‹ Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvésChapitre 12 sur 49 · DE F ORGANISATION DES SOCIÉTÉS DE SOBRIÉTÉ EN FRANCE · texte numérisé non relu

DE F ORGANISATION DES SOCIÉTÉS DE SOBRIÉTÉ EN FRANCE

On vient de voir, que depuis les temps les plus reculés, on n’a cessé de chercher à soustraire les populations aux conséquences de l’ivrognerie, d’abord par la prohibition absolue des liqueurs enivrantes; puis par divers systèmes de pénalité dirigés contre les excès dont ces liqueurs sont l’occasion ; enfin par la persuasion, que le bon exemple et le tableau frappant des maux que l’intempérance produit, peuvent parvenir à inspirer : l’expérience a prouvé l’impuissance des deux premiers moyens en France : dans divers pays, le troisième paraît avoir été couronné du plus heureux succès: dans cet état de choses et lorsque la gravité du mal réclame incontestablement un remède prompt et efficace, le doute n’est donc plus possible, c’est l’emploi du troisième moyen qu’il faut tenter ; c’est vers la formation des Sociétés de Tempérance, que les amis de l’humanité doivent désormais diriger tous les efforts.

Peut-être nous objectera-t-on que si la persuasion dont

nous invoquons le système, doit avoir pour objet de démontrer aux ivrognes qu’ils ont tort de se livrer à leur passion, ce but pourra être facilement atteint ; mais qu’il n’en sera plus ainsi, dès qu’il s’agira d’obtenir qu’ils renoncent à leurs habitudes vicieuses et mettent par là leur conduite en harmonie avec leur conviction. Vous avez reconnu vous-même, pourra-t-on nous dire que, l’individu qui a contracté l’habitude de surexciter ses organes par des excès d’intempérance, éprouve un véritable besoin de boire encore et même toujours davantage, non pas seulement pour rappeler une jouissance passée, mais aussi pour écarter une souffrance présente : que d’ivrognes en effet n’a-t-on pas entendu parler avec désespoir, de la passion qui les tyrannise et n’en pas moins succomber, à peu près chaque jour, à de funestes tentations?

A cela, une réponse toute simple : l’objet des Sociétés de Tempérance est moins peut-être, de remédier au mal existant , de s’opposer au cours des passions qui se seront formées un lit déjà profond ; que d’empêcher le mal de naître. Quelle que puisse être l’influence de ces associations; cette influence doit être impuissante pour extirper tout à coup h ivrognerie. Mais, grâce à elles, le nombre de ceux qui ont le malheur d’en être atteints, diminuera par degré, jusqu’à ce qu’ enfin les ivrognes descendants successivement dans la tombe, ce vice devienne peu à peu étranger à l’humanité. Or, le plus ou le moins d’efficacité des Sociétés de Sobriété 11e pouvant , sous ce rapport,

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être mis en doute, il en résulte que F objection à laquelle nous répondons, fût-elle fondée, il y aurait encore des motifs puissants , pour propager l’établissement de ces sortes d’associations.

Leur utilité étant incontestable ; devront-elles tendre seulement à introduire la modération dans l’usage des liqueurs enivrantes ; ou bien, leur objet sera-t-il de faire adopter le principe & abstinence absolue , dans la vue d’anéantir ainsi à sa source, la cause du mal existant?

On peut dire, en faveur de l’ abstinence absolue , que l’ivrognerie est un vice qui ne comporte point de moyen terme; que c’est le simple usage, l’usage d’abord modéré, qui finit toujours par conduire plus ou moins rapidement à l’abus ; et que les apôtres de la tempérance seront évidemment mal reçus à engager les individus des classes laborieuses à renoncer au plaisir peu coûteux que procurent les liqueurs alcooliques, si eux-mêmes ne sont en position de déclarer avec vérité , qu’ils s’en abstiennent comme d’une boisson funeste. On peut ajouter , que lorsque au XVe siècle , le landgrave Maurice institua l’Ordre de la Tempérance, il jugea nécessaire de prohiber complètement l’usage de l’eau-de-vie ; et que si, en 4813, une Société de tempérance se forma à Boston , seulement dans la vue de faire cesser Y abus des liqueurs spiritueuses et les vices qui en sont la suite , elle ne fit que languir , ne produisit que peu de bien , jusqu’au moment où la Société de Tempérance américaine ayant proclamé en 182G, le principe de Y abstinence

complète , les membres de la première, adoptèrent cette doctrine et contribuèrent dès lors puissamment aux progrès de la sobriété dans le Massachussets.

Tout concluants que puissent paraître ces motifs; nous pensons cependant, que ce n’est pas en vue de V abstinence absolue , que les Sociétés de tempérance doivent procéder à leur organisation en ce pays. On peut même dire que l’exemple de ce qui a été établi aux États-Unis et en Angleterre , est insuffisant pour la démonstration du contraire. Aux États-Unis en effet, ce n’était pas seulement la partie laborieuse des classes manufacturières qui se livrait, dans les villes industrielles, à l’usage immodéré des liqueurs alcooliques : ce vice était alors également des plus communs dans les rangs des fermiers et des marchands ; il avait gagné le jurisconsulte et le médecin ; l’homme de lettres , le savant , le juge lui-même, n’étaient pas toujours à l’abri de son influence : les administrations publiques en ressentaient souvent aussi , les funestes conséquences ; et il faisait si fréquemment commettre des fautes graves à ceux qui rèmplissaient des emplois importants qui entraînaient une grande responsabilité , qu’on rapporte que l’un des plus grands hommes que les États-Unis aient produits, Thomas Jefferson , troisième président du gouvernement fédéral, disait à ses amis : « L’habitude des boissons « spiritueuses chez les hommes en place a fait plus de « mal au service public qu’aucune autre circonstance. « Maintenant que je suis éclairé par l’expérience, si je

« recommençais mon administration , la première ques- « tion que je ferais à l’égard de chaque candidat aux « emplois publics serait celle-ci : Est-il adonné à l'usage « des liqueurs spiritueuses ? »

Si les membres des Sociétés de tempérance se lient également en Angleterre par l’engagement écrit de renoncer personnellement à l’usage des liqueurs alcooliques ; c’est que , dans ce pays , la réforme a besoin de s’étendre, comme aux États-Unis, jusqu’aux classes riches, appelées à donner l’exemple de la sobriété , pour

que le succès soit possible. Il est tellement vrai que chez

nos voisins d’outre-mer l’habitude de s’enivrer est dans les mœurs de toutes les classes, sans exception; que l’on a trouvé sur les trois cents personnes , conduites dans un complet état d’ivresse aux divers bureaux de police de Londres, dans l’espace de cinq nuits seulement, une somme d’argent montant à 627 livres sterl. (15,675 fr.)

Mais en France , nous le répétons , les mœurs des classes appelées à prendre les premières places dans les associations de tempérance , ne sont qu’exceptionnellement entachées de ce genre de dépravation ; et mettre pour première condition de leur indispensable concours à l’œuvre philanthropique qu’il importe tant de propager, l’abstinence inutile pour elles, des liqueurs alcooliques, serait évidemment compromettre l’avenir de cette œuvre ; serait éloigner les sociétaires sans utilité réelle , puisque ce serait prohiber le simple et ordinaire usage

d'une chose dont Y abus est seul vraiment nuisible. D’ailleurs, il ne faut pas se le dissimuler, le système d'abstinence complète a un grave inconvénient : celui de ne pouvoir, pour ainsi dire, s’arrêter dans ses conséquences prohibitives.

En effet , lors de la réunion de la Société de tempérance américaine qui eut lieu le 1er mai 1835: il fut déclaré et consigné au procès-verbal , que l’expérience des années antérieures avait convaincu qu’il était impossible de ramener les ivrognes autrement qu’en les déterminant à s’abstenir, non-seulement de toute espèce de liqueurs spiritueuses , mais aussi de l’usage du vin, du cidre et même de l’ale.

Voici en quels termes cette décision fut motivée :

« Attendu que l’expérience d’une infinité de personnes , non-seulement de ce pays , mais des autres nations , de tout âge , de toute condition , de toute profession, a démontré que l’abstinence de toutes boissons enivrantes est non-seulement sans inconvénient, mais même salutaire ;

« Attendu que cette abstinence est le seul système dont on puisse jamais raisonnablement espérer la réforme durable et permanente des intempérants •

« Attendu que l’exemple et l’ influence morale de ceux qui pratiquent la tempérance, sont les moyens les plus efficaces d’amener les intempérants à adopter une manière de vivre si essentielle à leur bien-être présent... »

Suit la décision prohibitive de toutes les liqueurs enivrantes.

Que ce langage ait été tenu dans une contrée où le climat s’oppose à ce que l’on cultive la vigne et les fruits d’où l’on extrait le cidre; cela peut se concevoir jusqu’à un certain point : mais qu’en France on essaie de former une vaste association dont le but final serait la destruction de nos riches et précieux vignobles; qui tendrait à faire tomber sous la hache, cette multitude d’arbres si lents à venir, qui fournissent à nos provinces, qui ne récoltent pas de vin, une liqueur qui le remplace sous plusieurs rapports; constituerait une sorte d’aberration, cpii, au lieu d’appui , de concours au milieu des classes influentes, des masses éclairées , n’obtiendrait qu’une juste réprobation, qu’une répulsion complète.

C’est ce qu’ont très-judicieusement compris les rédacteurs du règlement de la Société de Sobriété d’Amiens, qui, en effet, se sont bien gardés de proclamer, de meme que les sociétés américaines et anglaises , le principe de Y abstinence absolue et d’exiger des souscripteurs un engagement écrit, semblable à celui contracté par les membres des associations qui, sous tant d’autres rapports , sont dignes de leur servir de modèles.

Ce à quoi les Sociétés de tempérance doivent se borner parmi nous, est donc à éclairer sans relâche la classe laborieuse sur les dangers qui sont la conséquence de l’usage fréquent des liqueurs alcooliques : de lui mettre

incessamment sous les yeux, les funestes résultats de l’abus que l’on en fait : de créer en faveur des individus de cette classe si nombreuse, des institutions protectrices de la sobriété : d’honorer cette vertu par des récompenses et autres encouragements propres à conduire au but qu’il est si pressant d’atteindre; et si la combinaison de ces divers moyens d’action ne finit pas par obtenir la disparution complète de l’ivrognerie, il nous paparaît du moins incontestable , qu’un pareil système , développé avec intelligence et persévérance, devrait apporter au mal existant , un puissant correctif.

La base sur laquelle il semble possible de fonder en France des Sociétés de sobriété étant ainsi déterminée ; voyons maintenant quel doit être le mode de leur organisation.

Nous observerons d’abord, que le mal étant à peu près général , quoique plus grave dans nos départements manufacturiers du Nord et de l’Est; il importe de donner au remède une extension tout aussi large ; et que, de même qu’aux États-Unis, en Angleterre , il a été établi des sociétés d’États, de comtés , de villes et de communes; de même, il convient d’en fonder dans toutes nos divisions et subdivisions territoriales, mais de degrés différents, suivant l’importance des localités.

Ainsi, l’on pourrait établir dans nos communes rurales, des sociétés du premier degré , auxquelles on donnerait le nom de Familiales; et qui se composeraient uniquement, des chefs et des membres d’une même famille, qui

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prendraient entre eux, l’engagement écrit ou verbal, de ne jamais faire ou laisser faire chez eux, un usage abusif des liqueurs enivrantes et surtout des liqueurs alcooliques : de ne point offrir de ces dernières, aux personnes qui viendraient les visiter : de se soustraire à l’usage d’en faire distribuer, lorsqu’il serait procédé à leur requête, à une adjudication au plus offrant et dernier enchérisseur , et d’en fournir aux ouvriers qui ont l’habitude d’en exiger avant de commencer les travaux de chaque journée, sauf à remplacer cette espèce de rétribution par un léger surcroît de salaire. Tout porte à croire, que des associations de cette espèce, formées par les familles les plus influentes de chaque petite localité, finiraient , en gagnant de proche en proche , par procurer les plus heureux résultats.

Les Sociétés de tempérance du deuxième degré, pourraient se former sur le modèle de celle qui fut établie à Andover , ville du Massachussets 3 où plus de 50 pères de famille prirent respectivement l’engagement écrit, de faire tous leurs efforts pour faire cesser l’usage des liqueurs alcooliques , soit dans leur famille , soit par leurs amis , soit par les individus sur lesquels ils auraient de droit et de fait, quelque influence.

Ainsi , rien ne serait plus simple que de former une Société de tempérance de ce genre : partout où il se rencontrerait deux personnes consentant à s’abstenir de

liqueurs spiritueuses ou même à n’en faire jamais que l’usage le plus modéré , il leur suffirait d’insérer dans un

registre, rengagement d’user de toute leur influence pour faire cesser les causes et les habitudes d’intempérance ; de signer au bas et de rece voir la signature de leurs voisins. C’est presque toujours de cette manière que se forment celles d’Angleterre. Ainsi constituées, ces associations se procureraient et distribueraient des traités de tempérance , et lorsqu’une réunion publique deviendrait nécessaire pour répandre davantage les documents obtenus et donner plus d’influence à la Société , la convocation aurait lieu, par le membre désigné à cet effet, à la majorité des suffrages, et qui serait en même temps chargé de présider les réunions.

Enfin, la troisième espèce d’associations de tempérance , s’effectuerait à l’aide de souscriptions et d’après le mode employé pour former celle d’Amiens, mode que nous avons fait connaître précédemment. L’expérience a démontré, qu’outre le président, les vice-présidents, le secrétaire, le trésorier et même le Conseil d’administration , il était d’une haute importance de centraliser les travaux de la Société , et l’impulsion quotidienne qu’ils doivent donner, entre les mains d’une personne qui, douée d’une grande aptitude, d’une conviction profonde et d’un zèle ardent; opérerait journellement en faveur de l’œuvre ; et au besoin , sous la direction du Conseil d’administration. Cette charge, qui conviendrait au secrétaire de la Société mieux qu’à tout autre, serait notamment attributive du droit «le faire, suivant que nous l’expliquerons bientôt , les communi-

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cations convenables aux ministres de la religion, aux médecins et aux autres personnes influentes, au moyen de brochures , de la correspondance et d’entrevues personnelles : de se concerter et de coopérer avec eux , pour préserver des maux de l’intempérance, tous ceux sur lesquels ils exercent quelque empire : de publier et de faire publier des recueils périodiques , des articles sur l’usage des liqueurs enivrantes , et d’engager les instituteurs et tous ceux qui s’occupent de la direction des écoles , à faire leurs efforts pour imprimer dans l’esprit de la jeunesse, le tableau aussi affreux qu’alarmant, des maux de toutes sortes auxquels sont exposés ceux qui contractent l’habitude de boire des liqueurs fortes : de faire auprès des parents , des tuteurs des enfants , des apprentis, des domestiques, etc., les démarches les plus pressantes, les représentations les plus énergiques, pour les engager à se tenir hors des atteintes de ce perfide ennemi de la santé, de la réputation et de tous les intérêts de l’homme : de prendre toutes les mesures jugées nécessaires pour former des associations volontaires destinées à propager les principes de la réforme : d’employer tous les moyens pour parvenir à fixer l’attention des personnes de tout sexe , de tout âge , de toute condition , sur la grandeur du mal existant et sur f importance des résultats sans nombre , qu’amènerait f accomplissement des efforts ainsi tentés de toutes parts.

Des soins , des travaux aussi nombreux étant de nature à absorber tous les instants de celui qui en aurait la

charge, il serait à désirer que chaque Société formée par souscription, pût prélever sur les fonds mis à sa disposition, une somme fixe qui lui serait allouée à titre de traitement. Les Sociétés de ce genre aux États-Unis d’ Amérique et en Angleterre font même davantage. Elles ont des agents salariés qui sont ordinairement des ministres de l’Évangile et des jurisconsultes qui consacrent la puissance de talents connus, à la propagation de l’œuvre dont ils se sont constitués les apôtres. Le plan qu’ils suivent est fort simple : ils désignent quelque temps à l’avance, le lieu et le jour où ils se proposent de parler : le public en est instruit par les journaux, par les affiches ou par des annonces en chaire, dans les églises. Au moment désigné, le peuple se réunit, et l’agent de tempérance prononce son discours ou fait une instruction ; puis, s’il n’y a pas de Société de tempérance dans le voisinage, dans le village ou dans la ville où se tient la réunion, il propose un règlement et invite tous ceux qui ont résolu de faire partie d’une semblable association à se conformer aux principes qui en font la basse , à venir signer, afin de pouvoir ensuite organiser une Société.

Nous ne proposons point de semblables missionnaires : nos mœurs nouvelles, nos préjugés peut-être, s’opposeraient à leurs succès : mais lorsqu’ ailleurs on se procure avec un extrême facilité, suivant que l’atteste M. Baird, tous les fonds nécessaires au traitement des nombreux agents salariés, nous avons lieu d’espérer que chez nous aussi, on appréciera F avantage d’avoir dans chaque so-

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Société de sobriété , un homme capable, exclusivement chargé du soin de propager la réforme morale ou plutôt sociale dont nous nous occupons.

Non-seulement il faudrait, suivant nous, multiplier ces • sortes d'associations, par souscription dans la plupart de nos départements; mais il faudrait encore les réunir toutes par une espèce de lien fédéral qui formerait de leur ensemble en France, un tout compact, animé d’un même esprit et soumis à une seule et même direction. Aux Etats-Unis d'Amérique, c’est à celle formée dès 1826 à Boston, qu’a été conservée l’espèce de suprématie qui consiste dans la faculté reconnue de correspondre avec toutes les autres Sociétés de même espèce, de demander et transmettre tous les renseignements jugés nécessaires, de convoquer chaque année, le congrès général des délégués des diverses associations de la République, enfin de publier annuellement le rapport général qui doit faire connaître la situation de l’œuvre, ses besoins, ses succès et l’aspect de son avenir.

S’il est dans les heureuses destinées de la France de voir multiplier dans son sein , des institutions de ce genre, elle le devra, sans contredit, principalement à l’initiative prise par la Société de Sobriété fondée en 1835 à Amiens; à l’exemple qu’elle aura donné, aux instructions qu’elle aura publiées, aux relations qu’elle sera parvenu àse créer; et comme alors chacune des Sociétés nouvelles, aura besoin de se maintenir en communication avec un point central d’action, tout porte à croire que ce sera à celle

qui leur aura servi de modèle, à celle d’Amiens, que sera naturellement déférée la tâche pénible de faire marcher d’un pas uniforme et ferme, l’œuvre de régénération que tout bon citoyen ne saurait trop hâter de ses vœux.

Ainsi, d’après le système d’organisation que nous proposons, il y aurait une Société de Sobriété que l’on pourrait qualifier en quelque sorte de directrice ; et qui provoquerait dans la plupart de nos départements, la formation d’autres Sociétés qui se procureraient, à l’aide de souscriptions, tout ou partie des fonds qui leur seraient nécessaires.

Ces Sociétés départementales provoqueraient à leur tour la formation dans les localités secondaires, de simples associations de pères de famille, qui, comme nous l’avons déjà dit, s’uniraient par l’engagement écrit de ne jamais s’enivrer, d’honorer la tempérance et d’user de toute leur influence pour la propager et combattre le vice qui lui est contraire.

Enfin, il y aurait aussi les associations familiales dont nous avons également parlé plus haut; et leur ensemble formerait un vaste réseau qui couvrirait bientôt la France tout entière. Il est vrai que le plus grand obstacle que rencontrera l’établissement de cet ordre de choses, pourra provenir de la répugnance qu’un grand nombre de personnes, du reste très-sobres, éprouveront à prendre les engagements dont nous venons de parler. Nous pratiquons personnellement la sobriété , disent la plupart de celles naturellement appelées à faire partie des associations ; nous

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veillons sur nous-mêmes , nous ne croyons pas devoir nous occuper des actions des autres.

Si une maladie meurtrière et contagieuse s’était déclarée dans le pays, oserait-on tenir un pareil langage? Dirait-on. aussi chacun pour soi : non, on n’aurait pas le triste courage de porter le cynisme de F égoïsme jusque-là. Or, il s’agit ici d’un mal non moins meurtrier, non moins contagieux qu’ aucune de ces maladies pestilentielles qui apparaissent de loin en loin comme des fléaux dévastateurs. Pour le combattre, pour livrer au vice le plus antisocial, une véritable guerre à outrance, n’est-ce donc pas, ou jamais , le cas d’invoquer la maxime universellement reconnue que l'union fait la force?

Ajoutons que le fait seul de l’établissement d’une Société de Tempérance dans les localités, ne pourra manquer d’encourager à se corriger, ceux qui ne se livrent qu’avec regret et remord, à leur passion pour les liqueurs enivrantes : qu’ils sauront y puiser la force de braver le ridicule auquel leur sage résolution pourrait autrement les exposer.

Quant à l’engagement écrit, de pratiquer personnellement la sobriété et de ne rien négliger pour que cette vertu soit aussi pratiquée par les autres, engagement que nous croyons utile en certain cas ; c’est évidemment en effet , un moyen d’appeler l’honneur, et la crainte de la honte, à l’appui d’une bonne résolution ; et se refuser à le prendre , serait presque se réserver le champ libre pour plus tard.

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