CHAPITRE PC
üÜ SORT DES NOUVEAU-NÉS CHEZ LES PEUPLES ÉTRANGERS A l X PRINCIPES DE LA CHARITÉ CHRÉTIENNE.
Ce serait une erreur de croire que l’abandon des nouveau-nés , l’une des plaies les plus graves de la civilisation moderne , est dû exclusivement à la corruption et à l’égoïsme que cette civilisation a engendrés. Chose étrange! il se trouve que plus bon se rapproche de l’homme à l’état de nature, et plus il paraît s’éloigner du sentiment inné que tout être, qui doit transmettre la vie, semble éprouver pour celui qui lui doit l’existence.
En Amérique, par exemple, chez les Sauvages du Nord, les parents détruisent les enfants mal conformés qui pourraient leur être à charge *.
1 Tolney, tableau du climat et du pot des Etats-Unis d’Amér.
Les Indiens des frontières orientales du Pérou mettent à mort, comme les Sauvages du Nord, tous les nouveau-nés qui paraissent d’une complexion faible L
Quant aux Enacagas, ils ont pour habitude, nonseulement de tuer leurs enfants difformes, mais aussi les jumeaux : en un mot on n’y élève jamais qu’un enfant par famille 1 2.
Chez les Guanas , il est également loisible aux parents de tuer les nouveau-nés , seulement ils tuent les tilles de préférence aux garçons, parce qu’ils font commerce de ceux-ci 3. Le même usage existe chez les Abipones dans la même contrée.
Au pays de Jcagas ou Gacas, au delà du Congo, on est dans l’usage de tuer tous les enfants qui naissent pendant la guerre, parce qu'on ne les considère alors que comme un fardeau K
Chez les (Haïtiens, dont les mœurs doivent avoir maintenant un si grand intérêt pour nous, il y avait , il y a quelques années, une société mystérieuse nommée Arreorys, qui avait pour principe d’union, la communauté des femmes et le meurtre des nouveau-nés : c’était pour que ceux-ci n’apportassent pas d’obstacles, d’interruption au débordement des initiés \ Tous les mem-
1 Maltebrun, Ann. des voyages , 1808.
r' Robert South eis of Brasil , tome 3, page 40 S .
u Robert Southeis of Brasil , tome 3, page 461.
+ Murays hist. account of discovani trevels in Africa, v. 1 , p. 95.
’S oyage de Cook, rapp. de la mission à Ûtaïti , le 13 mai 1819.
bres de la famille royale étaient de cette horrible association, qui n’existe plus, dit-on.
Enfin, pour mettre un terme à Y indication des peuplades observées à l’état sauvage, nous dirons que les Guaycaras qui furent pendant un temps , au Brésil , les ennemis les plus formidables des Européens, ont vu leur nation s’anéantir par suite de la coutume de faire avorter leurs femmes , à tel point , qu’un seul individu de cette nation survivait en 1801, lorsqu’ Azara quitta le Paraguay.
Au reste , ces usages barbares ne sont point particuliers aux peuplades sauvages de notre époque , ils existaient aussi chez les nations de l’antiquité. César nous apprend , en effet 1 , que les Celtes avaient coutume d’exposer leurs nouveau-nés sur le Rhin , placés sur un bouclier, persuadés que ce fleuve entraînait dans ses eaux ceux qui n’étaient pas légitimes.
Lorsque les Frisons firent, eux aussi, irruption dans les Gaules, l’exposition des nouveau -nés était tellement pratiquée parmi eux , que lorsqu’on procéda à la rédaction du code qui leur était particulier , cette faculté y fut légalement consacrée 2.
Le mal à cet égard, était parvenu à un tel point chez les Yisigotbs,que Chindaswinde, fun de leurs rois, pendant leur domination en Espagne, et leur plus célèbre législateur, fut obligé de rendre une loi dans laquelle on lit :
1 Bel. Gai. lib. 3.
2 Lex Frison, c. o, de hominibns qui sine eompositione occidi possunt.