‹ Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvésChapitre 18 sur 49 · H EC UE RC UES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

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(< Rien n est comparable à la perversité des pères

' ([uij foulant aux pieds leurs devoirs religieux, égorgeât leurs enfants. Ce crime, a ce qu’on raconte, est devenu si commun dans mes États, que les hommes., comme les femmes, s’en rendent coupables. Afin de 1 empêcher , nous ordonnons que toute femme libre , ou toute servante qui fera périr un nouveau-né, n’importe son sexe, ou qui, étant enceinte, étouffera son « fruit, ou se fera avorter, soit condamnée à mort ; et si le r juge ne voulait pas lui ôter la vie, qu’il s’empresse de la « priver de la vue. Si le mari avait ordonné le crime, ou « même l’avait permis, il subira la même peine h » Enfin les Irlandais ne consentirent à embrasser la religion chrétienne, qu’à condition qu'ils jouiraient de la liberté qu ils avaient eue jusque-là, d’exposer leurs enfants2.

Si des peuples sauvages actuels et des nations barbares de l’antiquité, nous passons aux peuples historiques; nous trouvons que chez eux, des prescriptions théocratiques ont précédé l’établissement des lois civiles, et que leurs premiers législateurs , comme leurs premiers poètes et leurs premiers historiens , furent revêtus de fonctions sacerdotales. Aussi, ce que nous connaissons de l’origine des agglomérations sociales, se rattache-t-il presque toujours au culte qui contribua si puissamment a les former. Or, les traditions nous montrent presque

1 Lex Visigolh, lit. o.

2 Filai. Joham., hist. eel. Islam!. tonie i, page 72, cilé dans l'histoire des opérations maritimes des Normands, t. t, p. 13.

partout les nouveau-nés, comme premiers holocaustes, offerts aux divinités cruelles que l’homme, encore en proie à des impressions barbares, créait à son image.

En Italie, par exemple, on immolait dans le ver sacrum , tous les enfants qui naissaient au printemps. Plus tard, les mœurs s’adoucissant, on se contenta de les chasser du pays, lorsqu'ils étaient arrivés à l’adolescence.

Dans la même contrée, la plus déplorable superstition avait encore fait établir au jour des compilâtes, en l’honneur de la déesse Mania , mère des dieux Lares, des sacrifices d’enfants nobles et plébéiens, auxquels le sage Numa parvint à substituer tête pour tète, des pavots pour les nobles et des aulx pour les plébéiens. Alllarum et papaverum capita l. Ces horribles sacrifices ayant été rétablis sous Tarquin, ils furent définitivement abolis du temps de Junius Brutus.

On sait également si les enfants étaient épargnés dans les Gaules, lorsque les Druides y présidaient à des sacrifices humains: et quant à Carthage, l’histoire nous apprend 2 qu’on y voyait des mères immoler, égorger leurs propres enfants ; les jeter de sang-froid dans un bûcher

1 Macrob. Saturnal, lib • 1, c- 2.

On sait que la tête de fiait se cache humblement en terre, tandis que celle du pavot s’élève fièrement au plus haut de sa tige.

Ceci nous apprend aussi pourquoi Tarquin fut compris quand, tranchant de sa baguette les tètes les plus élevées des pavois de son jardin, il indiquait qu’il fallait se défaire des principaux patriciens.

2 Histoire romaine, par Hulin, tome 4, page 27.

ardent et étoufïer leurs cris , leurs gémissements de peur

dü une victime ofterte de mauvaise grâce, ne plût pas à Saturne.

A cette occasion, Diodore de Sicile rapporte, liv. 2 p. 756 , que dans le temps où Agathocle était près de mettre le siège devant Carthage, les habitants de cette ville, se voyant réduits à la dernière extrémité, imputètent leur malheur à la juste colère de Saturne contre eux. parce qu au lieu d’enfants de la première qualité, qu’on avait coutume de lui consacrer, on avait mis frauduleusement en leur place, des enfants d’esclaves et d’étrangers. Pour cette prétendue faute , ils immolèrent à Saturne, deux cents enfants des premières familles, et outie cela, plus de trois cents citoyens, se sentant coupables de ce crime, s’offrirent volontairement en sacrifice.

Puis, les constitutions civiles remplacèrent les institutions primitives dues à la théocratie; mais continuant à méconnaître que la suprématie que la force donne à ! homme sui 1 être qu il a tiré du néant, doit être employée à le protéger et non à le détruire ; le droit de vie f i de moit des pères sur leurs enfants, fut confirmé en principe par la loi.

Dans les Indes, il existait du temps d’Alexandre, un royaume où, suivant Quinte-Curce 1 des officiers publics préposés à l’inspection des nouveau-nés, envoyaient à ta moi t tous les enfants qu’ils reconnaissaient seulement {affiles en quelques parties du corps; et encore aujour— 1 Lit). 9, cap. 1, n. 26.

d’hui, il parait qu’il est commun d’y voir des parents pousser la barbarie jusqu'à étouffer ou noyer leurs enfants de sang-froid. Dubois 1 assure en effet, que des 2,000 qui naissent dans la classe des Karyas, 1,000 sont détruits au berceau, surtout les tilles, soit en leur administrant un peu d’opium avec le sein ou avec le doigt , soit quelquefois en les suffoquant dans une jatte de lait.

En Chine, où les habitudes n’ont éprouvé aucune variation depuis un si grand nombre de siècles, il est d’usage encore aujourd’hui, parmi les individus qui voient

leur famille s’accroitre au delà de leur désir de faire , à

l’esprit de la rivière la plus voisine, le sacritice de l’enfant qui vient de naître. Pour cela, ils l’y jettent avec une calebasse au col, afin qu’il ne se noie pas immédiatement et que des personnes charitables, aient la faculté de le recueillir. A Pékin, chaque jour avant l’aurore, cinq tombereaux, traînés par des bœufs, parcourent les cinq principaux quartiers de la ville. On est averti par certains signaux, du passage de ces voitures et ceux qui veulent se débarrasser de leurs enfants morts ou vivants, les leur livrent pour être portés dans un Yu-Ing-Lang, c’est-àdire dans une maison de charité, surveillée par des mandarins et desservie par des nourrices 2.

Quant aux Egyptiens, qui imposèrent aux Hébreux l’obligation de sacrifier tous leurs enfants mâles, il est tel—

1 Mœurs, institutions et cérémonies de l’Inde, l. 1, p. 226

: Lord Macartney, relation de son ambassade en Chine.

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