‹ Recherches historiques, généalogiques et bibliographiques sur les ElsevierChapitre 1 sur 25 · Recherches historiques, généalogiques et bibliographiques sur les Elsevier · texte numérisé non relu

Recherches historiques, généalogiques et bibliographiques sur les Elsevier

i la Belgique occupe, sur la surface du globe, une place extrêmement circonscrite, la nature prévoyante lui a, par dédommagement, dispensé le trésor de ses dons avec une inépuisable prodigalité. Autant son sol est riche de fécondité et de magnificence, autant ses enfants excellent par leur génie et atteignent par leur opiniâtre activité les dernières régions ouvertes à l'intelligence. C'est à eux surtout qu'est particulièrement applicable cet ancien adage : Labor improbus omnia vincit.

Dans les sciences, la littérature et les arts, la Belgique a vu surgir de son sein des hommes extraordinaires qui, ornement de leur siècle et de leur pays, ont reculé les bornes des connaissances humaines. En

LES ELSEVIER. 1

effet, guerriers, savants et littérateurs, enfin toutes les branches sociales lui ont, à toutes les époques, apporté avec profusion le tribut de leurs utiles travaux et de leurs ingénieux produits, et ont fait ainsi refléter sur le nom belge un rayon de gloire impérissable.

Parmi les hommes distingués qui honorèrent le plus leur pays, on peut, à juste titre, placer la noble maison des Elsevier, les véritables restaurateurs de la librairie et de l'imprimerie. C'est à tort que différents auteurs ont attribué à la Hollande l'honneur de leur origine en leur assignant la ville de Leyden pour berceau ; à la Belgique seule revient cette gloire, puisque des actes irrécusables attestent que les Elsevier sont originaires de Louvain et ont maintenu, jusqu'en 1580, leur résidence dans cette ville à jamais célèbre par son antique université.

Les causes qui amenèrent leur émigration prirent naissance dans les fatales circonstances sous lesquelles le pays gémissait : les divergences des opinions religieuses divisaient alors les esprits, faisaient naître des inimitiés et suscitaient des persécutions de la part du pouvoir existant; les citoyens s'armaient les uns contre les autres et se combattaient à outrance; la guerre civile répandait partout ses horreurs et exposait tous les jours à ses coups meurtriers de nouvelles victimes. Alarmés d'un état de choses qui pouvait avoir pour eux des conséquences fatales, beaucoup d'honorables citoyens allaient chercher, sur une terre étrangère, le repos qu'ils ne pouvaient trouver dans leur patrie.

L'Europe entière bénéficiait d'une émigration qui devenait pour elle, au détriment de la Belgique, une source d'opulence, de perfectionnement et de gloire; la Hollande surtout, accueillant avec joie nos illustres transfuges, leur offrit sur son sol hospitalier un asile paisible et bienveillant, et la ville de Leyden eut l'heureux privilège de recueillir les Elsevier, dont les ouvrages typographiques sont considérés, à juste titre, comme des chefs-d'œuvre d'art et de beauté.

L'arbre généalogique de cette famille n'étant nulle part établi sur des bases certaines et exactes qui puissent donner à l'historien une direction sûre dans l'accomplissement de sa tâche, nous avons dû nous livrer à des recherches laborieuses et puiser dans différents documents authentiques pour arriver, relativement à cette illustre lignée, aux renseignements les plus précis, tels qu'ils sont exposés dans l'écrit qui va suivre.

C'est dans la typographie que cette noble famille s'est particulièrement distinguée et qu elle s'est acquis une réputation d'autant plus méritée, que, par ses travaux assidus et constants, elle a fait faire à cet art d'immenses progrès et lui a imprimé le cachet de la perfection. Pendant une période de cent quarante années (de 1580 à 4712), la Hollande a vu tantôt la librairie exclusivement, tantôt la librairie alliée à l'imprimerie, animer le génie, absorber l'activité industrielle de quatorze membres de celte noble race.

Le savant Ylitius, qui, dans ses lettres, les appelle suavissimos Elsevirios, peint bien par ces mots l'admiration passionnée qu'inspirait à leurs contemporains le fini de leurs productions.

C'est qu'en effet les éditions enfantées par leurs presses étaient riches de beauté et d'élégance ; leur éclat charmait tous les yeux, et les amateurs , émerveillés , briguaient leur possession avec enthousiasme.

M. Motteley, amateur distingué qui a fait des imitations de leurs éditions, telles que Y Histoire des révolutions delà barbe chez les Français et une copie exacte du Catalogue de Daniel, de l'an 1681, dit : « La collection des Elsevier, si remarquable par la beauté de son exécution, et qui comprend, dans un nombre peu considérable de petits volumes très-portatifs, la plupart des classiques latins, italiens et français, satisfait à la fois aux besoins de l'homme de lettres et aux curieuses fantaisies de l'amateur; mais, comme les penchants les plus éclairés et les inclinations les plus raisonnables ne peuvent se défendre de cette ambition d'acquérir qui est une des maladies de notre esprit et qui est cependant un des instincts de notre perfectionnement, la collection des Elsevier s'est successivement augmentée de tous les livres contemporains qui offraient quelque intérêt historique ou littéraire, et dont le format, le papier, les caractères, les fleurons, les vignettes, les lettres grises, rappelaient en quelque point la typographie Elsevirienne. Enfin on est allé plus loin : ce nom magique des Elsevier; ces figures d'ornement que le goût ou le hasard a souvent reproduites dans leurs éditions authentiques; cette analogie de caractères, d'ailleurs si naturelle dans des fontes qui reconnaissent un type commun ; des rapprochements plus douteux encore que cette analogie' incertaine , ont- donné à des ouvrages absolument sans valeur le prix idéal des livres les plus magnifiques. »

Des recherches minutieuses, faites dans les protocoles des chambres des notaires de Leyden et d'Utrecht, nous ont permis d'arriver à la souche primordiale, et d'établir ainsi d'une manière positive la biographie et la généalogie de la noble famille des Elsevier.

gjmm

Page 1