LOUIS F
ouïs Elsevier, d'Elzevier ou LoysHelschcvier, a vu le jour à Louvain en 1540. Ses parents ne nous ayant été découverts par aucune pièce les concernant, nous serons forcé de les passer sous silence; nous nous bornerons à parler ultérieurement d'un de ses frères, dont le nom figure dans les archives des villes de Louvain et de Leyden.
En 1565, Louis, âgé de vingt-trois ans, s'engagea dans les liens indissolubles du mariage avec la jeune Marie Duverdyn : de celle union naquirent neuf enfants, dont sept fils et deux filles (1), savoir : Mathieu (Matlhys) , Louis, Gilles, Joost, Arnould, Bonavenlure, Adrien, Marie (2) et Elisabeth (3).
Après avoir probablement exercé à Anvers, Wesel, Douai et Lou-
(1) Confirmé par un testament de Louis Ier, en date du 16 novembre 1612 et du 24 décembre 1616, ainsi que par une liquidation entre ses enfants, en date de 1618.
(2) Marie épousa, en premières noces, en 1604, Thiery-Gérard Ooslerling. En 1622, elle épousa, en secondes noces, Samuel Barend Vanderheidcn, négociant à Dordrechl, veuf de Marguerite de Haen.
(3) Elisabeth épousa, en 1609, Lamberl-Niculas de Tétrode, dit Van Ryn, libraire à Groningue, dont la sœur épousa le docteur en médecine Henri Delmanhorst. Elle se maria en secondes noces, dans l'année 1624, nxecJosué- Lucas Van Vuyren.
vain la profession de libraire et de relieur jusqu'en 1580, Louis transféra son établissement et son industrie à Leyden, au mois de septembre de la même année (1). La ville de Leyden, appréciant son mérite et ses services, le nomma, le 30 septembre 1586, appariteur de son université.
Désirant économiser son temps et en tirer tout le parti possible, il voulut que sa librairie fût attenante à l'Académie : à cet effet, le 15 avril 1587, il adressa aux curateurs de l'université de Leyden une requête (2) dans laquelle il exposait en termes clairs et précis la nature et l'objet de sa demande, qu'il fondait principalement sur six années de vente assidue de ses ouvrages à la jeunesse studieuse, suivant les cours académiques
La date de son arrivée à Leyden (1580) , coïncide parfaitement avec son allégation d'un débit de livres consécutivement exercé pendant six années.
Nous trouvons qu'en 1582 le célèbre imprimeur anversois, Christophe Plantin , fournissait déjà de ses productions typographiques à Louis Elsevier; que cette année il lui avait expédié pour 1270 florins de livres, pour laquelle somme Louis donna hypothèque sur deux maisons qu'il possédait à Leyden (5).
Le premier livre qui lui dut le jour s'intitula : Drusii Ebraicarum quœstionum sive quœstionum ac responsionum iibri duo, videlicet secundus ac tertius, in academia. Lugdunensî, MDLXXXIIÏ, in-8° de 126 pages, dont 6 pour le titre et la dédicace (à Janus Dousa, seigneur de Noordwyk et à Pauïus Busius); de la 7me page à la 15me se trouve Y index quœstionum quœ Ubro secundo; de la 14me à la 17me, l'avis au lecteur; les pages 17 à 105 renferment le texte proprement dit; les pages 106 à 118 Y index locorum Veteris ac Novi Testamenti quœ Ubro II, et les pages 119 à 126, Yindex verborum et rerum quœ lib. II et III.
Sur le verso de la 8me feuille (page 16) se trouvent les armes de la ville de Leyden avec le millésime de 1575, accompagnées d'attributs allégoriques figurant le siège mémorable que son héroïque courage et
(1) Voir n08 1 et 3, pièces justificatives.
(2) Voir n° A. pièces justificatives.
(3) Voir n° 2, pièces justificatives.
son admirable dévouement soutinrent contre ses cruels oppresseurs.
Le frontispice du titre porte une vignette avec la devise JEquabilitate. Après la page 126 se trouve un feuillet isolé contenant l'errata, au bas duquel est imprimé : Veneunt Lugduni Batavorum, apud Ludovicum Elseuirium e regione scholœ nouœ.
Le second est YEutrvpius (1), de 1592, livre considéré jusqu'à ce jour comme ayant mentionné le premier dans ses pages le célèbre nom d'Elsevier (2).
De 1583 à 1593, le voile impénétrable qui enveloppe ses productions nous force de passer sous silence cet intervalle de dix années. Cependant il est à présumer que, pendant ce laps de temps, cet homme laborieux ne se sera pas renfermé dans une stérile inactivité; mais qu'au contraire nous avons à regretter divers ouvrages, perdus par l'insouciante incurie de nos aïeux. Après une honorable résidence de quatorze ans dans son sein, la ville de Leyden lui octroya le droit de cité, le 8 août 1594, et se glorifia de compter au nombre de ses enfants une illustration de l'époque.
Lors des foires principales qui s'ouvraient annuellement à Francfort, à Cologne, Dordrecht, Delft, Ypres et Paris, Louis Elsevier, comprimant ses affections les plus chères, n'hésitait pas à se soustraire aux douceurs de ses pénates, à son travail et à sa ville adoptive, pour aller braver l'intempérie des saisons et les difficultés d'un voyage long et souvent dangereux, et se transportait dans ces diverses villes, où l'appelaient les devoirs de sa profession.
Cette existence nomade, que lui faisaient ses nombreux déplacements, rend facile l'explication de l'adresse aperçue sur quelques exemplaires de certains ouvrages portant son nom précédé du nom des villes susmentionnées. Sur les livres français on trouve : « A Leyden, chez Loys Elzevier. »
En 1602, les curateurs de l'université de Leyden permirent à Louis de s'absenter pendant deux mois pour se rendre à Paris , ville qu'il visita à différentes reprises.
(1) Eutropii historiae Romanae, lib.X.Lugd. Batav. Elzevir. 1592, in-8°min.
(2) M. Charles Nodier, dans ses Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, Paris, Crapelet, 1829, in-8°, dit : L'Eutrope est le premier livre où se trouve le nom d'Elsevier; la figure qui sert d'insigne au frontispice représente un ange qui tient d'une main un livre et de l'autre une faux. ( Ce savant et infatigable bibliophile avait été induit en erreur.)
Lorsqu'on 1597 mourut Raphaling, imprimeur juré de l'université de Leyden, Louis Ier songea à s'adjoindre un collaborateur, et forma une association avec Jean Paets, alors imprimeur de l'Académie. L'association a édité plusieurs livres revêtus de leur raison sociale.
Comme nous l'avons dit, les causes qui provoquèrent l'expatriation de Louis Ier, et valurent à Leyden l'honneur de le posséder dans ses murs, prirent naissance dans les troubles religieux et les dissensions civiles qui désolaient alors la société.
Après avoir fouillé minutieusement dans les archives de l'état civil de l'ancienne capitale du Brabant (Louvain) , aidé dans cette recherche par la coopération obligeante de l'honorable M. Charles Pieters, de Gand, nous avons découvert quelques membres d'une famille Helscheviers et Elscheviers (1), et c'est certainement de cette branche que dérive celle qui s'est établie à Leyden.
En 1565, figure sur les registres de l'église de Notre-Dame, à Anvers, un mariage entre Joos de Clerck et Marie Elseviers, laquelle est bien certainement une sœur de Louis Ier.
Il résulte de documents puisés à une source certaine que ce Louis Ier eut un frère du nom de Nicolas, qui épousa Calhaline Van Opstal, de Louvain.
Le 4 février 1617, Louis Ier termina à Leyden sa mémorable carrière, emportant les regrets, l'estime et la vénération de tous ceux qui le connurent et qui purent apprécier ses vertus privées, ses utiles travaux et les ouvrages qui avaient fondé son impérissable renommée. Son épouse, Marie Duverdyn, l'avait précédé dans la tombe, dès le 5 décembre 1613 (2).
La véritable marque d'imprimeur que Louis 1er avait adoptée figure un aigle sur un cippe ou demi-colonne, avec un faisceau de sept flèches, et cette devise, qui était celle de la république Batave, et où semble prophétisée la gloire de sa famille : Concordia res parv^e crescunt.
Les Elsevier et les Duverdyn possèdent des armes qui leur sont communes et dont les attributs sont les mêmes :
(1) Voir, à la fin de cet ouvrage, l'annexe : Extrait des anciens registres aux actes des naissances, mariages et décès de la ville de Louvain.
(2) Il parait certain que Louis I,r associa successivement ses fils à son commerce; ils étaient établis à Leyden, La Haye et Ulrccht,
D'azur à la croix pleine en talus d'or, cantonnées au 1 et 4 d'un lion passant d'or, et au 2 et 5 de trois fleurs de lis d'argent, deux et une. Lambrequins et bourrelet d'or et d'azur. Cimier au lion d'or tenant une croix recroisettée de gueules, le lion tourné à senestre, supports, deux lions d'or. (Adry.)
On indique aussi :
D'azur à la croix d'or, cantonnées au 1 et 4 de trois lis d'argent, au 2 et 5 d'un lion de gueules; pour cimier, le lion de l'écu tenant à sa patte une croix de Jérusalem.
(Voir la planche première, faite d'après une tapisserie de l'époque et brodée en 4711 par Jacomine Taelman, épouse d'Isac Elsevier.)
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