BLÊME DU SOLEIL DU PRINTEMPS L
« Plusieurs savants, dit Noël 2, croient qu’Horus est « le même qu’Harpocrate, et que l’un et 'l’autre ne sont « que des symboles du soleil ; les Grecs prétendaient « que leur Apollon n’était autre que l’ Horus des Egypte tiens. Apollon était en effet comme Horus , habile « dans l’art de la médecine et dans la divination ; et ce « dieu était parmi eux le Soleil , comme Horus l’était en « Egypte : aussi le trouve-t-on souvent nommé dans les « anciens, Horus-Apollo. »
Or, comme on trouve sur le cippe exhumé en 1784, Horus représenté sur un bas-relief, tandis qu’ Apollon l’est sur un autre avec tous ses attributs; il en faut conclure, que l’intention de ceux qui ont élevé ce monument, a été de bien distinguer le Soleil du printemps des autres personnifications du même astre ; faisant en ceci , différemment que les Grecs et les Romains ; ce qui indique que ceux à qui l’on doit le cippe de l’ancien marché Palu avaient une mythologie qui ne ressemblait pas en tout point, à celles de ces deux derniers peuples. Toutefois, ce cippe n’a pas dû remplacer dans toute l’acception de ce mot, le Pcd ou Pilier sacré, que nos pères ont dû planter en l’honneur de Pales ou la Lune dans l’île du Palais , sur le marché Palu. Les Romains n’abattaient jamais les simulacres des dieux des peuples vaincus, pour y substituer les momuments de leurs propres mythologies. Ils se bornaient à les ériger à côté : les chrétiens ont même témoigné souvent un respect semblable pour les monuments du culte qui régnait antérieurement aux Romains dans les Gaules; et c’est ce qui explique pourquoi il
1 Dulaure, Hist. cle Paris, p. 8.
2 Noël, Dict. de la Fable. Tome 1er, p. 294, col. 1.
NOTES
existe encore en France, tant de monuments druidiques et si peu de temples proprement dits, qui ne soient pas devenus des chapelles ou des églises.
La colonne quadrangulaire découverte en 1784 à Paris, était enfouie en face de la rue de la Barillerie, au pied du grand escalier. Or, au haut de ce même escalier, existait du temps du Boileau , un pilier fameux , dit le pilier des Consultations, que l’auteur du Lutrin a chanté dans les vers que voici :
« Entre ces vieux appuis, dont l’affreuse grand’salle,
« Soutient l’énorme poids de sa voûte infernale,
« Est un pilier fameux des plaideurs respecté,
« Et toujours des Normands à midi fréquenté.
« Là, sur des tas poudreux de sacs et de pratique, o Venait tous les matins une sibylle étique :
« On l’appelle Chicane ; et ce monstre odieux « Jamais pour féquitc n’eut d’oreilles ni d’yeux.
On ne peut douter que ce pilier n’ait été celui des Consultations, puisque c’est Boileau lui-même qui nous l’apprend, dans les notes dont il a accompagné son poème ; mais ce que peu de personnes savent, c’est que ce pilier, était le plus rapproché de la chapelle du Palais, construite par le roi Robert, en même temps que le palais lui-même. Cette chapelle, dédiée d’abord à saint Nicolas, et qui a été remplacée, sous saint Louis, par le chef-d’œuvre, de l’art ogivique , que l’on nomme Sainte- Chapelle, avait pour chapelain non pas un simple ministre de la religion; mais un prélat qui se faisait qualifier de pape et qui en avait le droit , ainsi que le constatent divers arrêts du Parlement 1 ; et qui , en
1 Dulaure, Histoire de Paris, p. 167.
ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 31 7
conséquence, officiait avec mitre, anneau et autres ornements pontificaux.
Or, le nom du ministre suprême de la religion chrétienne, a été emprunté aux Gentils. Presque tous les peuples orientaux, les Indiens, les Américains, notamment au Mexique et au Pérou, appellent leurs grands-prêtres papas. Celui de ce nom au Mexique, était chargé d’ouvrir le sein aux hommes que Ton sacrifiait aux dieux. Atis, Pépoux mutilé de Cybèle, semblable en cela à Osiris, époux d’Isis, Atis, l’une des personnifications du soleil , s’appelait Papa 1 ; Silène , Papo 2 ; le Jupiter des Scythes Pappées 1 2 3, Pépin , Pepenus , Pépénith et Pepenouth ; noms qui, chez les anciens Saxons, désignaient le dieu de la guerre4, dans le temple duquel on nourrissait un cheval sacré, qu’il montait disaient ses prêtres, pour assister ses adorateurs pendant les batailles qu’ils livraient. Une pierre, taillée en forme de borne , et que l’on disait être Vénus, s’appelait Papia et Paphia. C’était celle adorée à Paphos et dont des médailles Sardes nous ont conservé l’image 5. Enfin, aux Indes, l’arbre que nous nommons ficus bengalensis s’appelle pipa, pipai, et arbre des Pagodes. Les Banians dirigent ses branches en forme d’arcades régulières, et placent leurs idoles sous son ombrage profondément révéré : il est même des parties de l’Indoustan où l’on renferme cet arbre dans une enceinte murée, après avoir peint son tronc en rouge 6 ; de manière que le mot pape se rattache à la
1 Noël, Dict. de la Fable, t. 2, p. 325, col. 2.
2 Ibid. V° Papo-Silenus.
3 Héi'oJ. 4, c. lix.
4 Odolants Desnos Mijtholog. univers, des Dieux Germains et Gaulois, p. 485, col. 2.
8 Noël, Dict. de la Fable, t. 2, p. 325, col. 2.
6 Noël, Dict. de la Fable, aux mots : Pipai et Arcalis.
NOTES
lois au culte des arbres, des monolythes, du soleil , et qu’il a désigné spécialement des prêtres qui, comme les druides, immolaient même les malheureuses victimes des sacrifices humains. Or , le ministre qui desservait la Sainte-Chapelle avait une singulière mission qui n’a cessé qu’en 1770. Pendant la nuit du vendredi au samedi saint, tous les possédés du diable se réunissaient dans la Sainte-Chapelle , avec mille cris et contorsions ; et lorsque le chapelain ou son grand chantre apparaissaient avec le bois de la vraie croix, tout, disait-on, rentrait immédiatement dans l’ordre 1.
Quant au pilier dit des Consultations, c’était là que les anciens avocats se réunissaient : c’était là qu’on venait les consulter; et à cet égard, l’habitude était telle; elle était tellement ancienne, tellement enracinée au palais, que c’était vis-à-vis ce pilier que l’on avait pratiqué la Chambre des Consultations.
Or, c’était aussi près des piliers sacrés de leurs sanctuaires ; près des simulacres soit en bois, soit en pierres de leurs sanguinaires et martiales divinités; que nos pères venaient demander les bienfaits de la justice aux ministres de leur religion qui étaient en même temps établis leurs juges. C’est même parce que les piliers sacrés , premiers simulacres connus de la divinité, s’appelaient Palés, que l’on a nommé palais (en comique, palès), le siège des tribunaux primitifs. Ce qui précède étant élémentaire en archéologie, ceux qui désireraient en avoir la preuve pourraient consulter, à cet égard, les chapitres XIX et XX de l’histoire des cultes qui ont précédé et amené l’idolâtrie ; ils l’y trouveraient développée avec des détails , qui ne permettraient aucun doute sur ce point.
i Dulaure, Hist. de Paris, p, 167.
ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
S’il était possible de donner ici, à cette note, tout le développement que son sujet comporte, je démontrerais en outre, que le pilier qui a donné son nom à l’île du Palais , était sur un monticule qui passait pour le tombeau cl’OEnone et de Paris; que ce tumulus était surmonté à son tour, d’une vaste pierre en forme de dolmen, qui est devenue la fameuse table de marbre qui fut si longtemps le siège de trois juridictions diverses, c’est-à-dire de celles des Eaux et Forêts , de Y Amirauté et de la Connétablie; table qui fut brisée, anéantie, lors de l’incendie, en 1618, du Palais de Justice, ruais autour de laquelle, Jules César réunit probablement les états généraux de la nation gauloise, lorsqu’il les convoqua dans la petite cité des Parmi. L’exiguité du local était telle, que trois siècles après , Ammien Marcelin appelait encore Lutèce Castellum, Zozime , opidum , et Fempereur Julien urbeculam : donc, cette convocation, en pareil lieu, avait une cause étrangère à l’importance de la localité; et cette cause dut être la sainteté, la célébrité du sanctuaire dans lequel la convocation avait été effectuée. Ce fut probablement le même motif qui engagea les empereurs romains, et même Clovis, à choisir cette résidence.
Je pourrais établir, que le même motif a présidé au choix d’Amiens, par César, pour la tenue des seconds états généraux qu’il convoqua dans les Gaules ; ville que Clodion choisit également pour première capitale des Francs dans le pays. Je pourrais prouver qu’ Amiens s’est nommée Sa?na-Robria> Sama-Robriva et Sama- Robriga : que ce dernier nom a signifié la cime , le sommet de Robriga ; que celui-ci est le Robiga des Romains, pononcé plus rudement par les Germains ; que c’est le nom d’une divinité dont les fêtes nommées Robigalies,
NOTES
se pratiquaient le septième jour avant les calendes de mai : c’est-à-dire le 25 avril, avec des cérémonies identiques à celles qui avaient lieu en l’honneur d a Paies, nommé aussi Pares , le même que Paris. Que deux de ses temples se voyaient, l’un dans la cinquième région, et l’autre sur la voie N amentale : qu’il résulte de ce que les mythologues, et notamment Noël, nous apprennent de Robriga, la même évidemment que Robiga; que c’etait aussi elle, une personnification de la Lune génératrice, à la manière de Gérés, que Diodore de Sicile dit en effet avoir été la même que la Lune ; mais que de même que le Louno des Scandinaves était la même divinité que celle qu’ils nommaient Luna; de même que les Latins nommaient aussi la lune, lunus; de même que les Perses appelaient la lune Mytra et le soleil Mitras ; de même que Lucetia , la même que Lutécia , avait pour mari Lucetius ; de même, les Robrigalies se célébraient aussi en l’honneur d’une divinité mâle, nommée à la fois Robrigus et Robrigo , qui, époux ou frère de Robriga , devait être le soleil.
Je pourrais établir encore qu’il existe, en effet, à Amiens, une cime, sam , Sama, un tertre factice, au sommet duquel la cathédrale est construite sur pilotis : que tandis que le dieu Robrigo se trouve être une des nombreuses personnifications du soleil, il existe, au point le plus élevé de la cime sacrée que désigne le nom de Sama-Robnga , une rue dite du Soleil, qui longe la cathédrale, ou plutôt ce qu’on appelle la cour de ce monument ; que la porte qui s’ouvre de cette cour dans la cathédrale, est ornée intérieurement de deux pilastres; que celui de droite est surmonté d’une tête dont les yeux, peints en noir et les cheveux tortillés sur le haut du front , présentent les traits particulièrement distinctifs
ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
des simulacres du soleil, comme le professe textuellement Noël, en son Dictionnaire de la Fable , tome 1, page 207, colonne 2, v° Bacchus ; que, quant au pilastre de gauche, il est surmonté d’une autre tête, celle de Robriga, coiffée en matrone , c’est-à-dire de même, à peu près, qu ’OFnone, sous l’entablement de l’octogone de Montmorillon ; que le style de ces deux têtes est grossier, et en désaccord complet avec les autres sculptures de la cathédrale.
Je pourrais ajouter que les statues du soleil, nommées Robriga , Robiga, Robigo , Rubigo, Rubico, tous mots qui sont les mêmes que Rubicond et Rubrique , étaient celles que, suivant le même auteur, on peignait en rouge ; et que les deux têtes dont il s’agit, laissent parfaitement apercevoir les reflets de cette couleur sous l’ignoble badigeon qui les recouvre. Qu’ enfin ces têtes sont, suivant la tradition, celles des propriétaires du terrain sur lequel la cathédrale a été bâtie : ce qui peut très-bien être l’expression du souvenir des divinités qui, adorées en ce lieu avant le christianisme, devaient en effet, en être considérées comme les propriétaires.
Je pourrais, à l’appui de cette déduction, démontrer encore qu’il a existé, au centre de la nef de la cathédrale d’Amiens, un labyrinthe ou dédale , tracé sur le pavé à l’aide de dalles blanches et noires : que ce dédale , que les hommes de mon âge ont vu et parcouru , paraît avoir remplacé une construction aussi nommée dédale : que la preuve s’en trouve dans ce fait, qu’il y avait, au point central du dédale en pavé dont je viens de rappeler F existence, une plaque de cuivre placée par l’architecte Renault, petit-fils do Pierre de Lusarche, qui acheva le splendide monument dû au génie de son aïeul ; plaque sur laquelle on lisait :
NOTES
Mcrnore quant l’euvre de réglé de cheens fu comencbie et fine il est escript el moëlon de la maison Dedalus.
Or, la terre, considérée comme génératrice, la même que Pales, la même que Cybèle, la même que Cérès, la même que la Lune, la même que Robriga, adorée à Samarobriga ; la terre, dis-je, se nommait aussi Dédale. Lucrèce le dit textuellement dans ce vers tracé pour exprimer le pouvoir créateur de la végétation printanière :
Tibi suaves Dedalâ Tellus summittit flores.
J’ajoute que l’on appelait Dedalies des fêtes magnifiques, qui se célébraient tous les soixante ans à Platée ; et nous avons vu que Grégoire de Tours appelle Platea (in Plateam), la place du marché P alu à Paris. Les Dedalies avaient lieu en mémoire de la réconciliation que Cithéron, roi de Platée , était parvenu à opérer entre la jalouse Junon, d’une part, la même que Lucina , Lucetia et Lutécia; et Jupiter de l’autre, aussi nommé Lucetius et Lutecius , l’un et l’autre les mêmes que Robriga et Robrigo, que Louno et Luna.
Au reste, de même que le labyrinthe en pavé du centre de la cathédrale d’Amiens rappelait l’existence, sur la cime rouge ou de la Rougeur (Sama-Kobriga), d’un temple nommé Dédalus , consacré à la puissance génératrice de la nature; de même, ce mot dédal nous indique que là existait antérieurement, une dale sacrée , divine, deadala , deus-dalus : dale sainte, qui ne devait être autre qu’un dolmen ; les Gaulois ayant un dieu Men-Dal , le même que Dalmen et Dolmen., qui signifie table de Pierre en celtique, c’cst à dire un monument druidique semblable à celui appelé table de marbre à Paris.
ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
Ainsi se trouvent dévoilés, malgré l’absolu silence des Celtes et des Romains; les motifs qui firent choisir Paris et Amiens pour le siège des états généraux de la Gaule, convoqués deux fois par César. C’est que, dans ces deux villes, se trouvaient en effet les sanctuaires’, non pas de simples divinités topiques ou locales comme ailleurs; mais des deux grandes divinités de la nation toute entière, de la lune et à la fois du soleil, adorées sur des hauteurs sacrées, des tertres factices, considérés plus tard comme des tumuli.
Sur ces tertres, existent aujourd’hui, à Paris, le Palais de Justice et la sainte Chapelle; à Amiens, l’une des plus belles basiliques du monde chrétien : mais avant leur construction et à l’époque celtique, leur emplacement était occupé par des dolmens qui servaient successivement d’autels et de tribunal ; vastes pierres plates rappelées à Amiens, par celle appelée dea-dala , dédale, sur la cime Rubiconde de Sama-Robriga ; et à Paris, par celle appelée table de marbre : dolmens autour desquels Jules César, je le répète, a dû tenir les états généraux, qu’il présida parmi nos pères.
Toutefois, le sanctuaire de file des Parisii a dû être d’un ordre supérieur à celui des Ambiant; et en effet : les Gaulois, on l’a vu plus haut, ne vénéraient rien autant que la Lune nouvelle , dont la fête, qui commençait l’année, se célébrait le 6 mars. Or, la Lune adorée sur la- cime du tertre d’Amiens, était celle du 25 avril, c’està-dire celle d’une époque où cet astre se trouve avoir acquis tout son développement : c’était, en un mot, la Lune en son plein , et rougie par l’abondance des feux solaires qui l’inondent en quelque sorte alors ; d’où son nom de Robrive , le même que Rubrive , Rubrige , Rubrique, tous de la famille du mot rubis , qui désigne une
NOTES
pierre rouge qui scintille (les feux comme le diamant. Quant à Robrigo , c’était le soleil de l’été, dont les rayons brûlants, corrodants, engendrent pour les blés, la maladie de la rouille , qui est une espèce d’étiolement occasionné par une chaleur excessive , tandis qu’on adorait, dans l’île sacrée du Palais, Paris , soleil du printemps, faisant hommage des prémices des feux de son amour, à la tendre Lux-ette , c’est-à-dire à la faible lumière de
la lune en son premier quartier.
Voici maintenant la preuve que ces ingénieuses allégories n’appartiennent pas au peuple demi-sauvage, que César vint combattre et conquérir.
Amiens s’est appelée Samarobria aussi bien que Samarobnva , le même que Samarobriga . On a vu aussi que les Romains disaient Robiga : donc on a dû dire, ailleurs qu’en Germanie, Robia pour Robria dans Samarobria. Or, Robia est le même que Rioba ; et ce dernier est le nom d’une divinité Rudiste , nom. qui est le même que Batiste, lequel se réfère au culte des Butes , des tertres factices semblables à ceux d’Amiens et de Paris ; de sorte que le Buda des Indiens n’est pas autre que le Buto des Egyptiens. Or, Rioba ou Robia, dans Samarobia , phonétisation douce du mot Samarobria , est encore adorée en ce moment au Japon 5 et Pline nous apprend qu il existait de son temps , sur les bords de 1 Indus , un peuple dont la ville se nommait Samarobriga.
J’ai dit qu’il y avait preuve acquise, preuve complète que les peuples de l’Inde et de la Celtique avaient, à une époque donnée, parlé la même langue : un jour viendra où il sera complètement reconnu aussi, qu’une même religion a régné dans les deux pays : thèse que j’ai, du reste, largement développée dans un mémoire que j ai adressé à l’Académie, sous le titre de : Fragment pour
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servir à une nouvelle Histoire universelle , ou les Gaules colonisées par les Indiens ; mémoire que M. Lenormant a tronqué d’une manière inouïe, dans son rapport fait le 30 juillet 1847, à l’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, au nom de la commission des Antiquités de France.
Quoiqu’il en soit, les dissertations partielles qui précèdent et beaucoup d’autres du même genre, dont je possède les éléments, ne sauraient me conduire qu’imparfaitement au but que je me suis proposé d’atteindre , lorsque j’ai commencé cette note. Les études qu’elle a nécessité, ayant beaucoup étendu et par conséquent, modifié mes idées premières, je crois devoir en interrompre ici la rédaction, m’engeant à publier bientôt un ouvrage dont voici le plan très-rapidement esquissé.
A une époque profondément reculée , tout ou partie des peuples de l’Europe septentrionale se sont nommés Pélasges, du culte qu’ils pratiquaient.
Comme tels et sous ce nom , ils ont conquis la Grèce et la Phrygie, et ont porté dans ces deux contrées, deux mille ans au moins avant la guerre de Troie , leur civilisation, leur culte et leur langage.
Leur culte , dans l’origine , était celui des pierres que nous nommons improprement druidiques : pierres qu’ils divinisèrent, parce qu’elles furent, dans le principe, des bornes internationales qu’il fallut rendre sacrées , pour qu’elles pussent être inviolables.
Plus tard, ces monolithes devinrent des simulacres de la lune et du soleil, seules divinités que les Celtes et les Germains adorèrent jusqu’à l’époque où ils furent soumis par les Romains. Mais ils distinguaient dans ia Lune , cet astre en son premier quartier, et ils l’ado-
NOTES
raient comme tel, notamment sous le nom de Lutèce . Quant à la Lune en son plein , ils l’adoraient sous le nom d'Hélène.
Il en était de même pour le soleil : ils distinguaient en lui, l’astre qui en avril féconde la nature de celui qui en novembre , a perdu sa puissance reproductive. .Du premier appelé april on lit Paril et Paris . De même d ’Acil, signifiant novembre encore en Basque et en Cornique [Bullet] , on appela Achil le soleil d’automne, et l’un et l’autre furent adorés comme deux frères , qui en avaient un troisième , qui était le chef de la nation et qui passait lui-même pour une divinité semblable au souverain que les Thibétains honorent sous le nom du grand Lama.
C’est du culte de ces frères , en scy tique,, germains ; que les Germains prirent leur nom distinctif, faisant en cela comme les mabométans , qui doivent leur nom à Mahomet ; les Israélites à Israël , les Teutons à Teut , les luthériens à Luther.
C’était en Pologne, non loin de Sandomir, que se trouvait le principal sanctuaire des divinités patronymiques des Germains; et le prêtre qui desservait leurs autels, portait des habits de femme, comme Achille à Scyros.
Tels furent, entre plusieurs autres, les noms que les Pélasges transportèrent en Grèce et dans l’ Asie-Mineure, en même temps que le culte des Dioscures.
D’un autre côté , il a été une époque où l’empire germanique a eu pour bornes le Boristène et la Seine ; le premier de ces fleuves le séparant de la Sarmatie , et le second de la Celtique»
Fidèles aux pratiques traditionnelles du culte antique des monolithes terminaux, ils en placèrent un, consacré à Achille , dans une île située à l’embouchure du Boris-
ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
tène , pour sauvegarder la partie froide et sombre, des frontières souvent attaquée par les Sarmates. Cette île, nommée Leucê , vit s’élever une ville autour de la pierre bornale du nom d’Achille ; ville qui, de ce nom, s’appela elle-même bientôt Achillée.
Les Grecs , qui , plus tard , attribuèrent ce nom à l’île tout entière , y trouvant le culte d’Achille , en firent un paradis, une île des bienheureux , dans laquelle le plus grand de leurs héros jouissait de l’immortalité , de compagnie avec la belle Hélène , que les dieux , sur la demande de Thétis , lui avaient accordée pour épouse. Là en effet, se voyait leur tombeau commun, qui devait être un tumulus aussi bien qu’un temple; et l’île, réputée sacrée , appartenait au prêtre qui y rendait des oracles.
Cette île n’a pas été seulement appelée Achillée; elle a dû se nommer aussi Hélène ; car elle est aujourd’hui désignée sous le nom Allan ; Ilan adasi , nom dont le premier mot pourrait être une corruption de celui A Hélène.
La même institution religieuse fut établie sur les frontières opposées et dans le fleuve également délimitatif de la Seine , en face des Celtes de même qu’en face des Sarmates. Un monolithe délimitatif, appelé Paris , fut placé dans l’île dite du Palais , et y est resté debout jusqu’en 1748; semblable à cet autre, dit la Pierre de Londres , autour duquel la capitale de l’Angleterre se maintient aglomérée.
Là était aussi un tombeau qui passait pour contenir les restes mortels de Paris et de Lutèce qu’il avait épousée lorsqu’il n’était encore que simple berger sur le mont Ida ; et ce tombeau est le tumulus sur lequel est édifié le palais de justice , auquel on ne parvient en effet de tous côtés, qu’en montant.
NOTES
Plus tard , les Gaulois firent de cette île, devenue sacrée, leur principal sanctuaire; ce qui explique pourquoi César y tint les Etats de la Gaule. Du temps de ce général, un prêtre-Dieu , un fils de Mars, dieu aussi, adoré sous le nom de Camulo, y commandait sous celui de Camulo- genus , signifiant né de Camulo, c’est-à-dire, fils de Mars , et s’y fit tuer à la tête de tous les siens.
Les Romains ayant respecté la religion des vaincus , l’ile du Palais continua, à l’époque gallo-romaine, d’appartenir au grand-prêtre de la nation; mais lorsque Clovis plaça politiquement le siège de son gouvernement dans ce lieu révéré, les successeurs de Camulogenus conservèrent leur puissance locale, sous le nom de Maire du palais ; et voici la véritable signification de cette locution, dans laquelle le mot palais a eu, dans l’origine, la signification de paies.
En celtique, Ym et le p se suppléaient indifféremment, comme encore aujourd’hui en Gallois; et c’est parce qu’il en a été ainsi également chez les Scythes, que Strabon nous apprend qu’un fleuve Gête, nommé Paris. s appelait aussi Maris . Or, Bullet a démontré que de Mar , radical de Maris, le même que Paris , on a fait Maër, puis Mair. En Picardie et dans tout le nord de la France, on appelle encore Mar , le chef élu de la jeunesse de chaque village. Il a une place d’honneur à l’église, et porte, en tête des processions, le plus beau des cierges qui ornent l’autel : c’est le type de l’autorité primordiale qui a traversé tous les gouvernements qui se sont succédés dans le pays. La preuve que ce mot Mar est le même que Mars , c’est que les Orientaux, qui lisent de droite à gauche, appellent Ram le dieu de la guerre, qu’ils font venir d’Occident dans la plus célèbre de leurs compositions épiques, intitulée Ramayan , de Ram, qui en
ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
est le héros. D’où la conséquence que Maris , lemêmeque Paris, est le même que Mars, que Mar, Maër et Mair; Par dans Paris ayant signifié père, comme Mar mari.
Or, ce fils clu dieu Mars était dieu à la manière du grand Lama , ou plutôt il était lui-même un grand Lama. On sait, en effet, que les Tar tares modernes sont les Scythes de l’antiquité. Habitant l’Orient, ils lisent de droite à gauche, ce que nous lisons de gauche à droite. Or, mar , radical de mari, a pour synonyme mal, radical de mâle, puisque, qui dit mari dit mâle. Or, de même qu’en Orient on dit Ram pour mar, de même on doit y dire Lam pour Mal : rapprochement qui explique 1 identité de l’homme-dieu des Scythes occidentaux qui résidait dans l’enceinte sacrée de l’île de Palès, avec celui des Scythes orientaux du temple de Potala. Si l’on trouve joint au nom de Lama le mot Balai, c’est qu’à ce culte antique se trouvait joint celui des Dales, des Dolmens, semblables à celui dit la table de marbre à Paris^ et à celui qui occupait, à Amiens, remplacement du dédale tracé en centre de la cathédrale de cette dernière ville -,
C’est encore à cause de cette identité, que le grand Lama se nomme aussi Dalai-S'm, le même que Sim, le même que Sam dans Sama-Robriga, signifiant la cime rouge. C’est par ce même motif, que la résidence du Lama du Thibet s’appelle Potala et Podala; car, dans ce moi, po radical par exemple, de po-tence et de po-tens, le même que pm'-ssant, désigne, en celtique, ce qui est haut, grand, comme l’a démontré Bullet, aux mots po, poi, pui : d’où la conséquence que Po-dala a signifié la dale de la hauteur et que Paris a été à la Gaule, ce que Potala est encore au Thibet.
De semblables analogies ne sauraient être l’elfet du
NOTES
hasard, et la preuve qu’il n’y a rien d’impossible en effet, à ce que le culte des Tartares du Thibet se retrouve en Europe parmi les peuples de race Scytique, c’est que M. Aristide Guilbert , l’un de nos auteurs les plus sages et à la fois les mieux instruits des détails de notre histoire nationale ; a dit, dans l’introduction placée en tête du 1er volume de son Histoire des Villes de France , page 5.
« Morvan était le digne descendant de cette race de « Kimris ou Celtes qui, des Plateaux du Thibet , se frayè- « rent, les armes à la main, une route nouvelle à trace vers l’Asie et l’Europe; et qui après avoir laissé partout, « sur leur passage, des colonnes puissantes et des mo- « numents de leur religion, se répandirent dans les « Gaules et jusque dans les îles Britanniques. De nom- « breuses tribus de Kimris s’établirent alors au bord de « l’Océan, sur le littoral de la Gaule et lui donnèrent le cc nom d’Armorique. »
On sait que M. Henri Martin , auteur d’une de nos meilleures Histoires de France , a augmenté l’édition, qu’il a publiée en 1838, d’un excellent travail sur nos origines nationales , qui lui a valu de riches et honorables encouragements de la part de l’Académie française ; on y lit notamment :
« Cette brillante race gauloise qui sillonna en
« tous sens l’ancien monde de ses colonies guerrières , « appartenait à la grande famille humaine dont l’Inde « fut la mère ou la sœur aînée ; les langues gauloises, « comme le grec , comme le latin , comme les tudesques , « tirent leur origine du sanscrit, l’idiome sacré des « Brames indiens. Les Galls ou Gaulois primitifs durent « quitter les plaines natales de la haute Asie avec les c( aïeux des Hellènes , des Latins, des Slaves , et bien
ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
« des siècles avant les Teutons ; mais on ignore à quelle « époque ils prirent possession clés forêts et des déserts « qui devaient être un jour la France. »
Et plus loin :
« Un innombrable peuple nomade qui appartenait « évidemment par ses mœurs , sa physionomie et son « langage [le dialecte des Kimris s’est conservé chez « nos Bas-Bretons ] à la même famille que les premiers « Galls , les Kimris, appelés Cimbri par les Latins , oc- « cupaient depuis longtemps une partie de l’Europe « orientale : tandis que leurs dernières tribus erraient « aux bords du Tandis et des Palus-Mêotides ; le gros « de leur race peuplait la Crimée , dont le nom rappelle « encore leur souvenir , et les rives nord-ouest du Pontet Euxin ; l’avant-garde se déployait le long du Danube.
« Ces Kimris inspiraient, du temps d’Homère, une ter- « reur superstitieuse aux Grecs , qui , prenant la terre « kimmérienne pour l’extrémité du monde, y plaçaient' « les enfers et la nuit éternelle »
Et plus loin encore :
« Les Galls et les Kimris , malgré leur incontestable « communauté d’origine , étaient séparés par des diffé- « rences notables. Les Kimris étaient plus graves, « moins turbulents , plus attachés à leurs coutumes et « à leurs croyances que les Galls : ils devaient probable- « ment ce caractère sombre et persévérant à l'organisa - « tion précoce de la théocratie chez eux , et à leur long « séjour en Asie ; tandis que les Galls étant depuis des « siècles en Occident, avaient mis leurs prêtres en « rapport plus ou moins direct avec la classe sacrée « de l’Inde , et sans doute la religion druidique reflet , « lointain des croyances indiennes , était fort antérieur « à lies ou Hesus , qui l’importa en Gaule. Les con-
NOTES
« quêtes religieuses du Druidisme s’étendirent plus loin « que les conquêtes territoriales des Kimris , et les Galls « acceptèrent cette foi nouvelle en la combinant avec
« leur POLYTHÉISME ANTÉRIEUR. »
Parvenu aux temps historiques, M. Henri Martin dit encore, en parlant des Kimris qui s’établirent sur le Pô , plus de 500 ans avant Jésus-Christ :
« ... Là , ils furent rejoints par un détachement d’une « autre nation kimrique, les Senons, du pays de Sens , « qui s’établirent le long de l’Adriatique. »
On ht aussi, tome 1er, p. 59 :
«... Les principales nations kimriques de la Gaule « centrale, outre les Carnutes, étaient les Senons qui « occupaient le Gâtinais, le diocèse de Sens et celui « d’Auxerre et les Lingons, c’est-à-dire ceux du pays de « Langues et de Dijon ; plus, le petit peuple des Meldes « et celui des Parisis ou Parisiens , dont le chef-lieu , '« Lutèce , était réservé à de si glorieux destins , mais « qui alors subissait le patronage des Senons. »
Enfin, on lit encore dans le même auteur, parlant des Druides :
« L’égalité et la dualité panthéistique de l’esprit et de « la matière, semblent être le fond de leur doctrine ; et « il est vraisemblable que les 'prêtres kimris avaient été « initiés à la science de V Inde par les sectateurs du si- « vaïsme, cette religion mère de toutes les doctrines « naturalistes , où la nature, qui est le principe femelle « ou la grand’ mère , marche l’égale du principe mâle , « de l’esprit divin, au lieu d’être seulement l’œuvre et « l’émanation de l’absolu ou Siva-Douga , le Dieu mâle « et femelle, Lesprit-matière. »
Des nuances seules distinguent mon système de celui de M. Henri Martin : tous les deux ont la même base
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incontestable. Ma tâche consistera donc, si Dieu me prête vie, à démontrer qu’à l’époque kimrique , la théogonie reposait en Gaule sur l’idée d’un Dieu esprit-matière en deux personnes, alors adoré, 1° à Amiens de même que sur les bords de T Indus, sous les noms de Robrigo et Robriga; d’où le nom de Samarobriga commun aux deux pays ; 2° à Paris sous les noms de Lucetius et de Lucetia; ce dernier nom étant le même que Lutécia, et le personnage mythologique qu’il désigne se trouvant être la nature personnifiée aussi dans OEnone , épouse de Paris, alors que ce dernier mot est le même que maris, locution qui se trouvant signifier à la fois père et mère, nous reporte bien, en effet, à l’idée d 'un seul Dieu en deux personnes; tandis que, grâce à la révélation, nous savons maintenant que la divinité, qui seule a droit au culte de nos hommages, est la Trinité, c’est-à-dire un Dieu, non pas en deux, mais en trois personnes.
Au reste, le souvenir de ces migrations armées qui paraissent avoir déversé déjà plusieurs fois sur notre Europe, les peuplades scy tho-kimri- Ta tares , se conserve encore parmi celles-ci , et les demi-sauvages, restés soumis à l’Empire théocratique de X esprit-matière du grand-lama, semblent, chose étrange, se préparer à venir détruire de nouveau la civilisation dont ils ont manifestement étouffé la sœur une première fois parmi nous : civilisation qu’ils auraient anéantie une seconde fois un siècle seulement avant l’ère vulgaire, si Marius n’eût dispersé leurs hordes innombrables, qui jusque-là invincibles, inondaient de nouveau la Gaule pour se rendre en Italie.
Pour bien comprendre ce que j’ai à dire à cet égard, je dois rappeler préalablement qu’il existe deux grandslamas en Orient, l’un chef du Boudisme dans la partie de
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l’Inde appelée de ce culte Bout an, et By-Thibet ; et qui réside près Lassa , sur une montagne appelée non-seulement Potala et Podala , comme je Fai dit plus haut; mais encore Boud-dala, le même que Bout-dala signifiant la bute, la hauteur de la Baie, le radical boud, bout , but, bot, n’étant évidemment autre que Bok, qui, par exemple dans Bok-teoola , le même que Bok-deoola , signifie encore aujourd’hui, en Thibetain, Montagne- Sainte 2, c’est-à-dire une hauteur sanctifiée par une date sacrée, comme dans Amiens et à Paris.
L’autre grand-lama des Tartares-scytho-kimriques fait sa résidence également sur un haut lieu; et Kimerien , Cimerien, a dû désigner les adorateurs , si non les habitants des cimes, des butes, des tertres factices , encore de nos jours si communs en Crimée , où ils servent de maisons sous le nom de kurgans 3.
C’est en Mongolie , dont une des villes frontières se nomme encore Camul k, que ce lama réside, proche la ville extrêmement marchande du Grand-Couren , sur une hauteur que peuplent 20 mille autres lamas subalternes, et au point central d’une enceinte sacrée, ou
1 Le fait est attesté par M. Hue, missionnaire lazariste qui a longtemps habité Lassa, et qui nous l’apprend dans une lettre du 2 0 décembre 1846, insérée dans les Annales de la propagation de la foi, année 1847, p. 312.
2 Ibid.
3 Maltebrun. Précis de Géographie universelle, tome vi, p. 34. Paris 1837.
4 On a vu plus haut que, chez les Gaulois, Camul désignait le dieu de la guerre, de même que Mars ; et que le vieillard qui se mit a la tète des Parisiens pour repousser Labienus, se nommait Camulo-Genus , ce qui signifie incontestablement né du dieu de la guerre. J’ajoute que le nom d ' Àuler eus , que les Commentaires «le César joignent h celui de Camulo-Genus, est un des noms de Jupiter, l’être suprême des anciens, Lucetius, époux de Lucetia, par conséquent, le même que Pâris, puisque Lucetia a été la même qu’OEnone. J’ajoute encore que ul dans Ca mul est le mot lu écrit a la manière des orientaux ; radical qui, signifiant feu en celtique se retrouve en effet dans les mots Lu, Lux, Lumen, Lueur, Lumière, ul dans Camul est donc le même que on, signifiant Soleil comme je l’ai démontré plus haut . or chacuq, connaît fi Amiens, la Borne célèbre de Camon; nom qui est celui de deux communes en France et de plusieurs villes antiques, notamment en Italie, en Grèce et en un lieu de la Palestine, où se voyait un tertre que l’on disait être le tombeau du juge jair, dont le nom est a jar et fi gar, signifiant mare, ce que Malr est fi Mar et Mari.
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plutôt d’un vaste domaine temporel exclusivement attribué à la lamaserie , ainsi que nous l’apprend M. Galet, missionnaire en Mongolie, dans sa lettre insérée dans les Annales de la Foi , année 1848, p. 25.
« On voit au Grand-Couren, lit-on dans la même lettre, comme une représentation solennelle et continue de toutes les nations nomades de l’Asie. Les deux bords du fleuve, le fond de la vallée, les diverses collines, tout est couvert de tentes et de pèlerins : c’est un mouvement perpétuel de pavillons qui se dressent ou qui se ploient ; il arrive des caravanes de tous les côtés, et il en part dans toutes les directions : les S olons, les Houmaris , les Tagouris de la Daourie, toutes ces nations qui habitent les bords du Saghalien, s’y rencontrent avec les Eleuths, les Tartares de la mer Bleue, les Ourianghaïs , et autres peuplades venues du fond de l’Asie centrale. Il semble que toute la Tartarie, de l’orient à l'occident, du midi au nord, ait de concert fait vœu d’entretenir, là aux pieds de son idole, une adoration perpétuelle. Ces pèlerins, venus quelquefois de cinq à six cents lieues, avec leur famille tout entière, femmes et enfants, aspirent après le moment où il leur sera donné d’aller se prosterner devant le saint , et de lui faire agréer leurs offrandes : une imposition de sa main sur leur tête est tout ce qu’ils en attendent, et ils ne croient pas cette faveur trop chère, bien qu’achetée par des fatigues inouïes et par les présents les plus magnifiques.
« Le grand-lama d’aujourd’hui est un jeune homme de vingt-cinq à vingt-six ans, né dans le Tliibet, et intronisé au Grand-Couren depuis une dizaine d’années. Voici comment s’obtient cette place : quand le grand-lama est mort, on brûle son cadavre et on attend
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que son âme transmigre dans le corps de quelque homme vivant. Quelque temps après, dit-on, un enfant, quelquefois de quatre ou cinq ans, et n’importe en quel endroit de la Tartarie, se met tout à coup, sans que rien ait fait prévoir cet événement, à parler un langage inconnu, à tenir des propos extraordinaires et à disserter de choses qu’il n’a jamais apprises : il déclare qu’il est le lama d’une telle pagode, dont l’âme vient de transmigrer en lui, et il demande qu’on le reconduise à son ancien temple. La nouvelle en est aussitôt portée à la lamaserie dont le siège est vacant : celle-ci accourt en grande pompe, et, après quelle s’est convaincue par des épreuves que cet enfant a réellemant les signes de sa mission, elle l’emmène à la pagode, lui fait apprendre les rits et les prières du culte auquel il doit présider, et le met en possession de toutes les prérogatives du grand-lama. Ces prétendnes transmigrations lamanesques s’opèrent ordinairement dans le Thibet : celui qui en est favorisé est appelé par les Chinois, Ho- foo ou Foo vivant (fo, foo, foi, signifient feu).
« Le lama du Grand-Cour en jouit peut-être de la puissance la plus absolue qui soit dans le monde. Tous ces peuples innombrables qui viennent lui rendre hommage, se regardent comme ses sujets, et croiraient commettre le plus grand des crimes, s’ils résistaient à sa volonté : il n’aurait qu’à commander, et à l’instant toute la Tartarie, ébranlée dans ses profondeurs, depuis la mer du Japon jusqu’aux montagnes du Turkestan, se soulèverait à sa voix; ces hordes nomades, poussant devant elles leurs troupeaux, emmenant à leur suite leurs femmes et leurs enfants, n’auraient qu’un cri, qu’un élan pour se ruer comme des bêtes fauves vers le but assigné à leur dévastation
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par celui qu’elles révèrent comme leur divinité vivante. Ce fut peut-être ainsi que s’accomplirent, sous l’inspiration de lamas inconnus, ces inondations de Barbares par lesquelles l’Europe fut ravagée à diverses époques. Depuis bien des années, ces peuples paraissent dormir en paix : aucun bruit de guerre ne les agite. Cependant, quand on entre dans leurs confidences, on voit qu’ils nourrissent leurs loisirs de belliqueux projets d’envahissement et de domination : ils se repaissent de certaines traditions qui leur promettent encore de fabuleuses conquêtes ; petits et grands, tous sont dans cette croyance et en font le sujet favori de leurs entretiens; c’est comme un bruit vague, un bourdonnement sourd et prolongé, qui se transmet de tente en tente, et retentit continuellement comme un immense et lointain orage. A les en croire, le moment fixé pour une levée en masse ne paraît pas éloigné. »
Ainsi, les traditions de ce peuple vont de pair avec la science de nos érudits de premier ordre, et il est encore soumis aux influences qui, déversant autrefois l’Asie sur l’Europe, firent de Y Ile du Palais le centre d’une Lamaserine kimrique , qui a prolongé la trace défigurée de son existence jusqu’en 1^89 , époque à laquelle Paris a seulement cessé d’être exclusivement soumis au pouvoir sacerdotal, revêtu des formes de la féodalité.
Du reste, chacun maintenant concevra facilement comment Paris et Lassa ont pu appartenir à un même peuple , adorateur du soleil ; comment cet astre qui couvre la terre de ses feux comme le mar ou mari enflamme son épouse; comme le mâle couvre la femelle, alors que ce mot qui s’écrit mal en celtique, est le mot Lam, Lama des Orientaux; chacun , dis-je , concevra facilement de quelle manière le soleil a pu être adoré en Gaule comme
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Mar , Mari , du principe humide, sous les noms de Maris, et de Paris , ce dernier signifiant père ; tandis qu’il continue à recevoir chez les Kimris d'Asie, comme le mâle par excellence, mais sous les noms de Lam, de Lama, de Dalai-Sem , de Dalai-Lama , des adorations semblables à celles qui lui furent aussi prodiguées longtemps parmi nous à Fesprit-matière.