‹ Recherches historiques et topographiques sur les compagnons de Guillaume le ConquérantChapitre 37 sur 37 · BEL6I0UE (FLANDRES), ^ORD, PAS-DE-UALMS · texte numérisé non relu

BEL6I0UE (FLANDRES), ^ORD, PAS-DE-UALMS

Achiet le Grand et Achiet le Petit. — Communes du canton de Bapaume, arrondissement d'Arras, (Pas-de- Calais). On trouve au Domesday Walterus Aciiet : il soustenait (Backingh. 148) de Walter Giffard, centenie de Bradewelle. Il n'est pas certain cependant que ce sous-tenant soit d'origine artésienne. On trouve, en effet, vers le milieu du xi^ siècle, dans le pays chartrain, une famille noble dont Tun des membres, Aché ou Achet, était olficier de la maison de Thibaut III, comte de Chartres.

Ardres. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Omer (Pas-de-Palais). Le Domesday mentionne Ernulfus de Arda, comme sous-tenant dans le Cambridgeshire (196) et Ernulfus de Arde, comme sous-tenant dans le Bedforshire (211 passim). C'est évidemment la même personne. Dans le premier comté, il sous-tenait de la baronnie d'Eustache de Boulogne, deux hides et demie de terre dans la centenie de Rapeslaw ; cette terre était tenue T. R. E. par Hernulf, thane du roi. Il sous-tenait aussi d'Eustache de Boulogne, sept hides de terre dans le Bedfordshire, aux centenies de Bochelay et de Wilge.

Le nom de ce sous-tenant et Torigine de ses biens ne permettent pas d'affirmer qu'il fut un des chevaliers bannerets ayant accompagné, en Angleterre, Eustache de Boulogne. 11 était certainement venu de la ville ou du pays d'Ardres, (Ardrea). Il prit le nom qui, par suite des élisions très communes à cette époque et dont les exemples abondent au Domesday, fut modifié, de l'autre côté de !a Manche, en celui de Arda ou Ardes.

M. Léchaudé d'Anisy dit que le nom du lieu de son origine et l'importance des terres qui lui furent concédées par le comte de Boulogne permettent de croire qu'il était issu d'une branche cadette de la maison princière d'Ardres, fondée en ce lieu par Herbert de Furnes, dès 1069. Ce fut Baudouin, premier comte de Flandre, (862-877), qui bâtit le château de la ville d'Ardres ; cette ville dépendait du comté de Guines, qui avait appartenu à ces mêmes comtes. Arnulf, comte de Flandre, de 918 à 965, les donna en fief au normand Syfrid, auquel il maria sa fille Elstrude. Au moment de la conquête, Ardres avait des seigaeurs particuliers. Herbert de Furnes, l'un des descendants de la maison de Flandre, en avait épousé l'héritière et il est probable que Ernulf de Ardres appartenait à cette première maison d'Ardres, issue de celle des Guines et parents des comtes de Boulogne. L'extinction de cette branche par suite de défaut de postérité mâle eut lieu en 1293.

La famille anglaise parait s'être éteinte un peu avant la branche mère en France : « Suivant une tradition des descendants indirects d'Ernulf, cette branche cadette, primitivement alliée à la maison de Boulogne, se serait fondue de nouveau dans cette même maison par le mariage de la fille unique du dernier descendant d'Ernulf d'Ardres, avec un cadet ou un fils naturel des comtes de Boulogne. Cette nouvelle famille aurait prit en Angleterre le nom de Bouloigne ou, par corruption de Bouleyn. Elle jeta un éclat éphémère dans ce royaume, sous le règne de Henri Vlll, non seulement par Thomas Boleyn que ce prince envoya comme son ambassadeur auprès de François F'' pour régler le cérémonial de leur entrevue, entre Guisnes et Ardres, mais plus particulièrement encore par sa fille Anne de Bo-

lejn qui vit, un instant, la couronne d'Angleterre sur sa tête, pour apprendre à celles qui oseraient la porter après elle, que le même billot les attendait à la Tour de Londres. La famille de Boleyn s'est éteinte en Angleterre, vers la fin du xviii*' siècle, à défaut de postérité mâle de R. Boleyn, qui ne laissa pour héritière qu'une fille du nom d'Elisabeth. Elle se maria vers 1750 avec Jean Byrn et sa postérité s'est propagée par la naissance d'un fils en 1760. Elisabeth de Boleyn mourut en 1792 » (Léchaudé d'Anisy : I, p. 207).

Arques — Commune du canton de l'arrondissement de Saint-Omer, (Pas-de-Calais). On trouve au Domosday Osbernus de Archis comme tenant en chef dans le Yorshire (329 b.) Le même personnage figure aussi sur le registre sous le nom de Osbertus de Archis et sous celui d'Osbernus de Arcis, comme tenant en chef dans le Yorshire (298 b., 379), dans le Lincoinshire (364), Clam. Ebor. (374, 379 b). Guillaume d'Arches, que nous considérons comme étant frère du précédent est inscrit sous le nom de "Willelmus de Arcis comme t. e. c. dans le comté de Suffolk (431 b) et comme s. t. dans les comtés de Kent, (fol. 3 b, 9 b. bis), de Suffolk (320 et 407). Il figure également dans les Add. Inquis. Eliensis (521, 522).

Si Ton se reporte aux références données, on verra qu'Osbern de Arches tenait en chef et par baronnie dans le West-Riding de très nombreux domaines disséminés dans trente-deux localités difi*érentes et situés dans les wapentac d'Einesti, Barcheston et Crawe. Il réclamait aussi dans ce comté sept charruées de terre. Sous le nom d'Osbertde Archis, il sous-tenait d'un prêtre appelé Brun deux maisons, placées sur les fossés d'York, ainsi que d'autres immeubles de l'évêque de Coutances.

Les réclamations faites dans le North-Riding et TEast- Riding nous apprennent que les hommes du Wapentac de Sirack et de Bascheton se refusèrent à rendre témoignage que Gulbert, prédécesseur d'Osbernus de Arcis eut tenu toute la tornure (sic) composée de quatre manoirs avec terres et située dans les limites du château d'Ilbert. Osbern

de Arcis affirmait au contraire que Gulbert, son prédécesseur, tenait toutes ces mêmes terres quietas.

Willelmus de Archis, son fils, tenait en chef et en baronnie à Helmele, à Cloptune et à Bradestune les terres dont Edmond, prêtre, était tenancier t. r. e. Elles consistaient en deux manoirs, avec une église et douze acres de terre. 11 sous-tenait dans le comté de Kent un solin de terre, in Fletes, deux car. quatre villani, un milit, une pêcherie avec une saline de 30 deniers. Ses sous-tenures. dans le comté de Suff'olk, étaient de la baronnie de Robert Mallet. Enfin il réclamait, dans le même comté, sur la terre de Hughes de Montfort, dans la centenie de Lose « nov. ac. terrœ et duas partes dimid. horti. » L'enquête d'Ely nous fait connaître qu'il s. t. à Cloptune, une charruée et dix acres de terres et soixante acres de terre à Brandestune.

Des contestations sérieuses peuvent s'élever sur Torigine de la famille d'Arqués, d'autant plus que la ville et le comté d'Arqués (Seine-Inférieure) ont joué, à cette époque, un rôle assez important dans l'histoire et qu'il existe aussi, dans le département de l'Eure, deux ou trois fiefs de ce nom : l'un auprès des Andelys, l'autre auprès deDamville. Enfin la famille du Pont de l'Arche, (Voir ce mot) porte en Angleterre le nom de Archis ou Arches. Guillaume et Osbern, d'après De La Rue, pourraient bien être de cette famille.

Nous les croyons plutôt d'origine flamande : aussi plaçons-nous leur lieu d'origine à Arques (Pas-de-Calais), qui faisait partie au xi*^ siècle du comté de Flandre.

Tout d'abord Guillaume d'Arqués, comte de Talon et d'Arqués et frère de Mauger, archevêque de Rouen, n'a aucun point de commun avec le Guillaume qui nous occupe : révolté en 1054 contre le duc Guillaume, son neveu, il fut assiégé dans son château et obligé de se rendre ; il perdit tous ses biens et se retira aussitôt auprès de Guy de Ponthieu, ensuite auprès du comte Eustache de Boulogne qui, d'après Guillaume de Jumièges (Lib. VII, Cap. VII), lui donna jusqu'à sa mort le vivre et le couvert « usque ad mortem suam extorris remansit

L'hypothèse que les d' Arcis du Domesday pourraient

descendre de Rainald, vicomte d'Arqués doit être aussi écartée. En effet il semble bien que ce dernier personnage n'avait pas d'enfants, puisqu'il donna à l'abbaye de Fécamp (Martine i. c. 1677) tout ce qu'il possédait dans la ville d'Arqués et son comté : « quidquid in Arcis et quidquid in comitatu arcensi possidebat. »

L'origine normande étant écartée, soit qu'il s'agisse de la ville d'Arqués, (Seine-Inférieure) ou des hameaux situés dans l'Eure, il ne reste plus qu'un seul lieu à assigner aux Osbern et Guillaume d'Arqués, du Domesday : Arques, (Pas-de-Calais).

Quoiqu'il en soit, cette famille ne semble pas avoir fait souche en Angleterre : aucun peerage n'en fait mention.

Auxi le Château. - Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Pol. Lieu d'origine d'Alsi. Il tenait in alod. T. R. E. Il semble bien avoir suivi le roi Edouard soit en Normandie, soit en Angleterre. Sous ce prince il possédait plus de quarante manoirs, répartis dans seize comtés. Il était attaché à la maison de la reine Eddid, veuve d'Edouard ; aussi figure-t-il au Domesday dans le comté de Bedford (209-213), sous le nom de Alsi, homo reginœ Eddid, et de Alsi de Bremeham homo Eddid reginœ. Il est inscrit comme t. e. c dans Hants (53 b.) Buck, (153) Oxf. (160 b) Warwick (244 b.) Yorsh. (330 b.) et comme s. t. Hants. (426 b. 49, 52 b. 57 b. 58y Cornw. (124 b.) Buck. (153 bis), Leic. (234), Statî. (249), Derb. (275). La famille d'Alsi appartenait aux chevaliers bannerets de Ponthieu sous Philippe- Auguste.

Bapaume. — Chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Arras (Pas-de-Calais). Un seigneur de Bapaume, Radulfus de Badpalmas était à la Conquête. Il tenait en chef dans le Lincolnshire. Lincoln. (336).

Béthune . — Chef-lieu d'un des arrondissements du Pas-de-Calais. Est le lieu d'origine de la famille d'Adelardus

qui sous-tenait inter Ripam et Mersam (Domesday-Book fol. 269 b) ? Cet Adelardus jouissait d'une hyde déterre, en vertu d'une donation de Roger le Poitevin. Ce s. t. était probablement le père ou le frère d'Adelardus Bethoniensis, moine bénédictin anglais, qui vivait sous le règne de Henri P^ Ce religieux, qui voyagea beaucoup, professa en France l'astronomie. La bibliothèque d'Avranches possède de lui un manuscrit qui traite de cette science ou plutôt d'astrologie, art chimérique, (ms. 27). Ce manuscrit a été attribué à tort à Tiphaine Raguenel, femme de Bertrand Duguesclin, surnommée la douce fée et qui étudiait Je cours des astres, pendant que son mari guerroyait et qu'elle demeurait au Mont Saint-Michel. (Cf. Etienne Dupont, Le Mont Saint-Michel, Etudes et Chroniques, pp. 44, 45).

Beuvrière (La). — Commune du canton de Béthune, (Pas-de-Calais). Cette paroisse eut un seigneur à la Conquête. Il figure au Domesday sous les noms de Drogo de Devraria, Bevreire ou Bevrere. Il tenait en chef dans les comtés de Northampton, (228), Leicester (236), York (323 b), Lincoln (360), Norfolk (247), Sufïolk (432). 11 est mentionné aussi dans les Clam, in Chestsh. (377 et 377 b.) Les historiens anglais croient qu'il fut l'ancêtre de William Brev^^ere, qui jouit de la faveur du roi Henri II. (Voir aussi : Kelham. Illustr. p. 105, Dugd. Bar. I, p. 700). 11 est très probable que son lieu de résidence en Angleterre était Hacberdingham, dans le Lincolnshire. On lit, en effet, (Domesday Book fol. 360 b.) verbo Hacberdingham : « In ipso villa habet Drogo aulam cum saca et soca. » (Voir St-Omer.)

Boulogne. Le Domesday Book mentionne plusieurs Eustache. Nous ne parlerons ici que de deux : Euslachius cornes, Eustachius vice-cames.

Le premier est indiqué comme tenant en chef (228), dans les comtés suivants : Kent (14), Surrey (34), Hauts (44 b.) Som. (91 b ), Hert. (137), Oxf. (157 b.) Camb. (196), Hunt.

(205, 208 bis), Bedford (211), Essex (26, 104, 106 b.), Norfolk (151), Suffolk (303). Le second t. e. c. Hunt. (203, 206, 208). Eustachius cornes est inscrit comme s. t. Som. (87), Essex (9 b. 104, 106 b), il est même qualifié Consul : Essex, (20 b.) Eustachius vice-comes est inscrit comme s. t. : Hant.'(206 b. bis).

Eustachius comes n'est autre qu'Eustache, comte de Boulogne, qui accompagna Guillaume et lut blessé à Hastings. L'époque de sa mort est douteuse. Les uns la placent en 1065, les autres en 1080, quelques-uns enfin en 1093. L'art de vérifier les dates (vol. XII, p. 350, 8*" édition) fixe son décès à 1080. Le Gallia Christiana dit expressément que la comtesse, sa femme, était veuve en 1082. « Quippe post annum 1082, adveniens illuc venerabilis Ida, tuiic vidaa. » Ce texte a trait à une charte de restauration de l'église de Saint- Vulmar près Boulogne avec donation d'ornements et de livres d'église. Si Ida était veuve en 1082, il s'en suivrait que l'Eustache qui vivait lors de la confection du Domesday Book (1086) était son fils et non pas son mari.

Le vicomte Eustache, troisième du nom, épousa Marie, fille de Malcolm III, roi d'Ecosse. Leur fille Maud épousa Etienne, roi d'Angleterre.

La présence d'Eustache de Boulogne à Hastings est indiscutable : les chroniques en font foi et toutes assignent à ce comte un rang extrêmement élevé. Il commandait tout le contingent boulonnais qui avait été incorporé dans l'armée dont Roger de Montgommery était le chef. Il est cité dans le dénombrement des combattants d'Hastings, établi par Guillaume de Poitiers et son continuateur Ordéric Vital. La Chronique de l'abbaye de la Bataille va même jusqu'à attribuer la défaite de Harold à la charge impétueuse des troupes d'Eustache : « Eustace, the valiant count of Boulogne, nimbly foUowing the rear of the English, who were scattered in the pursuit, rushed upon them with his powerful troops, meanwhile the Duke returned upon them and they being thus hemmed in on both sides ; numbers were stricken down. » (Ed. M. A. Lower, p. 6.)

La Broderie de Bajeux, dont nous avons souvent parlé dans cet Index, nous a gardé le souvenir d'un épisode de cette bataille et qui a trait au comte de Boulogne. Entre rinscription : Hic est Willelmus diix et celle où est dit : Hic Fraiici pugnant et ceciderunt qui erant cum Haruldo^ se trouve ]a scène suivante : Eustache, comte de Boulogne, est sur le point de se retirer. Il craint que toutes les forces de l'ennemi ne tombent sur son contingent. Le duc Guillaume s'aperçoit non pas de la défaillance, mais de l'extrême prudence de son capitaine. Il le fait appeler et l'exhorte à tenir bon. Eustache s'approche de Guillaume et lui renouvelle, tout bas, presque dans l'oreille, ses appréhensions ; à ce moment le comte de Boulogne reçoit un coup de hache qui le fait tomber à terre.

Benoit de Saint-Maure dans sa Chronique des Ducs de Normandie raconte ainsi l'intervention d'Eustache :

Dune vint poifrnant quens Eastace,

Qui le duc effreie e manace,

E dit : « Morz est, por veir, senz faille.

S'il ne se part de la bataille :

Nul recovrer n'a mais ès suens. »

Ci pout grand honte aveir li quens,

Qu'a trop mauvaise e à trop foie

Fu puis tenue parole ;

Et li dux ses genz tant sermone

Que quers e hardement lor done ;

Et quant ce est que sain le veient

De nule rien plus ne s'efïreient.

Radressent les chés des chevaus

Et li bons dux, li bons vassaus

Leur mostre la veie premiers.

Benoit : vers 37414-37429

(Voir aussi Gesta Guillelmi Ducis : Duchesne 202 A. 203 D.) Wace, dans son Roman, ne fait pas allusion à cet épisode. Quelques auteurs n'ont pas voulu voir, dans le guerrier qui se penche à l'oreille du duc, le comte de Boulogne ; c'est ainsi que Lancelot prétend que ce guerrier n'est autre que le gonfalonier de Guillaume. Un examen très minutieux de la toile de Bayeux a permis à Stothard de remarquer qu'au-dessus de la hampe de l'étendart flottant, porté par

le personnage en question, se trouvent deux lettres V S ; elles attestent Fexistence d'une plus longue inscription dont elles semblaient avoir été la syllabe finale. En faisant une doublure à la broderie une ravaudeuse avait rabattu un morceau sur le revers et par-dessus avait cousu la doublure. Stothard retrouva au-dessus de la main droite du cavalier au gafalon et sur le même niveau que les lettres conservées V S, un E initial puis, sur un autre lambeau, deux autres lettres T I qui, le lambeau étant rabattu, venaient s'appliquer devant la finale V S. Enfin, entre ces deux fragments, existait un lambeau de toile mesurant la largeur de quatre lettres. Il en conclut avec raison que l'épigraphe inscrite par les brodeuses était bi-^n EVSTATIVS et que ce mot désignait, à n'en pas douter Eustache de Boulogne. On doit remarquer aussi que le personnage porte une longue moustache retroussée crânement jusqu'aux oreilles et ce détail a bien son importance, puisqu'Eustache était connu sous le nom d'Eustache aux Grenons.

Son fils et lui furent magnifiquement récompensés. Ils reçurent des biens considérables dans plus de douze comtés de l'Angleterre ; plus de cinquante domaines leur furent attribués.

Mr. V. I. Vaillant qui a consacré à Eustache aux Grenons une étude parue dans les Notes Boulonnaises. (Boulogne, 1889 in 8") y dit avec raison : « Eustache n'eut-il pas été nommé dans les rôles militaires ni dans les Chroniques de l'époque, pas même dans le Domesday qui enregistre tous les fiefs repartis entre les soldats et les chefs au prorata de leurs services, de leur importance personnelle ou de leurs exigences, il n'en faudrait pas moins trouver vraisemblable à priori que le comte et les gens de Boulogne eussent accueilli avec faveur l'invitation adressée de se ranger sous la bannière de Guillaume. Outre les convoitises allumées par cet appel, Eustache n'avait-il pas un motif tout personnel ? N'avait-il pas une injure à venger, une rancune à assouvir? Le comte Godwin n'avait-il pas réclamé sous menaces de guerre, n'avait-il pas exigé de son suzerain, le roi Edouard, comme prisonniers et criminels le

comte de Boulogne et de nombreux gentilshommes de sa suite, pour avoir tué plusieurs habitants de Douvres dans une émeute suscitée par leurs violences ? Aux yeux d'Eustache c'était un sanglant outrage fait au beau-frère du roi Edouard, un attentat du comte de Kent sur Tépoux de Ja princesse Goda. S'il savait gré au roi de l'avoir effectivement protégé, il était heureux de saisir cette occasion de faire payer au centuple des représailles à la famille de Godwin, en aidant à lui arracher l'héritage auquel Harold prétendait. »

La comtesse de Boulogne est portée au Domesday sous le nom de Comitissa Boloniensis seu Bolonensis. Elle tenait en chef Surrey, 34 ; Dorset 85 ; Som. 91 b. Elle ne figure pas parmi les s. t. Cette comtesse était Ida, seconde femme d'Eustache aux Grenons. Celui-ci, devenu comte de Boulogne en 1049, avait épousé en premières noces Goda, fille d'Ethelred II, veuve de Gautier, comte du Maine. Ce mariage d'après la chronique de Lanercost, Cotton. Claud. D. VII, aurait eu lieu dans le mois de septembre 1051. Les historiens anglais ne mentionnent pas l'époque du décès de Goda, mais l'Art de vérifier les dates (T. XI, p. 350, 8'' Ed.) dit : « Eustache vers le même temps (1054) perdit sa femme ; du moins, il est certain qu'il était veuf, lorsqu'en 1056 il reconduisit à Rome, le pape Victor II, qui venait de tenir un conseil à Cologne. En revenant d'Italie, le comte de Boulogne passa par la Basse-Lorraine et s'étant arrêté à Bouillon, lieu de la résidence du duc Geffroy son parent, il lui demanda Ide, sa fille, en mariage. » Le mariage eut lieu en 1057. (Bouquet XI, 384) Chantereau le Fèvre indique la date de 1059.

Ida est donc bien la femme dont les possessions sont enregistrées au Domesday. De son mariage avec Eustache naquirent Godefroy de Boulogne et Baudouin rois de Jérusalem, Eustache qui succéda à son père, comme comte de Boulogne, Guillaume et Ida, femme de Beaudouin, comte de Berg et mère de Beaudouin II, roi de Jérusalem. Le Gallia Christiana (X, p. 1594) dit qu'Ida, comtesse de Boulogne, était veuve en 1082, époque à laquelle elle restaura l'église de S. Vulmar ou S. Wlaur, maintenant Sa-

mer près Boulogne. La date de son veuvage est importante à retenir,, puisqu'elle démontre que l'Eustache, comte de Boulogne, dont les possessions anglaises sont enregistrées au Domesday Book, était Eustache, IIP du nom, fils d'Eustache II, qui prit la part, que Ton sait à la bataille d'Hastings. La résidence delà comtesse Ida, en Angleterre parait avoir été le manoir de Notefelle (Surrey). Elle donna, en tous cas, ce manoir au monastère de St-Wlaur. Ce don fut confirmé par Henri P"" (Voir Dugdale VI, II, 1114.) Un autre descendant de la maison de Boulogne. Robert Gernon, Roberlus Gernon est inscrit au Domesday Book comme tenant en chef dans le Middlesex, 130 : Hertf. 137 b. ; Buck. 149 b. ; Heref. 185 : Cambrid. 19(:) b. et sous le nom de Greno seu Grenon, Robertus, Essex 63 b. Norfolk 255, Suffolk 419. Il sous-tenait : Essex, 10 et 90 b.

Robert Grenon descendait de la maison de Boulogne. Le chef-lieu de sa baronnie, où. continuèrent à résider ses descendants, était à Stansted Montfichet, dans le comté d'Essex. Il eut deux fils William et Robert. William abandonna le surnom de Grenon pour prendre celui de Montfichet, à cause de la colline sur laquelle était bâti son château. Robert, le deuxième fils, conserva le nom de Grenon. Il fut l'ancêtre de la noble famille de Cavendish. (Consulter Morant : History of Essex, vol. I, p. 158 et vol. II, p. 576.)

B'jUy. — Commune du canton de Lens, arrondissement de Béthune. Origine très probable de Roger de Bully, Rogerus de Basil. Ce seigneur tenait en chef : Devon, 113; Leic. 234 b. : Derb. 278 ; Nottingh. 280, 284 b. ; York: 319 : Lincoln. 336, 337, 352 b. ; Clam. Ebor. 373 b. ; York. 379. Sous le nom de Rofjerius de Dusli, il sous-tenait dans le Gloucestershire (163 b.) et dans le Leicestershire (237) : « Inter Ripam et Mersam. » Le lieu de sa résidence principale était le château de Tikhill, (Tikhill Castle, Yorshire.) Voir Dugd. Bar. I, 445. Ses plus grandes possessions se trouvaient dans les comtés de York et de Nottingham. II fonJa, en 1088, le prieuré de Blythe dans ce dernier comté. (Mon. Angl. dern. éd. vol. IV, p. 620.) Sa baronnie se ter-

mina dans la personne de Jean, son petit-fils, qui ne laissa qu une fille. La situation de ses biens nous donne à supposer très raisonnablement que Roger de BuUy appartenait aux contingents du Nord : mais on trouve une paroisse de ce nom dans le canton d'Evrecy (Calvados) et un autre Bully dans le canton de Neufchâtel-en Brai (Seine-Inf"^.)

Cambrai. — Chef-lieu d'arrondissement du département du Nord. Le Domesday enregistre Godefridus de Cambrai comme t. e. c. dans le Leicestershire, 235 b. Wace cite dans son énumération des guerriers, à Hastings :

Cil de Coinbrai et cil d'Alnei

De Reberchil e del Molei. (vers 8668-69).

Des quatre principaux manuscrits de Wace, deux portent Co?7i6mL deux autres Cambrai. (Voir Ed. Andresen : Roman de Rou : II, p. 374.) Mais la place qu occupe ce seigneur dans rénumération du poète, tout à côté de deux normands, démontre jusqu'à l'évidence que le Godefroy de Cambrai du Domesday est bien Godefroy de Combray, originaire d'une paroisse voisine de Thury-Harcourt (Calvados.) Nous nous occuperons de ce Godefroy au mot Combray, dans la deuxième partie de cet ouvrage.

Douai. — Chef-lieu d'arrondissement du département du Nord. On trouve au Domesday : Wallerus de Doai ou Wallerus de Dowai qui t. e. c. Surrey 36, Wilts. 72, Somers. 95, Devon. 111 b. Il sous-tenait dans le Kent, (6b.j D après Kelham (Kel. 111. p. 35), il était grand baron et lord de Bampton et de Were. Un autre seigneur de Douai est enregistré sous le nom de Walscinus de dowai ou Walscinus de Dwai. Il tenait en chef dans le comté de Dorset, 82, et soustenait dans le Somersetshire, 98 b.

Forest. — Le département du Nord a deux communes de ce nom; Tune dans l'arrondissement d'Avesnes, l'autre

dans celui de Lille. Le Pas-de-Calais renferme aussi la commune de Forest, dans le canton de Carvin, arrondissement de Béthune. Faut-il y rechercher le lieu d'origine de Guillaume la Forêt, Wilhelmus Forist, sous-tenant HantS; 53 b. ?

Gand. — Le Domesday mentionne Gilbert de Gand, Gislebertus de Gand, comme t. e. c. dans les comtés de Berks 56, 62, de Buck 149 b, Oxford 159 b, de Cambridge, 197. Ellis (Intr. to Domesday) dit de lui : « Dugdale has given a long account of Gilbert de Gand in his Baronage, 1. 1, p. 400. He was son of Badwin, Earl of Flanders, whose sister the Conqueror has married. He was one of the few who escaped with life from York, when the Danes besieged it so furiously in 1069. He was the refounder of Bardney Abbey in Lincolnshire and is belie^ed to have died abouttheyear 1904. » (Voir aussi Kelham, Illustr. p. 78) et The Descensus de Gand. Monastic. Anglic. V, 491.

Gand. — Saint-Pierre de Gand est aussi inscrit au Domesday. : SanctU6 Petrus de Gand. Cette église t. e. c. dans le Kent (12 b.) Elle fut fondée par saint Amand au vti^ siècle. Elle fut desservie tout d'abord par des prêtres séculiers qui remplacèrent, en 618, des moines de l'ordre de Saint Benoît. (Voyez Flandria Illustrata ab A. Sandero, fol. col. Ag. 1641, tome I, p. 119.) Saint-Pierre de Gand possédait en Angleterre, du temps d'Edouard, le manoir de Lewisham, auquel s'applique la référence Kent, 12 b. Il avait été donné par Ethruda, nièce du roi Alfred, vers 900, à l'abbaye de Saint-Pierre, qui continua à en jouir jusqu'à la suppression des Prieurés Etrangers par le roi Henri V. Lysons mentionne trois confirmations de cette donation. La première émane d'Edouard le Confesseur ; mais elle date, non pas de 1038, comme cet auteur le suppose, mais d'une époque postérieure, puisqu'Edouard le Confesseur ne reçut la couronne qu'en 1041. Les deux autres confirmations furent faites par les rois Henri et

Henri II. (Cf. Lysons, Env. of London, 1811, vol. I, p. II, pp. 497-559.)

Hainaut — Le Domesday-Book mentionne Arnulphus, comme sous-tenant dans le comté de Suffolk. L'Exon Do mesday rapporte également que cet Arnulfus sous-tenait dans la centenie de Melchesham. (Suffolk 359 b. 360, 363, 369 b. Add. Exon. Dom. 3.) M. Léchaudé d'Anisy (I, p. 215) croit que cet Arnulfus était un indigène auquel on avait laissé ses tenures. Or, les listes de personnes, holding lancls T. R. E. and previom lo tlie Doniesday Surueii, ne renferment point ce nom. Ne faudrait-il pas voir plutôt dans Arnulfus ou Arnoul un comte des Flandres ou du Hainaut ?

Hesdin. — Deux communes du Pas-de-Calais portent ce nom ; Tune dans l'arrondissement de Montreuil, Tautre dans celui de Boulogne. Le Domesday-Book mentionne Ernulfus de Hesding, comme tenant en chef dans les comtés de Hauts, 746, Berks 62 b. Wilts 64, 66, 69 b. Dorset 80 b. Som. 98, Midd. 429, Buckingh. 143, Oxf. 154, d60, Glouc. 169, Hunt. 205 b. Bed. 212. C était un personnage important. EUis (Intr. to Domesday, I, p. 434) dit de lui : « He was the first Earl of Perch and father of Earl Rohook, ^^vho married Matilda, the natural daughter of king Henri the First. » (Voir aussi Sandford's Geneal. History, p. 32.)

Mercq Saint-Liévin — Commune du canton de Fauquemberge, arrondissement de Saint-Omer (Pas-de- Calais.) Lieu d'origine de Adelolfas ou Adeliilfus de Merc. II sous-tenait dans le comté d'Essex (28 b.) et de Sussex (29, 31 b. 32.) Il n'est pas douteux qu il ne soit venu à la suite d'Eustache, comte de Boulogne, car il sous-tenait de la baronnie de ce dernier à Lattune, à Sortegrave et à Arusmestede.

Montreuil-sur-Mer. — Chef-lieu d un des arrondissements du Pas-de-Calais. Airardus, qui sous-tenait d'Aiuf le Chambellan quelques hydes de terres dans le comté de Dorset (Dorset. 83), semble bien avoir été la souche d'Airard ou Erard, marquis de Montreuil. Celui-ci ayant épousé une fille du nom de Le Grip, ajouta à son nom celui de sa femme. Depuis, la famille s'appela Erard le Grip.

Eaimbeaucourt . — (Commune du canton de Douai, département du Nord. Guy de Raimbeaucourt est inscrit au Domesday sous le nom de Wido de Reinbcourt, Wido de Reinbuecourt, comme tenant en chef dans les comtés de Northampton, de Cambridge, d'Oxford et de Leicester. Il figure aussi comme t. e. c. sous l'appellation de Wido de Rembudcurt dans le Lincolnshire et dans les Clam, in Chest. Il avait un fils, Ingelrannus, filius Widonis de Reinbuedcurt, qui sous-tenait dans le Lincolnshire trois manoirs qui dépendaient de son père. (Lincoln 836 b.) Le manoir de Wroxton, dans le comté d'Oxford, parait avoir été le principal établissement des Raimbeaucourt.

Saint-Omer. — Chef-lieu d'arrondissement du Pasde-Calais. Le Domesday mentionne Hainfridus de Sancto Bcrtliio et Hainfridus de Sancto Olmavo. On sait que Saint Bertin est le patron secondaire de Saint-Omer, car le monastère de ce nom a été le berceau de la ville.

Onfroy de St-Bertin et Onfroy de St-Omer paraissent bien être le même personnage. Etait-ce un des seigneurs de St-Omer? M. Giry, dans son étude sur les seigneurs de cette ville, (Bibliothèque de l'Ecole de Chartes, 1874), ne mentionne ni cet Onfray ni aucun autre seigneur de ce nom qui ait été compagnon de Guillaume. Aucun document ne permet de préciser davantage l'identification de cet Onfroy. Hainfridus perdit ses terres par forfaiture ; le roi les donna ensuite à Druon de Beuvry ou mieux de la

Beuvrière. On lit : « Terra Drogonis de Bevreria... Sudretunam... Huic manerio addidit Hainfridus de Sancto Bertino liberum (hominem) de xii acris. » (Suffolk. 432.) « Terrœ Willelmi de Warenna... hos soc (emannos) tenuit Howf ridas de Sancto Otmaro ad feudum sui antecessoris, et hoc testatur hundret et Drogo eos calumpniam illam ad feudum domini sui de dono régis de liberatione, dicens quod antecessor ejus tenuerit Heinfridus scilicet. » (Norfolk. 172 b.) On lit aussi, (Norfolk. 115 b.) : « Terra Régis... Hanc terram calumpniatur Drodo (sic) de Bevreria ad suum feudum quia Haiifiidas eam tenuit. » (D'après une communication de M.' Round : Bulletin Historique de la Société des Antiquaires de la Morinie, 1901, 3° fascicule, pp. 679-680.)

Wissant. — Commune du canton de Marquise, arrondissement de Boulogne (Pas-de-Calais). Le Domesdaj mentionne Gilbert de Wissant sous le nom de Gislebert de Wilsaud, Gisleberlus de Wilsand et de Gislebeitus de Wil.sliant. Il sous-tenait dans le comté de Suffolk. (Suif. 324, 326 b.) En 1159, le roi Henri d'Angleterre débarqua à Wissant : « Rex Henricus transfretaturus apud Dovram mare intravit et appulit apud Wisant. » (Chronique de Robert de Torigni, I, p. 296. )

Le Domesday mentionne encore d'autres Flamands sous les appellations de

ODO FLANDRENSIS, qui tenait en chef dans le Bedforshire. (Bedf. 216.)

HUGO FLANDRENSIS. tenant en chef dans le comté de Sommerset. (Som. 99.)

WALT' FLAND' ou WALTERUS FLANDRENSIS. Il tenait en chef dans le Bedf. 215 b. bis.

D après Dugdale, (Bar. tom. I, p. 415), ce Gautier de Flandre, malgré les belles propriétés dont il avait hérité dans ce pays, vint en Angleterre à la suite du duc Guil-

laume qui, entre autres biens, lui concéda Tresby, dans le comté de i>incoln et plusieurs autres seigneuries importantes. Gautier de Flandre et Gautier Bek sont-ils bien la même personne ? Cette question est délicate ; Lysons dit toutefois que Gautier le Flamand est l'ancêtre des barons Wahul. Les terres tenues par Gautier le Flamand dans le Bedfordshire et le Northamptonshire appartenaient à Levenot, thane du roi Edouard le Confesseur.

WINEMARUS FLANDRENSIS. Il tenait en chef dans le comté de Buckingham (152).

Ce Winemarus était originaire du comté de Boulogne et vassal d'Eustache, père de Godefroy de Bouillon. Ducange (Familles d'Outre-Mer, p. 380) dit : « Je trouve deuxWinemar dans cette contrée (le Boulonnais) : Winemar, surnommé Grasse Vache, comte de Guisnes, (Preuves de THist. de Guines, 36), et Winemar, chastelain de Gand, qui épousa Giscle, fille de Beaudoin P"^, comte de Guines. Il est certain que ce dernier se trouvait dans les Flandres en 1095, 1097 et même en 1101. »

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