COMMUNES
Agon. — Commune du canton de St-Malo-de-la-Lande, arrondissement de Coutances. Cette paroisse était, depuis 1026, sous la dépendance du duc Richard 11, qui la donna, en dot, à sa femme Adèle, fille du roi Robert. (Spicilège d'Achery, viii, 203). S'il n'est pas possible d'affirmer que de cette seigneurie partit uq guerrier pour la Conquête, du moins, on peut très raisonnablement supposer que Gtt///aume d'Agon, moine du Mont St-Michel (voir ce mot) et délégué par Tabbé Ranulphe, neuvième abbé de ce monastère, était originaire de cette paroisse. Le passage suivant est emprunté à Dom Huynes (voir le ms. 209 de la Bibliothèque d'Avranches et plus spécialement D. Huynes, Histoire Générale de TAbbaye du Mont Saint-Michel, édition de M. Eugène de Beaurepaire, i, 239) : « Quatre des religieux que Ranulphe, neufviesme abbé du Mont, envoya en Angleterre avec des navires pour ramener Guillaume le Conquérant, duc de Normandye et roy d'Angleterre, furent faicts abbés en la ditte isle... Guillaume d'Agon fut abbé de Cerneliense. » (Sur la question de savoir si la mission fut envoyée avant ou après la Conquête, voir Etienne Dupont, Le Mont Saint-Michel et les Pays Etrangers, Bruxelles : Schepens, 1902, pp. 25-26-27). Un des Seigneurs d'Agon obtint d'importantes concessions dans le comté d'York ; (de Gerville).
Aigneaux. — Commune du canton de Saint-Lô (même arrondissement). La famille d' Aigneaux paraît avoir donné
un guerrier à la Conquête ; en effet, cent ans environ après la bataille d'Hastings, Henri d'Aigneaux accompagnait Henri II, dans un voyage que le roi d'Angleterre faisait en Normandie (1170). « In mense februarii mdlxx, submersi sunt in una e suisnavibus Henricus de Agnis, nobilissimus baronum Angliae cum duobus filiis suis. (Benoit, abbé de Peterborough : Vie de Henri II).
Le Domesday Book ne fait pas mention de cette famille ou, du moins, il ne la désigae que sous un prénom inconnu ; mais le Liber Wintoniœ mentionne un Peirus Agnell et un Pelrus de Agnellis : Habet in Wunegrestret. Rt:!dd. comiti de Clara xi j. den. — Alwin Steward solebat ei reddere v j. den. ex alia parte iv sol (p. 553. 2^ partie). La liste de De Magny mentionne Herbert Aigneaux, et celle de De La Rue Sainte Marie d'Aigneaux.
La famille d'Aigneaux est certainement originaire du Cotentin. Elle possédait une baronnie, voisine de celle de Saint-Lô. Ses seigneurs très puissants et fort riches firent d'importantes donations à de nombreux établissements religieux, en Normandie.
11 parait certain que le château primitif d'Aigneaux se trouvait sur l'emplacement même du manoir actuel, c'està-dire dans une position très forte, dominant la vallée de la Vire.
Angey. — Commune du canton de Sartilly, arrondissement d'Avranches. Nous hésitons beaucoup à y placer le berceau à^Ansger, A nsgerius ou Ansgeridus^ qui sous-tenait dans le Devonshire : (Domesday Book, Devonshire, folio 106 b. 107-108) de la baronnie de Baudouin le Vicomte. En effet, ce Baudouin, appelé aussi de Meules ou d'Exeter possédait des biens en Haute-Normandie. Il serait donc raisonnable de rechercher dans ce pays plutôt qu'en Basse-Normandie le berceau de cette famille. De plus, les Anger, Angey, Angerville, Angestot sont nombreux en Normandie, La paroisse d'Angey, qui nous occupe, possédait un assez vaste logis, dont l'entrée était couronnée par un cintre d'un bel effet. En faveur d'Angey, près de Sartilly, on peut dire
que cette paroisse n'est pas très éloignée de Sainl-Pierre- Langers (voir ce mot), origine très probable du Saint Pierre de la Conquête (12 kilomètres). Ce Saint Pierre était venu en Angleterre à la suite de Hugues, comte d'Avranches. (D'après Léchaudé d'Anisy, Ansger, Ansgerus, Ansgerius T. de R. dans le Devonshire, le Somersetshire et le Dorsetshire. Cet Anger serait originaire de la paroisse de Montaîgu-les-Bois (voir ce mot). Il était le parent, sinon le frère, de Drogon de Montaigu. Cf. : Léchaudé d'Anisy : Recherches sur le Domesday Book, p. 180. On trouve un Angers dans la liste de Leland.
Anneville ou Anneville-en-Cère, canton de Quettehou, arrondissement deValognes. Les Seigneurs de cette paroisse étaient à la Conquête. (Listes de Bromton : Aundevigle.) Le nom de cette famille a un peu varié : Ansleville, Ansneville, Asneville et enfin Anneville. Le Domesday-Book mentionne 1° Ansleville (Humfridus), qui sous tenait d'Eudon Dapifer, dans le bourg d'Hertford, deux maisons et un jardin. 2" Ansleville (Wilhlmus) qui sous tenait de la baronnie du comte Roger à Avon, un manoir, une hyde de terre et treize acres de pré. Léopold Delisle mentionne Honfroi d' Ansleville et Guillaume dWnsleville ; c'est WAundevyle de Bromton, écrit suivant la prononciation normande.
Ces deux sous-tenants étaient probablement frères, et, par conséquent fils de Sanson d' Anneville, écuyer de Guillaume le Conquérant, au quel celui-ci avait concédé la moitié de l'île de Guernesey, l'autre moitié étant réservée à l'abbé du Mont Saint-Michel. La parcimonie du roi Guillaume envers une famille aussi distinguée et qui était très dévouée à son service aurait lieu de nous étonner, si, en étudiant quelques inscriptions du Domesday Book, prises non pas parmi les tenants en chef, mais parmi ceux qui tenaient directement du roi à cause de leur office, nous n'eussions reconnu qu'elles devaient s'appliquer au fils aîné de Samson, écuyer du roi, qui, en sa qualité de tenant en chef de la famille, prit aussitôt après sa mort, sans
doute récente, le titre et le prénom de son père, sous lesquels il était peut-être seulement connu lors de la confection du Domesday-Book. Tel serait : 1° Equarius quidam régis (Bedforshire, folio 218), inscrit comme tenant directement du roi, à cause de sa charge d'écuyer ; 2° Samson, StafFordshire, folio 247 b, également inscrit comme tenant directement du roi, ce qui dénote que, comme le précédent, il était attaché à la maison du Prince. (Cf. Léchaudé d'Anisy : Recherches sur le Domesday. i, p. 187. Consulter également : Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie. I, p. 352). On trouve aussi trace de cette famille dans rîle de Wight et dans le Comté d'York. Richard d'Anneville signa comme témoin une charte de Guillaume de Reviers, comte de Devon, seigneur de Wight en faveur de Tabbaye de Lyre et du prieuré de Carisbrook. Le château primitif d'Anneville était sur une motte s'élevant dans une prairie traversée par la Cère et connue aujourd'hui sous le nom de Pré de la Motte.
Appeville'la-Haye. — Commune du canton de la Haye de Puits, arrondissement de Coutances. Cette paroisse est certainement le berceau de la famille Appeville. (Gautier d'Appeville : Liste de L. Delisle). Wallerus de Appeville sous-tenait dans le Kent, de la baronnie de Tévêque de Bayeux, le domaine de Fulcheston. La Normandie renferme trois paroisses du nom d'Appeville ; Tune dans l'Eure ; l'autre dans la Seine-Inférieure ; la troisième, celle qui nous occupe, dans la Manche. Les deux premières doivent être éliminées. (Se rapporter aux excellentes raisons données en faveur d'Appeville (Manche) par M. Léchaudé d'Anisy ; Recherches sur le Domesday, i, p. 190) : « Quant aux Appeville, seigneurs de la paroisse d'Appeville, canton de la Haye du Puits, la charte de fondation de l'abbaye de Lessay nous apprend queTurstin Hadulph, ainsi que son fils Eudes donnèrent, en 1 126, à ce monastère, tout ce qu'ils possédaient, tant en églises qu'en terres « in Apavillà et in Osulfi villa et aliis mennillis quœ ad Apavillam pertinebant. « Quoique Turstin fut, alors, évidemment,
le seigneur d'Appeville, il n'en prit cependant pas le nom ; mais il est probable que ses descendants le portèrent plus tard.
Ardevon. — Commune du canton de Pontorson, arrondissement d'Avranches. Cette paroisse a joué un rôle très important dans l'histoire du Mont Saint-Michel. Peut-être a-t-elle donné un guerrier à la Conquête : Robertus de Aloers. Il tenait en chef une maison à Northampton (Northamptonshire, fol. 219). D'après les notes manuscrites de l'abbé De La Rue, ce Robert d'Alvers était d'origine française et aurait été la souche d'une famille d'Auvers d'Angleterre qui s'est maintenue dans ce royaume jusque vers la fin du xv!!*^ siècle. Il y a une commune d'Auvers, canton de Carentan, arrondissement de St-Lô ; une autre près de Sablé (Sarthe) : Auvers le Hamon : l'un de ses seigneurs, au xii^ siècle, s'appelait Robert cf Auvers. Là, peut-être, est le berceau du Conquérant ; mais Ardevon peut le revendiquer aussi. Nous trouvons dans un manuscrit du Mont Saint- Michel (Livre des Cens et Rentes) traces d'une famille d'Auvers, d'Ardevon : mais c'est une indication bien faible ; l'origine sablaise nous semble beaucoup plus probable. Un champ d'Ardevon s'appelle le champ d'Auvers.
Argouges. — Commune du canton de Saint-James, arrondissement d'Avranches. Cette paroisse possède le Logis du Gault, désigné probablement dans une charte du père de Guillaume le Conquérant, par le mot Goolt. La liste de De La Rue mentionne un d' Argouges. Cette paroisse a-t-elle vraiment donné un guerrier à la Conquête ? D'après Mathieu Paris, un Gaunt aurait accompagné le duc Guillaume dans son expédition : « M. de Gaunt qui venerat in Angliam ad conquestum et acceperat in sorte retributionis post victoriam,.. » Ce Gaunt figure dans les listes de Leland et d'André Duchesne. La commune d'Argouges est située presqu'à la frontière des provinces de Bretagne et de Normandie, et l'abbé Desroches, dans son Histoire du Mont
Saint-Michel et du Diocèse d'Avranches, remarque avec raison que le Domesdaj-Book ne contient pas les noms des Seigneurs normands qui habitaient la frontière de Bretagne, exception faite, cependant, pour le seigneur du Gault. L'abstention à la Conquête des seigneurs normands voisins du territoire breton s'explique très facilement par ce fait que les seigneurs de Normandie étaient contraints à rester chez eux pour y contenir les Bretons toujours prêts à envahir la Basse Normandie. (Cf. Etienne Dupont, Les Seigneurs Bretons à la Conquête de TAngleterre.) On sait que le Duc-Roi édifia, pour ce motif, un château-fort, très important, à Saint-James (Manche) : « Circa vero eamdem ecclesiam ego, Willelmus, successor eorum, Northmanorum dux et, per Dei misericordiam, Anglorum rex effectus, bellis ingruentibus, ob meae terrae defensionem, cum locum magis idoneus ad id videretur, castellum extruxi. (Cartulaire du Mont Saint-Michel, Bibliothèque d'Avranches, ms. 210.) 11 nous semble toutefois difficile, en Tabsencede textes probants, d'affirmer que le Gault, de la Conquête, était originaire d'Argouges. M. de Caumont mentionne sur sa liste : clArgouges. D'après de Magny (Nobiliaire de Normandie, p. 162j, Raoul de Guiton suivit Guillaume, qui le gratifia d'importants domaines dans le Comté de Devon, in agro devoniensi. Ses descendants auraient patronné le prieuré de Stoke.
Avranches, — Chef-lieu d'arrondissement du département de la Manche. Cette commune est située à l'extrémité ouest du rameau granitique qui se détache, près de Mortain, d'une des principales branches des coteaux de Normandie. Cette petite ville (7.500 habitants) domine de près de 120 mètres la baie normanno-bretonne, au fond de laquelle se dresse, splendide et colossal, le Mont Saint- Michel. Treize kilomètres environ, à vol d'oiseau, séparent Avranches de la vieille abbaye-forteresse.
Les souvenirs anglo-normands abondent à Avranches. Nous allons en mentionner quelques-uns. Il est certain, tout d'abord, qu'Avranches possédait, dès le x*" siècle, un
château dont Torigine même remontait à RoUon. Le duc aurait donné Avranches à Ansfroi Je Dane, avec le titre de Vicomte. Dans ce château, Guillaume séjourna, lors de son expédition contre Conan de Bretagne, (1064). Quelques auteurs, Augustin Thierry entre autres, prétendent même que Harold prêta dans le château d'Avranches son fameux serment. Le Héricher, lui aussi, a essayé de soutenir cette thèse, en tirant surtout argument de ce que Guillaume de Poitiers et Ordéric Vital placent ce serment avauL Texpédition de Guillaume contre le duc de Bretagne ; mais, la Broderie de Bayeux est le meilleur argument que Ton puisse invoquer pour établir que le serment d'Harold fut prêté à Bayeux même. On lit, en effet, sur la Broderie : « Hic Willemus venit Bagias, ubi Haroldus sacramentum fecit Willelmo duci », inscription qui coïncide parfaitement avec ces vers du Roman de Rou :
A Baiox cen souloient dire Fist assembler un grand concile Tons les corz saings fist demander Et en un lieu tous assembler.
Avranches, à notre avis, ne saurait donc réclamer l'honneur d'avoir entendu Harold prêter son serment ; mais, le passé de cette petite ville est assez riche en souvenirs, pour qu'Avranches n'ait point à regretter de n'avoir pas été le témoin de cette grande scène historique.
Quelques auteurs prétendent encore que c'est au château d'Avranches que Guillaume arma lui-même Harold chevalier. Ordéric Vital et le Roman de Rou y placent cette scène fameuse, elle aussi, avant la guerre contre Conan. Wace s'exprime ainsi :
Il (Harold) fu al duc amenez
Kl à Avranches dune estoit
Et a Bretaigne aller devait, (R. de R. vers 13.772),
Mais, toujours d'après la Broderie de la Reine Mathilde, Guillaume n aurait armé Harold chevalier qu'après l'expédition de Bretagne, ce qui parait beaucoup plus vraisemblable et bien plus logique, le duc ayant voulu honorer la
vaillance de son compagnon après l'entreprise guerrière seulement, c'est-à-dire après Tépreuve de ses qualités de soldat.
Mais, le château d'Avranches évoque surtout et en première ligne le souvenir d'Hugues d'Avmnches.
Hugues d'Avranches tenait en chef et par baronnie quatre hydes, moins une vergée de terre à Bichetonne. (Hants, folio 44.) Cf. : Recherches sur le Domesday, par MM. Léchaudé et de Sainte-Marie, i, pp. 241-242. L'étude très complète que ces auteurs font dans leur ouvrage de Hugues d'Avranches ou Hugo Comes redresse plusieurs erreurs commises par des historiens anglais et établit une généalogie qui nous parait indiscutable. Il tenait en chef dans le comté de Berks, deux seigneuries : dans le comté de Wiltz, six seigneuries ; dans celui de Dorset, quatre seigneuries ; dans celui de Buckingham, trois seigneuries : dans celui d'Oxford, cinq seigneuries ; dans celui de Gloucester, deux seigneuries et deux manoirs ; dans le comté de Huntington, deux seigneuries ; dans le comté de Northampton, dix autres seigneuries ainsi qu'une maison de la valeur de quatre deniers ; dans le comté de Leicester, il tenait, de la même manière, vingt-et-une seigneuries ainsi que dix maisons dans la ville ; dans celui de Warwick, une hyde et trois vergées de terre ; dans le comté de Chester, il tenait comme comte palatin de Chester et au même titre et droit que la couronne d'Angleterre était tenue par le roi, quarante deux seigneuries et jouissait, en outre, d'une redevance sur la ville de Chester.
C'est un point assez délicat que de savoir si ce fut Richard ou son fils Hugues qui assista à la bataille d'Hastings. Wace dit :
D'Avrancin i fut Richard.
L'annotateur du Roman de Rou prétend que c'est une erreur. D'après lui, (t. ii, p. 242), ce ne fut point Richard d'Avranches, mais bien son fils Hugues, dit le Loup, qui assista à la bataille d'Hastings.
Cette assertion nous parait contestable. Il ne faut pas oublier en effet que Richard Goz (voir Troisgots) qui avait épousé Emma de Conteville, fille d'Harlette, mère du Con-
quérant, détenait à titre personnel la dignité de vicomte d'Avranches. Or, Richard existait encore en 1082 et Hugues, son fils, ne pouvait porter le nom d'Avranches, du vivant de son père, en 1066.
Il y a donc de fortes présomptions pour que ce soit Richard qui ait accompagné le Conquérant. Si les domaines qu'il reçut de Guillaume ne sont pas inscrits à son nom dans le Domesday, c'est qu'il mourut avant la confection du Livre. Le Domesday les porta au compte de son fils, en qualité d'héritier.
Hugues d'Avranches, dit le Loup, ne rejoignit le duc qu'après la bataille d'Hastings ; mais, sa valeur personnelle, son habileté politique, son entendement dans les affaires firent de lui un auxiliaire des plus précieux pour Guillaume. 11 en fut amplement récompensé : « Hugh de Abrincis, or Avranches, surnamed Lupus, received the earldom of Chester from the Conqueror A. D. 1070, to be held as free by the sword as the king held England by his crown » : — tam libère ad gladium sicut ipse rex tenebat Angliam ad coronam. » Hence, in Cheshire it is not said : « Hugo, comes, tenet de rege », but « tenet in dominio » and the tenants in capite of that county are entered in like manner as holding not de rege, but de comité. (Sir H. Elly's Introduction and Indexes to Domesday-Book).
Hugues d'Avranches fut un prince fastueux, ami de la pompe et des cérémonies grandioses. On sait qu'il avait créé douze barons, appelés ses pairs, et qu'il eut une cour souveraine particulière. Il eut l'occasion de la tenir à Avranches. C'est lui, en elîet, qui donna l'hospitalité dans le château d'Avranches au duc Henri, fuyant devant ses frères :
Li quens Hues le hébergea
A Avranches où il torna. (Wace, R. de R.)
Il est probable également qu'il y reçut Guillaume le Roux, quand celui-ci, aidé de Robert Courte-Botte, assiégea le Mont St -Michel. Avranches était alors le quartier général du roi d'Angleterre :
A Avranches li Reis estoit
Et a Genest li duc estoit.
(Genêts : petite bourgade située à environ quatre kilomètres du Mont St-Michel, sur le bord même de la grève. Henri II y coucha au cours même de son voyage au Mont Saint-Michel, en 1166). « Cause vero orationis ad Montem Sancti Michaelis veniens, apud Genecium, illi nocte hospitatus est. » (Ch. de Robert de Torigni : Ed. L. Delisle, I, p. 362.)
Est-ce à Avranches qu'il faut placer le berceau de Roger d'Arundel, guerrier de la Conquête? Peut-être.
Roger d'Arundel t. e. c. et par baronnie dans le comté de Dorset, Windelham, Melebrerie, Celberge et dix autres seigneuries, un manoir à Pidric qui, t r. e., dépendait de Tabbaye de Winchester. Il t. e. c. dans le Sommerset Halse, Hiwis, Willageton, Distone, Chigt et quatre autres seigneuries. (Cf. Domesday-Book : Dorsetshire fol. 77 b. et 82 b. ; Somersetshire, fol. 89 b. et 94 b. Add. Exon. Domesday. Dorsetshire folios 18-19-21-22-44-45-46 et Somersetshire 67-74-410-415-473-478-484-487. Voir aussi Domesday d'Exeter).
Cet Arondel, d'après les Baronages anglais, notamment Edmonson (Bar. Gen. vol. 4), aurait été la souche des Arondel de Wardone et des Arondel de Trevice.
M. Léchaudé d'Anisy (Recherches sur le Domesday- Book, I, p. 216-217) résume ainsi les recherches qu'il a faites sur cette famille. « Les premiers documents que nous avons pu trouver en Angleterre sur cette fami-lle ou mieux sur les descendants de Roger d' Arundel ne remontent pas avant la cinquième année du règne d'Etienne, en 1140. On voit seulement qu'un Robert d'Arundel, sans doute fils de Roger, paya pour le Dangelt 58 sh. et qu'il donna Tégîise de Dissam ainsi que deux hydes de terre aux chanoines de Taunton. En 1260, nous trouvons un Raoul d'Arundel, shérilf du comté de Cornouaille. La séparation des branches n'eut réellement lieu qu'en 1543, à la mort de Jean qui, par son mariage avec Eléonore, fille de Sir Guillaume de Lambourne, avait eu deux fils : 1° Jean, l'aîné, dont les descendants les Lanherne et les Trerice, confondus jusque là, devinrent plus tard barons Arundel de Trerice. 2° Thomas Arundel, son second fils, auquel il donna le
château de Wardour au Comté de Wilts, d'où sortit la branche de Wardour. Enfin, il y eut encore une autre branche anglaise du nom d'Arundel, sortie de Fitz Alan, comte dWrundel. Elle se termina avec Jean II, en 1415. En France, cette famille semble éteinte dès la moitié du XIII® siècle.
La famille Roger d'Arundel parait avoir été nombreuse en Basse-Normandie. En 1158 figure un Arundel dans la liste des barons rendant hommage à Robert, abbé du Mont Saint-Michel. Un manuscrit de cette abbaye mentionne également ce nom dans Tétat des tenures féodales possédées à Saint-Germain sur E ou Ay par Tabbaye du Mont (1239). Les Arundel y sont prénommés Gaufridus, Robertus, Willelmus, Thomas, Umfridus, Nicholaus, etc.
Ces textes militeraient en faveur d'une origine basse-normande, environs du Mont Saint-Michel, Avranches, etc. Mais, nous retrouvons ce mot dans d'autres documents. Une bulle d'Innocent IV nous fait connaître que l'église de Saint Nicolas d'Arondel, située dans le département de rOrne, fut donnée à l'Abbaye de Silly. Vers 1202, un Guillaume d'Arondel était trésorier de l'évéché de Lisieux. Au pays de Bayeux on trouve aussi des Arundel. Une pêcherie voisine d'Isigny est appelée pêcherie d' Arundel. (Cf. Léchaudé d'Anisy : Les Anciennes Abbayes de Normandie ; sur Guillaume Arundel, ii, pp. 28, 112, 350, 388, 451 ; sur Hugues, p. 388 : sur la pêcherie, p. 445). Un moulin, dit moulin d'Arundel, était situé à l'embouchure de la rivière de Guines, dans l'Orne. (On consultera aussi avec intérêt le Magnus Rotulus Scaccarii Normaniiae, dont un fragment est reproduit dans l'ouvrage que nous venons de citer, II, p. 348. La première fraction de ce relevé renferme une partie du compte annuel de Guillaume, comte d'Arundel. Enfin, dans la généralité d'Alençon, De Marie signale, en 1667, une famille noble de Bonvost ou Bonvoust, ayant les mêmes armes que les Arundel (argent à six hirondelles de sables, trois, deux et une, à deux faces d'azur. Les Bonvost avaient-ils ces armes par alliance ou autrement ?
En faveur de l'Avranchin, nous dirons que le nom
d'Arundel est très fréquent dans ce pays, notamment sur la côte ^Dragey, Genêts, Bacillj, Vains). Une famille Arondel des Vaux a eu des représentants jusqu'à nos jours.
On voit que Torigine des Arundel est loin d'être déterminée. Peut-être, après tout, n'est-il pas trop téméraire de croire que les Arundel étaient originaires de Subligny, lieu dit de la Bréhoulière (voir au mot : Subligny).
Avranches fut encore le théâtre de plusieurs événements qui se rattachent à l'histoire d'Angleterre, particulièrement au règne de Henri II, mais ces faits n'ont pas trait à la Conquête. Aussi, nous ne les mentioanons même pas dans cette étude spéciale.
Le château d'Avranches a presque entièrement disparu ; les fortifications bien conservées qui dominent la profonde vallée de la Sée et sur lesquelles on remarque des mâchicoulis et des contre-forts, datent du xiii® siècle. C'est à grand peine si l'on peut découvrir dans le donjon (au nord de l'Hôtel-de-Ville actuel) quelques traces de l'ancien château roman qui était le point culminant des fortifications et le cœur même de la défense. Ajoutons que l'on peut voir à Avranches, sur la place dite « la Plate-forme » rjOO"^ au dessus du niveau de la mer) une dalle en pierre sur laquelle est gravé un calice. Cette pierre est entourée de bornes, reliées entre elles par des chaînes. Une colonne brisée porte, sur une plaque de métal, l'inscription suivante : « Sur cette pierre, ici, à la porte de la cathédrale d'Avranches, après le meurtre de Thomas Becket archevêque de Cantorbéry (20 décembre 1170), Henri 11 reçut des légats du pape, la bénédiction apostolique, le 21 mai 1172. » La présence à Avranches du roi, à cette date, est indiscutable ; mais, le fait est justement controversé.
La liste de Leland mentionne un guerrier dont le nom Daverenges rappelle singulièrement Avranches. Nous trouvons aussi trace en Angleterre de deux familles portant le nom d'Avranches. La première a pour origine Guillaume d'Avranches, premier du nom, mort en 1087. Elle s'éteignit avec Guillaume, quatrième du nom, en 4235. Cette famille possédait en baronnie le domaine de Folkestone, dans le
comte de Kent. Elle portait d'or à cinq chevrons de gueules.
L'autre famille tenait le manoir d'Everinge, (corruption du mot Avranches, les Avranchinais eux-mêmes prononcent Avranges), en Altham. Le manoir familial fut vendu en 1688 par John Evering. Cette famille portait d'argent à trois chevrons de gueules.
Bacilly. — Commune du canton de Sartillj. arrondissement d'Avranches. Desroches (Histoire du Mont Saint- Michel, 1, p. 179) prétend que cette paroisse a donné un seigneur à la Conquête et cite comme références : Paris, Bibliothèque Royale, dépôt des manuscrits, gros registre n° 9.849, p. 10, intitulé : Ancien dénombrement des fiefs de Normandie. Ce seigneur avait, dit-il, pour nom Roussel de la Rousselière. Il figure aussi dans la liste d'André Duchesne. D'après certains auteurs, ce Roussel serait la tige des ducs de Bedford. La Rousselière, appelée aussi Chantore, est située à environ douze cents mètres au sudest du bourg de Champcey, un peu sur la droite de la route de Saint-Jean-le-Thomas à Montviron. Le château actuel date de 1780 ; on remarque encore quelques débris de l'ancien château dans les prairies de la ferme, sur le bord de la petite rivière l'Aire qui se jette à Genêts.
Barenton. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Mortain. Ce pays, nous ne disons pas à dessein cette paroisse, est très probablement le lieu d'origine du conquérant Verdun ou Verdon qui figure dans presque toutes les listes (charte du monastère de Saint-Martin-la- Bataille) Verdoun (Bromton), Werdoua (Lelandj, de Verdun (note de l'abbé Delarue). Bertrand de Verdun (Léopold Delisle). Si le nom de Verdun n'est pas celui d'une commune du département de la Manche, du moins, il est à peu près certain que le berceau de cette famille se trouve dans le pays de Barenton, ancien comté de Mortain. Elle y possé-
dait, en effet, plusieurs fiefs. Il est vrai aussi qu'elle en avait dans TAvranchin, (voir à ce propos le Cartulaire de l'abbaye de Savignj\ notamment aux Biards (Cf. ce mot;. Sous Guillaume le Conquérant, Bertrand de Verdun possédait Férucham, dans le comté de Buckingham. Son successeur Norman de Verdun épousa Lesceline, fille du trésorier de Henri P'". En 1176, on trouve un Bertrand de Verdun, grand justicier d'Angleterre (Cf. Roger de Howeden, ap. Sevil, p. 3j3, cité par de Gerville.)
Barneville-sur-Mer. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Valognes. La liste d'André Duchesne porte Barnevaky celle de Leland Bernevale^ celle de Bromton Bemevile : c'est le lieu d'origine des Barnevyles d'Angleterre. Robert de Darneville figure dans un traité passé entre les Anglais et le roi Guillaume d'Ecosse (1175). Le texte rapporté par Roger de Howeden^ op. SaviL p- 308 démontre que des Barneville s'établirent en Ecosse, après la Conquête. Il est probable que l'ancien château s'élevait, au xi' siècle, tout près de l'église actuelle, un peu à l'est, sur un tertre appelé aujourd'hui le tertre à Mallet.
Beauchamps. — Commune du canton de La Haye- Pesnel, arrondissement d'Avranches. Elle s'étend sur un plateau assez élevé, qui s'incline vers la rivière l'Airou et qui est coupé de l'est à l'ouest par la route de Villedieu-les- Poëles à Granville. Beauchamps est le berceau de Hugues de Beauchamps qui commandait à la Conquête les troupes du Val de Sienne. (La Sienne est une rivière prenant sa source dans le Calvados, auprès de la Forêt de St-Sever. Elle arrose Villedieu, Gavray, Cérences et se jette, dans la Manche, à l'estuaire de Régneville).
Beauchamps est cité dans toutes les listes : Bellamy, Balknape, Beauchamps, dit la Charte de l'Abbaye de la Bataille :
Aveiiel et Paynel Paynver et Pcrdrel
Rivers et Rivel Bcauchamps et Beaupel,
disent Bromton, Leland et André Duchesne. Léopold Delisle mentionne Hugue de Beauchamp. Beauchamps figure dans le Domesday sous le nom de Hugo de Beauchamp, comme tenant en chef dans trois comtés et comme sous-tenant dans huit places de Hertfordshire. (Introd. to Domesday by Sir H. Ellis, t. i, 379, t. ii, 295. Voir aussi Masseville, I, p. 199 et Banks, Roll of Battle Abbey, Extinct Peer, ii, 651).
« Je n'essaierai pas, dit M. de Gerville (De Gerville, Recherches sur les Anciens Châteaux de la Manche, p. 71) de suivre cette famille dans ses différentes branches de barons ou de titres supérieurs, tels que ceux de comte de Warwick et de Worcester et plus de dix branches différentes de barons. Il suffit de dire avec Banks que, par une suite non interrompue de grands hommes, les Beauchamps s'élèvent à une grandeur peu inférieure à celle de leurs souverains. » Le même auteur place le château, berceau de la famille, au haut d'un coteau, au pied du quel coule la rivière l'Airou (voir La Lande d'Airou), à la limite des cantons de Yilledieu, la Haye-Pesnel et Gavray.
Comme on le prévoit, il ne reste plus rien du premier château-fort de Beauchamps, sinon un bloc de maçonnerie que Le Héricher (Le Héricher, Avranchin Historique et Monumental, ii, 6) signalait, vers d846, dans les termes suivants que nous reproduisons, parce que, même de nos jours, la description est exacte : « La gloire de Beauchamps, c'est l'illustre famille de ce nom que rappellent les vestiges de son château. Une magnifique position naturelle, un cap qui se projette vers l'Airou, en ondulations étagées, en face des croupes que couronnent l'église et le château de Dragueville fut l'emplacement de la forteresse. Le plan général est celui du promontoire ; c'est un arc dont la corde représente la partie accessible. La courbe de l'arc est un musoir très escarpé, baigné par des eaux naturelles ou artificiellement amenées. » On remarque encore une espèce de bastion dont la forme et la maçonnerie annoncent le xvii"^ siècle, date qu'on lit sur un des bâtiments
de la ferme. La chapelle qui existait dans Tintérieur fut transportée en dehors de Tenceinte, du côté du nord, un peu avant la Révolution. Elle n'existe plus. Ce château, au cours des siècles, subit de très nombreuses vicissitudes. Nous signalons, ici, le fait le plus important : En 1419, le roi Henri V donna le château de Raoul de Beauchamps à un seigneur anglais. C'était l'époque où un Beauchamps, comte de Warwick, était lieutenant du comte de Bedford, ainsi que le constate le Registre de Torigni : « Ricardus de Beauchamp, comes Warvicensis, locum tenet dicti regentis, tempore Henrici VI, pro campo. » Le Registre de Torigni a été publié par M. Dubosc dans le Journal des Savants de Normandie, n° 1. Ce journal est très intéressant au point de vue philologique, à cause de sa langue hybride.
Beslon. — Commune du canton de Percy, arrondissement de Saint-Lô, berceau d'une famille normande, établie en Angleterre, quelque temps après la Conquête. Les Beslons devinrent seigneurs d'Abergavenny. Beyloun dit Bromton.
Biards (Les). — Canton d'Isigny-le-Buat, arrondissement de Mortain. Si Ton remonte la vallée de la Sélune de Ducey à Saint-Hilaire-du-Harcouët, on traverse, à peu près à mi-chemin, la commune des Biards, rattachée actuellement à l'arrondissement de Mortain, limitrophe de celui d'Avranches. Cette commune se trouve dans une contrée pittoresque et sauvage, à l'entrée même du Mortainais qui a mérité le surnom de Suisse Normande.
Douze kilomètres séparent seulement les Biards de l'abbaye de Savigny dont on voit encore les ruines, où eut lieu, le 16 mai 1172, une première entrevue entre Henri H, roi Angleterre, et les légats du pape, au sujet du meurtre de Thomas Becket : « Post Pascha, rex audiens duos legatos Albertum et Theodorunum ex parte domini papae Alexandri ad se missos pro causa piae memoriae Thomae,
quondam Cantuariensis archiepiscopi, cum esset in Hibernia, citissime venit de Hibernia in Angliam, de Anglia in Normanniam et praemissis ad eos honorabilibus per^onis, cum eis primo Savignei, postea Abrincis, tertio Cadomi, ubi causa finita est. » (Robert de Torigni, ms. original déposé à la Bibliothèque d'Avranches. Voir aussi Léopold Delisle : Ch. de R. de T., p. 32 et Roger de Hoveden, ii, p. 38.) La liste de Léopold Delisle mentionne comme étant à la Conquête Raoul de Savigiii.
Du cartulaire de Savigni, nous extrayons les passages suivants, qui intéressent l'histoire monastique anglaise :
Ajoutons que le rôle d'affiliation de l'abbaye de Savigni (xii® siècle) mentionne aussi l'abbaye d'Ambresberie, dans leWiltshire : « Ambresberiae terra eccl. t. i. c. » Signalons aussi Terreur de M. Rus, auteur du Topographical and Historical Survey of South Wales, qui place Savigni près de Lyon.
Si, des Biards, on porte les yeux vers l'est, on aperçoit nettement les hauteurs de Mortain (314™' au-dessus du niveau de la mer) ; c'est au château de Mortain que les rois-ducs tinrent souvent leur cour.
Les Biards sont le berceau d'Avenel, qui sous-tenait une demi-hyde de terre à Colardicote, centenie de Cenedrove, dans la baronnie de Roger de Montgommery. (Shrewbury, fol. 259 b.)
La parcimonie du Conquérant à l'égard de la famille Avenel des Biards a surpris, à bon droit, les historiens de la Conquête. Avenel devait être, cependant, un puissant
PROPRIE FILIE
Abbacia de Furnesio, in Anglia.
Abbacia de Neth in Wallia.
A. D. 1120 eod. ann.
A. D. 1133 eod. ann.
eod. ann.
Abbacia de Quarrera.
Abbacia de Cunibamara.
Abbacia de Bildewas in Anglia.
Abbacia de Stratfordia in Anglia.
Abbacia de Buephestia in Anglia.
Abbacia de Coqueshal in Anglia. Abbacia de Bellalanda in Anglia.
seigneur, puisque Wace ne craint pas de le citer tout à côté du seigneur d'Avranches :
D'Avrancin i fut Richard Ensemble od li cil des Biards.
Il est à remarquer aussi, chose assez rare au moment de la Conquête, que le seigneur des Biards portait un nom de famille :
Des Biards i lu Avenel.
Pourquoi Guillaume se montra-t-il si peu généreux, à Tégard de cette famille ? M. Léchaudé d'Anisy (Recherches sur le Domesday, verbo : Avenel, p. 233) émet Fhypothèse que ce simple sous-tenant, guidé par un motif qui nous est inconnu ou préférant peut-être la haute position dont il jouissait en Normandie à celle qu'il aurait pu avoir en Angleterre, n'aura pas voulu rechercher les faveurs du roi-duc et par la suite aura encouru la disgrâce du prince.
Les Biards furent, jadis, une paroisse considérable. Son château-fort commandait Fétroite vallée de la Sélune et donnait, à Fouest, accès au Mortainais. Peu à peu, cette paroisse perdit de son importance, ainsi qu'en témoigne ce dicton normand :
C'est la ville des Biards
Qui, chaque an, décatit d'un liard.
Quelques vestiges de son ancien château, situé au sommet de la colline et presqu'inaccessible du côté de la rivière, se voient encore. Ce château possédait une chapelle dédiée à Saint Nicolas qui est toujours très vénéré dans cette contrée. La liste de Leland mentionne le Sire des Biarz.
Bloutière (La). — Commune du canton de Villedieu les Poêles, arrondissement d'Avranches. Elle est traversée par la rivière la Sienne, qui coule dans de belles prairies, au pied de coteaux boisés.
La Bloutière signifie habitation de Blouet. C'est un nom que l'on trouve assez souvent dans le Domesday Book, sous la forme de Blouet et de Bloët. La liste de Léopold Delisie mentionne : Raoul Blouet, celle de Leland Bluet. S'il
n'est pas possible d'affirmer qu'il y eut à la Conquête un seigneur de la Bloutière, du moins, cette paroisse peut être considérée comme le lieu d'origine de Robert Blouët, évêque de Lincoln, en 1098 : « Dans ce même comté de Lincoln, de grands travaux furent faits par Richard de RoUos, chambellan du Conquérant, homme qui était, suivant un contemporain, un personnage remarquable. » (Le Héricher : Av. H. et M. II p. 674. Voir aussi : Recueil des Historiens de France XI, 156, et Britton's Survey of Lincolnshire p. 505.) Une alliance s'établit-elle entre les familles Blouët et les Rollos, originaire de RouUours, (arrondissement et canton de Vire, Calvados, à environ 50 kilomètres de la Bloutière ? Cela est bien probable. Ce qui est certain c'est qu'on trouve 'les Rollos, seigneurs de la Bloutière, donnant au prieuré fondé en 1199, par Richard de Rollos, les fiefs des Blouët, c'est-à-dire la Bloutière et Bricqueville la Blouëtte, (arrondissement et canton de Coutances.)
Les archives de Saint Lô possèdent un grand parchemin, œuvre de Guillaume Legros, douzième prieur de la Bloutière, qui vivait vers 1371. Il rapporte que « le comte de Sestre Angloys donna par mariage sa fille aînée au Sire de Rollos, joxte chastel de Vire, homme de grande puissance, de sagesse de l'état de guerre et lui donna la baronnie d'un chastel en Flore et en la Bloetière ensemble et le dit chastel de la Bloeter, lequel Rollos était sieur de Bricqueville la Bloète. »
Stappleton dit : « William de Rollos was lord of the castle of La Bloutière and Fleury and subject to render a half a pound of pepper at Gavray. » (Stappleton II, p. 8).
En 1243, Saint Louis ayant accordé aux familles anglonormandes possédant des propriétés en France, le droit d'en disposer en faveur des monastères, Guillaume et Jean de Rollos dont les biens dans la Grande Ile, (l'Angleterre est souvent nommée ainsi et son roi appelé le roi insulaire, dans les Chroniques et Annales du Mont Saint Michel) dont les biens, disons-nous, étaient beaucoup plus considérables que ceux qu'ils possédaient en France, donnèrent ceux-ci au prieuré de la Bloutière.
M. de Gerville fait, à ce propos, une remarque très judicieuse : « Dans un ancien cartulaire de ce prieuré, dit-il, on trouve la preuve d'un fait dont j'ai souvent parlé ; c'est qu'au treizième siècle, quand la Normandie redevint une province de France, beaucoup de seigneurs, forcés d'opter entre ce royaume et l'Angleterre, restèrent dans ce dernier, parce qu'ils y avaient de bien plus grandes ;possessions. Ce cartulaire nous apprend aussi que la faculté d'opter s'est prolongée même jusqu'au milieu du règne de Louis IX dit Saint Louis. » (De Gerville : sur les Anciens châteaux de la Manche, p. 66-67 ; on peut consulter aussi, à la Bibliothèque de la Ville de Caen, la copie du manuscrit de l'abbé de Billy, curé du Mesnil Opac.)
Le château de la Bloutière dont serait parti le Blouët de la Conquête avait disparu dès le quatorzième siècle. Il se trouvait auprès de l'Eglise sur un monticule, au pied duquel s'élevait la chapelle Saint Julien. 11 ne reste plus du prieuré que quelques débris et une maison qui servait d'abbatiale et qui a été édifiée en 1750. La Bloutière possédait aussi le château de la Roche Tesson.
Bohon. — Deux communes contigûes portent ce nom dans le canton de Carentan, arrondissement de Saint-Lô : Saint-Georges-de-Bohon et Saint-André-de-Bohon. C'est le lieu d'origine des Bohons, seigneurs puissants, dont l'un fit partie de l'expédition de Guillaume : Hofifroi de Bohon.'Wa.ce dit Oiifroi de Bohon et André Duchesne, Bohun. Banks appelle Honfroi de Bohon Humplirey le Barbu, parce que, contre la coutume des Normands à cette époque, il portait une longue barbe. Bohon reçut une part assez maigre dans la distribution de Guillaume : une seule seigneurie, celle de Talersfurd, dans le comté de Norfolk ; mais, son fils Onfroy, deuxième du nom, très ami d'Henri P"" dont il devint l'échanson et le sénéchal, agrandit considérablement le domaine paternel, en épousant Marguerite, fille aînée du comte de Hereford. Il possédait dans le Wiltshire le château de Tvobridge. (Banks Ext. Bar. m, 354 : Earls of Hereford). Il figure sur le rôle des fiefs normands dressé en
1172 : « Hunfridus de Bohun, n milites et septimam partem tercii militis et ad suum servicium ii milites. (Recueil des Historiens : xxiii, 694.) Le Livre Noir de TEchiquier, p. 109, contient TétatMes fiefs que tenait Honfroy de Bohon dans le Wiltshire). L'emplacement du château primitif se trouve sur le territoire de St-André-de-Bohon ; la motte est fort bien conservée ; elle est entourée d'un fossé que Ton pourrait inonder ; le pays, d'ailleurs, est très marécageux.
BoUeville. — Commune du canton de la Haye du Puits, arrondissement de Coutances ; son seigneur prit part à la Conquête. On trouve dans la liste d'André Duchesne Botvile et dans la Chronique de Bromton Bolvyle. (Liste publiée par André Duchesne, d'après une charte conservée au monastère de Saint Martin de la Bataille, rapportée dans Script, rerum normann. p. 1023). — Bromton : Ap. rerum anglic. Scrip. I, col. 963. Ed. Selden.
Aucun vestige du château primitif ne subsiste dans cette commune.
Boucey, — Commune du canton de Pontorson, arrondissement d'Avranches. Le Héricher f Avranchin H. et M. II p. 174) y plaçe le berceau des Verdun ou Vevdon qui figurent dans presque toutes les listes. Bertram de Verdun figure comme t. e. c. daas le Buckinghamshire et on dit de son manoir de Ferneham : « de hoc manerio tenet Goisfridus de Manneville dem. hid. de quo desaisivit praedictum Bertranum, dum esset trans mare in servicio regio. Rad. Tailjebosc fecit super terram Bertrani unum molinum. » (Dugd. Bar I. 471) Au nord de l'Eglise de Boucey se trouve la terre de Verdun : dans l'habitation du fermier, on remarque encore un grand cintre semé de boules, qui semble contemporain de la Conquête. Quelques auteurs assignent comme origine des Verdun le pays de Mortain. (Voir au mot Barenton) La branche anglaise de la famille de Verdun portait le nom d'Alditley, qui a été francisé en Audeley.
Bouillon. — Commune du canton de Granville, arrondissement d'Avranches. Elle a joué un rôle assez important dans Thistoire du Mont Saint Michel. Aride et sablonneuse dans sa partie occidentale, montueuse et accidentée à Test et au sud, elle renferme un joli lac, appelé mare de Bouillon, formé par un élargissement considérable de la rivière le Thar.
Masseville cite un Baudouin de Bouillon comme guerrier à la Conquête et le Domesday mentionne comme tenants en chef et comme soutenants dans le comté de Dorset Bollo et Bollo presbyter.
Comme il y a deux communes de Bouillon en Normandie, celle qui nous occupe et Bouillon, canton de Séez, Orne, Fhésitation est possible.
Cependant, nous croyons que le Bollo du Domesday est le Bollo, de Bouillon, (Manche) parce que cette paroisse, à rencontre de Tautre, possédait, dès le onzième siècle, une seigneurie importante. Les chartes du Mont St-Michel en parlent souvent ainsi que les annalistes Dom Huynes et Dom Le Roy. Enfin la charte de donation de TEglise de Bouillon renferme une expression identique à celle du Domesday : « Carta W. episcopi de ecclesia de Bollo. . . . patronus medietatis ecclesiae S. B. de Bollo. » Enfin on conserve dans la commune le souvenir de la terre de Rainfray qui rappelle le Rainfray, du Domesday : « Rainfridus, homo I vonis Taillebosc. » (Lincoln f° 350).
S'il en est ainsi la ferme du Logis où Ton remarque une vieille tourelle à escalier serait le berceau de Bollo, guerrier de la Conquête.
Boulouze (La) . — Commune du canton de Ducey, arrondissement d'Avranches. Son étymologie serait, d après Le Héricher (Av. H. et M. p. 329) BoUo-House, maison de Bollo, Bolle, Bolla, noms très communs dans le Domesday. (Voir au mot Bouillon. j Aucune trace de châtesu, aucun document ne permettent de placer à la Boulouze le lieu d'origine d'un conquérant.
Boutteville. Commune du canton de Sainte
Mère Eglise, arrondissement de Valognes. Elle a donné un seigneur à la Conquête : Botevyle dit Bromton, Bolvile dit André Duchesne. Masseville le cite également. Il reçut des biens dans les comtés de Sommerset et de Bedford (Collinson : III p. 19) L'église de Bouteville est contemporaine de la Conquête ; les traces du château primitif peuvent se découvrir encore sur la terre dite Cour de Bouteville, entre Téglise et le Manoir.
Brécey . — Commune et chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches. Elle s'étend sur les deux flancs de la vallée de la Sée. Son nom latinisé est Breceium ou Burceium, ce qui signifie habitation de Lebrec ou de Burci. C'est sous cette dernière appellation que Serlon de Burci figure comme sous-tenant dans le comté de Sommerset et comme tenant en chef dans ce comté et dans celui de Dorset. Léopold Delisle mentionne Serlon de Burci.
Brécey est dans la liste de Dumoulin (Dumoulin : Histoire du Duché de Normandie p. 188) et dans Masseville. (Masseville : Hist. de Norm. T. I, p. 199.) L'abbé Desroches dit de lui : « Le seigneur de Brécey obtint des concessions dans le Worcestershire, où ses biens sont encore possédés par M. Lygon, membre du Parlement pour cette contrée. » (Abbé Desroches : Hist. du M. S. M. I p. 197.) De Magny indique de Brécey. L'abbé Pigeon dit également : « En 1*)66j le seigneur de Brécey parait dans la liste des chevaliers qui à la suite du duc Guillaume, allèrent à la Conquête de l'Angleterre. Après la bataille d'Hastings, il reçut en récompense des terres assez considérables. » (Pigeon : L'Eglise de Brécey au xv^ sié le.)
Le château actuel de Brécey est du style de la Renaissance, altéré par le dix-septième siècle. Il rappelle un peu celui de Ducey (Voir ce mot). Toutefois son architecture est plus simple que celle de ce dernier. Il date de 1680. Il fut édifié par de Vassy, seigneur de Brécey, qui avait épousé Louise de Montgommery, sœur de Gabriel IL
Mais ce n'est pas au château actuel qu'il faut rechercher
le berceau du guerrier de la Conquête, c'est auprès du vieux bourg de Brécej. En effet, le château primitif était situé sur le bord d'un chemin montais. On appelle dans TAvranchin che>iiin montais (dans les vieilles chartes, quemini monteuses.) les routes qui étaient suivies par les pèlerins se rendant au Mont Saint Michel. Des foules extrêmement nombreuses les sillonnèrent, surtout aux xiii^, XIV*' et XV® siècles. (Cf. Etienne Dupont : Etudes et Chroniques du Mont Saint Michel p. 19). Le château primitif de Brécey était construit sur le flanc d'un petit coteau, baigné par la Sée, que Ton pouvait passer à gué, à un endroit où se trouve aujourd'hui le Pont Roulland. Ce château a entièrement disparu. Nous avons pu cependant, plus heureux que M. de Gerville, en découvrir la trace : un débris de tourelle.
Bréhal . — Commune et chef-lieu de canton de l'arrondissement de Coutances. Li sires de Bréal mentionne la première liste de Leland, le sire de Bréhal, dit Wace. La seigneurie de Bréhal était, au moment de la Conquête possédée par les Paisnel, ainsi que la seigneurie de Hambye. (Voir La Haye Pesnel et Hambye). 11 serait peut-être téméraire de rechercher le seigneur de Bréhal en dehors de sa baronnie ; ainsi le sire de Bréhal et Foulques Paisnel ne feraient qu'une seule et même personne. M. de Gerville croit cependant que Bréhal possédait un seigneur paYticalier au moment de la Conquête, se basant sur ce fait que l'église de Bréhal remonte à une antiquité plus haute que celle de l'abbaye de Hambye. Aucune trace ne peut être relevée d'un château antérieur au xi'^ siècle.
Bricquebec. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Valognes. Un de ses seigneurs, Guillaume Bertrand ou Bertram, deuxième du nom, accompagna Guillaume en Angleterre ; Bertram, dit Leland, Bertram écrivent Bromton et André Duchesne. Wace l'appelle Robert, Robert Bertram qui esteit tors
Mais à cheval esteit mult fort.
Le château de Bricquebec était très important ; il a joué un rôle considérable dans Fhistoire de la Normandie ; mais il a éprouvé des ruines successives. Le donjon est la partie la plus pittoresque : on trouve encore quelques débris pouvant remonter au onzième siècle ; ce sont des fragments de colonnes.
Bricqueville- les -Salines ou Bricqueville-sur- Mer. — Commune du canton de Bréhal, arrondissement de Coutances. Les nombreuses salines qui existèrent sur le littoral jusqu'en 1835 lui ont valu son surnom. De cette paroisse sont venus les Bricqueville (voir aux mots : Laulne, Hambje, la Haye Pesnel). De La Rue mentionne de Briqueville Elle fut longtemps possédée par les Paynels. En 1418, les biens de Nicolas Paynel, resté fidèle à la France, furent confisqués par le roi d'Angleterre Henri V, et le château de Bricqueville fut donné par ce monarque au comte de Huntingdon. A Tinverse de presque tous les châteaux, celui de Bricqueville était construit dans un terrain plat, sur la dune, tout au près du rivage de la mer. Les murs en furent démolis en 1798. Quand M. de Gerville visita Bricqueville, vers 1824, il ne restait aucune trace du château ; seul, le souvenir vivait dans Tesprit des habitants de cette commune. Il n'est pas téméraire de croire que Bréhal, chef-lieu du canton où se trouve Bricqueville, possédait un château au moment de la Conquête. Tout le pays environnant, Bricqueville, Bréville, Cérences, la Meurdraquière, Saint-Sauveur-la-Pommeraye, était possédé par les Paynels, les Bricqueville, les Montgommery, les Pommeroy, cités très fréquemment dans le Domesday- Book. M. de Caumont mentionne sur sa liste de Briqueville.
Brix. — Commune du canton et de l'arrondissement de Valognes. Le département de la Manche peut s'enorgueillir à bon droit d'avoir été le berceau de la famille des Bruces d'Ecosse et d'Angleterre. Le château de Brix, dont
les ruines ont disparu, était situé dans la paroisse de Brix.
A moitié démembré dès le xiii^ siècle, ce château, appelé aussi quelquefois château d'Adam, ne formait plus auxvi® siècle qu'un amas de débris qui servirent à l'agrandissement de réglise actuelle ; mais, par les fondations qui subsistent encore, on juge aisément de l'importance du château dont l'emplacement était admirablement choisi. A l'est s'élève un large monticule, hérissé de rocs, tandis qu'au fond d'un ravin coule une petite rivière. Comme le côté ouest ne présentait pas de protections naturelles, de solides retranchements et de larges fossés suppléaient à ce défaut de protection ; au sud, l'horizon s'élargit et le regard se perd dans une plaine très vaste.
Quel fut le constructeur de ce château? Il est impossible de le dire, mais, il n'est pas téméraire de croire, avec M. de Gerville, que les seigneurs de Brix, qui possédaient en Normandie et en Angleterre des domaines très importants, furent obligés en 1205, quand le roi de France eut recouvré la Normandie, d'opter entre la France et l'Angleterre. Comme ils se décidèrent pour cette dernière contrée, le château fut confisqué et démoli.
Mais c'est une pure hypothèse que d'attribuer la construction de ce château à Adam Bruce qui aurait fait partie sous Louis IX de l'expédition des barons anglo-normands unis aux Bretons contre le château de la Haye-Pesnel. Aucun document n'établit l'existence d'un Adam de Bruis à cette époque ; ce qui paraît certain, c'est qu'il y eut trois Adam, morts en 1144, 1162, 1185. Le premier des trois est mentionné dans l'histoire de Siméon de Durham ; mais, à notre connaissance du moins, il n'est pas cité dans les généalogies anglaises des Bruces. Peut-être, ce fils aîné de Bruce, compagnon de Guillaume le Conquérant, n'aurait-il eut que des propriétés en Normandie ? Dans ce cas, ce serait lui qui aurait construit le château d'Adam ou celui qui mourut en il62.
Quoi qu'il en soit, nous savons que le 12 mai 1194, Richard Cœur de Lion y coucha : « In festo sanctorum Nerei et Achillei apud Portesmuthi navem ascendens, in Normanniam appulit et apud Bruis nocte illa quievit. »
("Mathieu Pârisj. Le 24 septembre 1200, Jean Sans-Terre y passa aussi la nuit. (Itinéraire du roi Jean Sans Terre, Copie des Rolles de la Tour de Londres : communication de M. de Gerville : Archaelogia Londinensis, XXVP vol- 1828.) Le château des Bruces a donc donné l'hospitalité a deux rois d'Angleterre.
Reste à savoir si Robert Bruce, compagnon de Guillaume, était originaire de Brix ? « De la vérité de cette assertion, dit M. Tabbé Adam qui a consacré une petite monographie au château d'Adam Bruce, à Brix, (Cf. Mémoires de la Société Nationale Académique de Cherbourg 1897 p. 17) dépend la vérité de toutes les propositions tendant à démontrer que Brix fut le berceau d'une famille qui fournit à Guillaume un de ses principaux capitaines, à l'Angleterre uns de ses premiers barons, à l'Ecosse le plus illustre de ses rois. »
Il n'est pas douteux qu'il y avait un Bruce, ou Brus, ou Bris à la bataille d'Hastings. Le prologue en vers français des Decem Scriptores Angliae, rapporté par Bromton, enumère
Georges et Spencer Bru§ et Botteler
Wace, dans le roman de Rou et des ducs de Normandie, dit:
Li arehier du val de Roil
A maint Eng'eiz crevèrent l'œil
Cels de Brins
le Robert de Brus mort en 1094 reçut pour sa part 94 manoirs (40.000 acres) dans le Yorkshire.
D'où venait ce Brus ou ce Brius ?. . . Tous les généalogistes lui donnent pour berceau la Normandie : Dugdale, Banks, Collins, Douglas etc. (Voir Monasticon Anglicanum. II 18 — The Cyclopedia Londinensis 1807, verbe Heraldry.) Mais de quelle partie de la Normandie était-il originaire ? Incontestablement de Brix, parce qu'il n'existe, en Normandie, aucune paroisse si ce n'est celle de Brix qui nous occupe, à porter ce nom ou un nom s'en rapprochant. Dans le Spicilège de Dom Luc d'Achery, relatif à la Chronique de l'abbaye de Fontenelle, il est fait mentjon
d'un lieu appelé Brucius, qui est décrit d'une façon si précise qu'il n'est pas douteux qu'il s'agit bien de Brix, appelé au onzième siècle Brucium (L. d'Acherj III 123. — Recueil des Historiens des Gaules et de la France par MM. de Waillj, Delisle et Jourdain, X, p. 270, note A.) Ce nom a été conservé en Angleterre, mais en France il a subi les transformations de la langue : « Le latin, dit M. l'abbé Adam, dans son étude citée plus haut, le latin, usité au huitième siècle fut remplacé dans les siècles suivants par la langue romane qui devint peu à peu la langue Irançaise actuelle. Voilà pourquoi le mot de Bruce fut remplacé au douzième siècle par Brus, Bruis . Brius qui, du reste, est encore entièrement identique au mot Bruce et se prononce de même en anglais. De Brius Brus, Bruis et Bruys, on fit bientôt Bris, Brje et enfin Brix, nom actuel de la paroisse. » (Voir aussi : Etienne Dupont : Le château de Prix :TheScottishHistoncalReview : Glasgow, July 1905.)
Gairon. — Section de la commune de Saint-Pair, canton de Granville et arrondissement d'Avranches ; (Voir Saiat Pair) Guillaume de Cairon figure sur la liste de Delisle, un Karron dans celle d'André Duchesne, un Caronz dans Bromton. Le Domesday rapporte que W. de Caron ou W. de Carun possédait des biens dans le Bedfordshire. Ce seigneur était-il originaire de cette paroisse ou de celle de Cairon ? (canton de Creuilly arrondissement de Caen.) Nous croyons que le guerrier venait de la paroisse qui nous occupe et qu'il accompagnait un seigneur voisin Hugue de Beauchamp (voir Beauchamps;. Ln efi'et Guillaume de Cairon avait des droits sur ce seigneur. Le Domesday Book dit : « Reclamet W. de Caron 40 acras inter planum et sylvam super Hugonem de Belcampo. » (Cf. Domesday, Bed-f. 210. Cairon est quelquefois orthographié Quéron ou Kéron : c'est un nom normand, très commun : Caron, prononcé à la manière saxonne. Le château primitif, s'il en exista, pouvait se trouver sur l'emplacement d'une vieille demeure, connue encore aujourd'hui sous le nom de Prêche aux Anglais.
Cambernon. — Commune du canton et de l'arrondissement de Coutances. Elle a donné naissance à un guerrier de la Conquête. On trouve dans André Duchesne (Ap. Script, rer. norman. p. d023) Chambemoune et dans la Chronique de Bromton Chamhurleyn. (Ap. rerum. angl. Script. I, col. 963, ed. Selden). Ce nom est mentionné aussi dans Hollingshed. Le principal établissement de cette famille, en Angleterre, fut Modbury, dans le Devonshire, où ils possédaient encore North Tauton et Inkworth, auprès de Plymouth. — On distinguait, en Angleterre, des Cambernon de Childay, des Cambernon de Modbury. Elle possédait également dans le canton de Dorcet d'assez grands biens (Britton Beauties of Devon. — Hutchins : History of Dorsetshire, i, 366). L'emplacement du château primitif était dans un clos situé près de Téglise actuelle de Cambernon et nommé encore la Motte.
Gamprond. — Commune du canton de Saint-Sauveur- Lendelin, arrondissement de Coutances. Un de Camprond était à la Conquête. Au xiii® siècle, la famille anglaise échangea une partie de ses biens situés dans la Grande Ile avec la seigneurie de Montaigu-la-Brisette, près Valognes. On remarque à Camprond un retranchement qui pourrait bien être le lieu où s'élevait le château primitif : cette hauteur s'appelle le Hutrel.
Canisy. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Lô. D'après quelques auteurs, Hubert de Canisy était à la Conquête : Huberlus de Caiiesio. (Duchesne : Catal. nobilium qui immédiate praedia a conquistatore habuere. Norm. Scrip. collect. p. 1027.) Le Livre Noir de l'Echiquier mentionne à une époque voisine delà Conquête une famille de Carbonnel ; or, les de Carbonnel étaient seigneurs de Canisy. Les Carbonnel ou Carbonell sont portés sur les listes d'André Duchesne, de De La Rue et de Léopold Delisle. « Durand Carbonnel tenet feodum i militis de Gelfrido de Magnavilla in Essex. (Liber Nig.
Scacc. T. I, p. 229.) L'emplacement de Tancien château se trouve non loin de Thabitation actuelle, en descendant vers la vallée où coule la rivière d'Aure. Le lieu est appelé le Château Robert.
Canville. — Commune du canton de La Haye-du- Puits, arrondissement de Coutances. Un seigneur normand de ce nom était à la Conquête. Il bénéficia d'importantes concessions et sa famille joua, dans THistoire d'Angleterre, un rôle assez important, jusqu'au régne d'Edouard IL (Cf. Masseville, Histoire de Normandie, I, 200. - Taileur, apd. Holingshed. — CoUin's Pecrage 1708, II, 153. — Banks, Ext. Perr. I, 99. — Collin's Peer, by Sir Egerton Brydges, IV, 432, — Beauties of England : Britton's Lincoln'shire, p. 607.
Quel est le lieu d'origine de ce guerrier?
La Normandie possède deux communes appelées Canville : Canvilie-les-deux-Eglises. canton de Douville, arrondissement d'Yvetot (Seine-Inférieure), et Canville, qui nous occupe.
C'est de ce dernier Canville que le conquérant est certainement originaire, d'abord parce que les Canville s'allièrent à des familles établies dans le canton même de La Haye-du-Puits et qu'il est plus rationnel de croire qu'ils prirent femmes chez eux, plutôt que dans le pays de Caux, éloigné de plus de soixante lieues de leur résidence ; ensuite, parce que Canville-les-Deux-Eglises ne renferme aucun château : « J'ai fais faire dans le département de la Seine-Inférieure, dit M. de Gerville, des recherches pour savoir s'il existait à Canville, en Caux, des restes d'un ancien château ou, du moins, des traces de son emplacement. Mon savant ami, M. Auguste Le Prévost, qui recherche les antiquités de la Haute-Normandie avec la plus infatigable persévérance, n'a rien découvert en ce genre. » (De Gerville : Châteaux, Second Mémoire, p. 189-190.) Ce même auteur décrivait ainsi, en 1826, le château d'Ollonde, qui se trouve dans la commune de Canville (Manche). Sa description est encore vraie : « Ce qui reste d'habitable au
château d'Ollonde est converti en une ferme dont la construction remonte, pour la majeure partie, au xvi® siècle. Ce bâtiment, ainsi que ceux de ce temps-là, est plus pittoresque que commode à habiter. En arrière, il est flanqué de tours carrées, qui semblent avoir été entièrement calculées pour la défense. Ces tours et leurs courtines qui forment des angles saillants et rentrants me semblent plus anciennes que la maison manable ; mais, un peu plus loin, on remarque plusieurs mottes ou élévations de terrain qui formaient, je pense, l'emplacement du jardin primitif, dont on voit des pans de murs démolis et dispersés dans les fossés, qui sont encore profonds vers le couchant et qu'on pourrait remplir d'eau très facilement. » (Id. ibid. p. 193.)
Avec M. de Gerville, nous croyons que cette motte, simple et conique, ayant la forme caractéristique de celles élevées au temps de la Conquête, donne l'emplacement exact du château primitif, s'élevant au dessus de la petite rivière de Gris, à la limite des arrondissements de Coutances et de Valognes.
Carnet. — Commune du canton de St-James, arrondissement d'Avranches. — On trouve dans le Monasticon Anglicanum (1, p. 577) un Guiton, fondateur, dans la fin du xi^ siècle, d'une paroisse de Devonshire, appelée aujourd'hui Witon. Est-ce suffisant pour prétendre avec certains auteurs que Carnet, dont les seigneurs étaient les Guiton, serait !e lieu d'origine d'un guerrier de la Conquête ? Il serait puéril de ^affirmer. D'après une note manuscrite de M. Guiton de la Villeberge, rapportée par Le Héricher (Avranchin Historique et Monumental, II, p. 520), le château des Guiton, en Carnet, se trouvait sur un coteau dont la base est baignée par un vaste étang, lequel est contigu à une grande levée, vulgairement appelée la Haye-de- Terre. La liste de Léopold Delisle mentionne Guillaume de Carnet.
Carteret — Commune du canton de Barneville, ar-
rondissement de Valognes. Elle a donné deux guerriers à Guillaume.
De Kartrait Onfrey et Maiii^fier,
dit Wace. André Duchesne écrit Catemy. Les de Carteret ont fait souche à Jersey et en Angleterre. (Cf. Peerage of Coliin, bj Sir F. Brydges, viii, p. 1.) Le château primitif s'élevait dans un champ sur lequel est construit Téglise actuelle ; le sol a été nivelé : au xv!!!** siècle, la tradition rapporte qu'on voyait encore traces d'un tertre et de fossés profonds.
Géaux. — Commune du canton de Ducey, arrondissement d'Avranches. Le Domesday mentionne un GaiUaame de Crlsi : le Cartulaire du Mont (ms. 210, Bibliothèque d'Avranches) appelle cette paroisse Cels. La Hierarchia Neustriae porte : Louis Celsi. Il est très douteux que cette paroisse ait donné un seigneur à la Conquête.
Cérences. — Commune du canton de Bréhal, arrondissement de Coutances. D'après d'Achéry, (Spicilège vu, 203.) Cérences fut donné en dot par Richard III, duc de Normandie à sa femme Adèle, vers 1026. Il est probable qu'au moment de la Conquête, Cérences dépendait du domaine du duc Guillaume, à moins que cette seigneurie n'ait été rattachée à l'apanage du comte de Mortain, frère utérin de Guillaume. L'emplacement du château primitif est impossible à déterminer ; quelques auteurs le mettent à un endroit connu sous le nom de la Motte Billart, d'autres au Mont de Souris, enfin quelques-uns auprès de l'église actuelle de Cérences.
Chaise Baudouin (La). — Commune du canton de Bréccy, arrondissement d'Avranches. Vers la fin du quatorzième siècle, s'établit à la Chaise Baudouin, une branche de la famille d'Auray. Elle descendait de Willelmus
d'Alré cité dans les Add. Exon. Domesdaj. Il n'est pas douteux que ce Guillaume était à la Conquête, bien qu'il ne figure pas dans les Listes ni dans le Domesday. Ce qui est également certain c'est que cette famille était d'origine bretonne et non normande. En tous cas, elle ne fit son apparition dans l'Avranchin et dans le Mortainais que trois cents ans environ après la Conquête. (Cf. Le Héricher : Avranch. hist, et mon. i, p. 252, 253.)
Chambres (Les). - - Commune du canton de la Haye Pesnel, arrondissement d'Avranches. Elle possède une agglomération importante : Le Grippon sur la route d'Avranches à la Haye Pesnel, à environ 4 kilomètres au sud de cette localité. Le Grippon était paroisse avant la Révolution. A-t-elle donné naissance à un compagnon de Guillaume ? On trouve, en effet, au Domesday : Hugh filz Grip ; et : uxor fîlii Grip. (Dorsetshire. Add. Exon. Domesday, fol. 48 et Devonshire : Add. 64.) Le nom de Le Grip fut ajouté à celui d'Erard ou d'Airard.) Voir Airardus. s. T. Dorsetshire folio 83). De plus le Grippon dépendait de la seigneurie de Subligny, d'où partit pour l'Angleterre USire de Soligiié. Le château primitif était construit dans une position très-forte au milieu de grands étangs. Il reste encore quelques ruines, (débris d'escaliers et une cheminée).
Champcey. — Commune du canton de Sartilly, arrondissement d'Avranches. Ce nom signifie habitation de Chanci. La liste d'André Duchesne mentionne Cfiancy et celle de Leland Kanceis. Il y a un seigneur de ce nom dans la liste de Duchesne et quelques formes s'en rapprochent dans le Domesday : Chenesis, Chenesi. L'habitation seigneuriale était soit le Manoir, soit la Haye : on ne relève aucune trace de l'habitation primitive.
Ghampeaux. — Commune du canton de Sartilly, arrondissement d'Avranches. Les listes ne mentionnent
point de Champeaux ou de nom s'en rapprochant ; mais il n'est pas déraisonnable de penser qu'un seigneur de cette paroisse était à la Conquête. Champeaux, en effet, est environné de paroisses qui, toutes, donnèrent des compagnons à Guillaume : Saint Jean le Thomas, Saint Pierre Langers, Saint Léger, Saint Pair peut-être. (Voir ces mots.) Les seigneurs de Champeaux, remarque avec raison Le Héricher, sont souvent cités dans des chartes locales. Le Cartulaire du M. S. M. (ms. : 210 de la Bibliothèque d'Avranches) démontre que les seigneurs de Champeaux guerroyaient : « Qmdam 7n lies de vico qui dicitur Campels, Ranulphus nomine. » etc. Le château primitif dont on ne trouve plus trace aujourd'hui devait s'élever auprès de J'église actuelle à l'endroit où est bâti un pavillon du genre élancé du xvii^ siècle. Ce serait là qu'il faudrait rechercher le berceau du conquérant ; on voit aussi, à la limite de cette commune et tout près de la lande de Beuvais ou Bivie les traces d'un tertre artificiel ; il devait être entouré d'un fossé assez profond. La ferme sur laquelle on relève ces vestiges s'appelle la Motte.
Chanteloup. — Commune du canton de Bréhal, arrondissement de Coutances. Elle est indiscutablement la paroisse d'origine de Canlelou que Bromton et Hollingshed portent sur leurs listes. Duchesne mentionne Chantelowe. En effet, les trois autres paroisses normandes, Canteleu (canton de Maromme, arrondissement de Rouen), Canteloup (canton de Troarn, arrondissement de Caen), Cantelou (canton de Saint-Pierre-Eglise, arrondissement de Cherbourg), ne peuvent revendiquer ni traditions orales, ni écrits, ni traces monumentales de nature à faire supposer qu'une seigneurie ait été établie sur leurs territoires.
Les seigneurs de Chanteloup existaient avant la Conquête. En 1042, Guillaume de Cantelou déclare que Godefroi Chesnel a donné à l'abbaye de St-André-de-Gouffern tout ce qu'il possédait dans la paroisse de Joë-au-Plan. (Charte citée en sommaire par M: Léchaudé d'Anisy : Les anciennes abbayes de Normandie, I, p. 474. Voir aussi :
Le château de Chanteloup, en Cotentin, par Chaumeil, 1893.
En 1090, Hubert de Chantelou est témoin dans une charte de donation faite à Tabbaye de Saint-Père de Chartres.
On sait combien fut importante en Angleterre la situation de la famille Chantelou. Au xii^ siècle, Thomas de Chanteloup, chancelier de l'Université d'Oxford, devint évêque de Hereford. Les Cantilupe avaient des biens considérables dans ce dernier comté, dans ceux de Dorset et de Worcester et, surtout, dans celui de Warwick où une paroisse, chef-lieu de la résidence, portait le nom de Aston- Cantilupe. (Cf. Godevin : De praesulibus Herefordiensibus, Hutchins Dorset, II, 465. Dugdale Warwickshire, 11,833. CoUins (Ed. 1711) II, 182. Banks, I, 50, 254.
Le château de Chanteloup, berceau certain du seigneur de la Conquête, est situé à moins de deux kilomètres au sud de Bréhal. De larges avenues, plantées de beaux arbres, y conduisent. De grands fossés entourent le porche, le donjon, le château et la cour d'honneur. Un pont de pierres, formé de deux arches, y donne accès : « L'ensemble des constructions, dit M. Chaumeil, a la forme d'un polygone irrégulier de neuf côtés, dont le pourtour mesure environ cent soixante mètres. Cet ensemble, malgré les ravages du temps, les chocs de plusieurs sièges et la pioche des démolisseurs, présente encore un aspect imposant et donne une idée assez juste de l'architecture militaire au Moyen-Age. »
Les guerres, les révolutions et surtout les prétendues restaurations ont détérioré, mutilé, abimé le château de Chanteloup. Essayons cependant de retrouver quelques traces des constructions primitives. Le porche doit être de la première époque ; malheureusement, il a été décapité de ses créneaux et de ses mâchicoulis, ses meurtrières ont été agrandies et transformées en fenêtres ; le donjon a été décapité ; il reste encore ses quatre murs, épais de six pieds ; sa porte d'entrée au nord et celle qui donnait accès à la Salle des Gardes paraissent bien remonter au xi« siècle, tandis qu'aux étages supérieurs se manifeste le xii°. La façade postérieure a été abîmée par l'ouverture de grandes fenêtres, mais on aperçoit encore très bien les
restes d'une guette et une grosse tour ronde, très probablement contemporaine à la fondation du château.
Le 26 Mars 1413, le roi d'Angleterre concéda le château de Chanteloup à Jehan Harpeden. « Pro bono et acceptabili servicio quod nobis impendit et impendet in futurum, dedimus et concessimus ei Turrim et Dominium de Chantelou qui fuerint Johanni de Champayn, quœ fuit uxor Nicholaï Paignel, adhuc absentibus. » (Archives du Château.)
Malgré l'ordre donné par le roi insulaire à Guillaume de Suffolk de faire raser les châteaux de Bricqueville, de Bricquebec et de Chanteloup, celui-ci subsista ; aussi a-t-on eu raison de dire que l'occupation trentenaire des Anglais fut une bonne fortune pour Chanteloup, puisqu'elle le sauva du sort réservé à tant d'autres châteaux, c'^st-à-dire de la destruction totale.
A partir de 1449, l'histoire du château de Chanteloup cesse d'intéresser l'Angleterre.
Ajoutons pour répondre à une objection que, si les armes des Chantelou de Normandie (Dumoulin) et celles des Cantilupe d'Angleterre (^Banks, I, 50, 254) sont très différentes, cette dissemblance ne prouve nullement la noncommunauté d'origine. Les anciennes familles normandes en Angleterre y ont, presque toutes, changé leurs armoiries.
Chapelle-Urée (La). — Commune du canton de Brécey, arrondissement d'Avranches. Il est très douteux pour nous que cette paroisse soit le lieu d'origine de Fitz Urey, mentionné sur la liste du Monastère de la Bataille. Le manoir du Boulvert serait alors l'habitation primitive. Vers 1871, on voyait encore au Boulvert les ruines d'une tourelle et de vieux murs épais entourés de douves. Tout a été rasé vers 1872. Les seigneurs du Boulvert, les de la Broïse, seraient originaires du Mesnil-Adelée, (voir ce mot) et se seraient fixés à la Chapelle-Urée, dans le courant du XV® siècle.
Colombe (La). — Commune du canton de Percy, arrondissement de Saint-Lô. Cette paroisse renfermait un château très importent : la Roche Tesson. Les Tesson étaient déjà célèbres avant 1066. Raoul, seigneur de la Roche Tesson, était un des gouverneurs de la Normandie pendant la minorité du duc Richard L^"". (Gabriel du Moulin : Histoire Générale de la Normandie, p. 55.) Raoul de Tesson prit part à la bataille du Val-des-Dunes. Il y avait sous ses ordres J20 chevaliers. (Voir Tétude de ïabbé Elie : Histoire de la paroisse de Sainl-Contès depuis le xiii^ siècle jusqu'à nos jours). Deux seigneurs de cette famille auraient, d'après M. de Gerville, qui cite comme source les Essais Historiques sur Caen^ II, p. 393-394, pris part à l'expédition : Raoul et Erneis. Les listes mentionnent Raol Taisson de Cinquelais (Leland) et Raol Teisson de Cingueleiz (Wace), le même personnage évidemment ; mais ce Cinguelais dépend du Calvados. Ce Raoul pourrait bien être Raol archier du Val, si Ton sousentend de Sienne, le château d^ la Roche Tesson dominant la vallée où coule cette rivière. Le seul Erneis cité dans la liste de Tabbé De La Rue est qualifié de Buron. Quoiqu'il en soit, il est très raisonnable de supposer que la famille Tesson fut représentée à la Conquête. On trouve, à ce nom, des biens dans les comtés d'Essex et de Nottingham. Philippe Tesson fit d'importantes donations à Tabbaje de Quarr, dans l'île de Wight ; mais, comme le fait judicieusement remarquer M. de Gerville, on ne trouve pas en Angleterre de titres et de concessions en rapport avec l'importance que cette famille eut en Normandie, avant et après la Conquête. Ce fait n'est pas exceptionnel (voir au mot les Biards.) Le premier propriétaire du château de la Roche fut, dans la famille Tesson, Jourdain, qui avait épousé une fille de Néel de Saint-Sauveur. Le château de la Roche avait tout d'abord été la propriété des Néels de Saint-Sauveur (voir Saint-Sauveur-le-Vicomte). Le cartulaire de Saint-Sauveur (folio vi, recto) porte : « In castra nostro Rochix, quod situm est in parochia de Columbd. »
A en juger par la position stratégique qu'il occupait, le choix de sa situation au sommet d'une colline escarpée dominant une vallée étroite, et surtout l'enceinte dont on
peut encore relever quelques lignes, le château devait être considérable : c'était presque un véritable camp retranché : le texte du Cartulaire emploie le mot castrum. Plusieurs tours protégeaient ses angles et même ses courtines, et des fossés très profonds entouraient ses murailles ; il y avait aussi des glacis ; le petit tertre qui s'arrondit au midi portait une chapelle. Le château de la Roche Tesson devait remonter à une origine bien lointaine, car dès 1427 on le qualifiait vieux et d'insoutenable (Rymer). Il fut démoh, à cette époque, par le duc de Gloucester.
Condé'Sur-Vire. — Commune du canton de Torigni, arrondissement de Saint-Lô et berceau d'une famille de la Conquête (Brébœuf.) Voir Ste-Suzanne-sur-Vire.
Gourcy . — Commune du canton et de l'arrondissement de Coutances. Cette paroisse a été indiquée par erreur par plusieurs auteurs comme étant le lieu d'origine de Courcy, seigneur de la Conquête. Son berceau est à Courcy, canton de Morteaux-CouUibœuf, arrondissement de Falaise, (Calvados).
Coutances. — Chef-lieu d'arrondissement. « Quelques listes de la Conquête, dit M. de Gerville, indiquent un Gautier de Coutances, dont un descendant fut évêque de Lincoln. » Il est probable que cette ville, connue des Romains, sous le nom de Cosedia et de Constantia, possédait un château au moment de la Conquête, car, peu après, nous en trouvons mention dans le Liber, feod. Régis Philippi apud lib. nig. dioc. Constant. Foulques Paynel en aurait même été le seigneur ou, tout au moins, le restaurateur.
Cresnays (Les). — Commune du canton de Brécey, arrondissement d'Avranches. Le Héricher signale dans le
Domesday différents noms qui autoriseraient assez à reconnaître un nom propre normand dans les noms de ces paroisses. On y trouve un Radulphus de Creneburn, t.e.c, et une église de ce nom.
Le logis seigneurial des Cresnays devait être à l'endroit . connu aujourd'hui sous l'appellation de Menet, corruption du mot Manoir.
Croix- Avranchin (La). — Commune du canton de Saint-James, arrondissement d'Avranches. Cette paroisse pourrait bien être le lieu d'origine d'Adelelmus, dont le nom figure dans le Domesday. D'après ce registre, il y eut cinq sous-tenants de ce nom ; le premier sous-tenait à Hersam, à Bumestedam (Essex, fol. 77, 77 b.) et à Burgatam (Suffolk, fol. 69) ; le second sous-tenait à Devret et à Ballochelie (Wiltshire, fol. 69) ; le troisième à Hamlie et à Matme (Herefordshire, fol. 186) ; le quatrième à Hobie (Leicestershire, fol. 236) ; le cinquième à Scippedane et à Jachesham (Norfolk : fol. 208, 275.)
Ces Adelelmus étaient issus probablement d'Adelelmus, Miles, auquel Robert, duc de Normandie, avait donné « Vicum Crucis qui situs est inter Buiron (aujourd'hui Saint-Senier-de-Beuvron, canton de Saint-James) et Montem Sancti Michaëlis. » Le duc Guillaume avait confirmé ainsi cette donation : « Ego. W. hanc donationem propria manu corroboravi et meis episcopis ac primatibus, corroborandam tradidi. »
La Roque, dans son Histoire de la Maison d'flarcourt, dit avec beaucoup de probabilité que Robert Adelelmus était la souche d'une fam.ille du Cotentin du nom de Crux. La charte précédente vient à l'appui de son opinion et prouve que Robert Adelelmus avait adopté pour nom de famille, celui du bourg, Viens Crucis, dont il était resté seigneur temporel après la donation du bénéfice que son père avait fait à l'abbaye du Mont Saint-Michel. On trouve aussi, en Angleterre, une famille de Crux, portant le nom de Crux-Hill, à Hartlix : il y avait également des Crux à Milton et à Sheldewich, dans le même comté ; mais rien ne
démontre leur descendance d'Adelelmus. (Cf. Léchauié d'Anisy : Recherches sur le Domesday-Book, pp. 54-55.)
Le Cartulaire du Mont St-Michel, fms. 210 de la Bibliothèque d'Avranches), au titre : De Perditis hujus ecclesiae, rapporte : « W. rex abstulit nobis forum de Cruce et feriam et theloneum. »
Toute trace de manoir ou de château primitif a disparu à la Croix Avranchin. (Voir Tirepied.) ^
Cuves. — Commune du canton de Brécey, arrondissement d'Avranches. Elle est située sur la rive gauche de la Sée et fait enclave dans l'arrondissement de Mortain, district auquel elle appartenait avant 1791. Cette commune est-elle le lieu d'origine de Cus, sous-tenant dans le comté de Suffolk, après la Conquête ? La question est délicate à résoudre, mais il parait certain que le Forneus (et Fornyvans) de la liste de Bromton était originaire de Cuves. Ce nom se trouve dans les comptes de TEchiquier, à la date de 1198 :
Forneal de Guvis X so. pro vir. s' vend. Robert de Ciivis r. ep. de c. so.
L'habitation seigneuriale a complètement disparu, mais nos recherches personnelles nous permettent de la placer à la ferme, appelée actuellement le Logis.
Dragey. — Commune du canton de Sartilly, arrondissement d'Avranches. La falaise qui s'arrête brusquement à Saint-Jean-le-Thomas se continue au sud par une longue dune, formant à l'ouest, sur la mer, la limite de la commune de Dragey. Cette paroisse est riche en souvenirs historiques, particulièrement au rapport de l'abbaye du Mont Saint-Michel. Elle se rattache aussi à la Conquête.
Un Poterel figure dans la Liste alphabétique dite de l'Abbaye de la Bataille,
Pampilion, Poterel, Pekeney, André Duchesne dit Poterell. Or, la terre de Poterel existe
toujours à Dvagey ; elle constitue la plus belle habitation seigneuriale du pays et, par ses restes, on peut juger de l'importance du manoir. Son entrée est flanquée de deux grosses tours, percées de deux meurtrières, moins anciennes toutefois que la tour octogone qui se dresse dans la cour.
Poterel dépendait de la baronnie de Genêts. (Histoire Générale de l'Abbaye du Mont St-Michel, par D. Huynes, I, p. 188) et ms. 209 de la Bibliothèque d'Avranches.
L'année même de la Conquête, fut signée à Bonneville la convention suivante : Ego Gerbertus de Poterel, deprimente me pauperie Deoque inspirante, requisivi venerabilem abbatem Rannulphum, (voir au mot le Mont Saint- Michel,) ut ad monachilem ordinem Dragonem quemdam filium meum recipiet, cum modicitate terre meae de Poterell, quam de illo in liberali servicio tenebam, quod ipse libenter concessit. »
Poterel est orthographié Poterell dans le Cartulaire du Mont Saint-Michel : « Ad Poterell IV salinas... » (Chartularium Montis Sanctis Michaëlis ; ms. 210 de la Bibliothèque de la ville d'Avranches.)
Ducey. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches est très probablement le lieu d'origine de Ranulphe de Ducey, guerrier de la Conquête. En eiïet, à cette époque, à Ducey et non ailleurs, existaient des seigneurs de ce nom : de plus, Ducey est. en France, la seule commune qui s'appelle ainsi.
Le Cartulaire du Mont Saint-Michel (Bibliothèque de la ville d'Avranches, ms. 210, fol. 32) rapporte une charte dont voici un extrait : « Ego, Robertus de Duxeio, pro remedio animœ meae, veni in capitulum Sancti Michaëlis, ibique terram de P'ulgerio quae alodum patris mei et antecessorum fuerat, dedi. Hoc est in comitis Ranulfi et baronum suorum Abrincatensium presentia. » (Ce comte Ranulphe était un des plus puissants seigneurs de Normandie. Il acheva le monastère de Saint-Sever, près Vire, Calvados, fondé par son oncle Hugues-le-Loup, comte de Chester.)
On voit par ce document, qui n'est pas très postérieur à répoque de la Conquête, que Robert de Ducey parle de son père et de ses aïeux : les seigneurs de Ducey existaient donc bien au moment de l'expédition de Guillaume.
Où se trouvait, à Ducey, le logis seigneurial ? Très probablement à l'endroit même où fut élevé, en 1624, par Gabriel 11 de Montgommery, le château plus fastueux qu'élégant et qui subsiste, en partie, imitation lointaine ou plutôt dégénérescence de la Renaissance qui sut associer Tart à la richesse.
Quelques historiens locaux ont prétendu que le château primitif de Ducey se trouvait à Mortrie, c'est-à-dire à environ une demi-lieue au sud-est du bourg de Ducey. Mortrie, certes, posséda bien un château ; mais celui de Ducey, absolument indépendant de celui de Mortrie, ne saurait être confondu avec ce dernier. Le château de Mortrie fut détruit en 1473 ; le château actuel fut bâti sur les lieux mêmes où s'élevait l'ancien manoir. Ce manoir fut brûlé en 1346 par les Anglais conduits par le sire de Gobehen qui avait été chargé d'implanter dans cette région la domination anglaise. (Cf. Trésor des Chartes, t. Il, p. 229 et Le Breton : l'Avranchin, pendant la Guerre de Cent Ans.)
Fleury. — Commune du canton de Villedieu, arrondissement d'Avranches. Robert et Hugues de Fleury tenaient, chacun, un fief de trois chevaliers dans le Southshampshire, de l'évêque de Winchester, en 1180.
Fréville. — Commune du canton de Montebourg, arrondissement de Valognes. André Duchesne mentionne un Frévile. Les Baron, et les Peer. d'Angleterre rapportent que cette famille était très ancienne dans le comté de Cambridge. Aucune trace de château.
Gavray. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Coutances. M. de Ger ville dit avec raison : « Au temps des
ducs de Normandie, qui ont régné en Angleterre, Gavray avait dans la hiérarchie châtelaine à peu près le même rang que celui qu'il occupa dans l'administration. Son château était du domaine de la Couronne : voilà pourquoi son nom ne se trouve sur aucune des Listes des Seigneurs qui furent à la Conquête. » (De Gerville : Anciens Châteaux de la Manche : Second Mémoire, p. 324.)
Henri, fils de Guillaume, devenu comte du Cotentin, fortifia le château de Gavray, qui conserva longtemps une grande importance. Le Monta igu, les de Ver, les de Rollos lui devaient le service militaire. (Voir aux mots : Montaigules-Bois, la Bloutière, Ver et consulter aussi : Lib. nig. Scaccar. traduction de Ducarel, p. 232.) Le château de Gavray fut pris par les Anglais en 1418 et repris sur eux par le comte de Richemont, en 1449. Ce château, dont les ruines ont disparu, se trouvait auprès du bourg, sur une hauteur escarpée et dans un site très pittoresque, dominant la vallée de la Sienne et celle de TAirou.
Gohannière (La). — Commune du canton et de l'arrondissement d'Avranches. Elle n'a donne, à notre connaissance, aucun seigneur à la Conquête, mais elle se trouve au cœur même de cette vallée appelée Val-de-Sée, Vallis Seci, Val-de-Scie, (Homines Vallis Seie). (Cf. Stapiéton. Rot. de Scaccario, I, p. 11-12.) La forteresse duValde-Sée, construite sous Louis XI, se trouvait sur le territoire de la commune de Tirepied. L'habitation et la ferme s'appellent encore le Val-de-Sée ; elle est voisine de l'église actuelle.
Gorges. — Commune du canton et de l'arrondissement de Coutances. Un seigneur de cette paroisse était certaineà la Conquête,
Gorges et Spencer^
dit Bromton.
Gorgelse et Gower,
mentionne la Liste de Leland, ainsi que presque toutes les autres.
Cette famille obtint en Angleterre des concessions très
importantes qui s'accrurent encore de grands biens dans les comtés de Dorset et de Sommerset, quand Raoul de Gorges se maria à une héritière de Morville. Les baronnages anglais ainsi que les historiens du Dorsetshire et du Sommersetshire donnent beaucoup de détails sur cette puissante famille. (CoUectanea de rébus britannicis, ed. Hearne, 1, 206 et Hutchins : Dorset, II, p. 279-307.)
Gorges est la seule commune de Normandie à porter ce nom ; c'est donc bien le berceau du guerrier de la Conquête. Le château primitif n'existe plus : il est probable qu'il se trouvait à l'endroit connu aujourd'hui sous le nom de Câtelet, auprès de la ferme du Homet, où l'on remarque encore les traces d'une butte ou motte.
Granville. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches. Au cap Lihou, qui termine le roc sur lequel cette cité est bâtie, commence la baie du Mont St- Michel. Grâce à sa situation stratégique et géographique, qui fait de Granville le seul point praticable par mer de l'extrème- Basse Normandie, cette ville a joué un rôle considérable dans l'histoire de l'Avranchin, particulièrement à la fin de la Guerre de Cent Ans. En 1439, lord Thomas Scalles, que les Chroniques Normandes appellent le Sire d'Escalles et, quelquefois, d'Ecaillés, sénéchal de la province de Normandie pour le roi d'Angleterre, acheta de Jean d'Argouges le roc de Granville « pour un chapel de roses vermeilles. « Lord Scalles se hâta de fortifier ce roc par une tranchée, appelée encore aujourd'hui la Tranchée aux Anglais. Elle donne accès à la grève du nord. Une passerelle métallique a été jetée entre les deux rochers, dont la coupure, a été élargie il y a une trentaine d'années.
En d441, d'Estouteville, gouverneur du Mont St-Michel, après s'être ménagé des intelligences dans la garnison, réussit à s'emparer de la place qui resta la propriété des moines bénédictins du Mont jusqu'en 1689.
Granville a-t-il donné un guerrier à la Conquête ? Un des historiens de cette location l'affirme sans en rapporter la preuve. (Cf. D"" FoUain : Mémoires de la Société d'Archéo-
logie d'Avranches, I, p. 21.) Le Héricher le croit. (Le Héricher : Avranchin Historique et Monumental, II, p. 524) et M. de Gerville le pense aussi, (de Gerville : Anciens Châteaux, p. 86.)
La Chronique rimée de Bromton dit :
Crenawell et Seint Quentin.
Faut-il voir dans ce mot Crenawell la corruption du mot Granville ? Cela nous semble extrêmement douteux. Mais, le Domesday-Book rapporte que Robertus de Glanville ou de Glamvilla reçut du Conquérant des biens situés dans le comté de Suffolk. Or, à cette époque, il y avait, dans cette partie de la Normandie, une famille de Grandevilla. En 1180, un Rogerus de Grandevilla était soldat de l'abbaye du Mont Saint-Michel. Le cartulaire (ms. 210, déjà cité) mentionne un Rainaldus, un Ranulfus de Grandivilla et même, dès 1054, un W. de Grandivilla. Au xiii^ siècle, Thomas de Granville était seigneur du fief de Lihou. Or, le roc de Granville est terminé par le cap Lihou.
Il y a bien, cependant, la différence orthographique entre Glanville et Granville, Le Héricher semble y attacher peu d'importance. Granville est pour lui non pas Grandisvilla, (car il serait absurde de supposer qu'on eût donné un nom si orgueilleux à une petite bourgade de pêcheurs,) mais bien Glamvilla ; c'est-à-dire l'habitation de Glam, comme Grantemesnil est l'habitation de Grentho, Grenthonii mansio. Il fait même observer qu'une des énumérations du Domesday détache parfaitement le nom propre : « In Tortanesta VI ac. val. XII den. hoc tenet R. de Glamville de W. de Varena. »
Cette explication est loin de nous satisfaire : nous expliquons dilficilement la transformation de r en ^ ou en m ; de plus, pourquoi chercher Glanville dans Granville, alors qu'il y a en Normandie une commune appelée Glan^^ille? (canton de Dozulé, arrondissement de Pont-l'Evêque, Calvados) ?
M. de Gerville, en fin de compte, s'appuyant surtout sur ce fait qu'il y avait, avant la Conquête, dans TAvranchin, des seigneurs du nom de Granville, dit, qu'après tout, il vaut mieux aller chercher les Granville... à Granville que
de les confondre avec les Grenneville, comme on le fait dans les Peerages les plus accrédités de la Grande-Bretagne, en donnant aux Grenville et aux Granville une origine commune.
La question est donc loin d'être résolue. Si Granville a donné un guerrier à la Conquête, il est certain qu'il ne reste aucune trace du château ou de la maison seigneuriale primitive. Les quelques débris de maçonnerie qui ont été découverts, il y a quelques années, dans la Ville Haute, appartiennent, tout au plus, aux constructions faites par lord Scalles, vers le milieu du xv*^ siècle.
Grenneville. — Commune du canton de Quettehou, arrondissement de Valognes ; lieu d'origine des Grenneville, dont le duc de Buckingham est le chef. Une confusion se fait souvent, en Angleterre, entre Granville (voir ce mot) et Grenneville, à cause de la similitude de la prononciation de ces deux noms de lieux, pourtant très distincts (d'après M. de Gerville.) CoUins cherche l'origine des Grenneville à Granville (Collin's Peer, IL l""^ partie, p. 445, éd. de 1711.) Dans Bromton, il y a Geyneville. Le nom de ce seigneur est accolé à celui de Gautier Giflfart. Or, les Geynevile et les Giffart se suivent dans toutes les généalogies. Dans celle des Buckingham, on dit que Richard de Grenneville était à la Conquête et qu'il épousa une fille de Giffart, comte de Longueville. (Collin's Peer. Marquis of Buckingham, II, p. 39 et suivantes.)
L'ancien château s'élevait au sommet d'une colline, au lieu dit le Catel.
Gréville. — Commune du canton de Beaumont, arrondissement de Cherbourg ; lieu probable d'origine des Gréville, famille de la Conquête. La liste de Bromton mentionne Grevyle. Quelques auteurs prétendent que Grevyle et Graville pourraient bien être la même paroisse. (Collin's Peer. of England. Ed. 1812, t. IV, p. 330.) C'est une erreur. Graville existe dans la Seine-Inférieure, ar-
rondissement du Havre, canton d'Jngouville. La ferme dite « Castel Vaudon » nous paraît être remplacement du château primitif.
Hambye . — Commune du canton de Gavray, arrondissement de Coutances. Il est certain que Tun de ses seigneurs prit part à Texpédition de Guillaume : leur nom était Paynel. Ordéric Vital mentionne un Guillaume Paynel comme ayant combattu à Hastings ; il serait mort la même année que le Conquérant (1087). De plus, les généalogistes anglais citent d'après le Domesday-Book un Raoul Paynèl qui possédait dix seigneuries dans le Devonshire, quinze dans le Lincolnshire, quinze dans celui de York et cinq dans le Sommersetshire. (Banks Ext. Peer, I, p. 153 et Collins (1711) II, 2"^« partie, p. 87-88.)
Cette famille possédait presqu'autant de biens en Normandie. De Hambye, son berceau, elle rayonna dans toute la Manche ; elle a donné son nom à une commune de ce département, (voir Haye-Pesnel, la) et à une autre dans le Calvados, (Fontenay-le-Pesnel, canton de Tilly-sur- Seulles, arrondissement de Caen.)
Les Paynel avaient certainement un château à Hambye, à Fépoque de la Conquête : il n'en reste aucune trace ; il devait se trouver sur l'emplacement actuel de l'ancien château, qui domine le bourg de Hambye et dont les plus belles et les plus solides constructions, aujourd'hui ruinées, furent l'œuvre du célèbre Louis d'Estouteville, qui épousa une Jeanne Paynel. Rappelons que le château de Hambye fut confisqué par Henri V, roi d'Angleterre, qui le donna au comte de Suffolk. Il fut repris aux Anglais après la bataille de Formigny (1450).
Hauteviile"la-Guichard . — Commune du canton de St-Sauveur-Lendelin, arrondissement de Coutances ; berceau des Hauteville. Un Hauteville était à Hastings. Haateotjle et Hauteyne,
dit Bromton.
Hautein et HaiwiLle,
porte la Liste de Leland.
La famille de Hauteville est surtout célèbre par les exploits des fils de Tancrède qui s'emparèrent de la Sicile et du royaume de Naples. Le château primitif a entièrement disparu. Il se trouvait au nord de Téglise actuelle et tout auprès.
Haye-du-Puits (La). — Chef-lieu de canton de Tarrondissement de Coutances, berceau à'Odon Capel, fils de Turstin Halduc, fondateur de Tabbaye de Lessay. Sénéchal de Guillaume, Odon est connu en France et en Angleterre sous le nom d'Eudo Dapifer. Il obtint de très importantes concessions dans les comtés d'Essex, de Sufîolk, de Surrey et de Sussex. Il fut inhumé à Tabbaye de Lessay. Son tombeau en pierre de Caen qui, d'après M. de Gerville, donnait une idée très exacte de la sculpture sous les règnes de Guillaume-le-Roux et de Henri P'', fut mutilé lors de la Révolution et servit à la construction d'un pont. Son fils et son neveu, Robert de la Haye, ratifia de nombreuses donations à Fabbaye de Lessay, notamment celle du prieuré de Boxgrave, dans le comté de Sussex. (Tanner s notifia monastica : Sussex. Voir aussi : CoUin's Peerage (171Li, II, l--^ partie, p. 211-216.
Wace, dans le Roman de Rou, mentionne aussi un Robert de la Haye, compagnon de Guillaume en 1066. (Masseville : Histoire de Normandie, I, p. 301.)
Le château primitif d'où partit Eudo Dapifer se trouve sur l'emplacement du château élevé par les Magneville, c'est-à-dire à l'entrée du bourg même de la Haye-du-Puits, quand on y pénètre par la route de St-Sauveur-le-Vicomte. Pendant l'occupation anglaise, (1418-1450), ce château appartint au duc de Bedford.
Haye-Pesnel (La). — Commune et chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches. Le bourg s'élève au
flanc occidental d'un petit coteau, au pied duquel coule la rivière le Thar. La Haje-Pesnel se trouve à la lisière orientale de la forêt de la Lucerne, dans laquelle s'élèvent encore les ruines d'une abbaye, la plus belle et la plus importante de TAvranchin, (excepté celle du Mont Saint- Michel), et que W. Gally Knight a décrit avec précision dans son ouvrage « An Architectural Tour in Normandy, v^ith some remarks on norman architecture. »
Un autre auteur anglais, M. Hairby, s'exprime ainsi : « A little beyond La Lucerne, is the village of La Haye- Pesnel.Thesetwo places are sufficiently attractive from the nature of the country around to render that excursion one of a great interest and delight. »
La Haye-Pesnel a donné un guerrier à la Conquête, ou, plutôt, partage ce renom avec Hambye (voir ce mot.) Le Domesday-Book mentionne Paganel, Bromton : Paijnell, André Duchesne : Paijnel, et Leland : Panel.
L'origine de cette famille est obscure. Les Paynel vinrent probablement des contrées Scandinaves et s'établirent à Hambye ; de là, ils rayonnèrent dans toute la Basse-Normandie : (( A partir de la Conquête, les Paynel se trouvent partout en si grand nombre et avec des noms si identiques qu'il est très difficile de ne pas confondre les branches et les noms. » (Cf. Le Héricher : Avranchin Historique et Monumental, H, p. 45.)
Le Paynel qui accompagna Guillaume est appelé Radulphus Pagenel. Il tenait en chef et est l'objet de dix-sept articles dans le Domesday. On lui doit la fondation du couvent de Sainte-Trinité d'York. Wace le cite avec son nom territorial :
Des Biarzs i fu Avenels Des Mostiers Hubt Paesnels.
Selon quelques auteurs, (Le Héricher et Desroches, entr'autres), La Haye-Pesnel aurait donné à la Conquête un autre Paynel, Guillaume Paynel. D'après Ordéric Vital, ce Guillaume prit part à la bataille d'Hastings. L'abbé Desroches cite à l'appui de sa thèse un extrait d'un ancien registre. Il est vrai qu'il n'indique pas sa source : « Fet et seaver e a remember ke William Paynel vint ove li con-
quer d'Engleterre et li conquer lui dona en le conté de Nichol. »
Sur Texistence de ce deuxième Paynel et la part qu il prit à la Conquête, le Cartulaire du Mont Saint-Michel nous donne d'utiles renseignements : Si Willelmus Paginellus habet guerram de illa terra, quam rex Anglorum dédit sibi cum foemina sua, conventio e^t quod Hugo de Bricavilla quadragento diebus illi faciet de guarda vel custodia sese septimum de caballaribus ad suum cibum ; et nepos illius Hugonis similiter faciet, si in parage terram suam tenuerit secundum hoc quod tenebit. Conventio est quod Wuillelmus Paginellus unoquoque anno duodecim quercus ad suum cois accepiet in sylva de Longaville usque ad aquam quae dicitur Ars, ne plus habet accipere, nisi per abbatem feceret... Abbas de Monte unoquoque anno dat unum provendarium de cera vel vigenti solidos et eis in cois abbatis dare quare horum malueris et hoc pro relevationibus de Cantelupo et pro pastura de la Lande. » (Chartularium Montis Sancti Michaelis, ms. 210, Bibliothèque d'Avranches.)
Mais la Haye Pesnel ayant possédé trois châteaux, 1° le Châtel, 2° le Château Ganne, 3*^ le Logis, il nous parait nécessaire de rechercher quel fut le manoir d'origine. Eliminons d'abord le Logis qui se trouve à environ quinze cents mètres au Nord-Est du bourg. 11 ne remonte pas à une époque antérieure à Louis XIIL Le Châtel, au flanc du coteau qui domine le Thar et au bord de l'ancienne voie de Coriollanum à Renate, paraît avoir été simplement une station romaine.
Reste le château Ganne, en dehors du bourg. Il en subsiste seulement un bloc de maçonnerie et un retranchement. Le Héricher qui visita les lieux, en 1840, en a fait une description qui est encore exacte : « Dans ce campement demi-circulaire qui s'appuie aux restes du château Ganne, comme un arc s'attache à sa corde, nous trouvons un très rare exemple d'une de ces Haya ou Haga que les premiers Normands ou même ceux du xi*^ siècle firent en Normandie et en Angleterre et dont le souvenir est conservé dans tant de noms locaux. Ce camp, très bien con-
serve avec son rempart, doublé en quelques parties et couvert d'arbres, est Timage frappante de la Haya et aussi de la Barbacane de palissades renfermant une vaste cour, le Bayle ou Ballium, demeure des premiers seigneurs normands, forme intermédiaire entre le camp et le château. Cette Haja lut Thabitation des premiers Paynels. Le château dût s'élever dans le commencement de ce xi® siècle qui en vit tant naître et qui fut Tépoque héroïque des Normands. Ce puissant pan de murailles que les hommes de nos jours n'ont pu encore parvenir à démolir, qui semble prendre un vigoureux élan d'ascension, en s'élevant du bord du ruisseau qui le baigne, fait surgir dans notre imagination l'image de la forteresse normande, dans sa rudesse hardie, massive et farouche, comme le soldat de la Conquête. Ce fragment fait regretter l'ensemble. » (Le Héricher, Avranchin Historique et Monumental, II, p. 43-44.)
Hocquigny . — Commune du canton de la Haye, arrondissement d'Avranches. Hocquigny veut dire habitation de Hacun, Hacuneium, Hocuneium. Or, nous trouvons dans le Domesday trace d'un Hacun. « Ce qu'il y a de remarquable, dit Le Héricher (Avranchin Historique et Monumental, II, p. 60), c'est que ce Hacun était l'homme de Raoul Paynel « homo Radulfi Paganel » seigneur de la Conquête, comme Hocquigny était la terre de la même famille. »
On peut donc supposer sans aucune témérité que cette commune a donné un homme à l'expédition de 1066.
liande d'Airou (La). — Commune du canton de Villedieu, arrondissement d'Avranches. Elle a joué un rôle très important dans l'histoire de l' Avranchin et elle se rattache à celle de la Conquête par ce fait que le comte de Mortain, frère de Guillaume, vendit la Lande d'Airoupour son armement, lors de l'expédition.
Un étymologiste, plein de fantaisie, Robert Cenalis, dans son De re gallica prétend que le nom de cette pa-
roisse vient de Harold : « Landa quam dicunt Haroldi, gall : La Lande d'Hérould. » Le Hericher semble admettre cette étymologie. Elle doit être rejetée. Rien ne permet de supposer qu'Harold ait séjourné au château de la Lande, château dont rien ne prouve non plus l'existence au moment de la Conquête. En effet, malgré les affirmations de Méryan et de François Desrues, le château primitif de la Lande d'Airou remonte, tout au plus, au xv^ siècle. En outre, Robert de Torigni abbé du Mont Saint-Michel qui écrivait sa Chronique au xii'^ dit toujours Lancia Aronis et non Landa RarAdl. (Sigeberti Gemblacencis Chron. Paris : H. Estienne : 1513, p. 126, verso). Cette commune doit, tout simplement son nom, à sa propre géographie : c'est une lande, traversée par un petit cour d'eau TAirou, qui se jette dans la Sienne, vers Gavray.
Laulne; — Commune du canton de Lessay, arrondissement de Coutances. Cette localité est le berceau des Bricqueville, famille venue en Angleterre avec le Conquérant. La liste de Léopold Delisle porte Guillaume de l'Aune. Elle possédait dans cette paroisse le château de Laune, qui a été démoli vers 1766 et sur l'emplacement duquel on voit encore quelques levées de terre. La branche anglaise a porté longtemps le nom de Laulne (de Alno) « sans que les auteurs anglais, qui en parlent avec des détails, d'après les actes originaux aient jamais soupçonné l'origine de ce mot. » (Observations de M. de Gerville : Ane. Châteaux de la Manche : IL Mém. p. 242.) Voir aussi CoUinson : Somersetshire. Intr. p. 58, Tome I, pp. 76, 290 422, et Scutage Hutchin's, Hist. and Antiq. of the County of Dorset.)
Wilhelmus de Alno sous-tenait dans la baronnie de Robert Grenon diverses tenures situées à Caresford, Stotune, Manesford, Brantham, Alfidestun. etc. Ce seigneur prit, sans aucun doute, le nom latin du château de Laulne, sous lequel nous le trouvons inscrit dans le Domesday Book.
Nous croyons cependant devoir reproduire ici un extrait de la notice que M. Léchaudé d'Anisy consacre à ce sei-
gneur : « La similitude du nom latin de Alno, sous lequel sont désignées dans les chartes normandes, deux familles du département de FOrne, nous avait portés à regarder ce seigneur comme étant indirectement sorti soit de celle de Foulques d'Aunou, de la commune d'Aunou le Faucon, arrondissement d'Argentan, soit de celle d' Aunou sur Orne, arrondissement d'Alençon, canton de Séez, dont les seigneuries très distinctes appartenaient, cependant à la même famille. Mais, jusqu'ici, toutes les recherches que nous avons pu faire sur ces familles, en Angleterre, ont été infructueuses ; M. Tabbé de La Rue dit aussi, dans ses notes manuscrites, qu il ne les y a point découvertes, bien qu'elles y aient possédé plusieurs domaines. Il est cependant assez surprenant de ne trouver aucun détail circonstancié, soit en France, soit dans le Domesday, sur une famille assez puissante pour avoir fourni, (Ms. anonyme de Taylor, p. 209) au Conquérant, quarante vaisseaux pour son expédition sur l'Angleterre. Quoi qu'il soit douteux que Foulques d'Aunou ait été présent à la Conquête, il est cependant évident que son fils ou lui rejoignit plus tard le Conquérant en Angleterre et que l'un ou l'autre revint avec ce prince à Caen, en 1082, c'est-à-dire avant la confection du Domesday, dans lequel il ne figure pas. Le motif pour lequel le duc ne répandit point ses faveurs sur ce puissant seigneur, nous est totalement inconnu ; car il n'est pas présumable qu'il ait été rélégué parmi les sept personnes inscrites comme S. T. dans le registre, sous le seul prénom de Fulco, lorsqu'on voit que cinq de ses soustenant étaient des hommes d'armes des barons normands. » (Recherches sur le Domesday, par MM. d'Anisy et de Sainte Marie, j
Lestre. — Commune du canton de Montebourg, arrondisseme^it de Valognes. Aucun seigneur de ce nom ne figure dans les listes. Sous Richard Cœur de Lion on trouve un Richard de Lestre ou de l'Estre (Hutchins Dorset, vol. L) Une paroisse du Dorsetshire a pris le nom de cette famille : Colyford Estre. Hutchins ignorait qu'il y a en
Normandie une paroisse de ce nom, celle qui nous occupe. Le château primitif était situé sur un tertre, dit Tertre de la Roque, au lieu dit le Bourg d'Estre.
Lithaire . — Commune du canton de la Haye-du- Puits, arrondissement de Coutances. Son château, dont Torigine est incertaine, (romaine, saxonne ou normande) était situé à Textrémité d'une colline d'où le regard s'étend jusqu'aux îles de la Manche. Il en reste d'importants débris, caractérisés par une uniformité de construction très simple. On n'y voit ni mâchicoulis, ni créneaux : ses murs sont d'une extrême épaisseur ; le château, à en juger d'après ses restes, affectait une forme rectangulaire. Il était construit avec une pierre prise sur les lieux mêmes, un grès quartzeux très dur : « La tradition locale lui donne une origine romaine, mais il n'est pas moins constant que, sous les ducs de Normandie, avant et après la Conquête de l'Angleterre, le château de Lithaire était devenu chef-lieu d'une baronnie, qu'elle fut confisquée par Philippe Auguste et que, plus de cent ans après cette confiscation, le château existait encore parmi les forteresses du pays où l'on faisait guet et garde. » (De Gerville : Anciens Châteaux, p. 206.)
C'était un point stratégique de premier ordre ; l'escarpement de la colline au faîte de laquelle se trouvait le château le mettait à l'abri de toute surprise.
Ce château est le berceau d'un compagnon de Guillaume qui est indiqué sur presque toutes les Listes. (Le Mégissier, Hollingshed. Masseville.) Le nom est souvent orthographié en Angleterre Litheare. Wace écrit Litehare.
Luot (Le). — Commune du canton de La Haye-Pesnel, arrondissement d'Avranches. Le nom de cette paroisse, orthographié Luoth dans les anciennes chartes, rappelle celui de W. Lovet, W. Lowet, Luith, monialis, et Louet. Le Cartulaire du Mont St-Michel (ms. 210, Biblio-
thèqae d'Avranches) mentionne un Willelmus Lohoth, à l'année même de la Conquête.
Macey. — Commune du canton de Pontorson, arrondissement d'Avranches. Macey veut dire habitation de Macy, comme Sacey habitation de Sacy. Un seigneur de cette paroisse, Hugo Maci, (Domesday-Book) était à la Conquête. Leland mentionne Mascy. Il ne reste rien du manoir primitif qui, très probablement, s'élevait à la place du château actuel. L'acte le plus ancien où Macey soit cité est une charte de Guillaume Longue Epée, de 917 : « Macei, dimidium Cromerai. » (Ms. 210 : Cormerai, section de cette commune.)
Magneville. — Commune du canton de Bricquebec, arrondissement de Valognes. Son seigneur, Geffroy de Mogneville, qui figure dans presque toutes les Listes, (Bromton, Wace, André Duchesne, Masseville, sous le nom de Maundeville, Maundevyle, prononciation encore usuelle chez les gens du pays, voir aussi Collin's Peer, II, p. 112 ; Dugdale : Baron : 1, p. 206) eut le titre de Comte d'Essex et de Connétable de la Tour de Londres. Le dernier Magneville qui fut Comte d'Essex se nommait Guillaume. (Collines : Earls of Essex, II, part. 1^^% pp. 113 et 114). Magneville fut doté de 118 seigneuries.
L'église de Magneville est contemporaine de la Conquête. Elle a été étudiée par Dawson Turner : Account of a Tour in Normandy. Auprès de la rivière l'Ouve qui traverse cette commune, on voit une très belle motte entourée de fossés ; là est l'emplacement du château primitif.
Marcey. — Commune du canton et de l'arrondissement d'Avranches. Dans le canton de Ducey (même arrondissement) existe une commune du nom de Marcilly (voir ce mot). Peut-être cette dernière paroisse est-elle le
lieu d'origine de Radulphe de Marci, qui se trouvait à la Conquête et qui sous-tenait diverses possessions dans les comtés de Suffolk et d'Essex. (Voir Masseville : Histoire de Normandie, I, p. 282.) Mais ce n'est là qu'une simple hypothèse, les noms de Marcilly, Marcillej, Marcillac, Marciac étant très nombreux en France ; de plus, nous n'avons découvert aucun texte, ni sur les lieux aucune trace, pouvant fortifier cette présomption, bien que les premières chartes, dans lesquelles Marcilly soit mentionné, remontent à la fin du xi*^ siècle. (Cartulaire de la Cathédrale d'Avranches.)
Mais la commune de Marcey qui nous occupe peut, avec plus de raison, revendiquer comme sien le guerrier de la Conquête.
Ce n'est pas, toutefois, au château actuel de Marcey, édifié dans un bois que traverse la route nationale d'Avranches à Granville, qu'il faut rechercher le berceau de Rau ulplie de Marcy, appelé également RaouldeMai-ci (L. Delisle). Ce château a été construit au xviii'' siècle ; c'est un vaste corps de logis avec deux ailes, percé d'ouvertures encadrées de briques. Mais, auprès de l'église de Marcy, sur la route de Bacilly, on remarque une ferme, dont le nom seul, le Manoir, rappelle l'importance d'autrefois. On y voit un grand cintre, bouché de maçonnerie et un pignon soutenu par deux contre-forts. Là est le berceau du Conquérant, si, toutefois, Marci vient de la paroisse de Marcey sous Avranches
Marcey est aujourd'hui bien déchu de l'importance qu'il avait au Moyen-Age. C'était, alors, une ancienne baronnie qui donnait droit de séance à l'Echiquier de Normandie.
Marcey a compté parmi ses habitants de nombreux Taillefer. Ce nom était très commun dans l'Avranchin. L'obituaire de l'abbaye du Mont Saint-Michel (ms. 215 de la Bibliothèque de la Ville d'Avranches) mentionne un Michel Taillefer comme insigne bienfaiteur du monastère. Faut-il voir dans cette famille la souche du Taillefer « ki moult bien cantoit? «
Marcilly. — Commune du canton de Ducey, arrondissement d'Avranches. Est-ce le berceau de Marcy, seigneur de la Conquête ? Se reporter au mot Marcey.
Marigny. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Lô. Les listes ne mentionnent aucun nom de ce genre ou même s'en rapprochant. Cependant, d'après M. de Gerville, il est probable que celui qui possédait cette baronnie en 1066, prit part à l'expédition, mais il y aurait figuré sous un autre nom : « Les plus anciens seigneurs de Marigny appartiennent à une des principales familles normandes établies en Angleterre, dès le temps de la Conquête : c'est celle de Say ou Sey qui tirait" son nom d'une commune dans l'arrondissement d'Argentan. Cette famille a été célèbre en Angleterre. Banks la fait remontera Picot de Say qui vivait sous le règne de Guillaume. (Banks Ext. bar. II, p. 461 et suivantes.) Le château primitif se trouvait au lieu dit la Butte-du-Castel, dans une situation assez escarpée, baignée par les eaux d'un étang.
Martinvast;. — Commune du canton d'Octeville, arrondissement de Cherbourg. Ce nom ne figure sur aucune liste : nous trouvons cependant un Mcirtine dans le rôle de Leland. Nous partageons l'avis de M. de Gerville, lequel croit qu'un seigneur de Martinvast prit part à la Conquête. En effet, le Liber Niger Scaccarii (I, 123) mentionne à une époque très rapprochée de l'expédition un Richard de Martinvast, ayant tenu dans le Nottinghamshire. L'emplacement de l'ancien château se trouvait tout auprès du château actuel, appartenant à la famille Shickler.
Méautis. — Commune du canton de Carentan, arrondissement de Saint-Lô. Berceau d'une famille anglo-normande, dont on trouve les traces en Angleterre jusqu'au xvii^ siècle. Au temps de la Conquête, Robert de Méautys
et son fils Richard firent d'importantes donations à Saint- Etienne de Caen. (Cf. Neustria Pia.) Un de Méautis accompagna le duc Robert en Terre Sainte, (Masseville, I, p. ?50. — Dumoulin : Catalogue des Croisés.) Aucun seigneur de ce nom ne figure cependant sur les Listes. Il est à présumer toutefois qu'un seigneur de cette paroisse passa en Angleterre et y fit souche. En effet, le chancelier Bacon eut pour exécuteur testamentaire le chevalier Thomas de Meautys. Ce dernier fut inhumé dans Téglise de Saint- Alban, (Hertfordshire). On lit encore sur Tépitaphe : « Y body of sir Thomas Meautys knight. » (Beautiesof England, VII, p. 94.) Il est probable que ce chevalier fut ambassadeur de la reine Elisabeth en Ecosse. fChalmers : History of Mary Stuart, I, p. 79.)
Le château primitif de Méautis qui ne semble pas avoir été bien considérable se trouvait auprès du logis de la ferme actuelle, dite Tour de Méautis. Quelques traces seulement sont encore apparentes.
.llesnil-Adelée (Le). — Commune du canton de Juvigny le Tertre, arrondissement de Mortain.
Le Domesday-Book mentionne WUlelnius Aldeleia comme possédant dans la centenie de Ruberge une hyde et demie de terre. La liste d'André Duchesne mentionne Audeley, celle de Leland Audel.
Il est à peu près certain que ce Guillaume Adelée était originaire de cette paroisse qui possédait un manoir, ainsi que son nom l'indique (Mesnil, Mansio). La famille Adelée joua un rôle important et honorable dans l'histoire de la Basse-Normandie « Malgré la similitude des noms d' Adelée ou d'Aldelée avec ceux d'Audley ou d'Aldethley, portés en Angleterre par une branche cadette de la maison de Verdun, nous ne pensons pas, dit M. Léchaudé d'Anisy, que les lords Audeley de Walden soient sortis de Guillaume Adelée. » (Rech. sur le Domesday Book, I, p. 101) — Cf. Add. Exon. folios 3 et 8.
Mesnil-Angot. — Commune du canton de Saint Jean de Daye, arrondissement de St-Lô. Le Domesday Book mentionne de nombreux Angot, sous la forme Ansgotus. Plusieurs d'entre eux tenaient T. R. E. Le Conquérant leur conserva une partie de leurs tenures. Ansgotus qui sous-tenait, (Sussex fol. 20 b. 21, 22), du Comte deMortain était venu probablement à sa suite. Peut-être était-il originaire du Mesnil Angot, seule paroisse de Normandie dont l'appellation rappelle le nom patronymique de ce seigneur ? Mais les plus expresses réserves sont à faire.
Mesnil Serlon (Le). — VoirPercy. Lieu de naissance de Serlon de Percy, compagnon de Guillaume. La tamille des ducs de Northumberland en descendrait d'après M. de Gerville.
Meurdraquière (La). — Commune du canton de Bréhal, arrondissement de Coutances, la seule de ce nom en Normandie et même dans toute la France. C'est, évidemment, l'habitation de Meurdrac ; c'est donc là, et là seulement, qu'il faut rechercher le berceau de la famille Murdmc ou Meurdrac, citée dans le Domesday et qui remonte, certainement au-delà de la Conquête, puisque Robert, fils de Murdrac, souscrit en 1080, à la confirmation de biens faite par Guillaume à l'abbaye de Saint Evroult. Un membre de cette famille Henri Meurdrac fut archevêque d'York de 1143 à 1 i53. La liste de Léop. Delisle mentionne Murdrac.
Il ne subsiste dans cette commune aucune trace d'ancien château, aucun vestige de motte.
Mobecq. — Commune du canton de la Haye du Puits, arrondissement de Coutances. Un Mobecq était à la Conquête : Hugue de Mobec^i dit la liste de Léop. Delisle.
Montaigu les Bois. - Commune du canton de Gavray, arrondissement de Coutances. Un Drogon de Montaigu était à la Conquête^: Montagu (Listes d'André Duchesne, de Brompton, de Leland) (Collectanea de rébus brit. Ed. Hearne : I, 206)
Bien que le département de la Manche renferme un autre Montaigu (arrondissement de Yalognes), il n'est pas douteux que le guerrier de la Conquête était originaire de Montaigu les Bois, parce que ce seigneur devait le service à un château très voisin, celui de Gavray : « Rogerus de Monte Acuto quatuor partes ad custodiam castrie de Gaureio. » (Infeudationes Militum.)
Drogon de Montaigu reçut des biens très importants, surtout dans le Comté de Sommerset. Il fut l'ami de Robert, comte de Mortain, qui lui donna même un de ses châteaux. (Collinson : History of Somersetshire, I, 49, 93, 99, 312 et Banks : Ext. Baronn III, p. 649. — Collins Peer. (1711) II. 2' part. 214,215). Un de ses descendants Guillaume Montaigu, comte de Salisbury, dut à la fois sa célébrité à sa bravoure et à la beauté de sa femme pour l'amour de laquelle le roi Edouard III institua, dit-on, en 1349, Tordre de la Jarretière.
Il ne reste rien de l'ancien château de Montaigu. Dès le commencement du xix*' siècle toute trace de maçonnerie avait disparu ; aujourd'hui, on ne distingue plus ni motte ni fossés.
Un des nombreux Anger, Ansger de Montaigu (Liste Léop, Delisle), de la Conquête, cités dans le Domesday serait aussi originaire de Montaigu les Bois. (Voir au mot Angey.)
Dans un article publié par la Revue A nglo-Française (Tome I p. 38. en note), M. de la Fontenelle prétend sans en rapporter la moindre preuve que le Montaigu de la Conquête était originaire de Montaigu, en bas Poitou. (Aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de La Roche-sur- Yon, Vendée) ; la critique de M. de la Fontenelle contre l'opinion de M . de Gerville ne repose sur aucun document sérieux.
Montbray. — Commune du canton de Percy, arrondissement de St-Lô. Trois Montbrai étaient à la Conquête. (Geffroy, Roger et Robert.)
Son château a appartenu à plusieurs familles anglo-normandes des plus illustres.
Geoffroi de Montbrai : (Liste de L. Delisle.) Monbray (Liste de Bromton). On trouve aussi : Molbray, Mawbray :
Cil de Montbrai/ et de Saie Maint anglais ont accravanté,
dit Wace dans le Roman de Rou.
On connaît le rôle de Tevêque Geffroy, frère de ce Robert de Montbray que le duc Guillaume consulta sur son projet de faire valoir à main armée ses droits à la couronne d'Edouard le Confesseur. Le prélat plus guerrier, peut-être qu'apôtre, fut récompensé magnifiquement : Ex Willelmo rege 280 villas quas a manendo maneria vocamus obtinuit quas nepoti suo Roberto de Molbraio propter nequitiam et temeritatem suam non diu possessuro moriens dereliquivit. (Ordéric Vital. Recueil des historiens de France. Tome XI p. 523 et svts.) Banks prétend que Geolïroi de Montbrai a été duc de Northumberland (Banks Ext. Peer HT p. 508. - Collin's Peer. III, p. 249), mais de Gerville affirme que les Alien Priories ne mentionnent aucun manoir dans ce comté, au nom de Montbray. Le château de Montbray était situé en contre bas du bourg de Montbray, sur les bords d'un ruisseau. Il ne reste que des traces insign'fiantes des anciennes maçonneries, mais la motte est encore bien apparente.
Montchaton. — Commune du canton de Montmartinsur-Mer, arrondissement de Coutances. Cette paroisse se rattache à l'histoire de la Conquête parce que, en 1066, sa seigneurie était dans la famille de Turstin Halduc et de son fils Eudon. (Voir au mot : Haye-du-Puits, la). Cf. Neustria Pia, p. 619 et Gai. Christ. XI, p. 226. Diocèse de Co ûtances.
Son château s'appelait le château de la Roque. Il était
situé sur une hauteur qui domine la vallée de la Sienne. Sa position était formidable et sa défense naturelle, à l'exception du côté est, qui était protégé par des fossés et par des retranchements. 11 reste encore des pans de murailles ; le château affectait la forme d'un rectangle. Il fut restauré par les Anglais, lors de l'occupation de la Normandie, au xv^ siècle et repris, en 4449, par le connétable de Richemont.
Montebourg. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Yalognes. On y remarque le château-fort de la Varengère, dépendant du fief d'Ozouville. Les d'Ozouville ou d'Ozeville figurent sur la Liste de Bromton qui mentionne aussi un Montabours. D'après M. de Gerville, la branche anglaise de cette famille est nommée parmi les feudataires de la couronne du comte de Hereford. Le duc Guillaume était le seigneur de Montebourg, au moment de la Conquête. Aucune trace de château primitif.
Montfarville . — Commune du canton de Quettehou,
arrondissement de Valognes. Son ancien nom est Mosfarville. Guillaume Foliot était seigneur de Morfarville, à l'époque de la Conquête. Voir aussi Onionville-la-Foliot.
Mont Saint-Michel (Le). — Commune du canton de Pontorson, arrondissement d'Avranches, la plus célèbre abbaye-forteresse de France et, sans doute, du monde : elle a joué un rôle considérable dans l'histoire d'Angleterre depuis le viii'^ siècle jusqu'à la fin du xv^. (Cf. Etienne Dupont : Le Mont Saint-Michel et les Pays Etrangers : Angleterre, Belgique, Allemagne.)
En 1060, un religieux du Mont Saint- Michel, célèbre par sa science et par sa piété, fut élevé par ses frères au siège abbatial. Il avait nom Ranulphe. Cet abbé, que le duc Guillaume « estimait comme son père, respectait comme son prélat et vénérait comme un saint » (Dom Huynes :
Histoire Générale de l'Abbaye du Mont Saint-Michel au péril de la mer, ms. 209, Bibliothèque d'Avranches et Ed. de Beaurepairey devait avoir sur le Conquérant une influence considérable et ne demeura pas étranger à la conquête de la Grande Ile, nom souvent donné à l'Angleterre parles chroniqueurs et les annalistes de l'Abbaye. On sait que vers 1064, Guillaume, las des provocations de Conan, duc de Bretagne, résolut de marcher contre son voisin. Harold l'accompagna dans son expédition et les deux princes qui, vingt mois après environ, devaient se mesurer à Hastings, vinrent ensemble au Mont Saint-Michel, quand leur armée en traversait les grèves. Ce passage au milieu des sables de la baie est figuré dans la fameuse Broderie de Bayeux. Le Mont y est représenté par un bâtiment très bas, composé de trois arcades romanes, flanquées de deux petites tours, construit sur un rocher en forme de carapace de tortue. Au pied du Mont, au premier plan de la Broderie, passent des cavaliers armés de lances et d'épées et protégés par des boucliers et d'étranges cottes de mailles. A la partie supérieure de la toile on lit cette légende : Hic Willelm. dux et exercitus ejus venerunt ad Montem Michaelis et Hic transierunt flumen Cosnonis. Hic Haroldus trahebat eos de arena. — On voit, en effet, Harold retirer quelques soldats qui « s'enlisent » dans les sables mouvants et si perfides de la baie.
C'est, très probablement, au cours de cette visite du duc Guillaume au Mont Saint-Michel qu'un courant de sympathie s'établit entre lui et l'abbé. Toujours est-il que, dès que Ranulphe eût appris le succès de l'expédition, il fit équiper aux frais du monastère six gros vaisseaux et dépêcha vers le nouveau monarque un certain nombre de ses religieux. Ces moines ne tardèrent pas à être élevés à de hautes dignités ecclésiastiques en Angleterre : « L'an mil soixantesix, dit Dom Huysnes, (ms. 209 précité et mss. 18.497- 18.498, f. St-Germain. Bibliothèque Nationale ; voir aussi Ed. de Beaurepaire) quatre moines que l'abbé Ranulphe envoya avec six navires équipés en Angleterre pour en ramener le duc, demeurèrent en ceste isle par ordre du dict duc et, quelques années ensuite, ils furent tous quatre
abbés dans le royaume d'Angleterre. Ruald, prieur claustral de cet abbaye, fut abbé de Hilde près Winceske, Froliand, trésorier de céans, fut abbé de Cantorbéry, lequel, comme le remarque Dumoulin en son Histoire, remit la discipline régulière en Angleterre, en sa première splendeur. Frolo édifia le monastère de Saint-Pierre de Glocester et en fut le premier abbé. Enfin, le quatrième, appelé Guillaume d'Agon. fut abbé de Saint-Pierre de Cerneliense. »
Une note de Thomas Le Roy mentionne également : « Quatre moines de ce monastère, envoyés en Angleterre avec six navires pour ramener le duc Guillaume, en 1066, y sont créés abbés, sçavoir : Ruald, abbé de Hilde, près de Wincester ; Scholiand, abbé de Cantorbéry ; Serlo, abbé de St-Pierre de Glocester ; Guillaume d'Agon, abbé de St- Pierre de Cerneliense. (Thomas Le Roy : Curieuses Recherches, noté le 7 Janvier 1647.)
C'est une question de savoir si les vaisseaux furent équipés en vue de l'expédition ou, seulement, après l'expédition. Le texte de Dom Huysnes démontre, selon nous, que la seconde hypothèse est la vraie, malgré l'affirmation de quelques auteurs anglais prétendant, sans indiquer leurs sources, que le Mont contribua à l'armement de six gros navires en vue de l'expédition, « contributing six large armed ships towards the expédition. » Cf. J. Herbert Reid : The History of Wargrave. Reading 1887.) Quoiqu'il en soit, Guillaume n'eut pas plustôt pris possession de son royaume que le Mont Saint-Michel reçut des biens importants qui sont consignés dans le Domesday-Book. Nous extrayons la note suivante de notre étude sur le Mont St- Michel et les Pays Etrangers : Angleterre, Belgique, Allemagne : « Il y a lieu d'ajouter aux dons faits après la Conquête à l'abbaye normande, les biens suivants : Ecclesia Sancti M. de Monte tenet de rege Otryton. (En 1332, au moment de la révision des titres ordonnée par le roi Edouard, le rapport dit : Rex W. primus dédit in puram eleemosynam manerium de Otryton cum prato, abbatia. — Comitissima Ghida tenebat t r. e. — Ipsa ecclesia tenebat Domitone — Comes Herald tenebat t. r. e. Sedemunda terra S. Michaelis. — Ecclesia Sancti Michaelis de Monte
tenet de rege in Basingestoches hundred unam hydam et decimam de manerio de Basingestoches. (Voir aussi Chronique de Robert de Torigni, Edit. Léopold Delisle, II, 317- 318 : bulle de Confirmation octroyée au Mont par le pape Alexandre III f27 Janvier 1179).
On le voit, si le Mont Saint-Michel n'a pas fourni un seigneur armé, un guerrier à la Conquête, il y a du moins contribué puissamment, par l'envoi de plusieurs de ses religieux qui, par leur science et leurs vertus, affermirent d'une façon pacifique la conquête brutale de Guillaume.
Mortain. — Chef-lieu d'arrondissement du département de la Manche.
Le XI® siècle, surtout dans sa seconde moitié, fut pour le pays de Mortain Tépoque la plus active, la plus féconde, la plus glorieuse. Après la disgrâce de Néel de Saint- Sauveur, Guillaume donna à son frère Hubert le comté de Mortain. Bromton orthographie MorUn et Leland Morieyrie.
Robert, qui s'était imposé les plus lourds sacrifices pour participer largement à l'expédition, (Voir au mot Lande d'Airou, la) et qui eut, à Hastings, un des principaux commadements, fut magnifiquement récompensé par Guillaume et reçut en Angleterre des biens considérables. Son fils Guillaume lui succéda comme comte de Mortain et de Cornwall. Ayant pris le parti de Robert Courteheuse dont triompha Henri, celui-ci fit perdre à Guillaume toutes ses possessions. Après la journée de Tinchebray, le château primitif fut complètement démoli ^1106) ; il fut à peu près ruiné en 1378, par le duc de Bedford. La chronique de Savigny fixe, en effet, à cette date le dit événement :
Anno Domini mccclxxviii, obsessum fuit castrum Moretonii.
Et elle ajoute en deux vers chronogrammes :
L bis X mille c ter octo congerat ille Qui castrum miré versum vult reperirc
Placé au-dessous de la ville, au sud, le château de Mortain offre encore quelques débris sans importance ; une
vallée le protégeait au nord ; sur ses autres flancs étaient creusés des fossés larges et profonds ; on découvre encore, mais assez péniblement d'ailleurs, quelques revêtements de maçonnerie.
Mortain paraît être aussi le lieu d'origine de Taillefer^ dit Tailtefer de Mortain, un des plus vaillants compagnons de Guillaume.
Morville. — Commune du canton de Bricquebec, arrondissement de Valognes. Lieu d'origine de Morville Liste d'André Duchesne, Morvile dans Leland, Moi'evyle dans Bromton. Les Morvile figurent parmi les barons d'Angleterre, d'Ecosse et de Normandie (Cf : Banks : Ext. Peer. I, 142 et CoUin's, Vol. II, p. 145.; L'emplacement du château primitif nous est inconnu.
Moyon. — Commune du canton de Tessy sur Vire, arrondissement de Saint Lô. Moyon est cité pour la première fois dans l'acte de mariage du duc Richard III avec Adèle : Curtem quœ dicitur Moyon, cum appendiciis suis. (Spicil. d'Achéri. VII 203.) Guillaïune de Moyon, un de ses seigneurs était à la Conquête, Willaine de Moion, dit Wace, Moon, disent Bromton et Duchesne, Moyon, dit Masseville. Il fut suivi par cinq chevaliers de sa baronnie (Leland Collectanea, Tome I, p. 202 et svts.) D'après Banks, (Bar. I, p. 373; il commandait, peu après l'expédition, 47 chevaliers. Il reçut des biens considérables dans le Devonshire, le Dorsetshire et le Sommersetshire. Lors de la confection du D. B. il possédait 55 manoirs dans le Devonshire. Une paroisse du Dorsetshire Harnmoon ^Ham-MoyonJ porte son nom, (Hutchins : Introd. to the History of Dorset, 54) Le chef-lieu de sa baronnie fut Dunster dans Sommersetshire. Il y fonda un prieuré de Bénédictins où il fut inhumé. Son petit-fils Guillaume fut créé par l'impératrice Mathilde comte de Dorset et de Sommerset. Sur sa famille on consultera utilement Collinson, Sommerset, T. I, p. 213, 214.
De Gerville, vers 1825 releva à Moyon, an peu au sud de Féglise, les traces du château primitif ; il subsistait encore à cette époque quelques débris d'anciennes murailles : « Au levant de Tenceinte, dit M. de Gerville, (arrondissem^ de St- Lô, verbo Moyon : p. 214), il y avait un large fossé très profond et plein d'eau ; il est difficile de démêler la position des différentes défenses de ce château. » Il m'a paru que le donjon était à peu près central et entouré d'une double enceinte. L'emplacement de ce château n'est pas sur un tertre, mais sur la partie la plus élevée de cette grande paroisse. Delà, on découvre les hauteurs de Percy, Montabot, Saint Vigor et peut-être de Montbray.
Muneville . — Le département de la Manche possède deux communes de ce nom : 1" Muneville-le-Bingard, canton de Saint-Sauveur-Lendelin, arrondissement de Coutances et 2° Muneville-sur-Mer, canton de Bréhal, même arrondissement. Or, il est certain qu'un Muneville était à la Conquête. Une famille Muneville est mentionnée comme habitant le Kent (Brailey : Beauties of Kent.)Les deux Muneville semblent avoir eu au Moyen-Age a peu près la même importance : mais un souvenir curieux rattache Muneville-sur-Mer à l'histoire de l'Ecosse : Bachanan jouissait des revenus de la prébende de Muneville-sur-Mer, qui était rattachée à la Cathédrale de Coutances. En l'absence de tout document écrit et de toutes traces de château dans les deux paroisses, nous ne concluons ni en faveur de l'une ou de l'autre. La liste de Leland mentionne un Byngard.
Néhou. — Commune du canton de Saint-Sauveur-le- Vicomte, arrondissement de Valognes. Néhou signifie habitation de Néel. En 1046, Néel de Saint-Sauveur s'étant révolté, sa baronnie fut donnée par Guillaume à Baudouin de Meules. Néel étant rentré en grâce auprès du duc, celuici rendit Saint-Sauveur, mais Néhou resta à Baudouin. Le fils de Baudouin prit le nom de Reviers et ses descen-
dants celui de Vernon. Les Reviers, richement dotés, devinrent comtes de Devon et seigneurs de Tîle de Wight. Voir la Généalogie des Reviers dans ïHistoire de llle de Wiglit par Sir Richard Worslcy. Les ruines du château de St- Sauveur, bâti par Néel, peuvent être découvertes dans un marais que traverse TOuve. On peut consulter Lf6reG?o;jc/ie/ : Hisloire de la paroisse de Néliou, depuis les temps les plus reculés jusquà nos jours ; Cherbourg, Nobiet, 1835, in-8°.
Notre "Dame -du -Touchet. — Commune du canton et de l'arrondissement de Mortain. Un Touchet figure sur la Liste alphabétique de Guillaume le Tailleur : Banks Extinct. Peerage, II, 634.) Cette famille subsista en Angleterre jusqu'à la fin du xviii® siècle. En 1784, lord Audelay, dont le nom était Tickness, obtint du roi la permission de reprendre celui de Touchet (Collins Peerage : Ed. Brydges, VI, 656.) Du Touchet figure sur la liste de M. de Caumont et sur celle de De La Rue.
Le château primitif se trouvait un peu à Test de Téglise actuelle ; on y remarque encore un tertre ovoïde et le lieu s'appelle du nom bien caractéristique les Mottes.
Omonville-la-Foliot. — Commune du canton de Beaumont-Hague, arrondissement de Cherbourg. Le surnom de Foliot peut faire supposer, fmais nous n'irons pas plus loin) que de cette paroisse est sorti un guerrier de la Conquête, mentionné dans la liste de Bromton :
Freyii et Folyot.
fAp. rerum angl. Script. I. col. 963, ed. Selden.) Nous savons que cette famille posséda en Angleterre des emplois considérables ; Tun de ses membres, Gilbert Folj^ot ou Foliot, fut évêque de Londres de 1163 à 1187. Ce fut un des plus chauds partisans de Henri II, dans ses démêlés tragiques avec Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry. On peut consulter sur les Foliot : Godwin, De prœsulibus
Angliœ. — Banks, Ext. Peer, I, 84. — Hutchins) Dorset, II,
La commune d'Omonville ne renferme aucune trace d'ancien château pouvant remonter au temps de la Conquête.
Orglandes. — Commune du canton de Saint-Sauveurle-Vicomte, arrondissement de Valognes. Un seigneur d'Orglandes ou d'Orglandres était à la Conquête. Il s'appelait Richard ; il aida Guillaume Fitz Osbern à réduire Tile de Wight, où il reçut de grands biens et où sa famille a conservé le manoir de Nunwell. (Worslej's History of the Jsle of Wight. — Hutchins : History of Dorsetshire, L 272. — Cartulaire de Saint-Sauveur-le-Vicomte, p. 19.) Seule la Liste de De La Rue mentionne d'Orglande. L'emplacement du château primitif est la Hougue ; il était situé dans une seigneurie dont les terres devaient être considérables.
OrvaL — Commune du canton de Montmartin-sur- Mer, arrondissement de Coutances. La seule paroisse de ce nom en Normandie : on trouve un Orville, dans le canton de Vimoutiers, arrondissement d'Argentan. Cette similitude de nom a fait commettre une erreur à CoUins (voir TAvant-Propos.) Mais le guerrier de la Conquête, mentionné dans presque toutes les Listes était, à n'en pas douter, d'Orval près Coutances, parce que, au moment de la Conquête, cet Orval possédait un seigneur, Regnault d'Orval, qui souscrivit à l'acte de fondation de l'abbaye de Lessay, tandis qu'Orville ne peut se réclamer à cette époque d'aucun seigneur.
L'emplacement de l'ancien château est inconnu.
Percy. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Lô. La seigneurie de Percy existait bien avant la Conquête. Dans l'acte de donation de terres faite par Richard 111 à sa femme Adèle, il est fait mention de Percy,
Curtem Percei. (Recueil des Historiens de France, X, 270.) Deux seigneurs de Percy prirent part à l'expédition : Guillaume et Serlon. La Liste de Leland porte Percy, celle de Bromton Percy Crux, celle de De La Rue de Percy. Guillaume reçut trente-deux seigneuries dans le comté de Lincoln et quatre-vingt-six dans celui de York. (Dugd. Baron. 1, 269. — Banks Ext. Peer, I, 158 — II, 415 — III, 520. — Collin's Peer. Ed. Brydges, II, 217-218) Le chef-lieu de sa baronnie fut Topelisf. Hughes d'Avranches, comte de Chester, lui attribua également la seigneurie de Whitby (York). Guillaume s'empressa d'y rétablir le monastère des bénédictins, à la tête duquel il plaça son frère Serlon. Au xii^ siècle, la famille de Percy tomba en quenouille. M. de Gerville fait remarquer qu'Agnès, fille de Guillaume de Percy, troisième du nom, s'étant marié vers la fin du xii'' siècle à Joscelin de Louvain, sa postérité reprit le nom de Percy. Les nouveaux Percy achetèrent, vers 1300, d'un évêque de Durham, la baronnie d'Alnwick dans le Northumberland. Deux de leurs descendants furent faits, l'un comte de Northumberland, l'autre comte de Worcester. Collins dit, par erreur, qu'il y a trois paroisses de Percy en Normandie ; celle qui nous occupe est la seule de ce nom. L'emplacement très probable du château primitif est le hameau du Câtel, ou Cateley, situé à environ une lieue du bourg actuel ; c'était une position assez forte. Une tradition populaire met le château primitif plus au sud, près du hameau de Sienne, au confluent de la Sienne et de la petite rivière du Chefresne. Au xiii^ siècle, la seigneurie de Percy était possédée par Guillaume Paisnel. Un des fiefs de cette dépendance s'appelait le Mesnil Sèron : faut-il y voir, à cause du nom, (Mansio Serlonis) le lieu d'origine ou la résidence de Serlon ?
Pirou. — Commune du canton de Lessay, arrondissement de Coutances. La famille de Pirou possédait des biens importants en Angleterre, principalement dans . le Devonshire et le Somersetshire. Sa principale résidence se trouvait dans le comté de Devon, dont un manoir a çon-
serve jusqu'à nos jours le nom de Stoke-Pirou. (Britton's Beauties of England (Devon) et CoUins (Historj of Somerset, I, p. 25o et III, p. 55.)
Pirou se rattache à la Conquête, par ce fait que son château fut possédé par les Boys, de Boys ou Dubois, qui accompagnèrent le duc. (Listes de Leland et d'Hollingshed.) Wace cite Pirou.
Le château primitif de Pirou s'élevait à la place où se trouve le château actuel : il était jadis entouré d'une triple enceinte de murs, protégée par des fossés remplis d'eau. Un donjon formidable par lui-même et par les approches dont il était muni en faisait une véritable forteresse. Les Anglais s'en emparèrent en 1418 et le conservèrent en leur pouvoir jusqu'en 1449.
Poilley. — Commune du canton de Ducey, arrondissement d'Avranches. D'après Le Héricher, (Avranchin Historique et Monumental, I, 399), le nom de cette paroisse semble dériver d'un nom d'homme, d'un chef normand. Mais il nous paraît très téméraire d'y placer le berceau de Guillaume de Poillei, qui figure notamment sur la Liste de Léopold Delisle. On trouve dans le Domesday un Poilgi, comme s. t. Poilgeium, Poilleium ont parfaitement pu donner Poilley. Nous en avons un exemple dans la transformation d'Oilgy, en Ouilly. « Les Oilgi se sont appelés les seigneurs d'Oiley en Angleterre et leur postérité existe encore dans la baronnie d'Oiley. » (M. Le Prévost, note du Roman de Rou .) Deux communes portent le nom de Poilley ; Poilley sur le Homme, celui qui nous occupe, et Poilley, canton de Louvigné-du-Désert (Ille-et- Vilaine). La Sarthe renferme aussi un Poillé (arrondissement de la Flèche.) La terre seigneuriale semble être celle du Homme. Aucune trace de motte, ni de château ; mais on trouve encore quelques débris du monastère de Montmorel, dont le grand bienfaiteur fut Guillaume de Ducey.
Précey. — Commune du canton de Ducey, arrondissement d'Avranches. Cette paroisse se trouve sur le bord de la route nationale de Dol à Avranches : « Si Précey, dit M. Le Héricher, tire son nom d'un Percy, cette localité avait un représentant à la Conquête. » (Le Héricher : Avranchin Historique et Monumental, I, p. 436.)
Willelmus de Percy, que Dugdale fait descendre de Mainfred de Percj^ venu de Danemark en Normandie, reçut effectivement de nombreux domaines dans différents comtés. (Bar. t. I, p. 269.)
Mais il y a en Normandie un trop grand nombre de lieux appelés Précey, Pressey, Prestot et même Percy, (voir Percy) pour qu'on puisse affirmer que le seigneur de la Conquête était originaire de cette paroisse. Nous n'avons découvert aux Archives, ni sur les lieux, aucune trace pouvant laisser croire que Précey soit le berceau de Willelmus de Perci.
Quesnay . — Section de commune rattachée à celle de Trelly, canton de Montmartin, arrondissement de Coutances. Il est très probable que de cette paroisse partit Raoul de Kaineto, cité dans l'ouvrage de Banks comme étant à la Conquête. (Banks. Ext. Peer. L p. 101-102. — Hutchius, Dorset, I, p. 110.) Léopold Delisle mentionne Raoul du Quesiiai. Cette famille joua un rôle important dans le comté de Dorset et Tun de ses membres y fonda le monastère de Tarent. On ne peut signaler aucune trace de château.
Rampan. — Canton et arrondissement de Saint-Lô. Berceau probable des Rampan auxquels Guillaume attribua des biens dans le comté d'York.
Sacey. — Commune du canton de Pontorson, arrondissement d'Avranches. Un Sacey était à la Conquête. Wace dit : Et cil d'Oilli et de Sacie !
Il est absolument certain que cette paroisse possédait un seigneur au moment de la Conquête. Le Cartulaire du Mont (ms. 210 de la Bibliothèque d'Avranches) contient une charte « Carta de Buceio et de Saceio » dans laquelle Michel de Sacey et Guillaume de Sacey se trouvent cités. Les rôles de FEchiquier citent souvent les seigneurs de Sacey : W. de Saxeio et Roger de Saceio. (Stapleton, T. I, p. 269 — T. II, p. 540.) Wace mentionne de Sacie. Sacey possédait une forteresse, Charruel, et un manoir. La forteresse construite en 1028 par Robert, duc de Normandie, était destinée à arrêter les incursions des Bretons. Elle était située au flanc méridional d'une colline baignée par la Dierge. Le manoir était situé entre Téglise et Charruel. Les ruines qu il présente encore appartiennent à des constructions du xv'^ siècle. C'est là qu'il faut placer le berceau du Sacey de la Conquête.
Saint-Aubin-des-Préaux. — Commune du canton de Granville, arrondissement d'Avranches. Un seigneur des Praiaus était à la Conquête,
De jouste lui cil des Praiaus,
dit Wace. « Li sire de Praerers » rapporte Leland. Quelques auteurs donneraient pour origine à ce seigneur cette commune de la Manche ; mais, il faut remarquer qu'au moment de la Conquête cette paroisse ne possédait pas de de seigneur laïc ; (d'après le Livre Blanc de l'Evêché de Coutances et le Livre Noir du même Evêché, fol. 39 verso.) L'abbé du Mont Saint- Michel en était le seigneur et le patron. Selon M. Le Prévost, il s'agirait de Préaux, canton de Darnetal, près de Rouen.
Saint Aubin de Terregatte. — Commune du canton de Saint James, arrondissement d'Avranches. Elle est baignée au nord par la Sélune. L'affix de son nom patronal wast, gast, vastus, ravagé, est un mot normand-saxon, très fréquent dans ces parages. Cette paroisse possède deux
fermes principales : le Manoir et le logis de Doguerne. L'endroit qui nous intéresse est la ferme d'Arcie.
Normand cCAdreci^ inscrit comme t. e. c. en baronnie dans le comté de Lincoln, (Lincolshire fol. 361, b. 362) suivit Guillaume en Angleterre et fut doté par lui de trentetrois seigneuries qui formèrent la baronnie de Nocton. 11 fut un des bienfaiteurs de Tabbaye de Sainte-Marie d'York.
11 n'est pas douteux que Saint Aubin de Terregatte puisse revendiquer Normand d'Adreci comme un de ses enfants. D'après la charte de l'abbaye de Savigny (Voir Biards, les) ou le cartulaire du Mont Saint-Michel fms. 210 Bibl. de la ville d'Avranches) la famille de Normand d'Andreci a pris naissance dans l'Avranchin et très probablement dans la paroisse de Saint Aubin de Terregatte, où existe toujours le hameau d'Arcie. On trouve, en effet, dans les chartes de Savigny, une charte de Radulphe d'Arcie qui était encore revêtue de son sceau, portant un lion passant, avec l'exergue : Sigillum Radulphi de Arceio. Le cartulaire du Mont Saint-Michel offre non seulement une charte de ce même Radulphe, mais encore celle de Pierre d'Arzis (de Arsieco) années 1243-1247, ainsi que celle de Jean d'Arzis ou Arsit (1248-J 252-1254) qui, toutes relatent des donations faites à cette dernière abbaye dans leur domaine de Terregatte (Cf. Léchaudé d'Anisy. Rech. sur le Domesday, verbo d'Adreci p. 60-61).
Il ne faut pas confondre cette famille Dadreci ou d'Arsiz ou d'Arsit avec celle d'Osbern de Arcis qui tenait en chef et par baronnie dans le West Reding, d'importants domaines (Yorkshire, fol. 298 329 329 b. Lincolnshire f. 364). Osbernus de Arcis était probablement originaire d'Arqués, arrondissement de Saint-Omer (Pas-de-Calais). 11 en est de même de Haimericus de Arcis : (Devonshire, fol. 117 b. Exon. Domesday) ; le texte prouve qu'il était bien originaire de cette dernière paroisse.
Saint-Clair. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Lô. Un Saint-Clair était à la Conquête. Les listes mentionnent, celle de Bromton SeynL Cler, celle de
LeJand S. Clere, celle d'André Duchesne, St-Clere, celle de Léopold Delisle, Richard de Saint Clair. Les Sinclairs d'Ecosse et notamment le comte de Caithness font remonter leur origine à cette famille. Le château primitif devait se trouver sur la ferme appelée aujourd'hui encore la Motte, où l'on relève un tertre et des retranchements. M. de Gerville lui assignerait plutôt comme emplacement deux élévations dites la Croûte et le Parc, non loin du presbytère.
Saint-Cyr du Bailleul. — Commune du canton de Barenton, arrondissement de Mortain. Il y avait un Bailleul à la Conquête. Cette illustre famille tire son origine de Baillol ou Bailleul, compagnon de Rollon et qui fut la tige de différentes branches en Normandie, en Ecosse et en Angleterre (Cf. Léon Fallue : Histoire de la ville et du cartulaire de Fécamp. — André de la Roque : Traité de la Noblesse. — Gabriel du Moulin : Histoire de Normandie. Dictionn. de Moréri, etc.) Pierre de Bailleul, sire de Fécamp guerrier de la Conquête, était originaire de la Seine-Inférieure : mais il se rattache trop intimement à cette paroisse du Mortainais pour que nous ne le fassions pas figurer ici. En 1220, Henri de Bailleul, descendant du conquérant, figure dans le catalogue des seigneurs du comté de Mortain. Un de ses parents Jean de Bailleul (1297) fut roi d'Ecosse ; il épousa Dornagille dont il eut Edouard de Bailleul, qui succéda à son père après la bataille de Dupplin (2 août 1332). Il abdiqua en 1356. Jean de Bailleul se retira dans sa terre de Bailleul (près Dieppe). Il y fut inhumé avec sa femme, dame de Galway, dans le chœur de l'église de Saint Waast de Bailleul sur Eaulne. Le château actuel de Bailleul en Mortainais est situé à trois kilomètres au sud de Barenton, à proximité de la voie ferrée de Pontaubault à Domfront. Les bâtiments de l'ancien château, propriété de M. Arthur Legrand, servent aujourd'hui de logement au fermier. Un village très voisin s'appelle la Motte ; on y voit également un château, appartenant à M. Méron.
Saint-Denis le Gast. — Commune du canton de Gavray, arrondissement de Coutances. Presque toutes les listes de la Conquête mentionnent un Saint Denis.
Seynt Denis et Saint Cler dit Bromton (Voir aussi la liste de Duchesne et la Chronique de Le Mëgissier.)
La Normandie possède, il est vrai, une trentaine de paroisses de ce nom, ce qui rend très difficile la découverte du lieu d'origine du guerrier ; mais il faut remarquer que le fief de St-Denis se trouvait dans le baillage de Cérences et que la seigneurie de St-Denis était à une époque très voisine de la Conquête réunie à celle de Beauchamps (voir ce mot). Donc, au temps de l'expédition de Guillaume, cette paroisse de Saint-Denis dépendait de Cérences (voir ce mot). Une petite difficulté se présente encore : l'arrondissement de Coutances possède un autre Saint-Denis, Saint-Denis le Vêtu ou le Vieux (Vêtus) canton de Cerisy la Salle ; mais il faut l'éliminer.
D'abord Saint-Denis le Gast est voisin du baillage de Cérences, tandis que Saint-Denis le Vêtu en est beaucoup plus éloigné. L'église de Saint-Denis le Gast est du temps de la Conquête : enfin ce qui est décisif pour M. de Gerville, c'est que la famille Meurdrac (voir Meurdraquière, la) possédait la seigneurie de cette commune en 1250
Le château de Saint-Denis le Gast dont il reste encore quelques pans de murs et des fossés se trouvait à environ un kilomètre de l'église en descendant vers la rivière la Sienne, dans la direction du sud-est : l'endroit est pittoresque et charmant.
Saint-Evremond de Bonfossé. — Commune du canton de Canisy, arrondissement de Saint Lô. Le pays dit de Bonfossé a été divisé en quatre paroisses : Saint-Martin, Saint-Sauveur, Saint-Samson et Saint-Evremond, tous qualifiés de Bonfossé. Bonfossé fut confirmé, en 1056, par le duc Guillaume, comme possession de la Cathédrale de Coutances. Cette possession est appelée quelquefois la Motte à l'Evêque ; c'était l'ancien château des évêques de Coutances. Le parc de Geoffroy de Montbray {voir Montbray)
était plutôt situé sur le territoire de Saint-Sauveur de Bonfossé, même canton, à peu de distance du château de Ja Motte. En 1418, Jean de Birmingham reçut Tordre de s'en emparer au nom du roi d'Angleterre : De potestate data a rege H. V Johanni Bremingham ad castrum de la Motte in manu régis capieadam {Rolles Xonnands de laTour de Londres^ Tome I, p. 250).
Saint-Fromond. — Commune du canton de Saint Jean de Daye, arrondissement de Saint-Lô. Cette paroisse est probablement le lieu d origme des Hommet, qui possédaient de grands biens en Angleterre, notamment dans le comté de Lincoln. Ils fondèrent au xii^ siècle un monastère à Saint-Fromond, auxquels ils donnèrent les cures et dîmes des quatre paroisses dépendant de leur baronnie de Stainfofd.
Saint-Germain sur Ay. — Commune du canton de Lessay, arrondissement de Coutances. Faut-il tenir cette paroisse pour le lieu d'origine d'Asinus Hugo (Hugues TAsne), qui tenait en chef de nombreux biens dans les comtés de Wcrcester, de Wiltz et de Hereford ? L'obscurité la plus grande règne sur cette famille dont les auteurs des Extinc. Peer. ne parlent même pas. Une charte du Mont Saint-Michel (1239) mentionne seulement un Thomas l'Asne comme dépendant de l'Abbaj^e du Mont dans les vavassories qu'elle possédait à Saint-Germain sur Ay. Nous mentionnons ce fait à titre d'indication seulement.
Saint- James. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches. D'après Wace, (Roman de Rou) Guillaume, duc, aurait offert à Gautier Gilîart, le drapeau à la Bataille d'Hastings : (Gautier Giffard : liste L. Delisle)
Gautier Giffard tout amené Ki à Saint Jame avait esté
Tendi sa main, les règnes prist, Pie en estrien desus sasit. . .
Et ii dus garda dallre part Si apela Gautier Giffart :
(( Cest gonfanon, dist il. pernez « En la bataille le portez. »
Gautier Giiïard li répondi :
(( Sire, dist-il, por Deii, merci.
A la suite de ce refus, le drapeau fut remis à Tosteins, du Bec en Caux. (Sir Henri EUis : Introduc. to Dom. I, p. X.)
Giffard figure sur la liste de Bromton sous le nom de Gyffart. Gautier Giffart était sire de Longueville, dans l'arrondissement de Dieppe ; il n'était pas originaire de Saint-James (Manche). Nous le citons ici, à cause du texte du trouvère.
Le château de Saint-James avait été bâti antérieurement à la Conquête, afin de préserver le duché de Normandie des incursions des Bretons : « Castellum quod S. Jacobi appellatum est opposuit in confinio ne famelici predones ecclesiis inermibus aut ultimo terrae suae vulgo excursionibub latrocinantibus nocerent. » (Gesta W. Ducis : Ap. Duchesne p. 191.} Richard, père de Hugues le Loup, comte de Chester, en reçut la garde. Il reste du château primitif, contemporain du Guerrier de la Conquête, un grand morceau de muraille au nord-ouest de la ville.
Sur la Haye de Terre et la Forteresse de Saint-James, on consultera utilement : A. Besnard : Mémoires de la Société d'Archéologie d'Avranches, Vf, pp. 105-143.
Saint- Jean le Thomas. — Commune du canton de Sartilly, arrondissement d'Avranches. Abritée des vents du nord par la haute falaise de Champeaux dont le plateau forme en partie la Lande de Beuvais ou de Bivie, si fréquemment citée dans les anciennes chartes de Tabbaye du Mont Saint-Michel, cette paroisse incline, au sud, un versant boisé, coupé de riants vallons, au fond desquels bruissent de frais ruisseaux. A Touest, elle est baignée par la mer, qui, deux fois par jour, envahit avec une vitesse ex-
traordinaire la baie au fond de laquelle se dresse le Mont Saint-Michel. Les artistes, peintres et poètes, trouvent à Saint-Jean le Thomas, une nature calme, reposante et belle en été ; ses coteaux s'empanachent de frondaisons superbes ; ses landes rutilent de For des genêts et des jacobées ; ses grèves changent de couleur à chaque heure du jour, tandis que dans le lointain se dessine la côte bretonne avec ses rochers et ses îles : « Cette localité, dit Le Héricher, (Avranchin Historique et Monumental, II, 640) n'offre pas plus de charmes à Tamateur du pittoresque qu'à l'antiquaire, à l'archéologue et l'historien. Les plus grandes figures habitent ce pays et l'histoire de leur temps ainsi que l'image de leur civilisation apparaissent dans la série des événements et des hommes qui se rattachent à cette localité. »
C'est surtout dans l'Histoire du Mont Saint-Michel que Saint-Jean le Thomas a joué un rôle considérable. Au cours de la Guerre de Cent ans, une bastille anglaise fut construite sur sa falaise et c'est en vue de cette côte qu'eut lieu le grand combat naval entre la flotte malouine et la flotte anglaise qui opérait (1434) le blocus de Mont Saint- Michel. Cf. Mandement du Trésorier des Finances en Normandie (16 octobre 1434) mentionnant la levée d'une somme de 10.000 livres tournois, pour l'entretien de la bastille d'Ardevon et la construction d'une nouvelle bastille à Saint-Jean le Thomas, (Biblioth. Nat. Paris. Quittances, t. 67, n-^ 2391.)
Mais le seul point historique qui doive nous occuper ici est le suivant : Saint-Jean le Thomas est-il le lieu d'origine de Saint Johan qui dans le dénombrement de Wace figure parmi les guerriers de la Conquête, que le Peerage de CoUins appelle Guillaume de Saint Jean, la Chronique de Normandie, le sire de Saint Jean, la Chronique de Bromton, Sejnt Johan et les listes de Leland Saint Jehan et Saint John ? C'est ce guerrier qui aurait présidé au débarquement et fait porter sur le rivage trois châteaux de bois, tout prêts à « assoir. »
Il nous parait probable que ce guerrier s'appelait, en réalité Raoul de Saint Jean : Radulphus deSancto Johanne.
Il est cité très souvent dans les chartes relatives au Mont Saint-Michel. D'après le cartulaire de cette abbaye (Bibl. d'Avranches, ms. 210) il était feudataire du Mont pour la moitié de la paroisse : « XX solidos. . Radulfus reddebat per singulos annos pro medietate Sancti Johanis. » Il avait, de plus, dépouillé le Mont : « Tollit S. Michaelis quatuor salinas et terram Serlonis » (même manuscrit) ; au moment de la Conquête, il devait être lié d'amitié avec Guillaume, car il fut un des premiers à le suivre et son dévouement pour le duc était sans borne.
De Saint Jehan et de Bréhal
Vaissiez férir mult de prez ;
Li excuz sorlor chies meteint
Li colps de haches receveint ;
Mielx volaient iloc niorir
Ke a lor dreit seignor faillir. ( Wace)
<( Le seigneur de Saint Jean, dit Tabbé Desroches (Desroches : Hist. du M. S. Michel et de TAnc. Diocèse d'Avranches, I, p. 199) eut des biens considérables en Angleterre. Son fils Thomas posséda des terres dans le comté d'Oxford et sa famille y est encore célèbre aujourd'hui. Les principales branches sont celles de Bletso et de Bolinbroke. Une très ancienne généalogie de cette famille est peinte dans le chœur de l'église de Lédiard Trégoz dans le Wiltshire, ancienne résidence des de Saint-Jean. M. Lebreton, dans sa monographie du château de Saint-Jean le Thomas, (Mém. de la Société d'Archéologie d'Avranches, Tome IV p. 183) dit que de cette famille sont issus les Saint-Jean de Stauton et les Saint-Jean de Basing. (Voir pour cette paroisse anglaise : eccl. de Basinges : Chr. de Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel, Ed. Delisle : II, pp. 267 268, 309, 317) d'où descend le marquis de Winchester et les Saint Jean de Lagenham.
Pour identifier davantage le guerrier de la Conquête avec le Saint-Jean des Listes, Le Héricher introduit dans la discussion un élément nouveau et original : « Des trois fils de Raoul, Jean, Roger, Thomas, celui-ci fut le plus célèbre. A Tinchebray, en 1108, il fit un château de blocus,
comme dit Ordér'c Vital : « Ibi Th. de S. Johanne cum multis peditibus et equitibus ad arcendos castrences castellum constituit. » Son frère Roger et lui avaient défendu vigoureusement le château de la Motte-Gautier. Il semble que les fonctions d'engincers soient héréditaires dans cette famille.
Collins a donc commis une grave erreur en donnant pour origine à de Saint -Jean les environs de Rouen.
S'il fallait fortifier davantage la thèse que nous soutenons, nous ajouterions que les alliances des Saint-Jean avec les familles de Fougères, (chef-lieu d'arrondissement de rille-et-Vilaine, Haute-Bretagne), de la Haye, de Chantelou, d'Orval, (voir Haye-Pesnel — Chantelou — Orval), toutes indiquées d'ailleurs par Collins, constituent une présomption des plus sérieuses en faveur du Saint-Jean de Thomas qui nous occupe, puisque toutes ses familles ont pour origine des paroisses très voisines de notre Saint-Jean-le-Thomas :
« En effet, dit M. de Gerville, (de Gerville : Anciens Châteaux de la Manche, p. 98), cette présomption se convertit en certitude pour ceux qui connaissent l'histoire de la fondation de la Lucerne, au milieu du xii^ siècle. Les seconds fondateurs de cette abbaye sont les seigneurs de Saint-Jean-le-Thomas ; leurs noms de baptême correspondent généralement avec ceux que portaient, dans le même temps, les Saint-Jean d'Angleterre Olive de Fougères, mariée suivant Collins à Guillaume (?) de St-Jean, donna à cette abbaye l'église même de St-Jean-le-Thomas, des pêcheries et beaucoup d'autres biens dans les diocèses de Coutances, d'Avranches et en Angleterre. Olive et son mari, Guillaume (?) de Saint-Jean, habitaient à Monchaton, (voir ce mot), tout près d'Orval, dans le canton de la Montmartin. Toutes ces familles, indiquées par Collin's, figurent encore ensemble et aux mêmes lieux dans le Cartulaire de Lessay. C'est donc là qu'il faut rechercher les Saint-Jean, plutôt que d'aller au hasard et sans preuves imaginer qu'ils sont venus du côté de Rouen. » Cette erreur de Collins vient, peut-être, de ce qu'il a traduit « de Aureavalle » par Orville, ce qui eut été rationnel s'il se fut agi de
« Aureavilla », mais ce qui doit indiscutablement se traduire par Orval, paroisse située à moins de dix lieues de Saint-Jean-le-Thomas (voir au mot Orval.)
Il nous est très agréable de reproduire ici la description des ruines de Tancien château de Saint-Jean-le-Thomas, d'après M. Le Breton, Fauteur de la monographie précitée : « Le touriste, dit-il, qui parcourait il y a quelques années les rivages de la Manche en suivant la ligne tortueuse de leurs falaises rencontrait, entre Avranches et Granville, les ruines d'un vieux château. Plantées, à mi-côte, sur un mamelon de la colline boisée, elles n'offraient plus aux regards qu'un gigantesque pan de mur, percé à jour dans sa partie supérieure. Ce bloc uniforme, envasé dans ses fondements, avait quelque chose de triste et de caduc et, cependant, depuis bien des siècles, cette ruine étonnante défiait les tempêtes. Son ciment avait la dureté du granit. A cette vue le touriste s'arrêtait. Bientôt, il escaladait la colline. A travers les broussailles, un étroit sentier le conduisait aux ruines. Le mur que nous venons de décrire se dressait avec majesté au dessus du visiteur, au milieu d'un amas informe de pierres. Parmi ces décombres, à demirecouverts d'un aride gazon, on pouvait distinguer une enceinte carrée : c'était celle du donjon et la grande ruine devait former, autrefois, un des côtés de cette tour superbe. Tout au près, les restes de murailles formaient un tuniulus étrange se prolongeant jusqu'aux murs d'enceinte. Ces derniers étaient peu visibles, mais on pouvait suivie néanmoins leurs contours. Au midi, le château était défendu par sa position même, à l'est et à l'ouest, par des tranchées profondes qui se continuaient au nord pour l'isoler entièrement. Un peu au-dessus des ruines principales, on voyait encore un pilier rond et massif et, à l'angle nord-est du donjon, les murs à demi-renversés de la chapelle féodale. »
M. de Caumont, qui visita le château ou plutôt ses ruines dans les premières années du xix^ siècle, dit que par sa position et ses restes il ressemblait à cette forteresse saxonne de Conningsburg, d'Ivanhoë, ressemblance à laquelle s'ajoutait celle du nom saxon de Hoguelle, qui s'applique au nord de la Montagne. (De Caumont, Bulletin
Monumental, ITT, et Le Héricher : A vranchin Historique et Monumental, II, p. 639.)
Le château de Saint-Jean-le-Thomas avait été élevé en 1121 : « Thomas de S. Johanae, incepto castello sao, apud Johannem... » (Cartulaire du Mont Saint-Michel, ms. 210 précité.) Il remplaçait le château primitif, d'oia sortit le guerrier de la Conquête. Ce château, protégé par de profondes tranchées était environné d'un mur d'enceinte. Nous n'avons pu en découvrir aucune trace certaine.
Saint-Léger. — Commune du canton de la Haje- Pesnel, arrondissement d'Avranches. Elle s'étend sur un coteau baigné par le Thar et occupe une partie d'un plateau, dominant une riante vallée, au fond de laquelle coule cette jolie rivière qui, jadis, formait la délimitation entre les diocèses de Coutances et d'Avranches. Elle fait face à la commune de la Lucerne dont l'abbaye fut célèbre. (Voir Haye-Pesnel, la) Cette petite paroisse a pour patron saint Léger, Sanctus Leodegarius, évêque d'Autun, (vu®), ami de saint Ouen et qui, pour cette raison, devint le patron de nombreuses églises normandes.
Lentgar, Lendger, Lignier, Leguier sont les principales altérations du nom primitif. On compte en France cinquante-six Saint-Léger ; la Normandie en renferme quatre : 1° St-Léger-Carcagny (Calvados) —2° Saint-Léger (Manche J 3° Saint-Léger-du-Bosc (Calvados) — 4° Saint-Léger-de- Gennetay (Eure).
De laquelle de ces paroisses fut originaire Saint-Léger, cité dans la liste de Bromton ?
Crenawell et Saint-Quentin, Deverous et Saint-Martin, Seint Mur et Sei/nt-Léger, Saynt-Vigor et Seynt-Per, etc.
M. Léop. Delisle mentionne dans sa liste : Robert de St-Léger.
11 faut, certainement, éliminer Saint-Léger-Carcagny Saint-Léger-du-Bosc et Saint-Léger-de-Gennetay, parce que ces trois paroisses ne nous ont conservé aucun souve-
nir matériel, (charte, document, château, ruines, motte, etc.) ni même aucune tradition orale.
Le Saint-Léger qui nous occupe reste donc seul et il n'est pas douteux qu'il soit le pays d'origine du guerrier de la Conquête.
En effet, la liste citée ci-dessus est celle de Bromton qui, on le sait, n'est pas dressée par ordre alphabétique comme celle de Taylor.
Or le groupement dans lequel figure le nom de Saint- Léger est caractéristique : St-Mor, St-Pair, Beauchamps, la Haye-Pesnel, sont dans un rayon extrêmement voisin de Saint- Léger.
M. de Gerville, trop prudent cette fois, n'a pas osé placer à Saint-Léger le berceau du guerrier : « Plusieurs listes de la Conquête, dit-il, présentent le nom de Saint-Léger parmi ceux des capitaines qui passèrent en Angleterre avec le Conquérant. Il est incontestable qu'une famille de ce nom établie à Ulcombe, dans le comté de Kent, depuis que Robert y vint de Normandie avec le duc Guillaume, y a subsisté jusqu'au règne d'Elisabeth. Mais l'embarras est de savoir d'où partit Robert de Saint-Léger. Quant à la commune de Saint-Léger, arrondissement d'Avranches, qui est fort petite, je n'ai rien vu qui puisse me donner l'idée d'un ancien château ; je n'en parle que pour indiquer l'objet d'une recherche. » (De Gerville, sur les Ane. Ch. de la Manche, pp. 83, 84.)
Cette recherche, nous l'avons faite : il est vrai qu'il n'existe dans cette paroisse ni château, ni débris de château ; mais, à la limite même de Saint-Léger et de Saint- Ursin et sur le territoire de cette dernière commune, existait un manoir sur l'emplacement duquel la famille de la Broïse fit construire un château. Ce château est connu sous le nom de Logis de la Sanguinière.
Tel est croyons-nous, le berceau Ju Saint-Léger de la Conquête ; notre opinion se fortifie de celle de Richard Séguin et de Le Héricher. (Richard Séguin : Hist. arch. des Bocaïns, 1822. — Le Héricher, Av. H. et M. II, p. 107)
Saint-Malo de la Lande. — Chef lieu de canton de l'arrondissement de Coutances. Il n'est pas trop téméraire de croire que le seigneur de Saint-Malo mentionné sur presque toutes les listes, (Bromton, Leland, Hollingshed, etc.j était originaire de cette paroisse. Saint-Malo de la Lande est la seule commune de Normandie à porter le nom de St-Malo et rien ne peut faire supposer que le seigneur delà Conquête était originaire de St-Malo. (Ille-et- Vilaine.)
Saint-Martin-d'Aubigny. — Commune du canton de Périers, arrondissement de Coutances. Cette paroisse est le berceau d'une famille considérable. On sait que le seigneur d'Aubigny qui accompagna Guillaume à la Conquête était un des grands olficiers du duché de Normandie. La Liste d'André Duchesne lui donne le nom d'Albeny. (Cf. Léchaudé d'Anisy : Recherches sur le Domesday- Book : verbo Albingi, 1, p. 96.; Dans presque tous les rôles, il avait le titre de Bouteillier que la plupart des auteurs anglais traduisent par Pincerna ou Buticularius et que Guillaume d'Aubigny portait au couronnement du roi à Westminster.
Un frère de Guillaume d'Aubigny, Niel ou Nigel, figure aussi à la Conquête. Il aida Guillaume à soumettre leNorthumberland. Il est inscrit comme t. e. c (Buckinghamshire, folio 151 b.) ; Bedforshire, folio 214 ; Leicestershire, folio 236 ; Warwickshire. folio 244 et comme sous-tenant : (Bershire, folio 59 b. ; Bedforshire, folio 210 b.) (Consulter aussi Dugdale's Baronages, 109. — Collin's Peer (1711), II, 2« partie, 9-15. — Banks : Earls of Sussex : Baronages, III, 695 et le même auteur : Ext. Peer. II, verbo : Mowbray.) Il était le plus jeune enfant de Roger d'Aubigny et d'Amicie de Moulbray ou Montbray, sa femme. Niel d'Aubigny possédait en Angleterre, suivant Banks, cent-vingt fiefs de chevaliers et autant en Normandie. Le souvenir du château d'Aubigny est conservé par un tertre élevé par la main de l'homme. On découvre autour et assez péniblement quelques débris de maçonnerie. M. de Gerville qui le visita, il y a près de cent ans, dit : « J'y ai remarqué
des fondations de murs et, surtout, celle d'une tour circulaire. Le château qui avait beaucoup de souterrains était environné d'un double fossé. Il y avait des ouvrages avancés vers l'église de Remilly. Ruiné et rasé comme il l'est, il peut encore donner l'idée d'un des plus grands châteaux à motte que nous ayons dans le Cotentin et des moyens qu on employait pour se fortifier. » (De Gerville : Sur les Anciens Châteaux de la Manche : Second Mémoire, III, Avril 1826, p. 239.)
Saint'Maur-des-Bois. — Commune du canton de St-Pois, arrondissement de Mortain. Des huit communes appelées Saint-Maur et qui existent en France, une seule, celle qui nous occupe, appartient à la Normandie. Elle se trouve dans le fameux Val de Sienïie, cher aux historiens poètes de la Conquête.
Elle est donc, à n'en pas douter, le lieu d'origine du guerrier de la Conquête SeijiU Moi\ cité par Bromton, Duchesne et HoUingshed et qui compte dans sa descendance Jeanne Seymour, femme du roi Henri VIII.
Les généalogistes anglais n'hésitent pas à déclarer que les Seymour sont d'origine normande. (Banks, Extinct Peer. II, 517. — CoUins : Peer. by Brydges, I, 144.) Leurs recherches auraient pu être plus approfondies ; complétonsles en disant qu'il est certain que le berceau des Seymour, Seynt Mor, de Sancto Moro, est bien la petite paroisse qui se trouve à peu près à mi-chemin de Villedieu-les-Poëles (Manche) et de Saint-Sever (Calvados). L'incorporation de Saint-Maur dans le groupement de la Liste de Bromton est également un argument d'un poids considérable en faveur de notre Saint-Maur : on découvre encore, au lieu dit « La Motte », à l'ouest et auprès de l'église, des fossés à demi-combles, emplacement certain de l'ancien château ; les murs ont disparu vers 1770.
Sainte-Mère-Eglise . - Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Valognes. Un de ses seigneurs accompa-
gna Guillaume qui lui donna des biens considérables dans le comté de Devon. De ses descendants trois furent évéques de Londres, Tun au xii^ siècle, les deux autres au