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AVANT-PROPOS
ce qui n’appartient pas à la noblesse ou au sacerdoce, est encore plus ou moins soumis au joug de la glèbe.
L’hospice des enfants trouvés de Saint-Pétersbourg est donc le plus vaste et le plus riche que l’on connaisse. Le gouvernement, désirant y introduire toutes les améliorations reconnues possibles ailleurs, avait chargé M. de Gouroff, Français d’origine, et recteur de l’Académie de Saint-Pétersbourg , de parcourir les divers États de l’Europe et d y prendre note de tout ce qui paraîtrait devoir introduire dans le régime Moscovite, d’heureuses innovations.
Parti pour sa mission avec tous les moyens de vaincre les obstacles que l’on pouvait opposer à ses investigations, M. de Gouroff avait mis plusieurs années à parcourir l’Europe et ày réunir, sur le fait des enfants trouvés, les connaissances les plus complètes. Sur le point de retourner en Russie, il avait publié à Paris, un opuscule devenu excessivement rare , parce qu’il n’a pas été mis dans le commerce, dans lequel il professait, pour le système protestant, une prédilection marquée et il était
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parti, eu annonçant une vaste publication, dans laquelle les divers systèmes seraient appréciés et son opinion de prédilection, largement développée.
Depuis lors, sa promesse lui a été fréquemment rappelée ; il a même souvent ouvert les trésors de la collection de ses documents à des philanthropes français , qui ont eu recours à son extrême obligeance 1 ; mais il s’est obstiné et s’obstine encore à ne point publier, en faveur du système protestant , comme il l’appelle, l’important manifeste dont il s’était complu à faire l’annonce anticipée \ Il a gardé le silence; il est reconnu maintenant qu’il le gardera toujours 3. Une circonstance fera connaître combien , en effet, ses impressions premières avaient été erronées.
Suivant lui, et d’après les renseignements qu’il avait obtenus du gouvernement anglais, il n’y avait eu à Londres, dont la population excède 1 ,250,000 âmes, que 1 50 exposés, de 1 81 9 à 1 823, et le nombre des enfants illégitimes, reçus dans la maison de travail (Work-House) , ne s’était
! Voir aux noies, lettre B. 2 Voir aux notes, lettre C. Voir aux notes, lettre D,
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élevé, dans le même espace de temps, qu’à 4,748 ; ce qui faisait neuf cent vingt-huit par année. Encore, un cinquième environ de ces enfants, était-il entretenu aux dépens de leurs pères.
Mais on sait à quoi s’en tenir maintenant sur cette supériorité prétendue. Des informations plus exactes , prises par des nationaux , et non plus par des étrangers écrivant d’après des notes de voyage, ont constaté, comme on le verra plus loin, que l’entretien des enfants illégitimes en Angleterre , absorbe annuellement un dixième de la dépense totale du paupérisme. Or, les sommes dépensées pour cet objet, en 1831 , de l’autre côté du détroit , en n’y comprenant pas les frais de procès, de transport, d’inspection, étaient de 213,407,270 francs, dont le dixième est de 21 ,340,727 francs1. D’où la conclusion est que l’Angleterre dépense plus du double que la France pour l’entretien des enfants que le libertinage et l’indigence de certaines classes, mettent à la charge de l’État.
1 Th. Chalmers ; l’Économie politique et chrétienne dans les grandes villes. T. 1, p. 114.
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J’avais réuni, sur cette importante matière, un nombre considérable de documents , lorsque l’Académie d’Arras, suivant l’exemple des autres sociétés savantes du royaume , proposa à son tour en 1844, la question de savoir quelles pourraient être les institutions de bienfaisance les plus favorables pour recueillir et élever les enfants trouvés. La question était parfaitement posée, et la généralité de ces termes se prêtait aux plus larges développements. Je me plus à la traiter avec détail, et mes efforts ayant été couronnés, mes juges, devenus mes collègues, ordonnèrent l’impression de mon mémoire aux frais de la Compagnie 1
Depuis, deux années s’étaient écoulées, sans que la loi, depuis longtemps annoncée et même combattue à l’avance par M. de Lamartine, eût été proposée, lorsque M. le ministre de l’intérieur, au lieu de demander aux Chambres le changement de notre législation sur les enfants trouvés , a cru devoir se borner à nommer, pour s’occuper de ce qui concerne cette classe d’infor-
1 Voir aux notes, lettre E.
v,‘ AVANT-PROPOS.
fuués si intéressante, une commission nombreuse, composée de l’élite de nos publicistes, de nos philanthropes et de nos Économistes h’un d’eux ! à qui j’avais adressé, en 1845, un exemplaire de mon ouvrage , m’avait écrit, à cette occasion, sous la date du 8 décembre :
«... J ai lu, avec le plus vif intérêt, l’excellent « travad que vous avez publié sur les enfants « trouvés, et je vous remercie sincèrement de me « 1 avoir fait connaître. Votre livre renferme des « documents précieux , des observations d’une « haute portée, d utiles enseignements pour tous ,
« Si je diffère avec vous sur quelques points de « 1 importante question que vous avez traitée, je « ne puis que rendre hommage à la pensée qui a « dicté les solutions que vous proposez et aux « judicieuses considérations qui vous y con- « duisent »
Dans cet état de choses, et la première édition de mon ouvrage étant épuisée, j’ai cru le moment venu d en publier une seconde, que la révolution de Février a trouvé sous presse. On peut dire
1 Voir aux noies, lettre F. * Voir aux noies, lettre G
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qu’un siècle nous sépare pour les questions philanthropiques, de l’époque où le pouvoir exprimait hautement l’intention de supprimer les tours; mais telle a été la fermeté de mes principes sur cette matière, que je ne crains point de publier cette nouvelle édition dans les mêmes termes que la première .
Cette publication est d’autant plus opportune en ce moment , que le ministre de l’intérieur vient de consulter les conseils généraux, par l’entremise des préfets, sur la question toujours pendante des tours; sur les secours qu’il peut convenir d’accorder aux filles-mères , aussi bien qu’aux mères légitimes : sur la dépense relative aux enfants trouvés , leur tutelle , les colonies agricoles et l’inspection de ces jeunes infortunés : toutes questions que l’on trouver a traitées , quelquesunes avec beaucoup de détails, dans cet ouvrage. Louons le gouvernement de tant d’efforts , pour réglementer sagement, une matière en effet, de la plus haute importance.
Je terminerai ces observations préliminaires, par celle que voici.
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Les premières pages de cet ouvrage , en traitant de J exposition des nouveau-nés chez les peuples sauvages, semblent s’écarter du but que je me suis proposé. Cependant il n’en est rien. Ce qu’il importe en effet, et avant tout, de bien connaître en cette matière, c’est le cœur humain:
c est l homme livré à ses impressions naturelles. J’ai donc dû le montrer ce qu’il est pour ses enfants, à l’état le plus voisin de la nature.
TABLE DES CHAPITRES
Des recherches historiques et statistiques sur ies Enfants trouvés.
Pages.
AVANT-PROPOS V
Chapitre Ier. — Du sort des nouveau-nés chez les peuples étrangers aux principes de la charité chrétienne 1
Chapitre II. — Des enfants trouvés, sous l’empire des doctrines proclamées par le christianisme, jusqu’à l’époque moderne, où le pouvoir civil leur a ouvert
des asiles, notamment en France 22