L’ANGLETERRE
La majeure partie des États de l’Europe, possédait déjà des hospices d’enfants trouvés, lorsqu’ en 1713, Adisson réclamait encore en vain, dans ses feuilles journalières des établissements semblables pour son pays, et l’opinion publique fut si longtemps à se former sur ce point en Angleterre, que ce ne fut qu’en 1739, qu’un négociant nommé Thomas Coram 1 2, présenta à Georges II, un mémoire dans lequel il sollicitait de ce prince, la fondation d’un hospice qui fut spécialement destiné à servir d’asile à l’enfance abandonnée ; mais aussi l’opinion fit alors explosion : nombre de dames mêmes, voulurent joindre leur signature à celle de Fauteur de la pétition et, parmi elles, on peut citer les noms, déjà si connus, de Richemond, d’Essex , d’Argyle, de Chandos, de Malborough et de Montagu 3.
1 N° 3 of the Guardian.
2 Account of the Founling hospital in London 1713-1817.
3 Charter act of parliament and By Laws of the hospital for the
Les arts aussi voulurent payer leur tribut à cette pensée philanthropique ; le peintre Hogarth s’empressa d’orner le nouvel hospice de plusieurs tableaux , et Hendel lit présent de l’orgue de la chapelle. Ce cadeau, quoique d’un grand prix, était cependant d’une nature à être stérile, pour les infortunés à qui il était fait. Aussi son zèle ne se borna-t-il pas là. 11 joignit à cette première offrande, le produit de son Oratorio du Messie, dont il dirigea lui-même l’exécution. Il répéta même plusieurs fois cette œuvre charitable, de sorte qu’elle valut à rétablissement naissant, une somme de 200,000 francs. Quel plus noble usage d’un admirable talent !
Cet hospice n’avait alors été fondé que pour 400 enfants; mais, dès 1752, le nombre s’en élevait déjà à 1,000, et, en 1756, le Parlement ordonna que l’établissement recevrait et élèverait tous les enfants abandonnés, et qu’on en formerait de semblables dans tous les comtés L Quatre ans s’ étaient à peine écoulés, que le nombre des enfants trouvés s’élevait à Londres à 6 ,000, et à cette époque, la maison, devenue trop étroite pour contenir tous les enfants qu’on y portait de toute part, se changea en un vaste cimetière. Ce fut alors que, malgré ses décisions toutes récentes, la législature anglaise, sur la proposition de Thomas Hanovray, modifia, en 1760, les règlements relatifs au Foundling hospital , de manière à
maintenance and éducation of exposer and deserted yong Childen
1 Account of the Foundling hospital, London 1821,
le convertir, malgré la dénomination qui lui e t conservée, en Maison d'orphelins , où l’on cessa de recevoir aucun enfant trouvé 1 , même ceux que l’on exposait et que P on expose encore quelquefois à la porte. Le Parlement fit plus, il interdit l’exposition sous les peines les plus sévères, et statua que les paroisses confieraient tous les enfants dont elles seraient chargées à des nourrices de village 2.
Quant à l’hospice de Londres, l’âge que doivent avoir maintenant les enfants, pour y être admis, est en général de six semaines à un an. Cependant, depuis la moitié du siècle dernier , il y a exception pour les enfants des soldats et des marins au service de la Grande-Bretagne, qui jouissent de la faveur d’être admis dans la maison, de Page de quatre à douze ans. Hors det la, les enfants illégitimes sont reçus d’abord de préférence à d’autres, surtout quand l'état de la détresse de la mère, et l’abandon bien constaté du père, font une loi de les admettre. Toutefois, on prend des informations sur la conduite de la mère ; on tâche de savoir si un moment de faiblesse et non de libertinage a décidé sa faute, et , s’il en est ainsi, en lui gardant le secret, en soignant son enfant, on espère lui donner les moyens de trouver une condition honnête, et l’on s’assure en même temps que Pon
1 Letter to sir Samuel Romiily , apon the abuse of charmés. Lond. 1818.
2 De Villeneuve. Economie polit, ehrét., t, 2, p. 523.
ne donne pas de secours, des encouragements à la pros- 1 itution .
Dans le cas où l’enfant est légitime, la demande de son admission à l’hospice n’en doit pas moins être présentée au comité, qui s’assemble tous les mercredis à 10 heures du matin. Ce n’est qu’au bout de huit jours, pendant lesquels on se procure des renseignements sur la conduite et l’état de la mère, que la réception est prononcée, si le comité juge qu’il y a lieu.
Quelques jours après leur entrée à l’hospice, tous les enfants sont confiés à des nourrices à 20 et 30 milles de Londres. On a soin que chacune n’ait qu ’wn nourrisson à la fois. S’il vient à mourir, elle ne peut en obtenir un autre qu’en prouvant que la mort du premier n’est pas due au peu de soins qu’elle en a pris. Des inspecteurs, envoyés par le comité, visitent fréquemment, et sans qu’on puisse en être averti d’avance, les nourrices et les enfants.
Tous sont vaccinés à deux mois , et reviennent à cinq ans dans la maison. Alors commencent pour eux de nouvelles habitudes. On leur donne les premiers principes cl’une instruction élémentaire. On leur apprend à faire leurs vêtements ainsi que différents ouvrages. Les plus âgés habillent les plus jeunes, travaillent au jardin, se partagent les divers services de la maison. Les tilles sont employées à la cuisine, au blanchissage, elles font les layettes des enfants en nourrice. Le temps que leur laissent ces occupations est employé par elles aux ou-
vrages de leur sexe, qui sont vendus à leur profil. Une nourriture saine, abondante, une extrême propreté, un régime doux, paternel, entretiennent parmi ces jeunes enfants la santé, la force, l’ordre et le contentement qui en sont la conséquence.
Quand fâge de quatorze à quinze ans est arrivé, l’administration s’occupe de les mettre en apprentissage. Elle n’ a, dans ce cas, que l’embarras du choix du maître ou de la maîtresse, les demandes excédant presque toujours les sujets à placer. Alors on donne à l’enfant une bible, ainsi qu’une copie des prières en usage dans l’hôpital. Une seconde copie est remise à celui ou à celle chez qui il va demeurer, et l’on y joint ce préambule :
« Comme il est de la plus grande importance d’éle- « ver les enfants dans la crainte de Dieu et dans la sou- « mission envers leurs maîtres et maîtresses ou supé- « rieurs, et que la prière est le meilleur moyen d’entre- « tenir cette obéissance aux lois divines et humaines, « vous êtes avertis que l’on attend de vous de prendre « soin que l’enfant qui vous est confié dise constamment a ses prières soir et matin. Vous devez en même temps « vous efforcer de lui inspirer le sentiment du devoir « qu’il remplit, et, pour y parvenir, vous devez vous « attacher surtout à lui faire répéter ses prières d’un ton « lent, sérieux et solennel. Vous veillerez aussi à ce qu’il « assiste tous les jours de fête à l’office divin, et qu’il s’y « conduise avec décence, piété et modestie. »
La religion, en effet, a été jusqu’ici la base de l’orga-
nisation sociale, et ne saurait pénétrer de trop bonne heure dans l’esprit de ceux qu’elle doit guider dans la route du devoir.
Une fille de l’hospice de Londres n’est jamais mise en apprentissage que chez un homme marié, et l’on exige encore que la femme ait donné son consentement. Lorsque, par une faute quelconque, elle revient à la maison, on ne souffre point qu’elle se mêle avec les autres filles qui ne sont pas sorties. Quand elles se marient, l’ administration leur donne, comme en Russie, comme à Naples, un trousseau de 250 francs.
Ce tableau si satisfaisant n’est point sans ombre : M. d’Haussez 1 nous apprend que, dans les comtés, les hospices affectés aux enfants abandonnés, étant entretenus par les paroisses et au moyen de souscriptions volontaires , ces maisons ne s’ouvrent qu’avec une extrême difficulté et seulement après que l’impossibilité de découvrir les parents de l’enfant est démontrée. La mère est ordinairement la première que les enquêtes font connaître. On la presse, on la menace, jusqu'à ce qu’elle ait déclaré le complice de sa faute, et souvent elle indique un homme riche qu'elle n’a jamais vu. Le serment dont elle accompagne sa déclaration suffit pour lui faire obtenir une indemnité et les moyens d’élever son enfant, à moins que la partie adverse ne fournisse la preuve, si difficile à établir, de la fausseté de l’accusation. Les tri—
1 De la Grande Bretagne en 1833,
SUR LiS ENFANTS TROUVÉS.
bunaux prononcent chaque jour sur des faits de ce genre, et leur étrange jurisprudence ne peut être expliquée qu’en admettant qu’il est bien de commettre des injustices privées, pour empêcher l’ aggravation d’un mal qui, autrement, pourrait prendre un développement funeste. Il est aussi un canton de la Suisse où la recherche de la paternité est permise, elle nombre des enfants trouvés y est plus petit que dans aucun autre; mais, nous le répétons , quel trouble une pareille législation ne doit-elle pas jeter au milieu de la population qu’elle régit?
Quelles que soient la nature, la moralité des mesures ([ue nous venons de rapporter , elles ont eu, si nous en croyons M. de Gouroff, le succès le plus complet. Suivant lui , il n’y aurait eu à Londres, dont la population excède aujourd’hui 1,250,000 âmes, que 150 enfants exposés, de 1819 à 1823, et le nombre des enfants il légitimes, reçus dans la maison de travail (Work-House) ne se serait élevé dans le même espace de temps qu’à 4,748, ce qui tait, terme moyen, 928 par année, et encore un cinquième environ de ces enfants serait-il entretenu aux dépens de leurs pères.
Mais on sait maintenant à quoi s’en tenir sur cette supériorité prétendue. Des informations plus exactes, faites par les nationaux et non plus par des étrangers, écrivant d’après des notes de voyage, ont constaté que l’entretien des enfants illégitimes en Angleterre, absorbe annuellement un dixième de la dépense totale du pau-
périsme L Or, les sommes dépensées annuellement en Angleterre, même en n’y comprenant pas les frais de
procès, de transport, d’inspection, etc., étaient en 1820, époque à laquelle écrivait Glialmers, de 172,221 ,51 1 fr., elles se sont élevées en 1831 à 21 3, 407,270 francs -, dont le dixième est de 21,341,727 francs. Si maintenant nous
recherchons quelle fut en France, aux mêmes époques, la dépense totale des enfants trouvés, nous verrons qu’elle fut, d’après les tableaux publiés par le ministre du commerce et que nous avons joints précédemment ,
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