‹ Recherches historiques de la maison de chasse des Ducs de Brabant et de l'ancienne cour de Bruxelles; précédées d'un aperçu sur l'ancien droit de chasse en BrabantChapitre 13 sur 24 · LES CHASSES DU DUC ANTOINE · texte numérisé non relu

LES CHASSES DU DUC ANTOINE

Le comte Van Zeyn ne garda pas longtemps la vénerie, car Antoine de Bourgogne, fils de Philippe le Hardi, ayant succédé à Jeanne dans le duché de Brabant, s’empressa d’entrer en arrangement avec lui et la lui reprit, sauf la meule aux renards, qui avait une dotation séparée, que le comte garda en usufruit. Le duc Antoine lit une ordonnance ou règlement pour sa maison de chasse, le 1 er janvier 1406 (1407 n.st.); c’est la plus ancienne que nous ayons sur ce sujet, et elle va nous servir à faire connaître comment cette maison de chasse était tenue ( 66 ).

Il y avait un maître veneur chargé de diriger les chasses à courre du prince, et de tenir la haute main sur la vénerie; ses appointements étaient de 100 mail-

les de Hollande, ou 11 livres 6 deniers de Brabant. De celle somme, il devait entretenir un valet et deux chevaux de chasse. Le duc lui accordait une chambre au château deBoilsforl, avec la faculté d’y loger, ainsi que sa famille, quand bon lui semblait, et une écurie pour ses chevaux. Ce maître veneur fut messire Guillaume Dele Hove ou Vanden Hove, chevalier.

Venaient ensuite : deux veneurs à cheval, au traitement de 42 couronnes, ou 7 livres;

Trois valets ou meneurs de limiers, à 27 couronnes, ou 4 livres 10 sous;

Trois valets de chiens ou de la meute, à 24 couronnes, ou 4 livres ;

Deux valets ou meneurs de lévriers, à22couronnes, ou 3 livres 13 sous 4 deniers.

Outre ces serviteurs ( 6 ?) dont la chasse était plus particulièrement le métier, il y en avait un, exclusivement chargé de porter la venaison qui avait été prise, soit au lardier ou garde-manger du château de Boitsfort, soit à la cour du duc et de la duchesse, en quelque lieu qu’ils se trouvassent. Il recevait pour son entretien et pour son cheval (car la venaison se portail à dos de cheval, dans un pannel ), une somme de 40 couronnes, y compris ses frais de transport et de voyages, soit, en monnaie de Brabant, 6 livres 13 sous 4 deniers.

La garde du lardier du château de Boitsfort était

commise à un serviteur nommé parfois garde ou drossarl du lardier, voire même de l’hosicl de Boitsfort. Il touchait 20 couronnes, ou 3 livres 6 sous 8 deniers, et était nourri et logé au château, par exception à ce qui se pratiquait pour les autres serviteurs, qui tous habitaient des chaumières aux environs de la maison de chasse. La charge du garde lardier consistait ù conserver la venaison qu’on salait pour la cour, à donner la nourriture aux jeunes chiens, à délivrer le pain pour la meule; enfin il avait la garde des provisions de bouche, ce quin’était pas petite chose, puisque, durant le carême seulement, on consommait au château de Boilsforl jusqu’à 1,200 harengs! Enfin, un boulanger ou fournier n’avait d’autre occupation que de cuire le pain nécessaire à la meute.

Il nous reste à parler du receveur de la vénerie dont le nom indique assez les fonctions. Il touchait les rentes, payait les gages des veneurs, et donnait ses soins à ce que nous nommerions aujourd’hui la partie administrative de la vénerie. Chaque année, ainsi que l’avait ordonné le duc Antoine, il devait fournir un compte détaillé des recettes et dépenses de celle-ci.

L’état de la vénerie, tel que nous venons de le faire connaître, ne resta pas toujours ainsi durant le règne d’Antoine, car il prit un second maître veneur qui fut

messire Jehan, bâtard de Luxembourg, et augmenta le nombre des valets de chiens.

Voyons maintenant quels étaient les autres avantages dont jouissaient nos veneurs, outre leurs gages. Le sujet n’est pas sans inlérêt et il nous offrira quelques détails assez curieux. Pour en donner une idée complète, nous franchirons le règne du duc Antoine, et étendrons nos recherches aux règnes suivants. D’abord les veneurs recevaient chaque année, à Pâques et au premier jour d’octobre, une peau de veau pour s’en faire faire soit justaucorps de chasse ( 6S ), soit des gants ou des bottines; au second de ces termes, ils oblenaientensus une courroie en cuir, pour suspendre leur trompe de chasse. Jusqu’au règne d’Albert et d’Isabelle, ces objets se donnaient en nature; dès lors, on gratifia chacun des veneurs de9 sous pour les peaux, et du double pour le ceinturon. Quant à la livrée, les veneurs n’en obtinrent, d’une manière fixe, qu’à partir d u règne deChar les-Qu i n t , savo ir u ne de d rap vert d’ A nglelerre pour la chasse du cerf, et une de drap gris pour celle du sanglier. Cependant, déjà avant Charles- Quint, ils recevaient fréquemment un habit de chasse. Ainsi, je remarque que le duc Antoine donna unjour à un de scs valets de limiers, dont il avait lieu d'élre satisfait, huit aunes de drap bleu et six de drap blanc, pour un chaperon, un pourpoint et des hauls-dechausses. Son fils, Jean IV, faisait souvent des dons

de celle nature, et plus encore Philippe le Bon qui revêtit maintes fois les veneurs de sa riche livrée.

Sous lu duchesse Jeanne et antérieurement, à ce qu’il parait, les gens de la vénerie se réservaient et prétendaient avoir le droit de garder les parties suivantes de la venaison prise à la chasse. Les deux épaules, la poitrine, le leefbeen ( 6 9) et le cheniel (quand il n’était pas propre à être salé) des cerfs et des biches formaient la part du maître veneur et des veneurs; les valets de la meule n’obtenaient que ie cou et l’échine ou hanches. On se partageait aussi la graisse de l’animal. De sorte qu’il ne restait de celui-ci au duc que les deux côtes, les cuisses et le clteniel, quand on pouvait le saler. Les veneurs faisaient leur profit des jambons et des hanches des sangliers, et de la hure des laies. Mais le duc Antoine, par l’ordonnance citée plus haut, et par une missive adressée au receveur de la vénerie, maître Colard Lepoivre, leur défendit, sous peine d’être immédiatement renvoyés de son service , de prendre aucune droiclure, ainsi qu’on nommait les parties de la venaison dont les chasseurs prétendaient faire leur profit. Dans celte curieuse lettre, le duc défend ce qu’il appelle son droit , et se plaint du peu de venaison qu’on lui laisse pour garnir son lardier, ainsi que du « grand grief, préjudice et dommaige » que lui font les veneurs. Aussi entend-il que « icelles choses do-

resnavanl ne deraourent impugnies. » Il voulut bien cependant que le cou des cerfs et des biches servît à la curée des chiens. Les peaux devaient être vendues à son profit, et elles le furent en effet (7°). Mais quant aux ilroictures des veneurs, ceux-ci continuèrent à les prendre, même sous les yeux du duc, qui sans doute était trop gentilhomme pour exécuter à la lettre ses sévères instructions. D’ailleurs, c’était là une coutume du bon vieux temps que l’usage avait en quelque sorte convertie en droit. Toutefois, Philippe le Bon et Charles le Téméraire renouvelèrent la défense du duc Antoine, et les veneurs ne virent prévaloir leur antique prérogative que sous Charles- Quint. A celle époque, on les gratifiait des peaux des cerfs et des biches qui avaient été pris dans les chasses auxquelles assistaient des membres de la famille impériale ou quelque prince étranger, et, de plus, d’une peau de cerf à chacun par année; mais la plupart du temps, ils les gardaient toutes indistinctement (7*). Marie de Hongrie, sœur de Charles-Quinl, que j’ai trouvée toujours Irès-généreuseà l’égard des gens de la vénerie, entendit qu’ils eussent désormais leur part, bien méritée du reste, de la venaison. Elle établit à cet égard les règles suivantes, qui méritent de trouver place ici. Les deux épaules des cerfs et des biches étaient réservées au lieutenant veneur; les croities , Vesquinée , le cou et la graisse demeuraient auxaulres compagnons,

avec différenles autres menues droiciures des biches. Le lieutenant veneur avait droit aux deux jambons des sangliers ; les deux épaules et la graisse restaient à ses subordonnés. Si le sanglier était pris à force, Vesquinée appartenait également à ceux-ci, et s’il l’était par les lévriers, cette partie de l’animal se donnaitaux valelsdeslévriersseulemenl. Les veneurs n’avaient rien à prétendre des dépouilles des marcassins et des faons pris accidentellement, ni même du gibier tué, soit parles loups soit par les chiens, eldonl les restes étaient retrouvés dans la forêt. Ils devaient, en ce cas, les laisser là, et en avertir le lieutenant veneur, qui en gratifiait ordinairement celui qui était venu le prévenir. Le gibier pris hors de la saison où l’art de la vénerie exige qu’on léchasse, appartenait en totalité aux veneurs, et rien ne devait en être envoyé à la cour. La distribution des droictures, dont nous venons de parler, se faisait selon certaines règles. Ainsi, la venaison devait être transportée tout entière au château de Boilsfort, où le lieutenant veneur procédait à sa distribution. Les deux plus anciens veneurs en service choisissaient les premiers, puis les deux suivants, et ainsi de suite jusqu’aux derniers. Les peaux des cerfs et des biches, car la reine Marie les laissa aussi aux chasseurs, se levaient à tour de rôle.

Avant Charles-Quint, les gens de la vénerie qui

ôlaient obligés de découcher, soit pourchasser avec les princes, hors de la forêt de Soigne, soit pour enquérir ou quêter le gibier qu’on voulait chasser le lendemain, soit pour chercher des chiens dans les abbayes, soit enfin pour toute démarche qui concernait leur métier, étaient hébergés et défrayés aux dépens de leur maître. J’ai rencontré une foule de cas où nos gens étaient logés dans telle ou telle auberge de quelque bonne ville ou village du Brabant. Charles-Quinl ou plutôt la reine Marie leur alloua une somme fixe à litre de frais de vacations. Elle était de 16 sols par jour pour le lieutenant veneur, de 6 sols pour les piqueurs, et de 3 sols pour les valets des limiers et de la meute, lorsqu’ils accompagnaient la reine dans une chasse lointaine. Le lieutenant et les veneurs à cheval ou piqueurs devaient entretenir leurs chevaux sur celle somme. Les veneurs qui passaient la nuit dehors à quêter le gibier pour la chasse du lendemain touchaient 3 gros, et 3 palai s s’ils avaient passé une nuit et un jour à celle besogne. Aux valets de la meute qui devaient se mettre à la recherche des chiens égarés, à plus de deux lieues de Boitsforl, on accordait 5 gros par jour pour leur peine. Les frais de vacations du lieutenant veneur furent portés par les archiducs Albert et Isabelle à 4 livres 10 sols, ceux des piqueurs à 10 sols et plus tard à 20, enfin les valets des limiers et de la meute obtinrent 10 sols. Mais

le prince Charles de Lorraine supprima loutes ces rémunérai ions, sans distinction, par un décret de l'année 1757. Il faut y ajouter la provision de bois à brûler. Dès l’année 1360, ou voit que le due Wenceslas faisait délivrer annuellement au château de Boilsforl, tant pour y être consommée que pour être distribuée aux veneurs, la quantité de 2,200 mesures de bois dites ezelladen, qui équivalaient chacune à la charge d’un âne, et 24 mesures de charbon de bois. Sous l’archiduc Maximilien d’Autriche, l’époux de Marie de Bourgogne, elle était réduite à 1 ,200ezelladen. Il en résultait que les gens de la vénerie, ne pouvant plus convenablement se chauffer, se livraient à des déprédations dans la forêt de Soigne. Maximilien s’en plaint amèrement dans une ordonnance du 6 mai 1459 ( 7 *); à telles enseignes, y est-il dit, qu’ils coupent du bois outre mesure pour faire du feu en plein été, lorsqu’ils sont en chasse. En hiver, lorsque les veneurs rentraient de la chasse, trempés ou engourdis par le froid, on leur faisait toujours un bon feu au château de Boilsforl, et un pot de vieille bière ne manquait pas de leur rendre les forces et la gaieté. Mais ceux d’entre eux qui étaient surpris dans la forêt coupant ou faisant couper du bois par leurs femmes ou leurs enfants, encouraient une amende double de celle que les lois forestières comminaienl contre les voleurs de bois.

Enfin les gens de la vénerie avaient encore le droit de pâture dans la forêt de Soigne. Le lieutenant veneur pouvait y envoyer six vaches et ses compagnons chacun deux vaches, sans être tenus d’acquitter la redevance qu’on payait pour cela au souverain. Disons aussi à l’honneur de nos princes que ceux des veneurs qui avaient passé leurs plus belles années ù leur service, et que les fatigues de la chasse avaient rendus incapables de courir dans les bois, n’étaient pas impitoyablement renvoyés. Au contraire, on leur accordait ordinairement une petite pension, ou bien on les entretenait au château de Boitsfort. Je pourrais citer plusieurs vieux chasseurs traités de la sorte, entre autres un ancien valet de la meute du duc Antoine, qui est mentionné de la manière suivante dans un compte de la vénerie. Je traduis du flamand : « Donné pour l’amour de Dieu trois paires de souliers au vieux De Reedejagher, qui est nourri au château de Boilsforl... » Les souverains du Brabant savaient aussi parfois apprécier d’une autre façon les services de leurs veneurs. Ainsi, deux valets de la meule s’étant distingués par leur zèle et leur ardeur à la chasse, Jean IV leur donna, par acte du 13 juillet 1419, un maraisou boisd’aunesdequalre bonniers, moyennant une redevance annuelle d’un chapon au profit de la vénerie. Il est question d’un don pareil dans le Traité de vénerie de Gasse de la Bigne, premier chapelain de

Jean, roi de France, qui le lui (il composer pour l’instruction de son quatrième (ils, Philippe, duc de Bourgogne (7 J ). On se trouve à table après une belle partie de chasse, dont les incidents (ont le sujet de la conversation. « La tête du cerf est exposée aux regards du monarque : il considère la hauteur et l’étendue du bois, l’épaisseur et la grosseur des meules. Il demande quel est celui qui a détourné la bêle. « C’est, « lui répond le maître veneur, Jorre, un des meilleurs «veneurs que vous ayez, et qui voudrait bien être « gratifié d’un arpent de bois. — Volontiers, répond le « monarquegénéreux;jelnien accorde trois(tf).» L’un des valets envers qui Jean IV exerça sa générosité était Jehan De Foylere, issu d’une famille de veneurs qui servit nos princes jusqu’à la fin du règne de Charles- Quinl. L’un d’eux devint même receveur de la vénerie et juge au consistoire de la trompe de Brabant. Deux autres familles de veneurs se distinguèrent également par leurs longs services. La première est celle des Van Binst qui date du règne deCharles-Quinl, et qui, de père en fils, ne discontinua d’être employée dans la vénerie jusqu’à la fin du siècle passé. L’autre, celle des Rouies, remonte au règne des archiducs Albert et Isabelle, et aujourd’hui encore les Rouies sont gardes de la forêt de Soigne.

J’ai déjà dit plus haut que nous manquions absolument de renseignements sur la maison de chasse

des ducs de Brabant, avant l'avénemenl d’Antoine de Bourgogne. A partir du règne de ce prince, les matériaux manuscrits, tels qu’anciens règlements et comptes ( 7 5 ), ne nous ont plus fait défaut. C’est la source principale d’où j’ai tiré les particularités qui peuvent intéresser le lecteur. Quant aux ouvrages imprimés, je leur dois bien peu de chose. Rien ne me serait donc plus facile que de semer eà et là, dans ce récit, quelque aventure de chasse dont nos souverains seraient les prétendus héros. Mais comme la vérité doit toujours être respectée, même dans un sujet aussi peu sérieux que celui-ci, je m’en tiendrai à la réalité de ces vieux documents, au risque d’ennuyer le lecteur, faute d’avoir su leseniploverjudicieusemenl.

Le duc Antoine de Brabant quittait volontiers les riches appartements du palais de Bruxelles, pour venir occuper une modeste chambre au château de Boilsforl , alin d’être plus près du théâtre de ses chasses. C’est ce que nous apprend le passage d’un compte de la vénerie, où il est dit que ntonseif/neur a pour déduit et esbattement souvanlefois esté et d entouré, de jour et de nuyt , en son Itoslel de Boisfort, où il fait résidamment tenir sa vénerie. Nous avons du reste une preuve de son ardeur à la chasse dans le nombre de cerfs et de biches qui furent pris à force, pendant les deux saisons de 1406 et 1407; ce nombre s’élève à 58 cerfs et 68 biches. Le duc ne chassait pa sexclusivement

dans la forêt de Soigne, qui dès lors était sans doute déjà entrecoupée ou sillonnée par les belles avenues de chasse que nous y voyons. Il y courait ordinairement le cerf jusqu’à la fin de juillet, puis il se rendait pour quelque temps à l’abbaye de Villers, pour chasser dans les bois environnants. Cela se faisait ordinairement ainsi chaque année. Lorsque le duc occupait le château de Louvain, c’était dans la forêt de Meerdael qu’il prenait le plaisir de la chasse. Parfois il ne dédaignait pas de faire une partie de chasse chez quelque seigneur brabançon, comme, par exemple, chez Waulhier Pipen’poy, seigneur de Merchtem, dont il empruntait souvent la meule; chez le seigneur d’Heverlé, chambellan de Brabant, et autres. La duchesse de Brabant (7 fi ) partageait aussi le goût de son mari pour la chasse. Je pourrais citer maintes occasions où, montée sur un léger palefroi, elle galopait à la poursuite du cerf aux côtés du duc. C’est ainsi qu’elle assista à une grande chasse que celuici fit avec monseigneur de Bourgogne, qui était l’un de ses frères, on Jean sans Peur, comte de Flandre, ou le comte de Nevers, qui péril à la bataille d’Azincourt. C’était le 20 juillet 1409. Lancé aux environs de Savenihem, lecerf défia longtemps les efforts d’une meule de plus de cent chiens, puis vint trouver la mort sur les bords de la Senne, non loin des murs de Vilvorde.

Il ne sera pas sans intérêt de rappeler ici que ces mêmes environs furent, dans des temps bien antiques, le théâtre des chasses de quelque seigneur romain. En effet, au commencement du règne de Cliarles-Qiiint, on découvrit à Savenlhem, dans un tombeau que recouvrait un énorme tertre, les cendres d’un personnage inhumé selon le rite des anciens. Près de son sarcophage, au milieu d’une quantité de vases, on trouva son anneau qui lui avait servi en même temps de cachet. Sur le chaton était arlislement gravé un cavalier poursuivant un cerf qu’il menace de son javelot. Cet emblème n’a donc pu être que celui de quelque mystérieux chasseur, qui se sera plu à choisir le lieu de sa sépulture dans les contrées solitaires et sauvages qui avaient été le théâtre de ses exploits. Remarquons aussi que la chasse au javelot ( venabulum nul jaculum) passait chez les anciens pour la plus noble, parce qu’il fallait y déployer une adresse peu commune. Alalanle, 611e de Sehœnée, roi de Scyros, et Méléagre, ces grands chasseurs de l’antiquité, se servirent les premiers de celte arme meurtrière.

Le duc Antoine forçait ordinairement le cerf avec une meule de 16 à 20 couples de chiens courants, de 16 à 20 lévriers, de 10 ou 12 chiens mâtins et de 4 limiers. Dans la chasse que je viens de rappeler, il y avait 24 couples de chiens courants, 20 lé-

vriers, 12 malins el 4 limiers du duc, plus 10 couples de chiens appartenant à son frère. La chasse du sanglier n’occupait pas moins les loisirs du duc Antoine, et peut-être, par les dangers qu’elle offrait, convenait-elle mieux à son bouillant courage. Il est toutefois certain qu’il attaquait bravement ce redoutable animal , el plus d’uu solitaire de la forêt de Soigne trouva la mort de sa main. Dans une de ces attaques contre un sanglier réduit aux abois el qui fut tué par le duc, quatre chiens restèrent sur le carreau. Aussi voit -on figurer dans les comptes de la vénerie force onguent el aiguilles à coudre les chiens quant ils sont deschirez et bleschez des cherfs el sangliers. Le marquis de Berghes, qui était grand veneur de Brabant sous l’empereur Maximilien, fil faire, à ce que je vois, une espèce de cotte en toile très-épaisse, pour préserser les chiens des défenses des sangliers. La chasse de ce gibier commençait dans les premiers jours d’octobre el durait jusqu’à la fin de décembre. Lllese faisait pendant une partie delà saison dans la forêt de Soigne el, pendant une autre, dans celle de Meerdael, ou bien encore dans les bois de l’abbaye de Villers. En 1407, le duc fil même transporter 12litsdans cet te belle abbaye, pour s'y installer avec ses amis el ses veneurs. Les premiers, ses compagnons assidus à la chasse du sanglier, étaient surtout Bernard Van der Spout, seigneur d’Overyssche, Pierre Van der Tommen et Waulhier

Pipenpoy, dont nous avons parlé. Ces seigneurs arrivaient régulièrement en brillant équipage de chasse. Leurs meutes, jointes à celles du prince, formaient un nombre de chiens tel, que rarement le sanglier courait longtemps; car, comme dit I e Iioi Modus en parlant de la chasse du cerf, « tant plus de chiens y a, et meilleur est la chace et la noise qu’ilz font, et plus lost est prins le cerf, si les chiens sont bons. » La meule du duc, pour forcer le sanglier, comprenait la plupart du temps 16 couples de chiens courants, 16 lévriers, 12 mâtins et 4 limiers. Remarquons en passant que le poêle latin Silius Italiens vante, dans son poëme sur la guerre punique, les chiens que fournissait l’ancienne Belgique pour la chasse du sanglier.

Le 21 octobre 1415, notre vaillant prince se trouvait dans l’antique château de Louvain, en compagnie de plusieurs seigneurs brabançons. Tout était préparé pour une grande chasse au sanglier qui devait avoir lieu le lendemain, dans la forêt de Meerdael, lorsque sur le soir il reçut une lettre de la part du roi de France, qui l’invitait à venir, sans perle de temps, combattre les Anglais, récemment débarqués. Laissant là ces préparatifs de plaisir, il prend les mesures nécessaires pour faire réunir l’armée brabançonne, mais, sans l’attendre, se dirige vers la France, arrive à marches forcées à Azincourt, lorsque la bataille était

dôjà perdue, fond sur les ennemis sans être même revêtu de ses armes, et reçoit bientôt la mort avec quelques seigneurs qui l’avaient suivi (77).

Le prince dont nous venons de raconter la déplorable fin avait fait établir dans la forêt de Soigne un vaste haras d’où il tirait de bons chevaux de chasse. Ces chevaux, qui couraient en liberté, étaient si sauvages (on les nommait de wilde perden), qu’il fallait les prendre au lazo comme les chevaux sauvages de l’Amérique. Ils furent tous vendus à la mort du duc, et le haras fut supprimé.

Dès que la neige couvrait de son triste linceul la majestueuse forêt de Soigne, ou pendant les fortes gelées, commençaient les chasses aux loups. Mais ces chasses se faisaient autant par plaisir que pour purger la forêt de ces terribles animaux , qui paraissent y avoir été fort nombreux. On y employait , ù la manière des anciens, les filets nommés en fiamand wolfs-fjaeren, et harnas en français, et deux à trois cents traqueurs, pour y faire tomber les loups. « A quelque jour de petite fesle, dit du Fouilloux (7 8 ), non pas au dimanche, qu’il faut garder selon le commandement de Dieu, faut faire assembler tout le peuple voisin et proche d’alentour du bois ou buissons, où hantent et se retirent les loups, et ordonner à ceux de chascunc paroisse certains lieux et places pour se camper. Après que les compagnies seront arrangées

et séparées l’une de l’autre la longueur d’une pique, faudra entrer dedans le bois, menant grand bruit de trompes, cornets, tambourins, huant lousiours, tirant droit où sont les filets et rets tendus, n’ayant crainte de passer ronces ni espines : car c’est où le loup se cache et laisse passer, sans sonner mot, ceux qui courent après luy; dont est venu le proverbe : Il fait le loup à la carrière. Les paroisses donc chemineront en bonne ordonnance, conduite chacune par un des principaux de la bande, afin de leur faire garder bon ordre et traverser tout le bois jusqu’à l’endroit des rets et filets, et s’il y a des loups, ils ne failliront à sortir; mesme on les pourra haster par des petits lévriers ou maslins mis à l’estrique à la partie du bois, etc. » Telle que vient de la décrire ce veneur expérimenté, la chasse aux loups se pratiquait dans la forêt de Soigne. Ces animaux semblent avoir infesté celle forêt jusqu’à la fin du siècle passé. Il en fut tiré 1 en 1764, 2 en I765etl en 1768. On leur donnait encore la chasse en 1790, car je vois qu’à celte époque on payait annuellement une somme à un des veneurs qui faisait des feux aux loups ( wolfs vieren), dont j’ignore l’usage. Sous le duc Antoine, on en prenait jusqu’à dix en un hiver; mais le nombre en diminua insensiblement, au point qu’il en était rarement tué au delà de quatre du temps de Charles -Quint. Durant une partie du règne de ce monarque, c’est-à-dire de 1538

à 1557, on en tua 42 dans la forêt de Soigne. Mais il en coûtait parfois beaucoup pour prendre une couple de ces carnassiers. On faisait jusqu'à vingt traques sans résultat, malgré les 200 et 300 paysans, secondés par une bonne meute de grands lévriers et chiens mâtins. Souvent aussi les traques étaient plus heureuses. Ainsi, dans l’hiver de 1451 à 1452, on prit huit loups en trois battues et treize durant celle seule saison. Lorsque les armes à feu devinrent d’un usage plus commun, le grand veneur fit donner des mousquetsaux traqueurs, pour que les loups eussent moins de chance de s’échapper. Le marquis de Castel-Rodrigo, l’archiduc Léopold d’Autriche, l'électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, et d’autres gouverneurs généraux des Pays-Bas, se plaisaient à faire amener des loups vivants de la forêt, et les lâchaient dans le parc de Bruxelles, où ils les chassaient une seconde fois en présence de la cour. Nous dirons aussi qu’aneiennemenl il y avait une louvelerie à Corlenaken, près d’Arschol , tenue en fief des ducs de Brabant ( 79 ).

Il est question dans les documents de la vénerie, à l’époque qui nous occupe, d’un usage qui paraît avoir existé de tous les temps. Je veux parler de ces dons que nous nommons vulgairement des pourboires, et que jadis on nommait plus poliment des courtoisies. Les courtoisies du duc Antoine sont assez curieuses pour

que nous en disions quelques mots ici. Elles consistaient en espèces, et le plus souvent en peaux de veaux et en courroies à trompes dont nous avons déjà parlé. Ainsi un jour, quatre valets du roi de France lui ayant été dépêchés avec des chiens, qu’ils étaient chargés de lui offrir de la part de leur maître, chacun d’eux reçut en don un certain nombre de peaux et de courroies. Les mêmes cadeaux se faisaient, chaque année, non-seulement aux valets des seigneurs qui avaient chassé avec le prince, mais encore aux seigneurs euxmêmes. Tel était alors l’usage, et nous le retrouvons encore à la cour brillante de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire. Antoine lui-même figure ordinairement parmi les personnes gratifiées de celle singulière façon; les cuirs étaient remis à son sellier, pour faire csioupper ses harnais de joules et de tournois, ou bien on lui en confectionnait des hou zeaulx ( 8 “). Un autre don, que je signalerai particulièrement aux chasseurs, est celui qui se donnait annuellement à monseigneur saint Hubert , mariscliaut de la vénerie, pour les chiens, ainsi qu’on est accoustumé d’ancienneté. Cette offrande s’élevait chaque fois à 1 florin de Hollande, équivalant à 2 sols 3 deniers.

Puisque nous voilà à parler de saint Hubert, nous dirons que sa fête ne manquait jamais d’être dignement célébrée au château de Boitsfort. Tel était le culte qu’on rendait à ce vénérable chasseur, que les

veneurs el d’autres personnages formaient entre eux une confrérie spécialement placée sous son patronage. Aussi de temps immémorial la journée commeuçaitelle pieusement, pour finir gaiement, le verre en main. Le duc, s’il était au château, les seigneurs invités et les veneurs, tous équipés et préparés à la chasse, assistaient d’abord, comme cela se pratique encore aujourd’hui, à une messe qui se disait dans la chapelle du château. Aux prières du chapelain répondaient au dehors les aboiements de la meule impatiente. La messe terminée, on parlait plein d’ardeur, comme bien on pense, pour la chasse du sanglier, dont la saison coïncidait avec la fêle du patron des chasseurs. Si la chasse avait eu ses attraits pour le duc cl sa cour, si un somptueux banquet terminait dignement la journée, à Tervueren, à Boilsfort ou à Bruxelles, celle-ci ne finissait pas moins agréablement pour les simples veneurs. Al labiés dans la salle dite des veneurs , on leur servait quantité de viandes; la bière coulait à Qui s, et pour dessert apparaissaient sur la table des wauffres , des tourteaux, préparés avec de la farine de froment el du miel, ou bien des crêpes. Enfin, quelques mesures de vin ( 8l ), dites gelle en flamand, vidées à la santé du prince, terminaient ce grossier mais cordial repas. Philippe le Bon, plus que tout autre prince, aimailàfaire célébreravec éclat le jour de la Saint-Hubert. C’est ainsi que le 5 novembre 1431, il convia les

veneurs de Boitsfort el les gens de sa cour à la maison dite (lu Roi, sur la Grand’Place, à Bruxelles. J’ignore ce qui se passa dans celle joyeuse réunion ; toujours est-il qu’elle eut lieu, et qu’elle coûta 14 clinckaerls, ou 3 livres 11 deniers. Le puissant duc renouvela plusieurs fois ces réunions, comme on le verra plus loiu. Une fêle pareille à celle que nous venons de décrire avait lieu, tous les ans, à la maison de chasse de Boitsfort, à l’occasion du jour de l’an, à Pâques, à la Pentecôte, à la Saint-Martin, à la Toussaint el à la Noël surtout.

On a déjà pu voir ci-dessus le nombre approximatif de chiens qu’Anloine de Bourgogne entretenait pour sa vénerie. J’ajouterai ici, pour me conformer à la règle que je me suis imposée de donner des renseignements aussi complets que possible, que sa meute se composait de 23 couples de chiens courants, de 20 grands lévriers, qui attaquaient indistinctement le cerf, le sanglier et le loup, de 12 chiens mâtins (rode en flamand) tout aussi courageux, de 4 limiers pour le cerf el d’autant pour le sanglier, de 2 chiens allans, de race espagnole, « qui sont comme lévriers, « dit du Fouilloux, fors qu’ils ont grosse teste et « courts. > Enfin il possédait une meule de chiens terriers pour les renards, el une autre de petits chiens au sanglier, dont je ne pourrais préciser l’espèce. Se trouvait-il, parmi celte meute nombreuse, des chiens

de celte excellente race, si renommée dans nos provinces et à l’étranger, parce qu’on la disait issue des chiens de chasse de saint Hubert lui même? c’est ce dont je n’ai pu m’assurer. Quoi qu’il en soit, cette question me fournil l’occasion de faire ici un rapprochement historique assez intéressant. Je viens de parler des limiers qui sont, comme on sait, des chiens avec lesquels les veneurs vont quêter et détourner la bête, et dont dépend ordinairement le succès de la chasse. Le limier se nommait leyihond en vieux flamand, et le veneur qui le menait, leylhondcr, sans doute du mot leyden , conduire, parce qu’en effet le limier est ordinairement tenu en laisse. Or, nous retrouvons dans la loi des Allemands (*') et dans celle des Bavarois ( w ), monuments de la plus haute antiquité, le leiûkund, qui ne peut être que notre limier, et dont, par conséquent, les anciens Germains connaissaient déjà l’usage. Ceci n’est pas étonnant, et l’on sait trop combien ce peuple était passionné pour la chasse, et excellait dans ce genre d’exercice, pour qu’il soit nécessaire de s’étendre sur ce sujet. Toutefois, je ne puis m’empêcher de mentionner les autres espèces de chiens qu’indique le premier de ces deux codes germaniques. Ce sont le iriphunl, dont je ne connais pas l’espèce; le spurihunt, qui est sans doute le chien courant, car spuri dérive évidemment de speur, trace, littéralement donc chien de trace; le

bibarhunl,qui su b tenu vcnatur , probablement le bassel ; le vellrix, mol dont l’étymologie la plus rationnelle est vetd, champ. Le vellrix pourrait donc bien avoir été un chien avec lequel les Germains chassaient le menu gibier aux champs (*4). D’après le texte de la loi des Bavarois, il parait certain que celte espèce de chiens chassait le lièvre. Nous trouvons encore dans celle loi le hapiliuliunt, chien espagnol employé à la chasse du faucon, car bapi vient de l'allemand hubich, épervier; puis les chiens qui attaquaient les ourset les buffles; enfin le liovauvarili, chien do garde, comme l’indique assez son nom Telle était la réputation des chiens de chasse des Germains que Charlemagne en envoya un jour quelques-uns au célèbre calife Aaron-al-Raschid. Ce prince fut émerveillé lorsqu'il vit ces terribles animaux attaquer un lion sous ses yeux ( 86 ). Les chiens de la Bretagne ou chiens anglais n’étaient pas moins fameux ; ils furent recherchés à toutes les époques et le sont encore aujourd’hui. On en faisait déjà le plus grand cas du temps des Romains. Le poète latin Nemesianus, qui vivait au troisième siècle, dit en parlant d’eux :

. . . Divisa Brilaimia inittil

Veloccs, noslrique orbis venalibiis aplos.

Personne n’ignore combien les chiens de chasse ou chiens nobles étaient recherchés par les seigneurs,

au moyerr âge. Celait à qui en aurait les plus beaux et les meilleurs. Du reste, la possession d’une meule plus ou moins nombreuse proclamait pour ainsi dire le rang et les richesses du maître. Sous ce rapport, un puissant seigneur, Gaston, comte de Foix, surnommé Phébus, éclipsait tous les princes de son époque, puisqu’il possédait quinze eenls chiens de chasse. Souvent les seigneurs suzerains imposaient à ceux qui tenaient d’eux des fiefs, l'obligation de leur offrir un chien de chasse comme signe de leur vasselage. En voici un exemple que j’ai trouvé pour notre pays. En 1464, Jean, comte de Nassau, seigneur de Diesl et de Zichem, qui avait épousé Jeanne de Loen, héritière de l’antique maison de Hinsbergh, ayant vendu à un seigneur du nom de Vlodorp son château et pays de Daelenbroeck, situés dans lu Gueldre, il y mil ces conditions, que l’acquéreur et ses descendants ouvriraient toujours les portes de ce château aux comtes de Nassau, le relèveraient à perpétuité de leur château de Hinsbergh, et leur offriraient deux beaux lévriers blancs attachés par un cordon rouge.

Ainsi que le lecteur l’a vu plus haut, leduc Antoine, bien qu’il eût une fort belle meule, gardait souvent pendant des mois entiers les meules de ses courtisans. Le sire d’Heverlé ne mettait pas moins de douze couples de chiens courants et vingt-quatre lévriers à sa

disposil ion. Wauthier Pipenpoy lui envoyait ordinairement de son château de Merchtem quatorze couples de chiens pour les sangliers; Bernard VanderSpout, seigneur d’Overyssche, douze couples, et ainsi des autres seigneurs. Les chiens du duc étaient principalement nourris de chair de vieux chevaux qu’on abattait expressément à Boitsforl. Le nombre de ces malheureux animaux dévorés annuellement par les chiens s’élevait en moyenne à quarante, quoiqu’une fois il ait atteint le chiffre exorbitant de cent. Dans la suite, ce genre de nourriture fut abandonné. Le pain destiné aux chiens se composait de seigle pur, ou de seigle et d’orge, ou d’orge et d’avoine. Lorsque des chiens de la meule avaient été mordus d’un chien atteint d’hydrophobie, ou chien mauvais, comme on disait alors, on les menait à Saint-Hubert en Ardenne, ou au village de Leefdeel, qui possédait, parait-il, une image de ce saint en grande vénération. Parfois ils étaient conduits à la mer, pour les y baigner, « ce qui est un bien petit remède, » dit le Roi Modus. En 1407, il fut payé 48 sols 6 deniers à trois compagnons veneurs, pour, le 6 e jour de mars, avoir esté partis de l’hoslel de Boilsfort, et mené tous les chiens et lévriers estant audit Boit s fort, par le commandement de monseigneur, à la meir à Hulslerloo, à cause de ce qu'ils avoient esté mors de chiens mauvais. Chose singulière! tous les ans, au mois de mai, on préparait pour la meute

un breuvage fait du meilleur vin de Rhin, et que l’on nommait honUe dranck.

Nous ne dirons rien ici des chasses aux daims (*?), aux chevreuils, aux lassons ou blaireaux et aux renards, attendu qu’il n’en est point parlé dans les documents de la vénerie.

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