‹ Recherches historiques de la maison de chasse des Ducs de Brabant et de l'ancienne cour de Bruxelles; précédées d'un aperçu sur l'ancien droit de chasse en BrabantChapitre 23 sur 24 · DE LA FAUCONNERIE · texte numérisé non relu

DE LA FAUCONNERIE

Les détails que nous possédons sur la fauconnerie des ducs de Brabanl et de l’ancienne cour de Bruxelles , sont moins complets que ceux que nous avons fournis sur la vénerie. Nous n’aurons donc pas à nous étendre longuement sur ce sujet.

Nous avons signalé, page G2, des sceaux des ducs Henri 111, Jean I* r , Jean 11 et Jean 111, représentant ces princes à cheval, le faucon sur le poing. Ceci prouve assez que la fauconnerie ( r ' 6 ) était également en honneur chez eux. Mais quant au nombre de fauconniers ( ,5 i), d’oiseaux et de chiens qu’ils entretenaient pour cet amusement, on u'eii trouve guère mention dans les anciens documents. Seulement, on voit dans ceux-ci que, par une coutume fort bizarre, certains officiers de justice du duc devaient lui offrir tous les ans, le jour de la Saint-Laurent, un épervier dressé ou dix royaux, à leur convenance.

Tels étaient le sénéchal ou drossard de Brabant, le mayeur de Louvain, l’amman de Bruxelles, le margrave de Bois-le-Duc el le bailli du Wallon-Brabant.

A leur tour, le lieutenant drossard de Brabant, les écoutètes de Bois-le Duc, de Pelant, de Campelant, de Maeslant et d’Ooslerwyk, lui présentaient un don pareil, le jour de la Madeleine. Les ducs de Brabant paraissent encore avoir joui d’autres prérogatives à titre de leur fauconnerie, comme, par exemple, du droit de prendre annuellement une poule de chaque fermier possédant des chevaux, el surtout du droit de gîte dans les abbayes ( ,58 ). La fauconnerie était placée sous la direction spéciale d’un maître fauconnier, qui avait à ses ordres quelques valets. Dans une ordonnance fort curieuse que fit, en 1407, le duc Antoine de Bourgogne, pour l’organisation de sa cour, figurent trois fauconniers, qui étaient Machefoin, Petit Bertram el Tostée( ,5! >). Chacun d'eux avait un cheval et un valet. C’était là, comme on voit, un équipage fort modeste. Par contre, les souverains des Pays-Basde la maison de Bourgogne, possédaient une fauconnerie qui ne laissait l ien à envier à celle des rois, qu’ils éclipsaient du reste par leur faste et leurs richesses. D’après l’ouvrage cité page 109, Philippe le Bon aurait eu dans sa cour un maître fauconnier el des tendues, 24 fauconniers, 12 aides de fauconniers, 24 valets de fauconniers, 12 valets de faucons, 6 tondeurs d’oiseaux £

de proie, 12 v;ilels de rivière. Je ne sais à quel point cet étal delà fauconnerie de Philippe le Bon esl exact. Il esl certain qn’il ne s’accorde guère avec celui de son fils, Charles le Téméraire, qui avait cependant une grande prédilection pour ce genre de chasse. En effet, dans un compte des dépenses de sa cour, de l’année 1409, se trouve mentionné : «Olivier Salait, escuier, granl fuulronnier de monseigneur, > lequel louchait annuellement 723 livres de Flandre de pension, pour l’entretien de toute la fauconnerie, ou, si l’on veut, « pour les gages, robes, pourpoins, chausses et despens de luy, de 6 varlels, 4 chevaulx, 14 oiseaux et 2 chiens que monseigneur luy a ordonné tenir. Item pour le temps, vervelles, gans, gibaehières, chapperons d’oiseaux, peaux de chiens, langues, gels, oppremenl, sang de dragon, manne et généralement pour tout ce que ledit Olivier, ses gens et serviteurs pourraient demandera monseigneur, et aussi aux gens d’Église et autres ses subjets, pour dons, gisles, courtoisies ou autrement, à cause de ladite fauconnerie. » Peut-être n’élait-ce pas là le train principal de la fauconnerie de Charles le Téméraire. Nous adopterons cette supposition, pour ne pas porter atteinte à la réputation de splendeur que tous les historiens ont faite à la cour des ducs de Bourgogne. Voici les prix auxquels Charles le Téméraire achetait quelques-uns de ses faucons. J’extrais des comptes : « Pour 2 fau-

cons soirs ( ,6 °), 14 livres 7 sous; pour 1 Faucon hagarl ( ,6 '), bien volant pour herrons et pour rivières, 30 livres; pour 4 Faucons pour herrons et un lévrier achetés à Jehan Marlius et Gheerl, son compagnon, 108 livi 'es. » Tel élait le cas qu'on Faisait, au moyeu ôge, de ces oiseaux, que souvent ils étaient offerts comme récompense aux tenants d’un tournoi. Ainsi Daniel, sire de Boucliout, étant sorti vainqueur d’un tournoi qui eut lieu, en 1441 , à Anvers, reçut pour prix de sa victoire un Faucon orné d’un rubis ( ,6 ’).

On sait que la fille du prince dont nous venons de parler, Marie de Bourgogne, mourut à Bruges des suites d’une chute de cheval qu’elle lit à la chasse au faucon. En 1488 figure comme maître Fauconnier de son époux, Maximilien d’Autriche, alors roi des Romains, Ilans Van Teissel, qui reçoit 100 livres de gratification pour ses bons services et à litre d’encouragement. A la cour somptueuse de Charles- Quint apparaît, vers 1540, messire Adolphe Vander Aa, grand fauconnier des Pays-Bas, que la reine Marie de Hongrie envoya à diverses reprises au roi de France, François l" r , pour lui présenter, au nom de son frère, des faucons du plus grand prix, dressés aux Pays-Bas. Chose singulière ! dans le traité que Charles-Quint fil, en 1535, avec Muley-Assan, roi de Tunis, qu’il avait remis sur sou trône, il Fut stipulé que ce prince offrirait chaque année, à son pro-

lecteur, comme marque de vasselage, six chevaux et six faucons ( ,63 ). Nous venons de nommer Marie de Hongrie : ici, comme pour la vénerie, nous la trouvons toujours très-occupée de ses faucons. Un auteur qui a publié un article fort curieux sur le sujet qui nous occupe, M. Coremans, dont le nom est assez connu dans la.lillérature allemande et belge, a bien voulu me communiquer la correspondance ( ,6 <) que la sœur de Charles-Quinl entretenait avec différents princes allemands pour se procurer des faucons. Tantôt c’est au duc Albert de Prusse qu’elle écrit, tantôt au duc Christophe de Wurtemberg, au duc deHolstein ou au landgrave de Hesse. Elle leur adresse de gracieux remercimenls pour les oiseaux qu’ils lui avaient fait parvenir. Elle tenait surtout aux faucons à pieds bleus ( blaufùs&e ), dont le duc de Wurtemberg lui envoya un jour une douzaine. Elle écrit aussi pour obtenir de ces oiseaux renommés à l’évêque de Neutra, en Hongrie, où on les prenait. Enfin, une autre fois, c’est le landgrave de Hesse qui lui envoie ses fauconniers, pour apprendre à ceux de la reine à bien diriger le vol de leurs oiseaux, tandis que celle-ci, à quelque temps de là, dépêche son maître fauconnier pour dresser les faucons du landgrave. * Il y avait à cet égard, dit M. Coremans, échange de bons procédés. Les princes du Nord, le duc de Prusse, le duc de Holstein envoyaient à la reine des faucons qui,

bien dressés, retournaient en Allemagne. » En effet, la reine, à son tour, ne manquait pas d’offrir des faucons aux souverainsallemands, et la politique n’en allait que mieux.

En 1555, alors que Marie de Hongrie et son illustre frère allaient bientôt quitter pour jamais les Pays- Bas, nous trouvons établi, comme grand fauconnier des Pays-Bas, Martin de Mol, seigneur de Hove et xi’Hoogvorst. Il avait 720 livres de Flandre de gages, et de celle somme il devait entretenir «4 chevaux et ung vol pour herron ou aullre, tel que par le royluy sera ordonné. » Messire de Mol fut confirmé dans sa charge par lettres patentes de Philippe 11, du 5 mars 1556 (1557 n. st.). Il mourut en Espagne, où ce monarque l’avait fait venir à cause de son habileté dans l’art de la fauconnerie. Son fils Pierre lui succéda, en qualité de grand fauconnier des Pays-Bas, par lettres patentes dépêchées de Madrid le 13 janvier 1561. Il fut remplacé, à sa mort, par son frère Jean, que le duc de Parme, gouverneur des Pays-Bas, nomma provisoirement le 8 juin 1591. Jean de Mol n’ayant pas eu une commission du souverain, adressa une pétition à l’archiduc Albert pour l’obtenir, et fit valoir ses services, ainsi que ceux de son père et de son frère. Une pièce annexée à celle pétition nous fournil de curieux détails tant sur la fauconnerie de la cour que sur les prérogatives du grand fau-

connier. Comme M. Corcmaus les a déjà publics dans sa notice, je ne puis mieux faire (pie de reproduire une partie de celle-ci : « Premièrement , dit-il, les fauconniers du pays étaient obligés de lui porter (au grand fauconnier ) les faucons qu’ils prenaient, lesquels il pouvait garder au prix du roi ("> s ); tous les fauconniers venant de l’Islande, de la Norwege, du Danemark on d’autres pays devaient également présenter leurs oiseaux au grand fauconnier qui, si le roi ou le gouverneur l’autorisait, retenait les plus beaux à ce môme prix du roi ( ,66 ). Jusqu’à l’époque du duc d’Àlbc, le grand fauconnier pouvait, pour bien dresser les oiseaux du roi, passer trois jours dans chacune des abbayes du pays, où il était défrayé; mais ces dernières obtinrent du duc de n’étre tenues à aucune prestation envers le grand fauconnier. De même, le prieuré de Poslel fut, «au grand préjudice de Sa Majesté, » dit le pétitionnaire, déchargé de l’obligation d'entretenir les fauconniers de deux loifcs qu'avaient eues de tout temps les souverains à Postel, et pour lesquelles les ducs de Brabant avaient fait beaucoup de donations au prieuré ( ,6 ’).

Le grand fauconnier était encore autorisé à réclamer, partout où il passait dans le Brabant et la Flandre, une poule de chaque cerisier tenant chevaux; cependant les terres de Gaesbeck , le pays de Waes et d’autres refusèrent de reconnaître ce droit. Lu

Flandre ( ,68 ), le grand fauconnier pouvait calenger ceux qu’il trouvait faisant la chasse au fusil ou au Glel. Il n’avait aucune obligation de rendre compte des produits de ces droits, vu qu'ils faisaient partie de ses (J âge s ordinaires; ses devoirs envers le gouvernement se bornaient à entretenir deux vols de faucons, pour lesquels les finances avaient à lui payer la somme de 500 florins par an. Jean de Mol se plaint « d’avoir, depuis la mort de son frère, toujours enlre- » tenu ces deux vols sans recevoir un palard de ses

* gages, si ce n’est que l’archiduc Ernest lui avait t fait donner une fois 600 florins pour un gerfaut,

* fort bon, envoyé à Sa Majesté, que le pétitionnaire « avait, comme tous ses oiseaux, acheté de son propre « argent, ayant vendu de ses biens depuis dix ans,

* pour 15,000 florins, pour entretenir la volerie, faire « le service du roi et donner plaisir au gouverneur. » Nous lisons au dos de celle supplique, en allemand, langage et orthographe du ttonps, ces mots: « Der « fürsll. DI. unssers gnaedigsten Herren Bevelh isl , « dass der supplicanl an seines abgeslorbenen brut ders stell soll auff und angenummen werden (l’ordre de S. A., notre très-gracieux maître, est que le suppliant soit admis et accepléà la place de feu son frère.)»

À ces détails, j’ajouterai que le graver de Brabant, le grand bailli des bois de Hainaul et les autres ofliciers du souverain des diverses provinces, avaient

le droit, même à l’exclusion du grand fauconnier des Pays-Bas, « de faire annuellement guetter tous les « aires des oyseaulxde proye, comme autours, lierce- « tels, espreviers, faulcons, esmerillons et autres de « poing ou de loire, qui se trouveront en nos franches « foresls, bois et garennes, et ailleurs soubs les sei- « gneuries et places à nous appartenantes, et les faire « prendre par un exprès faulconnier, en présence de «quelqu’un de leurs officiers ( ,6y ). » Ces oiseaux, pour lesquels il était accordé une certaine prime à ces officiers, devaient être remis au grand fauconnier, il était toutefois défendu de prendre de vieux oiseaux, et il y avait une amende de 60 royaux à charge de celui qui prenait ou lirait des oiseaux de proie ou dérobait leurs œufs. Nul paysan ne pouvait s’emparer de faucons égarés, les eùt-il même trouvés entre ses poules ou ses pigeons (‘7°).

La renommée (qu’on me passe le mot) des faucons des Pays-Bas était si grande en ce temps, qu’il fallait continuellement en envoyer à la cour de Madrid. La lettre suivante de Philippe 11 à l’archiduc Ernest, gouverneur des Pays-Bas, nousen fournil la preuve : «Mon bon frère, nepveu et cousin, écrit le roi, je n’ay voulu laisser de vous donner advertence par ce mol. Comme les faulcons et aultresoyseaulx servansà la voleriesont naguaire rendu?, par deçà, sans ineonvéniens, par cculx qui s’en esloient chargez, et pour ce que l’on les a

t rouvés fort bons, je désire que tenez la main que, par chascun an, me soyenl envoyez de semblables, faisant choir les meilleurs que l’on pourra trouver, et qu’au surplus, ordonnez à ceulx de mes finances qu’ils pourvoient au payement desdils oyseaulx, et aux fraiz qu’ont esté faict pour les oyseaulx à envoyer de temps à autre, afin que, par tel défailli, n’y advienne inconvénient. A tant, etc., de Madrid, le 20 de febvrier 1595( , 7‘). » L’usage d’envoyer des faucons en Espague fut observé jusqu’à la fin du dix-septième siècle. Chaque année, quatre fauconniers parlaient pour Madrid avec 32 faucons, qu’ils présentaient au grand fauconnier d’Espagne qui les offrait au roi. Comme ces faucons étaient naturellement de grand prix, et qu’ils étaient dressés avec soin , on prenait une singulière précaution pour empêcher que, durant le trajet, on ne leur en substituât d’autres. Legrand fauconnier des Pays-Bas coupait à chacun des oiseaux une plume de l’aile; ces plumes étaient envoyées par lui au grand fauconnier d’Espagne, afin qu’il put les confronter avec les faucons, à leur arrivée à la cour de Madrid. Là, les fauconniers recevaient un certificat constatant qu’ils s’étaient bien acquittés de leur mission. Jamais il n’y avait de plaintes au sujet des faucons présentés au roi d’Espagne; l’éducation de ceux-ci faisait le plus grand honneur aux fauconniers brabançons, surtout à la famille Bobbrechls,

dont nous parlerons plus loin. Mais aussi la cour de Bruxelles n’épargnait rien pour se procurer de bons oiseaux. Chaque année, pour ainsi dire, elle en faisait chercher par ses fauconniers dans les pays du Nord, dansleMilanais, dans le royaume de Naples, en Sicile, en Grèce, et jusque dans l’ile de Candie. Il n’est donc pas étonnant que la fauconnerie belge ail joui d’une si grande célébrité dans les pays voisins. On prétend môme que du temps de Louis XIII, les seigneurs français envoyaient leurs fauconniers aux Pays-Bas pour y apprendre leur art ; c’était dans la Campine surtout qu’on trouvait d'habiles fauconniers. Il n’yavait guère de paysan qui n’y eût son épervier dressé.

Nous sommes à même de fournir encore quelques détails assez complets sur l’état de lu fauconnerie des archiducs Albert et Isabelle. En 1610, ces princes chargèrent leur maître fauconnier, Guillaume Robbrechls (qu’il ne faut pas confondre avec le grand fauconnier), de l’entretenir sur le pied suivant : «8pièeesde faulconsdictsçer/au/Æ^Jsur le herron, item 4 chevaux et 2 serviteurs et aultres garçons à pied, selon qu’il sera besoin. » Viennent ensuite des lévriers de secours ('7*), 6 épagneuls avec un valet des hérons pour train, 3 aigles, 1 duc, 2 vols pour corneilles, et 3 tiercelets d’autours ('74). Le maître fauconnier recevait pour cet entretien une somme de 1 ,800 florins par an. Le cardinal-infant, qui, ainsi que

nous l’avons vu plus haut, ne ménageait pas la dépense pour sa maison de chasse, augmenta notablement la fauconnerie de la cour; car, outre ce qui précède, il y mit 24 faucons, 6 valets, 6 chevaux et 7 couples de chiens épagneuls, ce qui coûtait annuellement la somme de 7,181 florins. Mais le gouverneur général, marquis de Castel-Rodrigo, à l’exemple de son prédécesseur, don Francisco de Melo, que nous avons déjà vu diminuer les dépenses de la vénerie, restreignit celles de la fauconnerie à 3,000 florins par an, employés à l’entretien de deux maîtres fauconniers, Guillaume et Philippe Robbrechts, 4 fauconniers, 17 faucons, 1 duc, 3 chevaux, 2 lévriers de secours et 6 épagneuls. Un pareil équipage ne pouvait guère convenir à un prince tel que l’archiduc Léopold d’Autriche, qui devint gouverneur des Pays- Bas en 1647. Aussi chargea-t-il le grand fauconnier, comte de Baucignies, baron de Boxtel, de la mettre sur un pied plus respectable. Elle eut alors 3 maîtres fauconniers, 8 valets, 32 oiseaux, 8 chevaux, 20 épagneuls et 2 lévriers. Tout cela se trouve amplement détaillé dans certaines lettres patentes du roi Philippe IV, du 7 janvier 1648. On y voit que c’étaient les frères Robbrechts, fauconniers des plus habiles et sans rivaux aux Pays-Bas, qui, moyennant la somme annuelle de 7,837 florins, étaient chargés de tenir la fauconnerie sur le pied que nous venons de

faire connaître; qu'ils possédaient un bon nombre de faucons ù Arendonek, et qu’un membre de la chambre des comptes était chargé de faire une inspection mensuelle de la fauconnerie royale. Il résulte d’une de ces visites, que celle-ci possédait alors un bien plus grand nombre d’oiseaux, et que Sou Altesse Royale «avoil emmené une partie du train de la fauconnerie à l’armée. » Disons aussi qu’en 1637 le cardinal-infant avait fait établir une superbe héronuière dans le parc de Tervueren, et qu’en 16481’archiducLéopold en établit également une au château de fioilsforl, à la grande satisfaction des maîtres fauconniers Robbrechts. Il y avait une autre héronnière dans le parc du château de Turnhoul, antique patrimoinedesducs de Brabant, où elle existait depuis des siècles. La famille Robbrechts eut longtemps encore la direction de la fauconnerie royale. On la trouve chargée de ce soin sous le gouvernement de don Louis Bénavidès de Carillo (1659- 1665). Elle touchait alors5,000 livres par an. En 1683, le gouverneur général, marquis de Grana, fit faire un contrat avec Ernest Robbrechts, pour le même objet, et lui accorda annuellement 4,000 livres, plus une demeure au château de Tervueren. Jusque-là, les fauconniers de ce nom avaient toujours habité près de la porte de Louvain. C’était hors de celte porte, dans la plaine nommée Thoerneyvell , qu’ils dressaient les faucons de la cour.

Les membres de lu famille Robbrechl s qi.ioiqii’ayanl le lilre de maîtres fauconniers du roi, étaient sous les ordres du grand fauconnier des Pays-Bas. Aucun ouvrage, que nous sachions, n’a parlé de ce dernier, pas même les Trophées de Brabant, qui contiennent la liste des grands veneurs ('7 5 ).

Il nous a été également impossible de trouver tous les successeurs, dans cette haute dignité, de messire Adolphe Vander Aa, sans doute un des premiers seigneurs belges qui l’oblint.On en voit revêtu, sous les archiducs Albert et Isabelle, un personnage du plus haut rang, Charles, duc d’Aumale, grand veneur de France, que les événements politiques de ce pays, auxquels il prit une part active, avaient forcé de se réfugier à Bruxelles, où il mourut en 1651 ('T 6 ). S’étant démis de la charge qui nous occupe, le duc d’Aumale fui remplacé par Philippe, duc d’Arschol et de Croy, prince d’Arenberg et du saint -empire, chevalier de la Toison d’or, gentilhomme de la chambre du roi, gouverneur et souverain bailli du comté de Namur Celui-ci eut pour successeur, en 1640, Ambroise de Hornes, comte de Baucignies, baron de Boxtel, général d’artillerie du roi d’Espagne, gouverneuret capitaine général d’Artois, que nous avons déjà nommé.

A la mort du comte de Baucignies, survenue en 1655, il y avait deux concurrents pour la charge de grand

fauconnier. Le premier était le comte de Bocarmé, de la maison de Mérode; le second, don Philippe de Croy, des comtes de Rœulx. Celui-ci était recommandé à don Juan d’Autriche, gouverneur des Pays-Bas, par Maximilien-Henri, prince-électeur de Cologne, dont j’ai trouvé une lettre autographe, écrite, à cet effet, à don Juan. J’ignore néanmoins lequel de ces deux seigneurs l’emporta sur son concurrent. Vient ensuite Octave-Ignace de Ligne, prince de Barbançon, chevalier de la Toison d'or, gouverneur et capitaine général du comté de Namur, tué à la bataille de Neerwinde, en 1693.

C’étaient, comme on le voit, les premiers seigneurs du pays qui remplissaient la charge de grand fauconnier des Pays-Bas. Ces seigneurs accompagnaient ordinairement la cour, lorsqu’elle prenait le plaisir de la (-liasse aux faucons, dont ils avaient alors la direction. La rivalité qui divisait dans tous les pays les veneurs et les fauconniers, existait à un haut degré aux Pays-Bas. En 1657, pour une perdrix prise près de Tervueren par un fauconnier de la cour, le grand veneur, prince de Hubempré, suscita un procès qui dura très-longtemps, et où le grand fauconnier dut intervenir pour défendre les prérogatives de la fauconnerie.

Celle-ci avait aussi un lieutenant lauconnier.Telfut, sous le gouvernement du cardinal-infant, Ernest Wau-

luuski, châtelain de Tcrvueren, que remplacèrent successivemenl GillesdeHorive, le comte Félix Bal leslere de Caslellengo de Montalinghe C- 8 ), Guillaume de Balli» (*79), qui fui aussi lieutenant grand veneur, et Louis Devaux ( ,9n ). Ce dernier était attaché à la personne du prince Charles de Lorraine, comme lieutenant grand fauconnier et commandant de la vénerie et des chasses royales. Il eut pour successeur, Louis- Guillaume Joseph de Dociinghem, chambellan de l’empereur François H, qui le nomma par lettres patentes du 16 mai 1792, avec, le litre de commandant des chasses royales, sous les ordres du grand veneur (' 8| ). De son côté, le grand veneur, prince Maximilien-Léopold de Rubempré, était en même temps grand fauconnier des Pays-Bas ( l8> ). Il ne paraît plus avoir eu de successeur après sa mort. Du reste, la fauconnerie de la cour de Bruxelles, qui avait joui de tant de célébrité aux seizième et dix-septième siècles, fut supprimée un peu avant la mort du prince Charles de Lorraine, qui entretenait ordinairement un maître fauconnier, cinq fauconniers et deux porteurs de cages. A celle époque, l’art de la fauconnerie avait décliné dans tous les pays, par suite de l’usage des armes à feu, et l’on était loin des temps où ce genre de «liasse faisait les délices des seigneurs, surtout au moyen âge. C’est au point que nous lisons dans les historiens des croisades, qu’une foule des pre-

niiers croisés parlaient pour la terre sainle le faucon sur le poing el accompagnés de leurs lévriers.

Nous ajouterons, pour terminer cel article, (pie la cour de Bruxelles avait des lieux les plus agréables pour se livrer à cel exercice. Tels étaient, pour les oiseaux de rivière, les belles prairies dites de Monl-Piaisir, enclavées dans la chasse royale, et une foule de localités situées aux environs de la forêt de Soigne, dans la Campine el dans le Brabant septentrional, lorsqu’il faisait encore partie des Pays-Bas espagnols. Au siècle dernier, un des amusements favoris de la cour de l’archiduchesse Marie-Élisabeth était d’aller attendre les hérons, qui, vers le soir, quittaient les prairies environnant la capitale pour regagner la forêt de Soigne, où ils passaient la nuit. Ou les guettait au passage, le faucon sur le poing, du haut d’un élégant pavillon de chasse expressément construit pour cel usage, sur les hauteurs, hors de la porte de Louvain.

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