principales de la grande salle du milieu [ tepidariurn ) des thermes de Caracalla,
autres nionuiDcnlN analo^^uics do I\<une. Cet ouvrage, Iruil d'une élude spéciale et prolonde, se reeonuiiaude eu niènie temps par le mérite connu de l'auteur, par l'accueil iavorahic de l'Institut de France, pai la typoi^raplne célèbre de Firniin- Didoi, et par la lidele neU<'té des {gravures.
aiSTORICOMONUMENTALES. 3o l'
d'où elle fut enlevée par le grand-duc Cosme de Médicis en 1 564-
La masse principale des constructions est du genre appelé par les Grecs emplecton^ et par les Italiens laierizia. Elle se compose d'une maçonnerie en blocage, ou pierres posées sans ordre , à bain de mortier, avec encadrement de briques triangulaires; Tensembie est lié par des chaînes transversales de grandes briques rectangulaires f espacées dans la hauteur à environ i"^, 3o les unes au-dessus des autres; le tout couvert, au pai* rement intérieur, d'un enduit fort épais, et revêtu en marbres, mosaïques et stucs peints.
THBRHES DE DIOCLÉTIEIT.
Les thermes de Dioctétien passaient pour les plus vastes et les plus magnifiques de l'ancienne Rome . ils embrassaient un espace maintenant occupé par des églises, monastères , édifices publics, places et maisons particulières. Ces thermes contenaient de beaux portiques et de belles salles ', des jardins délicieux, diverses écoles pour les armes, les sciences et les arts, des lieux d'exercices et de divertissements, avec un musée. Tous
' Une de CCS salles avait 5S mètres ^ (plus de i8o pieds) de loDg,stir a4 mètres (en viroû 74 pieds ) de large ; ce sont presque les dimensions du upidarwm de) thermes de Caracalla.
3o4 REGHERCffES
gée, au tome II.de mes Souvenirs polytechniques. Cet ouvrage considérable a toute la solidité des meilleures constructions hydrauliques; il convenait également au:fc destinations que lui attribuent les uns , pour servir de conserve (d*aiguade) à l'armée navale de Mysène, au temps d' Agrippa; les autres, plus anciennement , à la magnifique FiUa Luculli qui en était voisine. Cette conserve était alimentée par un aqueduc conduisant, de trèsloin , les eaux des territoires de Nola et d'Acerra situés au nord-est de Naples.
Les anciens avaient coutume de disposer magnifiquement leurs aqueducs dans l^s endroits où ils traversaient les voies publiques. Ce luxe partiel n'empêchait point le luxe plus utile de la solidité générale qu'ils donnaient à ce genre de constniction. L'empereur Titus , pour décorer l'aqueduc de Claude, ou de Néron^ à la rencontre des voies Prénestine et Labicane^ le fit en manière d'arc triomphal , avec trois grandes inscriptions : la première indiquant l'ouvrage de Tib. Claude, qui amena de Subiaco à Rome , dans deux canatix particuliers l'un au-dessus de l'autre , les eaux des sources de Cérulée et Curtie^ et celle dite u4nio novus; la seconde inscription mentionne la restauration opérée par Yespasien , son père ; et la troisième , celle que Titus y fit lui-même. L'empereur Aurélien ayant dans la suite étendu l'enceinte de la ville , ce monument resta entre les
BlSTOBICO^ttÔïTUMËNTALES. 3o5
portes Prénestine et Labicàne , qui furent murées pendant les guerres civiles du XIII* siècle; alors un des arcs de Taqueduc servit de porte ; on la nomme aujourd'hui PoNe^Majeure. Od bel ou-* vrage, d'une grande solidité^ est construit en gros blocs de travertin assemblés sans mortier. Â peu de distance de Tivoli on voit la partie souterraine du même aqueduc; c'es(t une espèce de canal <Teusé dans la montagne.
Au-dessus de la porte actuelle de Saint-Laurent ^ autrefois et successivement nommée Esquilitie, Fiminale\ Taurine, CoUatine et Intèr-jéggeres , on w\t un resite de Tancien aqùeduC des eaux Manie ^ Tepula et Julie ^ réparé par Auguste, Ti^ tas et Garacalla, partie que le pontijfe Sixte V a, dans .la suite, utiKsée pour Conduire Feau Félix *à la fontaine de Moïse sur la place de TetminL
L'eau actuelle de Trevi est l'ancienne eau Vierge qu'Agrippa*, gendre d'Auguste , fit conduire à Rome pour l'usage de ses thermesr ci-klessus mentionnés. Elle a sa source à '8- miHes de distance. dans le champ Salone, entre les chemins de Ti^ volî et de Palestrine ( l'ancienne Préneste). Elle est dirigée par une conduite souterraine de 1 4 milles de développement, passe par la Villa Borghese ^ entre à Rome au bas de la Trinité-du-Mont , où elle se partage en deux branches , l'une aboutissant, par les anciens conduits, à la fontaine de Xrevi , et l'autre, par la via Condotti^ à divers en-
ao
3o6 RVCHERCHES
droits. JLoL décoration moderne de U fontaine de Trevi répond à l'abondance , on peut dire à la magnificence de ses eaux; la description pourrait en être pompeuse et très-véridique.
La fontaine Pauline est la plus belle et la plus abondante de Rome et sans doute du monde; c'est l'ancienne eati Sabatine^ que Trajan fit amener du côté de Transtevere (rive droite du Tibre). Elle provient du lac de Bracciano et de l'Anguillara, à 35 milles de Rome. Le monument actuel fut érigé par le pontife Paul Y, après avoir fait réparer l€$s conduits antiques. Au débouché de la fontaine, cette eau volumineuse passe dans différents canauk, pour alimenter des moulins, une papeterie et une forge; elle fournit encore à la fontaine dite du PoatSixte, de l'autre coté du Tibre.
Les Romains ne croyaient point acheter trop chèrement la commodité et la salubrité publiques. Denys d'Halicarnasse , Pline et Strabon parlent avec enthousiasme des aqueducs, des grands chemins el des cloaques de Rome , conNBf de monuments qui attestent évidemment son an* cienne grandeur. T^a grande cloaque est en -efiet un ouvrage aussi étonnant et noii nioin» utile que les aqueducs. Tarquin-l'Ancien fit le 'premier construire des voûtes souterraines, pour l'écoulement à travers Rome des eaux du Vélabre et des monts voisins; leurs diverses branches se
HiSTomoo-MoinjMEirTALEs. 307
réunissaient au Forum d'où, parle moyen de deux canaux couverts, elles se déchargeaient dans le Tibre ; le principal s'appelait docuca maxima , et l'autre cloaca minon Tarquin-le-Superbe fit agrandir la première. Les restes de cet ouvrage étonnent par sa grandeur et sa solidité. La grande cloaque a environ 4 mètres de largeur et de hauteur; c'est encore un exemple de construction sans mortier.
ARG5 DE TEfOMPHE.
Ces monuments portent, à fiome, la seule; dénomination d'arcs , avec le nom du prince qui fut l'objet de leur dédicace. Il ne faut pas con-*fondre avec les arcs de triomphe ceux de Janus ', dont la destina ticm* permanente était d'a-^ briter les commerçajits au milieu d'un Fopum. Il ne ^este en ce genre que l'arc de Janus^quadrtfrons^ «ainsi surnommé à cause de ses quatre faces pareilles, dont le style n'est point élégant, et qui ne présente qu'une arcade de chaque côté. -
On ne voit plus que des fragments des arcs- de Drusùs et de Gallien. Celui de Drusus, père de Claude, lui fut érigé par le sénat; celui de Gallien
' Il ne faut paj» non plus confondre un arc de Janus aveu le temple du même nom qui se fermait à la paix ( Janum
lOi
3o8 RECHERCHES
fut dédié à cet empereur par un particulier nommé Marcus'Âurelius-y ictor ; mais les arcs de Titus, de Septime-Sévère et de Constantin sont encore d'une assez belle conservation.
AàC DE TITUS.
L'arc de Titus y quoique d'une seule ouverture et d'une moindre grandeur que les autres, est un des plus beaux monuments de cette espèce qui sont parvenus jusqu'à nous, à cause du bon style de son architecture et des sculptures qui le décorent. Il fut élevé par le sénat et le peuple romain, en l'honneur de Titus, fils de Yespasien,. après sa conquête de Jérusalem. Il est tout en marbre blanc, .d'ordre composite. Des basreliefs fort estimés ornent non seulement ses &çades ^ mais encore les côtés intérieurs ; ils sont relatifs aux: victoires et au triomphe de cet empereur. La voûte représente son apothéose, ce qui prouverait que le monument ne fut érigé qu'après la mort de Titus, suivant l'usage des Romains.
Arc de SEPTIME - SEViRE;
L'arc de Septime-Sévcre est en vue du Capitole. Il fut érigé' vers l'an ao3 de l'ère chrétienne, par le sénat et le peuple romain, en l'honneur de
nrsTORico-MoirvMBNTALEs. Sog
cet empereur, à roccasion de la victoire qu^il remporta sur les Parthes, les Arabes et autres nations barbares. Cet arc, composé de trois grandes ouvertures, est en marbre pentélique, décoré de huit colonnes d'ordre corintbien cannelé. L'ensemble est d'une grande apparence, mais pourtant d'un travail médiocre aux yeux des connaisseurs. On remarque dans l'inscription une lacune , qui provient du nom de Géta que son frère Caracalla fit effacer de ce monument comme de tous ceux de l'empire où il se trouvait. L'attique portait, dit-on^ la figure de Septim^-Sévère assis, avec ses fils Caracalla et Géta, sur un char en bronze tiré par six chevaux de front, entre quatre soldats, deux à pied, deux à cheval.
Cet arc était en partie sous les décombres ; mais en ido4, il en fut dégagé par ordre du pontife Pie y II, ce qui découvrit en même temps l'an* cienne voie Sacrée. Lie plan inférieur de ce monument est de 5 à 6 mètres en contre-bas du sol moderne d'alentour.
ARC DE CONSTANTm.
L'arc de Constantin fut élevé et dédié par le sénat et le peuple romain à Constantin-le-Grand , en mémoire de la victoire éclatante qu'il remporta au pont Milvius (actuellement /N>/i/e Molle) contre Maxence. Il est bien conservé, et se compose de
bio iii:cin;ncni s
trois ouvertures, oruées de huit coloîuies coriiithieiuics cauneltM\s, de jaune antique, a\(?c un grand nombre de bas-reliefs. Ceux du bas se ressentent de la décadence des arts à cette époque^ ceux du haut étant d'un excellent travail, on présume (ju'ils ont été tirés du Forum de Trajan , sous lecjuel fleurissaient les l)eaux-arts ; d'autant plus qucîces bas-reliets représententrentrée triompliale de rrajan à Home, et diverses autres circonstances remarqua])ies de sa vie glorieuse. Il en est de même» d(\s huit figui es ou statues de prisoTUîiers daces portées sur rentablemeut , ainsi (pie des colonnes <'t des corniclies. On pense que Katlicpic était surmonté du quiulrigt^ v\\ brcjnze de Consiaulin.
C^« l arc (ut aussi désencombié , en i8o4, par les soins du pontiie i*ieVll.()n y voit maintenant une partie de rancieime \(/k* Iriomphnle. Il a servi de modèle pofn* 1 arc du Carrousel à Paris.
coi.oNMs voirvrs ft oi{|.[Jsoiîks,
Des colonnes étonnantes et des obéliscpies plus étonnants encore coïicouraient à la magnificence de rancieiuie liome. Ces objets si curieux se retrouv(MiL beureusemenl dans la cité moderne. J'ai déjà mentionné les colomies Irajane et Antonine, en parlani des r<^nes de ces detJX cm-
HISTORlCO-nrOIf UHSNTALES. 3 f |
pereurs ; je crois devoir ajouter ici quelques dé« taiU à ce sujet
GOLOKNB TAAJijrjt.
La colonne Trajane est d'ordre dorique^ formée dit-on , de 34 quartiers de marbre grec , liés par des fiches de bronze. Sa hauteur totale, compris le piédestal et la statue, est de i33 pieds (envi-^ ron 43 mètres); le diamètre inférieur est de 11 pieds a pouces ( 3 °**^ 62 ) ^ On monte au sommet de cette colonne par un escalier intérieur en hélice. Les belles sculptures qui couvrent ce grand ouvrage , depuis la base jusqu'au sommet, forment un ensemble admirable. Chambray, dans son Parailèlede l'architecture antique et de la moderne^ a donné, sans texte correspondant, les détails précieux de la base et du piédestal . seulement ; mais d'autres architectes en ont fait mention.
Les sujets profanes et guerriers qui décorent avec profusion cette colonne ne répondent plus i
^ La France possède maintenant une colonne triomphale, modelée sur la Trajane , mais plus forte et plus riche : elle a 4 mètres de diamètre inférieur, et 43 mètres 83 cent, de hauteur totale; cVst la colonne d'Austerlitz, érigée sur H piqce Vendôme à Paris, entièrement re vêtue de hronze provenant des nombreux canons pris dans la guerre d'Allemagne, en i8o5, paf Napoléon. Cet ouvrage a été terminé et inauguré le i5 aoÂt 1801, jour anniversaire de la naissance de cet empereur.
3ia RECHlSECHES
la statue qui la couvonne :.au lieu de la «Utue triomphale de Trajan , en bronze doré , on voit
aujourd'hui celle de l'apôtre St.-Pierre
Le soubassement n'est visible qu'au moyen d'im grand déblai effectué à l'en tour; encore remarque-t-on avec chagrin que ^e beau piédestal est mutilé par de larges et profondes entailles , £utes dans la forme angulaire du toit d'une cabane qui fut bafbarement adossée contre ce piédestal. Que de décombres, que d^enfouissemetits nous offre encore cette partie de l'ancienne Rome ! La roche Tarpéienne à presque disparu sous les ruines, et maintenant on pourrait se faire un jeiida saut fatal de MatiliusrCapitolinus.
ÇOLONICE ANTOIfINE.
La colonne Ântonine fut, comme je l'ai dit plus haut , érigée par ordre du sénat en l'honneur de Marc-Aurèle et dédiée par ce dernier empereur k Antonin-le-Pieux, son beau-père, d'où hii vient sa dénomination vulgaire, car il ne reste plus rien de la véritable colonne d'Antonin. Celle dont il s'agit est au milieu d'une des plus belles places modernes de Rome ( viazza Colonna ) et' qui fait partie de l'ancien Forum d'Antonin-ïe-Pieux. Cette colpnne est aussi d'ord;*e dorique , composée de a8 pièces de marbre blanc. Son diamètre inférieur est de I a pieds ( environ 4 itiètres ) , et sa hauteur totale de i48 pieds ( 48 mètres ). L'intérieur con-
tientun escalier de même qu'à la colonne Trajane. Le piédestal, simple et moderne, fut exécuté sous le pontife Sixte Y, en restaurant la colonne dont le fut colossal est , comme celui de là Trajane, orné de bas-reKefs en spirale , mais d'un travail inférieur. Ce n'est plus la statue en bronze doré de Marc-Âurèle qui couronne ce monument ; on y voit maintenant celle de l'apôtre St.-Pauf
OBELISQUES.
On compte encore à Rotne dix obélisques égyptiens, d'autant plus étonnants qu'ils sont tous d'un seul bloc; le principal cube environ 180 mètres, et devrait peser, à raison de a,Ç56 kilogrammes seulement par mètre, 478,080 kilogrammes \ De tels monuments , apportés de si loin , méritent bien un historique sommaire. Au reste , le piédestal monolithe de la statue de Pierre*le-Grand , à -St.- Pétersbourg, pèse ,,dit-on ,1,13 5,86/| kilogrammes ( 2,3oo,ooo livres françaises).
Au milieu de la place de Saint-Jean-de-Latran^ si magnifiquement décorée par la basilique du même nom, on voit le plus grand obélisque qui soit connu. Son érection primitive est attribuée
■ On a vu (pages io5 et i33) quels navires ont été nécessaires pour le transport de l'obélisque de Louqsor à Paris'et de l'un des obélisques d'Héliopolis à Rome, dont les cubes sont bien inférieurs.
)l/l lltCHEKClJIS
à Bamscs^ roi (.rÉiivpU! '. Tlièbes ayant été (ktruite , Coiistaiitin-le-Grand fit transporter l'ohélisque à Alexandrie, le destinant pour le cirtjue qu'il avait fait bâtir à Constantinople. La mort ayant surpris cet empereur, Constance , son fils, préféra de faire transporter cet obélisque d'Alexandrie à Home, Tan de notre ère 352. 11 fut placé dans le grand cirque, comme je l'ai déjà fait observer.
Depuis le sac de Rome par les Gotbs, l'an /|0(), il gisait sons les ruines du cirque, rompu en trois pièces, quand le pontife Sixte V l'en fit extraire, en 1587, restaurer et dresser sur la place dont il porte le nom moderne. Cet obélisque est de granit rouge, chargé d'hiéroglyphes. Sa hauteur totale est de 33 mètres, 3o centimètres (72 coudées de o mètre 4()2 millimètres), non compris le piédestal. Il a environ 3 meties <le largeur |)ar le bas, et près de 1 mètres par le haut.
L\jl)élis(pie élevé sur la place de Sainte-Marie- Majeure et celui de Monte-Cavallo furent transportés d'Iigvpte a llonie par ordre de l'empereiir Claude, qui les fit ])lacer devant le mausolée d'Auguste. Le pape Sixte V fit déterrer et placer le premier; il est de granit ronge, sans hierog!\|>h(\s; il a \\ mètres, 7/i centimètres (3^ coudées) de hauteur, non compris le piédestal, ^t
' l^inbahUriM'ui llain^rs-lc-Oiaïui, Jii^ rln nom (St'M)^tri\^
HISTORICO-MONUMElfTALES. 3 1 5
près de i métré 4o centimètres (3 coudées) de largeur à sa base.
L'autre obélisque parait un peu plus haut. Le même pontife fit élever ce dernier sur la place de Monte^Cavallo, entre tes deux groupes attribués à Phidias et Praxitèle , c'est-à-dire • les deux che« vaux domptés par Castor et PoUux. Ces groupes colossaux , adossés à Tobélisque y forment un su* perbe ensemble, pyramidant au mieux. Ils ont déterminé le nom moderne de cette place qui faisait partie du mont Quirinal.
L'église de Sain te-Marie-de -la-Minerve est bâtie sur les ruines d'un temple de Minerve érigé par Pompée-le*6rand , tout près des temples d'I* sis et de Sérapis. Ou y trouva différentes statues précieuses, dont plusieurs égyptiennes, et deux obélisques , dont l'un a été érigé sur la place moderne par le pontife Alexandre VII ; il est couvert d'hiéroglyphes, et porté sur le dos d'un éléphant de marbré. Sa hauteur particulière n'est que d'environ 5 mètres 5o centimètres ( i a coudées ). L'autre obélisque est sur la place de la Rotonde.
Lorsque la place actuelle de la Rotonde , c'està-dire du Panthéon d'Agrippa, fut débarrassée des décombres antiques sons le pontificat d'Eugène lY, on trouva devant l'admirable portique de ce temple les deux lions de basalte qu'on voit maintenant à la fontaine de Moïse sur la place dite de Termim, et plusieurs autres morceaux
3l8 UFCHKRCirKS
les témoignages de sa généreuse magnilicence et (le son goût pour les arts. I/obélisque a 27 mètres 70 centimètres {(io cou(lé(\s) de hauteur, et x mètres 77 centimètres ( G coudée s ) de larij:emmoyenne par h» bas ; Télévation tolale , y compris le piétlestal et la croix du couroiniement , est au moins de /jo mètres. Il fiiinre admirablement sur la merveilleuse place de Saint-Pierre, avec les deux riches fontaines dont il y est flanqué '.
La belle place Navone est ornée d'une superbe fontaine, du milieu de laquelle, sur ini rocher factice, s'élève un obélisque de granit rouge, chargé (riiiérogh plies, d'environ iG mètres Go cenlimeties ; 'M\ coudées) de hauteur, qui fut trans|)orté d'Egypte sous rem|)ereur Caracalla, et (ral)ord placé dans son cirque, où il a été trouvé. Ce monument d'utilité publicjue (*st du au pontife Innoceut \ et au chev. Hernin qui le composa. J'ai parlé, à l'occasion d(* la fête du Nil, de l'inondation annuelle de la place Navone.
L'entrée de Home, par la porte et la place du Peuple, est ou ne [)eut plus imposante. On y voit, au point de réunion des axes de trois belles
' I/t'pilhctt,' (If ricljt' ne s'applupH* point ici anx matcriaux non plus qu'à leur niain-d "reuvr»', mais à I abondance tlt'> ranx <|ni j.iillisscnt rnlrr <li' simples vascpics, abondance qui (ail la richesse, la beau le, le luxe rreiN drs fontaines publiques, el cpn dislini;ne < ininenient loutrs eclles de Rome.
HISTORICO-HONUMEKTALES. 3 1 7
dans les divers troubles de Borne, se trouve conservé dans toute son intégrité. Il provient aussi àiHéliopolis^ où il fiït érigé par un fils de Sésqstris, présumé Nuncoré^ roi d'Egypte. Winkelmanir*, en faisant observer, d'après Hérodote et Diodore, que l'érection des obélisques caractérisés par des figures hiéroglyphiques était une prérogative des rois qui avaient immortalisé leur nom , en conclut que l'obélisque dont il s'agit, ne portant aucun hiéroglyphe, on doit l'attribuer à un souverain qui ne s'était signalé par aucun acte glorieux. L'empereur Gaîus-Caliguli^ le fit transporter à Rome, sur un vaisseau qui fut ensuite coulé à fond pour la construction du port d'Ostie;
L'obélisque fut placé au mont Vatican, dans le cirque de cet empereur, augmenté depuis par Néron , dobt il prit le nom., cirque détruit par Gonstantin-Ie-Grand , pour y construire la basilique dia Saint-Pierre-du-Yatican. <Iet , obélisque resta debout dans l'emplacement de Ja sacristie actuelle. En 1 586, Sixte Y le fit transporter et ériger de nouveau sur la place antérieure, dont la double colonnade ne fut exécutée que près <i'uti siècle plus tard. Le travail de cette translation fut dirigé par le chevalier Fontana , travail dont la dépense monta, dit-on, à 4o mille écus romains (plus de aoo,ooo francs). Ce pontife a multiplié dans Rome "■ - '» .1. . ■ ■■..■■■■■
"* WiR&iUi, Hist. de l'avt, etc., t. I» liv. ii, p. xo%.
3siO RrCHKRCriFS
(l(Vs); le plus graud de Karnak = 'ji() mètres 83 cenlimèlres (6/\ coudées); celui d'iléliopolis = environ '22 mètres (48 coudées); et les aiguilles d(* Cléopâtre = 9.0 mètres 63 centimètres ( 44 coudées).
T03TBEAi:X.
Les tond^eaux étaient, à Rome, un objet de magnificence, lorsqu'il s'agissait des empereurs ou de personnages fameux. Les restes en sont malheureusement troj) délabrés et trop informes pour ne point prêter aux conjectures. Les tombeaux dAugusti* et (riiadrien étaient qualifiés de mausolées; ils pyramidaient, par étages, sur un plan circulaire. Il est bien probable que pour la grandeur, la richesse et le goût, ils ne le cédaient en rien au monument merveilleux (rArtémise. On connaît l(\s beaux débris des ton)beaux des Scipions, des affranchis irAuguste et de Livie, et de Cecilia-jNIetella, femme deCrassus. On connaît encore plus la pyramide sépulcrale de Cajus-Cestius, parce qu'elle es't bien conservée. C^e monument iTest, à la vérité, (pi'une imitation égyptienne.
La pyramide, quadraiigulaire, revêtue de marbre blanc, a trente-sept mètres environ de hauteur sur vingt-n<*uf mètres de largeur à la base. L'intérieur renferme une chambre sépidcrale.
HISTORICO-MONUMENTALES, Ss I
voâtée, ornée de stucs et de peintures analogues aux fonctions de Caïus-Cestius. Le Cestius dont il est question n'est pas celui qui donna son nom à l'un des ponts de Rome , mais l'un des septemvirs'épulons y chargés des banquets sacrés, dits lecUsternia, qui se faisaient dans les temples à l'occasion des victoires signalées, ou pour détourner quelque calamité publique. Il vivait, à ce qu'il parait, du temps d'Auguste.