‹ Recherches historiques de la maison de chasse des Ducs de Brabant et de l'ancienne cour de Bruxelles; précédées d'un aperçu sur l'ancien droit de chasse en BrabantChapitre 12 sur 24 · GH · texte numérisé non relu

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chiens) de monseigneur le duc, quuni on les osle de le mère, ki coustent granl chose et font moull souvent grans domaiges as religieus.

« Item, il covienl donneras tnaislres des chiens, à eascune abbaye, cuirs de coroies et de trayans (laisses), piaulx, hosious (espèce de guêtres), moffles (f/anis) et cauches (chaussures), et çou weiihenl il avoir de droit, et, si on leur ne donne tanlost, il vont panner sons les abbayes... »

Ces plaintes, à ce qu’il paraît, ne produisirent pas l’effet désiré, car elles furent renouvelées maintes fois dans la suite. Bien plus, les prélats ne cessèrent de protester contre un usage qu’ils disaient illégal eL contraire à leurs immunités. Sous Charles-Quinl ( 55 ) et Philippe 11, ils refusèrent de recevoir les veneurs, prétextant, avec raison, que Marie de Bourgogne les avait libérés de celle charge par sa joyeuse entrée du 27 mai 1477, et cela moyennant payement des 12 sous gros, ou florins, dont nous avons parlé plus haut ( 56 ). Toutefois, les prélats finissaient toujours par devoir céder, mais non sans murmurer intérieurement. Un jour, le mécontentement de deux abbés se traduisit d’une façon assez singulière. C’était le 19 juin 1431 ; nos veneurs ayant sonné de la trompe pour se faire ouvrir les portes de la riche abbaye d’Afllighem, le prieur apparut, et, prétextant la pénurie qui régnait dans le couvent, il les invita à se rendre à Assche, à l'auberge

du Cyyne, el d’y l'aire bonne chère aux dépens de son supérieur. Les chasseurs se rendirent aux prières du religieux; mais lorsqu’on vint réclamer le montant de l’écot, l’abbé fit la sourde oreille et ne paya point. Son frère en Dieu, l’abbé de Grimberghe, n’y mit pas tant de formes; le lendemain, 20 juin, les chasseurs se présentèrent devant son couvent, espérant y être mieux reçus qu’à Afflighem. Il n’en fut rien cependant, car le prélat se refusa obstinément à les recevoir et les laissa se morfondre à la porte. Force fut donc aux veneurs de s’éloigner du cloître inhospitalier, mais non sans en tirer une petite vengeance, puisqu’ils allèrent rançonner quatre de ses plus grosses fermes des environs.

L’antique coutume de donner le gîte aux veneurs cessa, en Brabant, vers le milieu du dix-septième siècle, après que l’archiduc Léopold d’Autriche, gouverneur général des Pays-Bas, eut engagé la majeure partie des renies de la vénerie. Il paraît qu’elle n’était pas du goût de Charlemagne, car il s’élève avec force contre elledans une lettre qu’il écrivait, en 807, à son fils Pépin (*7). Plus généreux à l’égard des religieux que nos ducs, le roi de France Charles V abolit le droit de gîte que ses veneurs avaient dans les monastères de son royaume. Charles VI voulut qu’ils logeassent, de même que ses fauconniers, dans les

hôtelleries publiques, el acquittassent sur-le-champ le

montant de leur écot ( 58 ). Le dauphin Humbert II exempta également les abbayes du Dauphiné de l’obligation de loger ses veneurs, à moins qu’ils ne payassent en s’hébergeant ; dans le cas contraire, les moines pouvaient impunément les chasser de leur couvent, repellere et expellere ticilé, et impuné, dit le dauphin ( S9 ). Le savant marquis de Pastoret s’est étendu assez longuement sur le droit singulier qui nous occupe. Nous renvoyons à la note (6°), imprimée à la fin de ce volume, le lecteur désireux de connaître les détails qu’il donne. J’ajouterai ici que les anciens comtes de Flandre jouissaient, à titre de leur vénerie et fauconnerie, d’un droit nommé honde-geldt ou honde-brood et valcken-aes. Le honde-brood consistait dans la redevance annuelle d’un pain plus ou moins grand, selon queledébiteur avait, ou non, des chevaux, ou, au lieu de pain, un sol ou un demi-sol. Chaque ménage, à la campagne, était tenu à cette redevance ( 6 ‘), dont les indigents seuls étaient exemptés. Les paysans devaient même se charger du transport de ces pains. La vénerie de Flandre comprenait un grand veneur, un lieutenant veneur, six veneurs et dix couples de chiens.

Enfin, ainsi qu’on l’a vu dans les doléances des religieux, ceux-ci étaient tenus d’élever jusqu’à l’âge de dix-huit mois les jeunes chiens de leur souverain. On en mettait ordinairement une couple dans chacune de

leurs fermes ( Ga ). Avant de les y envoyer, on leur appliquait la marque de la vénerie, et tous les trois mois un valet faisait sa tournée pour s’assurer que rien ne leur manquait. Cette charge, qu’il était libre aux fermiers de racheter au moyen de quelques mesures de seigle, ne leur était imposée que d’année à autre, c’est-à-dire que la ferme qui avait eu la garde d’une couple de jeunes chiens pendant un an s’en trouvait exemptée l'année suivante.

Mais revenons à la vénerie sous le règne de la duchesse Jeanne. Celte princesse ayant voulu récompenser les services que lui avait rendus son conseiller, Guillaume, comte Van Zeyn, seigneur de Rhode- Sainte-Agathe, et prenant en considération qu’il avait été élevé à la cour dès sa plus tendre jeunesse, le nomma maître veneur de Brabant, et lui donna, pour en jouir sa vie durant, le château de Boitsfort et ses dépendances, ainsi que la vénerie et ses revenus, ou plutôt, pour me servir des termes de la duchesse, * les offices de ses grands chiens de Boitsfort et de ses petits chiens aux renards. » Ceci eut lieu au mois de juin 1399 ( 63 ). D’une illustre famille de Hollande, Guillaume Van Zeyn était parent de sa souveraine, puisqu’il était issu des ducs de Brabant par sa mère, Isabelle, fille de Henri, landgrave de Hesse, qui eut pour père Henri II, duc de Brabant ( G< *). Aussi le traile-l-elle de cher cousin dans l’acte de donation

de la vénerie, lequel ne nous apprend pas quel était le nombre des veneurs et des chiens qui la composaient. En retour de la faveur qu’il avait reçue de la princesse, messireVanZeyn était tenu, par son état de maître veneur, d’organiser et de diriger les chasses de la cour, d’entretenir la vénerie à ses frais, eide veiller à ce que les cuisines du palais ducal ne manquassent jamais de venaison. Ceci me rappelle que lorsque la vieilleduchesse euldisposé de son duché en faveur de sa nièce, Marguerite, femme de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et comte de Flandre, elle se réserva, entre autres usufruits, le droit de prendre annuellement, pour son office, la moitié des cerfs, des biches, des chevreuils et des sangliers que l’on tuerait dans ses chasses, la chasse aux perdrix « pour trois hommes * et 2,000 lapins de ses garennes.

La charge de maître veneur de Brabant paraît avoir été confiée ordinairement à quelque parent des ducs de Brabant, ainsi que le prouve d’abord la nomination du comte Van Zeyn. Celui qui avait rempli celle charge avant lui, était messire Jehan Dele Venne on Vande Venne, le plus ancien maître veneur dont j’aie rencontré le nom dans les vieux documents. Il était le petit-fils naturel de Jean III. Messire Magreman qui, ainsi que nous l’avons vu ci-dessus, avait sous sa direction les chiens aux loups de la cour, était le frère naturel de ce prince ( 65 ).

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