‹ Recherches historiques et topographiques sur les compagnons de Guillaume le ConquérantChapitre 31 sur 37 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Saint-Nicolas-de-Pierrepont . — Commune du canton de la Haye-du-Puits, arrondissement de Coutances. C'est, dit-on, le lieu d'origine d'un compagnon de Guillaume. D'après plusieurs généalogistes anglais, il s'appelait Robert. (Collins Peer, Ed. Brjdges, V, p. 626. Voir la Liste d'Hollingshed dans Saint-Allais, p. 248.) La Liste de Léopold Delisle mentionne : Geoffroi de Pierrepont, Renaud de Pierrepont et Robert de Pierrepont. Il avait très probablement suivi Guillaume, comte de Varennes. En effet, peu de temps après la Conquête, on le trouve possesseur dans les comtés de Suffolk et de Sussex de terres relevant immédiatement du dit Guillaume de Varennes. Une paroisse du Sussex se nomme encore Hurst Pierrepont. M. de Gerville localise le château du guerrier normand à la ferme d'Ecauzeville, qui se trouve dans la paroisse de St-Nicolas ; mais il nous semble que la commune de Saint-Sauveur-de-Pierrepont pourrait plus justement revendiquer ce titre. Voir Saint-Sauveur-de-Pierrepout.

Saint-Pair. — Commune du canton de Granville, arrondissement d'Avranches. La liste rimée de Bromton dit : Seynt Mor et Seynt Léger Seynt Vigor et Ser/nt Per.

Faut-il rechercher le guerrier de la Conquête à Saint- Pair, canton de Granville, ou à Saint-Pois, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Mortain ? En effet, malgré la différence absolue d'orthographe, Saint-Pair et Saint- Pois c'est le même nom : Sanctus Paternus. Le premier est, quelquefois, dans les vieilles chartes appelé Saint- Pair sur la Mer. Saint-Pair est situé sur la baie du Mont Saint-Michel, entre le roc de Granville et les falaises de CaroUes. C'est aussi, très probablement, le lieu de nais-

sance de Guillaume de Saint-Pair, poète anglo-normand du XII® siècle, auteur du Roman du Mont Saint-Michel, dont lun des manuscrits est déposé au British Muséum et dont la meilleure édition est celle du D"^ Paul Redlich (Der Roman du Mont Saint-Michel, von Guillaume de Saint- Paier, Wiedergabe der beiden Handschriften der brittischen Muséums : Marburg, 1894.) Le second (Saint-Pois) est souvent appelé St-Pair le Servain. Les deux paroisses, éloignées d'une quinzaine de lieues, possédaient, chacune, au moment de la Conquête, un château dont les ruines ont presque entièrement disparu. Le château de Saint-Pair sur la mer se trouvait un peu au dessous de Féglise actuelle et sa base était baignée par la petite rivière la Saigue. Nous en avons vu encore les débris tout dernièrement : (septembre 1906.) Le château de St-Pair le Servain ou Saint-Pois se dressait à Fendroit où se trouve le château actuel.

Les deux Saint-Pair peuvent, au point de vue de Fimportance, revendiquer autant de titres Fun que Fautre. Mais nous pensons que le seigneur de la Conquête était originaire de Saint-Pois, parce que, en 1066, les seigneurs de Saint-Pair sur la Mer n'étaient autres que les abbés du Mont Saint-Michel.

Saint-Pierre-de-Semilly. — Commune du canton et de l'arrondissement de Saint-Lô. Un Semilly était à la Conquête, le sire de Semillie, dit Leland, le sire de Cennlie, rapporte Wace ; Masseville, HoUingshed et Dumoulin le mentionnent également. Le château de Semilly devait être considérable. (Cf. CoUin's Peer, 1711, II, p. P% p. 60.) Henri P^ Henri II et Richard Cœur de Lion y séjournèrent. Le château primitif était probablement situé auprès du château actuel. De curieux détails concernant ce château et surtout « la ville » de Semilly ont été insérés dans le Journal de Verdun, année 1762. Consulter aussi Farticle de Fabbé Michel Béziers : Mémoires Historiques sur la Chatellenie de Saint-Pierre-de-Semilly en Basse-Normandie, dans les Recherches de la France, tome II, p. 255-273.

Saint-Pierre-Langers. — Commune du canton de Sartillj, arrondissement d'Avranches. Traversée en partie par la route nationale d'Avranches à Granville, cette paroisse aurait donné naissance à Saint-Pierre, mentionné plusieurs fois dans le Domesdaj, commo tenant en chef.

Ce qui décide en faveur de cette paroisse, c'est qu'un autre seigneur de Saint-Pierre, réclamé pour ancêtre par Sir Bumberj, baronnet du comté de Suflfolk, vint à la Conquête à la suite de Hugues, comte d'Avranches. Or Saint-Pierre- Langers est distant d'Avranches de moins de quatre lieues, tandis que St-Pierre, près de Cherbourg, où l'on pourrait peut-être essayer de placer le berceau du guerrier, est éloigné d'Avranches de près de quarante lieues. (Bar. of England : verbo Bumbury.)

Une autre raison confirme, d'après nous, l'hypothèse favorable à Saint-Pierre-Langers.

En effet, dans le courant du xii® siècle, les seigneurs de Saint-Pierre-Langers jouèrent un rôle très important dans l'histoire politique et religieuse de l'Avranchin.

Le Cartulaire de l'abbaye de la Lucerne nous fait connaître qu'en 1146 Henricus de Sancto Petro fut témoin dans une convention passée entre l'abbé Tesselin et Bernard, abbé du Mont Saint-Michel. Il s'agissait de la concession de terrains situés au bord du Thar ; or le Thar traverse la petite commune de Saint-Pierre-Langers. En 1158, sous l'abbé Ansgot, de la Lucerne, Philippe de Saint-Pierre donna aux chanoines de la Lucerne la moitié des deniers de la paroisse de Saint-Pierre-Langers : « Et insuper quidquid in ecclesia de Montviron ad ipsos pertinebat et in molendinis suis, videlicet de Sancto Petro Langiers, de Valle Seie, de Donvilla. »

Il est donc très raisonnable de croire que ces deux donateurs, seigneurs de Saint-Pierre-Langers étaient les fils ou les petits-fils du seigneur de la Conquête, d'autant plus que la paroisse de Saint-Pierre près Cherbourg ne présente aucune particularité permettant de faire un rapprochement aussi caractéristique.

Le château actuel de Saint-Pierre-Langers a été bâti sur l'emplacement de l'ancien château ; « C'était, dit Le fléri-

cher qui, malheureusement ne cite pas la source de son information, une belle forteresse accostée aux quatre angles de tourelles crénelées et entourées d'eau : il fut détruit par les Anglais en 1440 (Le Héricher : Av. H. et M. II, 664.)

Par un rapprochement assez étrange signalé par M. Ch. Le Breton (Le Breton, TAvranchin pendant la Guerre de Cent Ans, p. 215j, Tannée même où Tabbé de la Lucerne, Philippe Badin, tout dévoué aux Anglais qui le favorisaient bénissait la première pierre de Granville, les Anglais renversaient le château de Saint-Pierre-Langers qui était d'un grand revenu, parce qu'il était fortifié et qu'ils ne pouvaient le garder.

Saint-Planchers. — Commune du canton de Granville, arrondissement d'Avranches. Un moine du Mont Saint-Michel (Voir Mont Saint-Michel, le) originaire de cette paroisse, fut envoyé par l'abbé du Mont, en Angleterre. Ce religieux devint abbé à St-Pierre-de-Cerne : « Robertus de Sancto Pancratio, monachus Sancti Michaelis de Monte, factus est abba Cerneliensis. » (Chr. Rob. de Torigni.)

Saint-Pois. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Mortain (Voir au mot Saint-Pair. J

Saint-Quentin. — Commune du canton de Ducey, arrondissement d'Avranches.

11 est téméraire d'affirmer, comme le font certains historiens locaux, que cette paroisse est le berceau de Hugues de Saint-Quentin mentionné dans le Domesday Book comme T. E. G. dans les comtés de Dorset et d'Essex et figurant dans la liste de Léopold Delisle sous le nom de Hugue de Saint-Quentin.

Aucun document, aucune trace de logis seigneurial ne justifient cette hypothèse.

Au moment de la Conquête, Saint-Quentin parait avoir possédé un seigneur. Soa nom patronymique était Regnault. Une terre de cette commune porte encore le nom des Renaudières. (D'après les ms. de Tabbé Cousin : 20 vol., Bibliothèque de la Ville d'Avranches.)

Saint-Sauveur-Lendelin. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Coutances. Cette paroisse ou ses environs ont peut-être donné un homme à Texpédition. On trouve, en effet dans le Domesday Book, comme soustenant dans le comté d'Oxford. (Oxfordshire fol. 154 b.) Alsi de Ferancl. Il sous-tenait du roi huit hydes de terre à Sciptone. Il figure dans la liste de Duchesne. Des textes d'une époque rapprochée de celle de la Conquête prouvent qu'il y avait dans le pays de Saint-Sauveur-Lendelin une famille de Ferand ; mais le prénom d'Alsi n'y est point employé.

Saint-Sauveur-de-Pierrepont. -— Commune du canton de La Haye-du-Puits, arrondissement de Coutances. Cette paroisse pourrait, d'après nous, revendiquer comme sien, de préférence à Saint-Nicolas-de-Pierrepont, (Voir Saint-Nicolas-de-Pierrepont) Robert de Pierrepont, compagnon de Guillaume. A Tinverse de Saint-Nicolas, Saint- Sauveur possède quelques débris d'un ancien château : le Castel de Montaban, qui semble être contemporain de la Conquête.

Saint-SauveHr-la-Pommeraye. — Commune du canton de Bréhal, arrondissement de Coutances. Est-elle le lieu d'origine de la famille Pommeroy, qui figure dans la liste de Bromton, dans celle de Duchesne et est appelée Pommeraye, dans la liste alphabétique de Hollingshed et Pommeray dans celle de Léopold Delisle ?

Deux autres communes de Normandie pourraient, peutêtre, revendiquer cet honneur : la Pommeraye, canton de

Thurj-Harcourt, arrondissement de Falaise (Calvados) et La Pommeraye, canton de Tôtes, arrondissement de Dieppe (Seine-Inférieure.)

L'argument qui rnilite en faveur de Saint-Sauveur-la- Pommeraye (Manche) est une charte rapportée par Ducarel, aux termes de laquelle la famille Pommeroy possédait en Normandie un château dépendant d'un baillage de la Heuze et de l'honneur de Mortain. (Ducarel's anglo-norman Antiquities considered in a tour throught part of Normandy : London 1767.) Il est bien plus naturel de placer ce château dans cette partie de la Basse-Normandie que d'aller le chercher près de Dieppe ou de Falaise.

Les Pommeroys possédaient en Angleterre de très nombreux fiefs, presque tout le Devonshire où se trouvait leur principale résidance Bury-Pomeroy. (Polwhele : History of Devonshire, passim.)

Saint-Sauveur-le-'Vicomte. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement deValognes : « Bromton, dit Gerville, écrit Sanzaver ; Leland mentionne Saunzaeur. Nous ne voyons pas dans ces noms la corruption de Saint-Sauveur, mais un nom original, Sansavoir, assez fréquent en Normandie et même en Haute-Bretagne sous la forme chuintée de Chansavoir ou Champsavoir. Masseville cite : le seigneur de Saint-Sauveur, vicomte du Cotentin. Wace dit

Néel de Seynt Sauveur

Assault Angles a grand vigueur.

Ce seigneur puissant et respecté dut être récompensé largement et, cependant, on ne trouve pas trace des libéralités de Guillaume. Un historien normand prétend que ce guerrier fut tué en 1074, près de Cardif, dans un combat contre Canut. (Odolant Des Nos : Mémoires Historiques sur la ville d' Alençon et ses Seigneurs (1787) Tome I p. 149.) Le château de Saint-Sauveur-le- Vicomte a été l'objet d'une étude très complète de la part de M. Léopold Delisle.

Sainte Suzanne-sur- Vire. — Commune du canton et arrondissement de Saint-Lô. Elle a donné un guerrier à l'expédition de 1066 : Brebeuf : Braybuff dit Bromton, Brayhuf dit André Duchesne. Brebeuf, fief secondaire, était situé à Condé-sur-Vire (Voir Condé-sur-Vire; mais s'étendait beaucoup sur Sainte-Suzanne. Le livre noir de l'Echiquier d'Angleterre porte : Radulf de Braibœf débet servicium III militum Willelmo de Roumare in com. Lincoln. »

D'après la tradition populaire, le château de Brebœuf se trouvait sur la paroisse de Condé-sur-Vire, au lieu dit le parc de Brébœuf, sur la terre du Pont.

Saint- Ursin. — Commune du canton de la Haye- Pesnel, arrondissement d'Avranches. C'est sur le territoire de cette commune que se trouve le Logis de la Sanguinière, berceau de Saint-Léger, compagnon de Guillaume. (Voir au mot : Saint-Léger.)

Saint- Vast-la-Hougue. — Commune du canton de Quettehou, arrondissement de Valognes. On peut donner, sans certitude, toutefois, cette commune comme lieu d'origine de Anquetil, AnschiLilius qui sous-tenait de la baronnie de Saint-Pierre-de-Burg le domaine de Witheringham (Northamptonshire, fol. 221 b.) Les Anquetil, originaires peut-être aussi des environs de Bayeux, devaient jouer un rôle important dans le pays qui forme aujourd'hui le département de la Manche. Ranulphe d'Anschitill figure dsns une charte de confirmation de biens, relative aux îles de Serk et d'Aurigny. Robert d'Anschitill est mentionné également dans une charte du duc Robert, concédant au Mont Saint-Michel le droit d'établir une foire à Ardevon, paroisse du doyenné de Pontorson, archiprêtré d'Avranches. (Cf. Dom Huynes, Histoire Générale de l'Abbaye du Mont Saint-Michel, II, 8.)

Sartilly. — Chef-lieu de cantoa de l'arrondissement d'Avranches. Certains auteurs, s'appuyant sur le Moriasticon Anglicanum prétendent que cette paroisse donna deux seigneurs à la Conquête : Gilsbertus de Sartillo et Gauffridus de Sartillo. Cette hypothèse n'est confirmée par aucun fait. Le château de Bréquigny, (3 kilomètres au nord du bourg de Sartilly), parait avoir été la demeure primitive des seigneurs de Tendroit.

Saultchevreuil-du-Tronchet. — Commune du canton deVilledieu. arrondissement d'A vranches. Un de ses seigneurs, Pierre de SaultcJievreull était à la Conquête parmi les guerriers du Val-de-Sienne. D'après Séguin (Séguin : Histoire Militaire des Bocains p. d91) ce seigneur reçut, après l'expédition la terre de Bolton. On trouve dans le Domesday Book un Wilhelmus Capra et un Wilhelmus Chèvre comme s. t. — Saultchevreuil, saltus capri (bois du chevreuil, étymologie douteuse) est devenu aussi Sache vrell. ^Voir la note d'Augustin Thierry, T. II, p. 36; sur l'altération des noms normands en Angleterre.

Saussey. — Commune du canton et de l'arrondissement de Coutances. Cette paroisse aurait donné un guerrier à la Conquête, (Cf. Masseville H. de N. I, p. 203.) Léop. Delisle mentionne du Sau.ssai. Elle ne renferme aucune trace, ni motte, d'un château primitif cependant, il est certain qu'antérieurement au xii" siècle, Saussay possédait une seigneurie. (Cf. Livre Noir du Diocèse de Coutances.)

Soulles. — Commune du canton de Canisy, arrondissement de Saint-Lô. Leland mentionne Soûles et Gabriel Du Moulin de Soûles, comme étant à la Conquête : le sire dà Sole dit Wace. Aucune trace de château.

Sourdeval. — Chef-lieu de canton de rarrondissement de Mortain. La liste de Leland porte Surdevale et celle de Wace Sureval.

Subligny. — Commune du canton de la Haye-Pesnel, arrondissement d'Avranches. Elle est traversée par la route nationale d'Avranches à Coutances. Son histoire intéresse vivement Tarchéologue normand, qui trouve très souvent le nom de Subligny, cité dans les anciennes chartes de Tabbaye du Mont St-Michel. « Mais, dit Le Héricher, la grande gloire de Subligny est d'avoir été le berceau d'une famille qui donna un chef à la Conquête. » (Le Héricher, Avranchin Historique et Monumental, H, p. 136.)

Observons, cependant, que si le nom de Subhgny figure dans le Roman de Rou, il n'est cité ni dans Bromton, ni dans Taylor. Mais il se rencontre dans Masseville (Masseville, Hist. somm. de Normandie : Rouen 1708-1726) et dans les Baronages de Banks (Banks H, 630). M. de Gerville et, après lui, M. Leprovost ont soupçonné que le Chatelier pourrait bien être l'emplacement de l'ancien château d'où serait parti le guerrier de la Conquête.

Nous ferons tout d'abord observer que le Chatelier ne se trouve pas dans la commune de Subligny, mais bien dans celle de Saint-Jean-de-la-Haize, à plus de trois kilomètres de Subligny. De plus on ne découvre au Chatelier ni vestiges ni traditions permettant de faire soupçonner que le château de Subligny s'y élevait jadis. Son nom indique bien plus un camp romain qu'une habitation seigneuriale.

Nous placerions bien plus volontiers l'ancien manoir du Conquérant au village même de Subligny : on remarque, dans le jardin même du presbytère, un mur épais et solide, en maçonnerie, remontant incontestablement au xi^ siècle. De plus, le nom de lieu, le ûJanet, indique bien que là se trouvait le Manoir.

Relevons ici une erreur de Collinson. Cet auteur donne une origine bretonne aux Subligny. Cette erreur provient, sans doute, de ce qu'au xii^ siècle une branche de la famille des Subligny, Souligny ou Sulligny passa en Bre-

tagne, par suite du mariage d'Hasculp II avec Théritière de Dol et de Combourg. (CoUinson, Sommersetshire, t. I, p. 445 : cité par M. de Gerville.)

Le Héricher (Avranchin Historique et Monumental, II, p. 139) indique cette commune comme lieu d'origine des Arondel (voir Avranches) : « Au souvenir des Subligny, dit-il, cette commune associe celui des Arondel. Le fief de la Bréhoulière portait naguère encore sur sa cheminée récusson ciselé d'arondes ou hirondelles, armes parlantes de la famille et Féglise renferme les tombes de deux de ses membres. Nous ne croyons pas que d'autre localité que Subligny puisse revendiquer Thonneur d'avoir été le berceau des seigneurs qui étaient même avant la Conquête en Angleterre, où ils avaient leur château du temps du roi Edouard. « Castrum Harundel t. r. e. reddebat quodam molend, xi sols. » Leurs descendants existent toujours dans TAvranchin et possèdent encore la Bréhoulière. »

Les tombes dont parle Le Héricher sont toujours visibles. L'une d'elles porte cette épitaphe : « L'an mil cinq cens gist Robin Arondel. » La sépulture de l'autre Arondel parait aussi être du xvi^ siècle. La Bréhoulière se trouve sur la route d'Avranches à la Haye-Pesnel, à moins de deux kilomètres au sud du château du Grippon. (Voir Chambres, les.)

Tamerville. — Commune du canton et de l'arrondissement de Valognes : lieu d'origine probable du seigneur de Chiffrevast, (note de M. de Gerville.) Il ne figure pas sur les Listes, mais il est certain qu'on le trouve en Angleterre, peu après l'expédition de 1066. Un registre cité par Hutchins (Dorset) le Testa de Neville mentionne un « Ricardus de Cyfrovast, tempore Will. Bastardi. » On découvre quelques traces de l'ancien château.

Tanis. — Commune du canton de Pontorson, arrondissement d'Avranches. Elle est orthographiée Tanies, dans le rôle de l'Echiquier, Tania dans le Cartulaire du

Mont St-Michel. UnTanis, Gradalonus de Taneia, y figure comme témoin dans une charte de donation. Dans une déclaration des fiefs de l'abbaye du Mont St-Michel présentée par l'abbé Robert au roi d'Angleterre Henri II, (1172), on lit : « Eudo de Tania » et plus loin dans le même texte : « Eudo de Tanie. » (Bibliothèque d' Avranches, ms. 210 folios 132-133 )

D'après Le Héricher, l'étymologie deTanis est incertaine ; ce serait un de ces nombreux vocables que les Saxons ont imprimé sur notre sol. Leurs seigneurs on le sait, portaient le nom de Thanes ; les Taini, Teigni, Teinné et Teinni remplissent le Domesday-Book.

Cette paroisse aurait donc été le siège d'une thannie, d'une baronnie.

La liste de l'abbaye de la Bataille mentionne un Tanny : celle de M. Léopold Delisle, Auvray de Tanie; on trouve aussi : Guillaume de Toeni : Ilbert de Toeni, Robert de Toeni. M. de Gerville dit, mais n'en rapporte pas la preuve, que cette commune avait à la Conquête un de ses seigneurs appelé Robert. Il n'a pu découvrir cette famille, ni l'emplacement de son château.

Il est certain, d'après le Cartulaire, qu'il existait aux environs du Mont Saint-Michel une famille de Taneia ; de plus, Eudo de Tania est cité dans le texte du Cartulaire immédiatement après Guillelmus de Brae ou Guillaume de Brée ; or Brée est le principal village de Tanis.

On peut donc très raisonnablement supposer que le Tanny de la Conquête était originaire de cette paroisse, d'autant plus qu'il n'existe en Normandie, ni même en France, aucune de ce nom.

Quant à l'emplacement du château, il est à présumer qu'il se trouvait sur la lande de Tanis, à un endroit où nous avons remarqué de faibles levées de terre et où. les habitants du pays prétendent que l'on a trouvé, il y a une cinquantaine d'années, un morceau d'épée et les débris d'une poterie très ancienne. Le lieu d'origine des Tanis de la Conquête est plutôt Thosny (canton de Gaillon, arrondissement de Louviers.)

Teilleul <L.e). — Chef-lieu de canton de Tarrondissement de Mortain. Ordéric Vital dit que Guillaume le Conquérant nomma Onfroi du Tilleul commandant du château d'Hastings. Le château du Tilleul appartenait au comte de Mortain. Léopold Delisle mentionne Honfroi du Tilleul. Onfroy du Teilleul, époux d'Adelise de Grentemesnil, aidait, en 1045, Edouard le Confesseur à reconquérir son trône. Après la Conquête, Onfroy et son beau-frère regagnèrent leurs terres (1058;. D'Alice et d'Onfroy était issu Robert du Teilleul, comte de Ruddlam. il possédait douze manoirs dans ce comté. La forteresse du Teilleul fut construite vers 933 par Unsfrield le Danois, vicomte d'Hyèmes. Son emplacement actuel est le village du Château (Cf. Le Teilleul, par E. Dubois : Mémoires de la Société d'archéologie d'Avranches, tome VI, p. 81.)

Tirepied . — Commune du canton de Brécey, arrondissement d'Avranches. Cette paroisse renferme les restes d'un château-fort qui pourrait bien avoir été le berceau des seigneurs de Crux, (voir Croix-Avranchin, la) dont les biens étaient importants dans l'Avranchin.

L'habitation seigneuriale, telle qu'elle se présente actuellement, ne remonte pas au-delà du xviii® siècle ; mais on remarque encore dans la chapelle attenante deux modillons qui, par leur caractère roman, remontent au x« siècle. Le château de Crux existait donc certainement à l'époque de la Conquête.

Tolievast. — Commune du canton d'Octeville, arrondissement de Cherbourg. Elle a donné à la Conquête un guerrier qui obtint des concessions dans l'île deWight.

Torigny. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Lô. Parmi les barons qui se révoltèrent au cours de la minorité du duc Guillaume figurait le seigneur de

Torigny Hamon, a;ppelé tantôt Hamon aux Dents, tantôt Hamon, Audens, ou le Hardi. Il fut tué au Val-des-Dunes. Son fils Robert Fitz Hamon rentra en grâce près de Guillaume qui lui rendit entre autres biens la baronnie deTorigny . Après Hastings, il reçut de grandes terres en Angleterre où il mourut en 1107 ; il fut enterré à l'abbaye de Tewkesbury, qu'il avait fondée. Il ne laissa que des filles, Tune d'elles, Mabile épousa Robert, comte de Glocester, fils naturel de Henri. Il ne reste rien du château primitif à part peutêtre quelques fondations sur lesquelles Robert de Glocester éleva, au xii® siècle, des tourelles et des murailles. Le château actuel de Torigny, grande et magnifique habitation des seigneurs de cette paroisse, rappelle que les Matignon de Torigny changèrent leur nom en celui de Grimaldi, Jacques de Matignon ayant épousé, le 20 Octobre 1715, Louise Grimaldi, fille unique d'Antoine prince de Monaco duc de Valentinois, dont il prit le nom, les armes et les titres. Les archives de Monaco qui ne remontent pas au delà du xiii^ siècle ne renferment aucun document relatif au seigneur de Torigny, ayant pris part à la Conquête. (Communication du Conservateur des Archives de la Principauté.)

Touchet (r.e). — Voir Notre-Dame-du-Touchet.

Tourlaville. — Commune du canton d'Octeville arrondissement de Cherbourg. Raoul de Tourlaville figure sur la Rste de Léop. Delisle.

Tourville. -— Commune du canton de Montebourg, arrondissement de Valognes. Un Tourville figure dans la liste d'Hollingshed. Le château primitif se dressait sur un tertre évasé dominant la rivière de Sinope.

Trelly. — Commune du canton de Montmartin-sur- Mer, arrondissement de Coutances. D'après Leland (Col-

lectanea de rébus britannicis : Ed. Hearne I, p. 206), il y avait un seigneur de cette paroisse à la Conquête : Tregoz et Treilly.

On lit dans Bromton :

TraiilU et Tragod

Collins cite deux barons portant le nom de Traily (Collins Ext. Peer. Ed. 1711 II, 2« partie, p. 123) La liste de Léopold Delisle porte : Geoffroi de Trelli.

Trelj ne renferme aucun A/estige, (ruines ou motte), d'un ancien château.

Troisgots. — Commune du canton de Tessy-sur-Vire, arrondissement de Saint-Lô ; cette paroisse est le berceau d'un guerrier de la Conquête. Le sire de Tregoz, dit Leland, Tregos, dit encore Leland, Tragod dit Bromton, le sire qui

Dune tenait Tresgos dit Wace. (Vers 8.563 du Roman de Rou.)

La famille de ce Conquérant n'est pas mentionnée avant le règne d'Etienne, et l'on ne sait rien, croyons-nous, sur les possessions qu'obtint le sire de Troigots. Un de ses descendants Guillaume fonda en 1145 l'Abbaye de Hambye. Il est cité ainsi que Geoffroy dans Banks. (Extinct. Peer. I, 222-223) Une paroisse du Wiltshire porte le nom de Ledyart-Tregoz. D'après l'étymologie rationnel, l'orthographe de cette commune devrait être Tréçotz, l'habitation de Gjtz.

Quelques auteurs donnent au Conquérant le nom de Geffroy. Un Robertus de Tregoz est cité dans le Rot. Scaccarii de 1195. Ce devait être un baron considérable et très puissant.

Le château primitif était situé sur les bords de la Vire, au confluent de cette rivière avec le ruisseau de Manqueran ; sa position stratégique était excellente ; remplacement exact est très difficile à relever, à cause des nivellements qui ont été opérés depuis la fin du xviii° siècle.

Vains — Commune du canton d'Avranches même arrondissement. Cette commune a-t-elle donné un guerrier

à la Conquête? Rien n'est moins certain. On trouve dans le Domesday des lormes approchées de Vains : Wenesii uxor, Aluric Wans, Aluric de Weinhou fWeinhou signifie habitation de Wein.) Le cartulaire du Mont Saint-Michel orthographie Weim.

Vains possédait un manoir, élevé très probablement à l'endroit même où se dressa, au Moyen-Age, le château féodal : « C'est, dit Le Héricher, une de ces habitations de seigneur devenu homme de cour. » Nous croyons que le manoir actuel repose sur un terrain où fut élevée à une époque reculée une forteresse, un castel. Le bois voisin s'appelle le bois du Châtel, sa chapelle se nomme la chapelle du Châtel, dite aussi de Vertbois, oratoire élevé, dit-on, au siècle. Le manoir actuel de Vains est situé, presqu'au bord de la grève, à environ trois cents mètres de la route d'Avranches à Genêts, à droite dans cette direction. (Le Héricher, Av. H. et M. p. 179.)

Valognes. — Chef-lieu de l'arrondissement du même nom. Une famille de Valoignes ou de Valoines passa en Angleterre avec Guillaume et s'établit dans les comtés d'Essex et de Middlesex. La liste de Léopold Delisle mentionne Pierre de Valognes. Nous trouvons au Domesday- Book Petrus de Valoignes (Hert : 132-140 b. Camb. 201 b. Lincoln 336-368. — Petrus de Valoniensis : Essex 78. Norfolk : 256-278 b. -• Petrus de Valonis : Suffolk 420 b. Pierre de Valognes est appelé par les auteurs anglais neveu du Conquérant. (Blomef. Norf. V, p. 787.) Il épousa Albreda, sœur d'Eudo Dapifer, avec laquelle il fonda le prieuré de Birham dans le comté de Norfolk. (Dug. Bar. I, p. 441.) 11 est cité comme s. t. sous le nom de Petrus de Valonges et de Valongies. 11 ne reste rien du château primitif de Valognes.

Varenguebecq. — Commune du canton de la Hayedu-Puits, arrondissement de Coutances. Cette paroisse était une des seigneuries de Raoul d'Evreux connétable de

Normandie, qui fut un des tuteurs du Conquérant. A l'époque de la Conquête, elle appartenait à la famille de Reviers, alliée de Guillaume ; au xiii^ siècle, par suite d'une alliance, elle appartint à Robert de Mortemer, ayant pour ancêtre le Mortimer de plusieurs listes. (Cf. Chronique de Bromton). Raoul de Mortemer eut un commandement à la bataille d'Hastings et ses successeurs furent tout puissants en Angleterre. On peut consulter à leur sujet : Collins Peer. (1711)11, p. 212-216. Leland mentionne: Monseir Hugh de Mortimer fCol. de rébus britann.)

Il ne reste plus rien du château de Varenguebecq, si ce n est quelques levées de terre. Il se trouvait à un demi-kilomètre à Test de Téglise actuelle. Son emplacement sur un terrain en pente douce ne le désigne pas comme ayant été un château fort bien important.

Vauville . — Commune du canton de Beaumont-Hague, arrondissement de Cherbourg. Ce nom ne figure sur aucune liste. Le Mégissier, dans sa Chronique dit, toutefois, sans indication de sources, que cette paroisse fut représentée à la Conquête. 11 est certain que Vauville possédait un très vieux château, ses ruines ont disparu au commencement du xviii^ siècle.

Ver. — Commune du canton de Gavray, arrondissement de Coutances. Nous n'hésitons pas à y placer le ber ceau de la famille de Vere qui figure dans les listes de Duchesne et de Bromton : Aubry de Ver et Guillaume de Ver, (Liste Léopold Delisle). On trouve au Domesday- Book Albericus de Ver, comme t. e. c. dans le Midd. (130 b.) dans le Camb. 199 b. Hunt 207. Essex 76. 101. 107. Suffolk 418, et comme sous-tenant dans les mêmes comtés. Nous extrayons d'EUis (Introd. to Domesday-Book, I, p. 499, en note) le passage suivant : « Of the lands of Alberic de Ver in this county (Cambridg.) Sextone (now Saxon or Saxham, a hamlet of Wood Ditton) was still in the possession of Vere, Earl of Oxford in the 29*^'' Henri VIII.

Great Abington (the Abintone of Domesdaj) continued with Earls Edward till late in the reign of Queen Elisabeth ; Castle Camps, parcel of the barony by virtue of which the Veres held the office of Lord High Chamberlain of England was not aUenated till 1580. » Cette note démontre la persistance des biens aux mains des grandes familles d'Angleterre.

C'est par erreur que Dibdin donne Granville pour berceau à cette famille. (Dibdin : Voyage Bibl. traduct, Liquet. Tome II, p. 202 203). Plus prudents, les généalogistes anglais qui s'étendent beaucoup et à juste titre sur cette famille ne lui assignent, en Normandie aucun lieu d'origine. M. de la Borderie dans son Histoire de Bretagne donne même à Auberi de Ver, une origine bretonne, (environ d'Ancenis. . Nous réfutons cette thèse à l'article Anelz. (Départements de la Bretagne.)

Les seigneurs de Ver ont été comtes d'Oxford, pendant plusieurs siècles. S'il parait extraordinaire qu'ils n'aient pas décoré d'un château le lieu de leur origine, comme le fait remarquer M. de Gerville (De Gerville : Ane. Chat.

Mém. p. 300), c'est peut-être que le de Ver qui jouait à la Conquête un rôle subalterne, puisqu'il servait sous la bannière du seigneur de Moyon (Voir Moyon) ne se souciait pas d'entrer en concurrence avec son propre supérieur. Peut-être aussi n'avait-il pas le droit d'ériger si près du château de Gavray dont il dépendait un autre château fort ?

Ver possède une terre appelée Valencé. Est-ce le berceau de la famille Yalens, cité dans Bromton et des Valence, mentionnés dans Banks ? (Banks Ex. Peer. T. I, verbo Valence.) Voir à l'article Fa/e/?ce (départements du Poitou).

D'après M. Léchaudé d'Anisy, une circonstance militerait singulièrement en faveur de la paroisse de Ver. Dans le Domesday, Albéric de Ver est inscrit comme sous-tetant de Geoffroy évêque de Coutances, dans les cinq comtés où ce même Albéric figure comme tenant en chef du Roi (Léchaudé d'Anisy : Recherches sur le Domesday, I, p. 88). Or, Ver est voisin de Coutances.

Vernix. — Commune du canton de Brécey, arrondissement d'Avranches. Un Vermj figure dans la liste du Monastère de la Bataille et est cité par Duchesne. Il est impossible d affirmer que ce seigneur soit originaire de cette paroisse, qui ne renferme aucune trace de motte seigneuriale ou de château.

Yesly. — Commune du canton de Lessay, arrondissement de Coutances. Les seigneurs étaient à la Conquête. Ils possédèrent et eurent des descendants dans les comtés d'York et de Norfolk. Léopold Delisle mentionne : Guillaume de Vesli, Hugue de Vesli et Robert de V^esli.

Vessey. — Commune du canton de Pontorson, arrondissement d'Avranches. Est-ce de cette paroisse ou de Vassy (chef-lieu de canton de Tarrondissement de Vire, Calvados), qu'est sorti le Vescy, de la Conquête ? D'après le Domesday Book. un Robert de Veci possédait des biens dans les comtés de Lincoln (363), de Northampton (225), de Leic. (230) et de AYarwick (242 b.) Dugdale le cite dans son ouvrage (Bar. 1. p. 89) Le Yeisey de la liste de Bromton est, peut-être, le même personnage. On voit par la souscription de Liger de Yesci et par le Vescie des Chartes, qu'au moyen-âge, le nom se conservait fidèle à sa forme originelle. Nous trouvons dans la Chronique de Robert de Torigny, à la date de 1183, la mention de la mort de Willelmus de Vecie. Le livre noir de l'Echiquier p. 318, nous indique l'état des fiefs que Willelmus de Yesci, possédait dans le Yorshire. En 1186, le roi jouissait de la terre de Willelmus de Yesci. (Madox : The history of the Exchequer. p. 203 : note Q.)

D'après Desroches (H. du M S. M. et de l'ancien diocèse d'Avranches, T. I, XL, P"" chapitre, source non indiquée) le seigneur de Vessey, paroisse qui nous occupe, reçut après la Conquête des biens importants dans le Northumberland et un seigneur de la même famille aurait fondé au xiii^ siècle dans la forêt de Holme, un ermitage pour des

religieux du Mont Carmel, amenés par lui de Palestine. La liste de Léopold Delisle mentionne Ive de Vesei et Robert de Veci.

Vessey est surtout célèbre par son prieuré de Baient, cité très souvent dans les chartes de FAbbaye du Mont Saint-Michel. Nous croyons toutefois que Robertus de Veci était plutôt originaire de Vassy, arrondissement de Vire (Calvados). Aucune trace de château primitif ne peut cependant être relevée dans cette commune.

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