‹ Recherches historiques de la maison de chasse des Ducs de Brabant et de l'ancienne cour de Bruxelles; précédées d'un aperçu sur l'ancien droit de chasse en BrabantChapitre 24 sur 24 · DU PERTRISEUR ET DU FURETEUR · texte numérisé non relu

DU PERTRISEUR ET DU FURETEUR

Les ducs de Brabant comptaient aussi dans leur maison de chasse un loutrier, un pertriseur ou preneur de perdrix, et un fureteur ou preneur de lapins. Nous dirons quelques mots de chacun d’eux.

Le loutrier, ainsi que l’indique son titre, chassait la loutre, animal qui, d’après un ancien document, parait avoir été très-commun dans le duché de Brabant. Tout en offrant un passe-temps aux souverains de ce pays, la chasse de la loutre avait le but utile de purger les étangs et les rivières de ce destructeur de poissons. Aussi le loutrier chassait-il dans tontes les eaux courantes et stagnantes de la contrée; les abbayes étaient tenues tour à tour de l’héberger trois ou quatre fois par an. La chasse aux loutres se faisait au moyen de filets que l’on traînait dans les eaux et à

l’aide de chiens dressés à ce genre de chasse, qui exigeait beaucoup d’adresse de la part du loulrier et des valets dont il était secondé. Ceux-ci étaient au nombre de deux, et la meule se composait de quatre couples de chiens. Le plus ancien loulrier de Brabant ou aller jaeçjher, que j’aie trouvé menlionné.esl un certain Henneken Dreyers d’issche, nommé le 22 juillet 1426, par Jean IV. Ce prince, dans sa commission, l’institue aux mêmes gages, profils et franchises qu’avaient eus ses prédécesseurs, le charge de bien garder et soigner la meute pour la loutre, et requiert les prélats de le reconnaître dans sa nouvelle qualité. Les gages du loulrier consistaient dans les loutres mêmes qu’il prenait, et dans les renies en argent et cens en grains que lui payaient de toute ancienneté les abbayes, leurs fermes et moulins. L’abbaye de la Cambre, entre autres, fournissait annuellement à la loulrerie une rasière de seigle, dont le produit servait à l’entretien d’une lampe qui brûlait constamment, en l’honneur de la Vierge Marie, dans l’église du Sablon. Henneken Dreyers fut confirmé dans son emploi de loulrier par Philippe le Bon ( ,83 ). Parmi ses successeurs figure Thomas Rémonl, veneur de la reine Marie de Hongrie, qui lui donna celte charge en 1543; puis un certain Bonello Bonelli; ensuite le lieutenant grand veneur De Socle, nommé du temps des archiducs Albert et Isabelle. A celui-ci succéda Hubert Van

Eeckout, qui résigna son emploi à son neveu Hubert Heymuns. Nous y voyons eneore commis Jean-Joseph De Bislhoven ( ,8 4) , que remplaça le baron de la Verre ( ,8Î ) , auquel succéda P. Van de Werve de Schilde ( ,86 ). Mais, dès le dix-septième siècle, l’emploi de loutrier, qui fut toujours conféré à des gentilshommes, était devenu purement honorifique, attendu que les prélats et les seigneurs des villages prenaient eux-mêmes les loutres dans leurs terres, et aussi que les immenses domaines qui formaient jadis le patrimoine des ducs de Brabant avaient considérablement diminué, soit par des ventes, soit par des engagères. Toutefois, les derniers loulriers de Brabant résidaient à Anvers, où, en celte qualité, ils jouissaient de plusieurs franchises et immunités. Aussi cette charge s'achelail-elle du gouvernement moyennant de grosses finances. J. J. De Bislhoven l’acquit au prix de 5,001) florins, et le baron de la Verre, ainsi que M. Van de We rve de Schilde, au prix de 5,000 florins. Ces messieurs jouissaient de 60 florins de gages.

Le perlriseur ou preneur de perdrix était un personnage de minime importance à la cour des ducs, malgré son utilité pour leur cuisine qu’il approvisionnait de perdrix, durant une partie de l’année. A ceteflel, lorsque la saison de chasse de ce gibier commençait, le prince lui délivrait une autorisation ou mieux une commission, qui lui donnait pleine permission d’aller

de village en village prendre des perdrix avec ses filets. Voici une de ces commissions datée du mois d’août 1407, et traduite du flamand : « Antoine, par la grâce de Dieu, duc de Lolliier et de Brabant, à tous nos officiers et serviteurs de Brabant, salut. Nous portons à votre connaissance que nous avons commis notre cher Henri Neels, porteur de la présente, à l’emploi de perlriseur de notre hôtel, et lui avons donné plein pouvoir de pertriser daus toute la terre de Brabant, et cela jusqu’au carnaval prochain. Nous mandons et requérons, en conséquence, que chacun de vous le laisse exercer son emploi, sans lui faire aucun empêchement ou dommage, mais au contraire lui porte secours en étant requis. * Une autre fois, Philippe le Bon invite les abbés et abbesses de Brabant à donner le gîte d’un jour et d'une nuit à son perlriseur; «mais, est-il dit dans les lettres closes, de grâce et non de droit, nonobstant vos privilèges, comme vous le files jadis à l’égard des autres pertriseurs.» Celle gracieuse invitation équivalait loujoursà un ordre. En effet, déjà dans les doléances que les prélats de Brabant tirent en 1332 au duc Jean III, on voit figurer au nombre des hôtes qui leur étaient en quelque sorte imposés, le perlriseur de leur souverain, voire même ses ménestrels. Mais le changement qui s’opéra dans les mœurs, à la fin du quinzième siècle, les débarrassa des uns et des autres. A cette

époque, il n’est plus question, dans les vieux écrits, du perlriseur de la cour de Bruxelles.

Ce que nous venons de dire à l’égard du perlriseur peut aussi s'appliquer au fureteur, qui, pourvu d’une commission du duc, s’en allait partout fureter ou prendre des lupins pour les cuisines de la cour. Entre autres commissions du fureteur, j’en citerai une délivrée par Philippe le Bon, le 30 septembre 1402, à un valet de ses pages. Ces pages et leurs valets étaient de grands destructeurs de lapins. On s’en plaignait généralement aux environs de Bruxelles. Fiers de leur condition et comptant sur l’impunité, ils ne se contentaient pas de prendre tous les lapins dans les lieux permis, mais le faisaient encore dans les garennes de leur maître qui étaient affermées. Ees plaintes devinrent tellement criantes contre ces jeunes audacieux, que Philippe le Bon se vil enfin contraint de les mettre rudement à la raison.

Nous venons de parler des garennes ducales. Les anciens souverains du Brabant en possédaient plusieurs qui leur rapportaient une quantité de gibier. Telles étaient celles situées dans la Campine; aux environs de Bruxelles, et dans différents autres lieux du Brabant. En 1429, elles étaient louées moyennant 1,700 lapins par an à livrer par le fermier au palais de Bruxelles. En 14o2, Philippe le Bon donna toutes les

garennes de Brabant, sauf celles de Saventerloo, près p s

de Bruxelles, au gruyer de Brabant Van der Kycken, qui s’engagea à fournir à la cour de son maître, si elle résidait à Bruxelles, un nombre annuel de 700 perdrix et de 1,000 lapins, dont une moitiéavecla peau et l’autre moitié sans la peau. Si la cour était absente à Bruxelles, il était tenu de payer trois gros par lapin, et deux gros par perdrix. La garenne de Savenlerloo était si abondante en lapins, que les habitants des environs offrirent une forte rente à Philippe le Bon, s’il voulait consentira l’anéantir. Le duc refusa; mais, moyennant une offre pareille, il ordonna qu’on détruisît la garenne formée de différentes lombes romaines, près de Tirlemonl. Là aussi les lapins pullulaient et faisaient de grands ravages dans les campagnes.

Sous Charles le Téméraire, on affermait publiquement les garennes et au dernier enchérisseur. Elles rapportaient alors 400 livres par an; mais elles diminuèrent insensiblement de valeur, et finirent même par être totalement aliénées par des ventes et autrement.

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