BONAVENTURE
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onaventure, sixième fils de Louis Ier et de Marie Duverdyn, naquit à Leyden l'an 1585. C'est à tort que plusieurs auteurs lui ont attribué Mathieu pour père; cette assertion est toute gratuite et repose sur une erreur grossière, qui doit être repoussée par tout écrivain véridique : Mathieu n'était que son frère, et fut son associé jusqu'au moment où son fils Abraham Ier le remplaça dans cette association.
Le 50 août 4606, Bonaventure, âgé de 25 ans, et le professeur Henri Bredius déclarèrent, par-devant notaire, en faveur de Barba Geens, veuve d'Adrien Spiegel, en son vivant chirurgien, qu'ils avaient connu à Padoue M. Adrien Spiegel, docteur en médecine, et à Florence le sieur Gysbert Spiegel, chirurgien à l'hôpital du duc de Florence, et que ces messieurs n'étaient point morts.
Le 7 juin 1609, on trouve Bonaventure membre de l'église wallonne de Leyden.
Il fut ancien de cette église depuis 1626 jusqu'à sa mort.
Le nom de Bonaventure figure déjà en 1608 sur l'ouvrage intitulé : Pro defensione tertia Fœderatorum, etc. (adversus Becanum). Amstelodami, sumptibus Bonaventurae Elsevirii, 1608, in-8°. (Voyez Paquot, à l'article de Bécan.)
On trouve inscrit sur les registres de l'université de Leyden, comme étudiant, le 21 février 1618, Bonaventure Elsevier, libraire, âgé de 55 ans, demeurant chez son frère Mathieu.
Après avoir été l'associé de son frère Mathieu jusqu'en 1622, il s'associa, le 5 septembre de la môme année avec son neveu Abraham (fils de Mathieu Elsevier).
Le 24 décembre 1625, Bonaventure et Abraham achetèrent l'imprimerie d'Jsaac Elsevier (fils de Mathieu), alors imprimeur de l'université, pour la somme de 9,000 florins. Cette imprimerie se composait de 6 presses et différentes espèces de caractères, au poids total de 10,000 kilog.
En 1625, ils achetèrent également l'imprimerie des langues orientales de Jacomine Buyes, épouse du célèbre professeur Thomas Erpenius, décédé en 1624.
Par contrat en date du 18 août 1625, ils cédèrent à Jacob Elsevier (fils de Mathieu), libraire à La Haye, les livres qu'ils avaient dans une boutique située sur le Zaal, à La Haye (winkelop de Zaal, te S'Hage), moyennant une somme de 240 florins.
Le 9 mai 1626, Bonaventure et Abraham Elsevier furent définitivement nommés imprimeurs jurés de l'Université, en remplacement d'îsaac Elsevier (fils de Mathieu), dont nous parlerons plus tard.
Bonaventure épousa à Leyden, le 18 juillet 1625, Sara Van Ceulen (de Cologne), fille de Daniel de Cologne, ministre protestant et régent du collège français à Leyden, et de Marie de Bacquere (Backere), et petite-fille de Pierre de Cologne, de Gand, et de Sara Ackermans. De ce mariage naquirent dix enfants, dont cinq fils et cinq filles. Quatre d'entre eux seulement ne moururent pas en bas âge, ce sont: Daniel (1), Guillaume (2), Bonaventure (3) et Marie (4).
La ville de Leyden regretta sa perte, le 17 septembre 1652, et l'église de Saint-Pierre recueillit sa dépouille mortelle le 21 septembre de la même année.
(1) Daniel, né à Leyden le 14 août 1626.
(2) Guillaume, né le 21 février 1635, fut avocat à la cour d'Utrecht et ensuite chanoine de Sainte-Marie, à Ulrechl; décédé en 4671.
(3) BoiuvENTunE, né le 2 novembre 1659, négociant à Amsterdam, épousa, en 1670, Clara Valider Linden, fille du professeur Jean-Antoine Van der Linden.
(-4) Marie, née le 8 avril 1657, épousa, en iGHA,'Corneille de Lange, docteur en médecine et ensuite bourgmestre de Gouda, qui fut député aux étals généraux.
Son épouse l'avait précédé dans la tombe, et avait été inhumée dans la même église, le 16 mars 1647.
Bonaventure Elsevier fit plusieurs dispositions testamentaires: celles de 1619 et 1624 nous apprennent déjà la mort de ses frères Joost à Utrecht et Louis II à La Haye. Il manifeste le désir que sa dépouille mortelle repose auprès de son père dans le caveau de sa famille, que son caveau ne soit ouvert qu'après sept années, et qu'il soit à jamais une propriété de famille.
Enfin, dans celle du 16 septembre 1652 (un jour avant sa mort), il fait plusieurs legs en faveur des pauvres de l'église wallonne et de différentes maisons de charité.
Il lègue à ses deux sœurs, Marie et Elisabeth, le revenu d'un capital de 6,000 florins, stipulant qu'après leur mort ce capital sera destiné à ériger une maison de charité ; il y ajoute la dixième partie du revenu de ses terres des environs de Bruges (en Flandre), ainsi que sa part des propriétés endiguées, qu'il y possède avec le professeur Daniel de Cologne, son beau-frère.
• Il donne à Daniel, son fils aîné, sa maison, située au Rapenburg, et une moitié de l'imprimerie et de la boutique qu'il possède à La Haye; de plus, il lui lègue tout ce qu'il a en commun avec son neveu Abraham et son fils Jean Elsevier, et sous la même condition qu'Abraham en a laissé la moitié à son fils Jean.
Enfin, il nomme ses exécuteurs testamentaires : Daniel de Cologne, professeur en droit; Daniel de Dieu, docteur en médecine, son neveu; Louis Elsevier, imprimeur à Amsterdam; Et Deramontius, ministre protestant à Leyden. 1 Le professeur Adry nous apprend que Bonaventure et Abraham n'imprimèrent guère qu'à Leyden; du moins il ne trouva pas beaucoup de livres imprimés ailleurs à leurs frais. Deux ouvrages de Galilée le furent néanmoins, et très-mal, à Strasbourg (Augustae ïreboccorum) , aux frais des Elzévirs, de l'imprimerie de David Hauttus, 1655, in-4°. Le titre-planche porte en latin : Impensis Bonaventurœ et Abrahami Elzeviriorum, bibliopolarum Leydensium. Quelques ouvrages imprimés en 1652 portent encore leur nom; mais ce fut la dernière année de leurs travaux; Abraham était mort le 14 août 1652, et Bonaventure ne peut lui avoir survécu que deux mois environ, puisque Vlitius (déjà
cite, écrit de La Haye à Nicolas Heinsius, qui était alors à La Haye, une lettre datée du 6 des ides de novembre 1652, où il lui dit : « Vous avez sans doute appris la mort des deux Elzévirs. »
La vente de leurs livres se fit le 16 avril 1653, comme on l'annonce dans le Catalogus variorum et insignium in quavis facultate, materia et lingua, librorum Bonaventurœ et Abrahami Elzevir, quorum auctio habebitur Lugduni Batavorum , in oflicina defunctorum ad diem Iftaprillis (sic), stylo novo, 1653. Lugd. Bat. ex typog. Elzev., in-4°.
C'est principalement à Bonaventure et Abraham que commence la grande célébrité des Elsevier. On les avait nommés imprimeurs de l'Académie de Leyden (Academise Leydensis typographos). Leurs caractères , écrit Saumaise à Grotius, l'emportent, par la beauté, sur ceux de tous les autres imprimeurs.
Nous terminerons notre article sur Bonaventure Elsevier, par dire que, dans l'épître dédicatoire de l'ouvrage intitulé: De regno Daniœet Norvegiœ, par Etienne- Jean Stephanius, Danois, lui et son associé sont appelés diligentissimi iypographorum.
Les Elsevier sentaient eux-mêmes tout le prix de leurs travaux et le mérite des éditions qu'ils donnaient. Dans l'épître du beau Salluste de 1634, Bonaventure et Abraham disent à Boxhornius : « Nous ne vanterons pas ici nos ouvrages et l'élégance de nos caractères : les savants en jugeront ainsi que la postérité. » Ils font observer ensuite qu'il ne suffît pas qu'un livre ait le plus grand mérite du côté de la typographie, qu'il faut de plus que le texte y soit offert avec la plus grande correction.
Nous ne jugeons d'eux aujourd'hui que par les productions sans nombre de leurs presses et par la multitude des belles éditions dont ils ont enrichi la littérature, et qui leur donnent un droit incontestable à l'estime et à la reconnaissance de la postérité.
Il nous reste à relater les éditions les plus importantes publiées par Bonaventure et Abraham, c'est-à-dire les éditions les plus recherchées et les plus estimées pour leur exactitude et la beauté de leur exécution typographique. Quelques-unes sont devenues extrêmement rares et se rencontrent peu dans le commerce. Nous avons suivi, autant que possible, l'ordre des dates.
1. Publ. Ovidii Nasonis opéra. Daniel Heinsius textum recensuit ; accédant brèves notœ ex collatione codd. Scaligeri et Palatinis Jani Gruterû Lugd. Batavorum, ex Offwina Elzeviriana. 1629. 3 vol. petit in-12.
MrRenouard fait observer, dans son Calaîogue d'un amateur (tome II, page 271): « Cette édition n'est pas une des plus belles des Elzévirs; ils n'avaient pas encore reçu de Paris les fontes neuves avec lesquelles furent exécutés le Virgile, le Pline et quelques autres chefs-d'œuvre, la gloire de cette imprimerie. »
2. Quintus Horatius Flaccus. Accedunt nunc Danielis Heinsïi de Satijra Horatïana libri duo, in quibus totum poetœ institutum et genius expenditur , cum ejusdem in omnia poetœ animadversionibus , longé auctoribus. Lugd. Batav. ex officina Elzeviriana. 1629. 3 vol. petit in-12.
« Le premier volume comprend le texte d'Horace; le second, les notes par Heinsius, et le troisième, les satyres. »
« Exemplaire bien conservé, vendu chez Gaillard pour 60 francs; chez Jourdan 67 francs; chez Mac Carthy 82 francs; et chez Meerman pour 30 florins des Pays-Bas. »
Voir Renouard, Cat. d'un amateur, tome II, page 258.
3. Exhortations à la repentance et recognoissance, faites au sujet du Siège et de !a reddition de Maestricht, l'onzième et XXIV Août, en l'Église française de la Haye. — Item, à persévérance en la profession de la vérité du Christ : par André Rivet, docteur et professeur en Théologie et Ministre de la parole de Dieu, à Leyde, de l'imprimerie des Elzévirs. 1632, in-24, de 288 pages.
Instruction préparatoire à la saincte Cène, avec cinq prédications convenables à la matière, par André Rivet; à Leyde, de l'imprimerie des Elseviers. L'an 1634, in-24-, de 288 pages.
« Ces deux ouvrages sont très -recherchés; M. le baron Van Westreenen, à la Haye, les possède. »
4. Novum Testamentum, grœce, ex regiis aliisque optimis editionibus hoc nova expressum, Lugd. Bat. ex officina Elzeviriana, 1633, petit in-12.
Kenouard fait observer : « Cette édition de 1655 était réputée si parfaite, que presque toutes les réimpressions faites en Hollande la copient scrupuleusement, et que Wetstein n'eut pas la liberté de s'en écarter dans son importante édition de 1751-52, 2 vol. in-folio, les magistrats ayant misa leur autorisation la condition qu'il suivrait ce texte, pour ainsi dire consacré. »
Les exemplaires ordinaires se vendent 12 à 15 frs. , à la vente de Hangard 22 frs., chez Cotte 42 frs., chez Larcher 57 frs.
5. Q. Curtii Rufi Historiarum libri, accuratissime editi. Lugd. Batav. ex offwina Elzeviriana. Anno 1655, petit in-12.
Il existe trois éditions de cet ouvrage, qui a été vendu 20 francs chez Gaillard et 50 francs chez Chénier. (Voir Bérard, p. 65, et Brunet, 1, p. 482.)
La première édition qui est la meilleure de 564 pages, non compris l'index. A la page 81 , doit se trouver la gravure représentant le temple de Jupiter Ammon.
6. Titi Livn Historiarum libri, ex rccensione Heinsiana. Lugd. Batav., ex offwina Elzeviriana. Anno 1654, 5 vol. petit in-12.
Titi Livn Historiauium libri, ex recensione J. F. Gronovii. Lugd. Batav., ex offîcina Elzeviriana. 1645. 5 vol. petit in-12.
Joh. Fred. Gronovii, ad T. Livii Patavini libros superstites notas. Accessit Ismaelis Bullialdi epistola de solis defectu, cujus Livius lib. XXXVII meminil. Lugd. Batav., ex offîcina Elzeviriorum. 1645, petit in-12.
On compte quatre éditions différentes de ce Livius, qui ont été imprimées de 1655 à 1678, par les Elsevier. L'édition de 1654 est la plus recherchée; un exemplaire s'est vendu 80 frs. chez Caillard.
7. C. Sallustius Crispus, cum veterum historicorum fragmentis. Lugd. Bat., ex offwina Elzeviriana. Anno 1654, petit in-12.
Cet ouvrage est dédié par les Elsevier, à Marcus Zuerius Boxhorn, qui' en a revu le texte. Trois éditions ont vu le jour dans le courant de la même année.
La première édition, qui est regardée à juste titre comme la plus belle, a 12 pages pour l'avanl-propos, 310 pour le texte et 19 pour l'index.
Un bel exemplaire a été vendu chez Caillard pour 60 francs. Voir Renouard, Cat. d'un amateur, tome IV, p. 86.
8. Ecclesiarum Belgicarum Confessio (gr. etlat.), interprète Jacobo Revio : et Catcchesis quœ in ecclesiis et scholis belgicarum provinciarum traditur (gr. et lat.), interprète Fr. Sylburgio. Lugd. Batav., ex ofjicina Elzevir. 1655, petit in-12. (Voir catal. de Renouard, t. I, p, 113.)
9. P. Terentii , Comoedle sex ex recensione Heinsiana. Lugd. Batav., ex ofjicina Elzeviriana. Anno 1635, petit in-12.
Ouvrage très-recherché. Renouard, dans son Catalogue d'un amateur, tome II, page 315, dit :
« Ces doubles et triples éditions des classiques latins, sous les mêmes dates, et dont les premières sont aux suivantes ce que For est au cuivre, sont toutes également faites par les Elseviers, dans les mêmes ateliers, sur les mêmes presses, et imprimées avec les mêmes caractères. Ce ne sont point non plus des duplicata d'éditions reproduites avec intention de fraude, et c'est improprement qu'on les nomme contrefaçons; ce ne fut pas pour avoir toujours l'édition de 1635, de 1636, que l'on refit un Térence, un Virgile avec ces mêmes dates, mais uniquement pour remettre dans le magasin des Térences et des Virgiles. Les frontispices étaient des planches gravées, on les aura employées sans tenir compte d'en changer les chiffres; ce qui le prouve c'est que le Concioncs de 1672 conserve sur son frontispice gravé, la date de l'édition précédente de 1662; et ce qui s'est fait sans que l'on y mît la moindre importance en a acquis beaucoup aux yeux des amateurs, car ils dédaignent entièrement les réimpressions, et font des folies pour les éditions premières.
« De belles et abondantes fontes neuves de ces admirables caractères de Garamond que l'on n'a pas encore surpassées, et desquelles le Pline, le Térence, le Virgile eurent la fleur; du papier d'Àngoulême d'une qualité parfaite, de l'excellente encre venue très-probablement de Paris, voilà le talisman qui change en or vingt à vingt-cinq petits volumes des Elseviers. Peu à peu les caractères perdirent leur fraîcheur, on se relâcha sur la qualité du papier; c'est ce qui rend la plupart des dernières éditions des Elseviers si inférieures à celles de leurs douze à quinze bonnes années, n
Les beaux exemplaires ont été vendus 30 francs; chez Cotte, 37 francs; chez Mac-Carlhy, 66 francs; chez Meerman, 11 florins des Pays-Bas.
On prétend qu'il y a eu trois éditions de ce Térence.
10. C. Juni C&saris opéra quœ exstant, ex emendatione Jos. Sealigeri. Lugd. Batav., ex offwina Elzeviriana. 1655, petit in- 12.
Bonaventore et Abraham Elsevier dédièrent cet ouvrage à Jacobus Shylte.
Il y a trois éditions de cet ouvrage. La bibliothèque royale de Paris possède un magnifique exemplaire provenant de la vente de Gouttard, qui a été payé 160 francs.
11. C. Plimi secundi Histokia; naturalis libri XXXVJL Lugd. Balav , ex ofjicïna Elzevïriana. 1635, 5 vol. petit in-12.
Cette édition, qui est la plus belle et la plus correcte, a été revue et corrigée par Joh. de Laet.
La plus belle! ici je dois transcrire ce que Renouard dit dans son Catalogue d'un amateur, tome 1er, p. 244 :
« Dans la nombreuse et élégante série des éditions Elséviriennes, trois tiennent le premier rang pour l'extrême netteté de leur exécution; ce qui vient sans doute de ce que, comme le Virgile in-12 de M. Didot l'aîné, elles auront été le premier emploi de caractères aussi beaux que parfaitement bien fondus. On sait que ces admirables types, auxquels la famille des Elsevier doit une grande partie de sa réputation, sont l'ouvrage d'un Français, de l'habile Garamond, qui vivait à Paris en 1646; mais il faut convenir que, dans nulles autres imprimeries, ce caractère de petit-texte, constamment employé et avant et après les Elsevier, n'a jamais donné aucun résultat qui puisse être comparé à ce Pline de 1635, au Virgile de 1636 et à Y Imitation de Jésus Christ sans date. La charmante et inappréciable collection du comte d'Artois, qui fait tant d'honneur à Fr. Amb. Didot l'aîné, est remarquable par la parfaite régularité de son exécution; mais le petittexte de Garamond, avec lequel elle est faite, quoique tout neuf et fort bien fondu, est très-différent de celui des Elsevier; c'est un mérite d'un tout autre genre, avec bien moins de perfection. Ces trois chefs-d'œuvre des Elsevier sont, comme ils doivent l'être, extrêmement recherchés, et leur prix est excessif quand les exemplaires sont d'une conservation un peu remarquable. U Imitation et le Virgile sont ici d'une beauté parfaite et de reliures élégantes; quant au Pline, il n'est habillé que d'un modeste vélin et n'en est pas moins le plus beau que j'aie vu jusqu'à ce jour. C'est aussi le livre de cette bibliothèque qui, proportionnellement, a été payé le plus cher, car il a coûté 250 francs à la vente Latour, en 1810. »
L'édition la plus correcte! pour prouver cette allégation, je répéterai ce que dit le professeur Adry dans sa notice sur les Elzévirs (sic).
« Un exemplaire du Pline de 1635, conservé dans l'importante bibliothèque vétérinaire de M. Huzard, fait connaître au surplus de quelle manière les Elzeviers soignaient celles de leurs éditions qui leur en semblaient dignes. Chaque feuillet de cet exemplaire est imprimé d un seul côté et découpé ensuite pour
être collé sur de grandes pages blanches, de manière à figurer un in-folio à deux colonnes et à marges très-larges. Ces marges destinées à recevoir les corrections fie l'éditeur, en contiennent en effet un bon nombre, d'une belle écriture, et dont on a fait usage dans l'édition telle qu'elle a été publiée. On peut juger, par ce détail, de la recherche avec laquelle certaines éditions étaient corrigées, et des résultats que l'on doit obtenir avec de pareils soins. » Un bel exemplaire a été vendu chez Latour 250 francs.
12. P. Virgilii Maronis opéra, nunc emendatiora. Lugd. Batav., ex officina Elzcviriana, Anno 4636, petit in-12.
Cet exemplaire, quoique très-incorrect, dit Brunet, est un des plus beaux ; il vaut de 60 à 80 francs. Chez Mac-Carlhy , il a été coté jusqu'à 90 francs, et chez Cotte 120 francs. Il y a eu une réimpression de cet ouvrage la même année, qu'il faut se garder de confondre avec l'édition dont nous venons de parler, et qui n'est cotée que de 6 à 9 francs.
13. Des. Erasmi Roterod. Colloquia, nunc emendatiora. Lugd, Batav., ex officina Elzevirïana. Anno 1636, petit in 12.
Cette édition, publiée par les Elsevier, est fort belle et contient 672 pages. Il y a eu une édition ultérieure, de 1643, qui est également recherchée.
Un exemplaire de 1636 s'est vendu chez Latour 18 francs, et chez Caillard 24 francs.
14. Anatomie de la Messe, où est montré par l'Escriture-Saïncte, et par les tesnioignages de l'ancienne Eglise , que la Messe est contraire à la parole de Dieu et éloignée du chemin du Salut, par P. du Moulin, ministre de la parole de Dieu en l'église de Sedan, etc., troisième édition, revue et augmentée, à Leyde, chez Bonaventure et Abraham Elsevier, petit in-12.
A l'occasion de ce livre, Renouard, dans son Catalogue, tome 1er, page 115, dit : « Des diverses éditions de ce livre, l'un des plus prisés par les antagonistes du sacrifice de la messe, celle-ci, fort rare et certainement la plus jolie, n'est pas la plus complète; mais il paraît qu'on la trouve bien assez ample, puisqu'elle est exclusivement préférée. »
Elle a été vendue chez Mac-Carthy au prix extraordinaire de 99 francs, tandis qu'on la paye ordinairement de 20 à 30 francs.
15. C. Annaei Senec.45 philosophi opéra omnia, ex ult. J. Lipsii emendalione: et M. Annaei. Senecœ rhetoris , quœ exslant , ex And. Scotli recens. Lugd. Batav., apud Elzevïrios. 1640, 3 vol. petit in-12.
Les Elsevier donnèrent trois éditions de ce Sénèque en 1659, 1649 et en 1658. La première est la plus belle et la plus recherchée ; elle ne contient pourtant pas de notes.
16. C. Cornélius ïacitus ex J. Lipsii editione, cum not. etemend. H. Grotii. Lugd. Batav., ex officina Elzeviriana. 1640, 2 vol. petit in-12.
17. M. Tullii Ciceronis opéra. Cum optimis exemplaribus accurate collala. 1642, Lugd. Batav., ex officina Elzeviriana, 10 vol. petit in-12.
Cette édition est dédiée par Bonaventure et Abraham Elsevier au chevalier Borel; elle est regardée comme la plus belle et la plus correcte. À ce sujet, Brunet dit, dans son Manuel, tome IV, page 538 : « Les pièces préliminaires du premier volume (Bhetorica) sont un titre gravé, le portrait de Cicéron, 10 fol. non chiffrés pour l'épître dédicatoire des Elsevier à G. Borelius, la table des 10 volumes, les Testimonia, la préface et la table du volume, lequel volume a 768 pages. Les tomes II, III et IV contiennent les OrationeSj dont le premier tome a 614 pages, le second 550, le troisième 560. — Tome V, Epistolœ ad familiares, 8 folios préliminaires et 506 pages de texte. — Tome VI, Epistolœ ad Alticum, 6 folios préliminaires et 685 pages de texte. — Tomes VII et VIII, Opéra Philosophica, 648 pages et 386 pages. — Tome IX, de Ofjîcus, 501 pages. — Tome X, Fragmenta, 518 pages et 5 folios d'index. »
18. La Vie de Messire Gaspard de Coligny, seigneur de Chastillon, admirai de France (trad. du latin de Jean de Serres), à laquelle sont adjousté ses Mémoires (écrits par lui-même) sur ce qui se passa au siège de Saint-Quentin, à Leyde, chez Bonaventure et Abraham Elzcvier. Anno 1643, 2 tomes, I vol. petit in-12.
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Les beaux exemplaires de cet ouvrage sont très-recherchés ei se vendent à un prix fort élevé. A la vente Chénier, ils ont été cotés à 40 francs; chez Fi r m in Didot, à 55 francs, et chez Gaillard, jusqu'à 96 francs! Ce dernier exemplaire mesurait environ 5 pouces de hauteur (mesure de France).
19. Constantini Hugemi Momentci desultoria. Poematum libriXL éd. C. Barlœo. Lugd. Batav., typis Bonavenlurœ et Abrahami Elzevicr. 1044, in-8°, xvi, 522 pages.
Figure au catalogue d'une collection d'éditions Elzeviriennes (Paris 1829), n°521.
20. De la Sagesse, trois livres, par Pierre Charron ; Leide, chez les Elseviers, petit in-12.
Les Elsevier ont donné quatre éditions de cet ouvrage; l'édition de 1646 est considérée comme la plus belle; celle qui n'a pas de date, fixe aussi l'attention des amateurs.
Les beaux exemplaires doivent avoir environ 5 pouces de hauteur (mesure de France), et se sont vendus chez Maccarthy 50 francs', et plus tard ils ont été cotés à 64 francs.
20 bis. Histoire de la vie de messire Philippe de Mornay, seigneur du Plessis, Marly, etc., contenant, outre la relation de plusieurs .événemens notables en restât, en l'église, es cours et es armées, divers advis politiques, ecclésiastiqs et militaires sur beaucoup de mouvemens importans de l'Europe : soubs Henri III , Henri IV et Louis XIII.
Leyde, chez Bonaventure et Abraham Elsevier; 1647, in-4° de 752 pages et 5 feuilles de table.
Cet ouvrage, qui est excessivement rare, est dédié au prince Guillaume II, par une lettre dont nous reproduisons ci-dessous les trois principaux paragraphes.
A Son Altesse.
« De tant d'ouvrages que nous mettons tous les jours en lumière, aucun ne nous a semblé plus digne d'estre olfert à V. A. que celuy que nous prenons la hardiesse de lui présenter aujourd'hui. C'est la vie d'un homme remarquable pour
LES ELSEVIER. 3
sa probilé, pour sa sagesse et pour ses emplois; dont la naissance estoit illustre , l'esprit sublime et l'éloquence admirable... »
« Mais, Monseigneur, si la vertu et la suffisance de Monsieur du Plessis ont esté chéries de monseigneur vostre ayeul, elles ne l'ont pas esté moins de monseigneur voslre père. Il ne parlait de luy qu'avec estime, il ne lisait ses escrils qu'avec admiration ; peu de temps même avant que Dieu le retirast du milieu des trophées que sa valeur lui avait érigez sur la terre pour le faire régner et triompher dans le ciel, comme nous achevions l'impression de ce livre, il nous avoit faict la grâce de nous permettre de le lui dédier, et jusques à ses derniers jours il en a souhaité la lecture, parce qu'il sçavoit qu'elle ne pouroit luy donner que beaucoup de satisfaction , en lui remettant comme devant les yeux plusieurs grandes négociations, auxquelles S. A. avoit eu part, ou dont il avoit eu une exacte connoissance. La mort l'ayant donc ravy à nos souhaits et à ceux de ces provinces, qui seroyent inconsolables si vous n'estiez l'image vivante de leur illustre défenseur, ou, pour mieux dire, un autre luy-même en qui elles peuvent recouvrer tout ce qu'elles ont perdu; il est juste que nous vous paions une dette que nous lui devions, puisque vous êtes son héritier en toutes choses. »
« Ce n'est que la personne de V. A. que l'on regarde; ce ne sont que vos vertus que l'on admire, comme des biens qui vous sont propres, et que nul né peut partager avec vous. Mais, Monseigneur, nostre condition ne nous permettant que de communiquer au monde les sentimens d'autruy; nous nous contenterons de souhaiter qu'après que vous aurez fourny une carrière aussi glorieuse et encore plus longue que celles de vos ancestres, il se rencontre un Homère capable de chanter les hauts faits de nostre Achille, et un Quinte-Curce qui puisse représenter dignement les actions miraculeuses de nostre Alexandre. Ainsi l'antiquité n'aura pas seule des chefs-d'œuvres de valeur et d'éloquence; et nous osons espérer que nos enfans en donneront un a la postérité, dont elle vous sera redevable, et qui sera l'exemple des grands Capitaines, et des sages Ministres des siècles futurs. Ce sont les vœux que font, avec touie sorte de respect, pour votre A liesse, »
Monseigneur,
Vos très-humbles et irès-obéissans et très-fidèles serviteurs.
Les Elseviers.
21. Les Mémoires de Messire Philippe de Commines, seigneur d'Ârgenton, contenant l'histoire des rois Louis XI et Charles VI1Ï, de 1404 à 1498, revues
par Denis Sauvage, dernière édition; à Leide, chez les Elzeviers. 1618, petit in-12.
Les exemplaires bien conservés sont fort recherchés. Vendus chez Gaillard , 55 francs; chez Finnin Didot, 75 francs.
22. L'Alcoran de Mahomet, translaté d'arabe en français, par le Sr Duryer, sieur de la garde Malezair; suivant la copie imprimée à Paris chez Antoine de Sommaville (Hollande, Elzevier) ; 1649, petit in-12.
Très-belle édition, le titre est imprimé en rouge et noir, ayant 636 pages de texte. Selon Brunet, il doit exister une édition beaucoup plus petite de 416 pages.
23. Ci. Cl. Claudiana qu^e extant. Nie. Heinsius, Dan. F. recensuit ac notas addidit. Accedunt quœdam liactenus non édita. Lngd. Batav. ex ofjicina Elzeviriana; 1650, 2 vol. petit in-12.
Le tome premier contient le lextede Claudianus ; le second contient les annotations. Imprimées sur papier ordinaire et sur papier fort, ces dernières éditions sont fort belles et se vendent de 40 à 50 francs.
24. Arn. de Villanova. I'Eschole de Salerne en vers burlesques (par M. Martin) , et duo poemata Macœronica de Bello liuguenotico et de gestis magnanimi et prudentissimi Baldi. (Auetore Bemigio Belleau), suivant la copie imprimée à Paris (Hollande, Elzevier) 1651, petit in-12.
Cet ouvrage est très-recherché et se paye un prix exorbitant. Un exemplaire a été coté chez Maccarthy à 50 francs; chez Courtois, un exemplaire bien conservé a été vendu au prix extraordinaire de 133 francs.
Brunet, dans son Manuel, tome III, page 542, fait cette remarque : « Il n'y a pas 20 ans qu'ils se vendaient encore moins de 12 francs; mais pour que ce petit bouquin fût mis au rang des livres précieux, il a suffi que deux bibliomanes en vantassent la rareté. Que de livres sont en vogue aujourd'hui et dont la réputation n'est pas mieux fondée!... »
25. Epitome dictionum œquivocarum in lingua gallica a Nat. Duesio. Lugd. Batav., exof/îcina Elzeviriorum ; 1651, petit in-12.
Désigne comme étant très-rare par M. J. L. C. Jacob, de La Haye.
26. Recueil de diverses poésies des plus célèbres autheurs de ce temps. A Leyde, chez Jean Sambix (Elzevier); 4652 et 1653, 2 vol. petit in-12.
Bérard, dans son Essai, page 92, dit : « Ce recueil, qui est remarquablement bien imprimé, est d'une très-grande rareté. Il contient un assez grand nombre de pièces presque toutes indiquées sur les titres, et dont plusieurs ne se trouvent guère que là. Il est assez difficile de lui assigner une valeur, car je n'ai pu découvrir aucun catalogue de vente où il fût même indiqué. On doit supposer qu'il se payerait fort cher, s'il passait dans une vente. »
D'après M. Brunet, ce recueil ne consisterait qu'en un seul volume , sous la date de 1652; c'est une erreur : il est en deux volumes, le premier composé de 81 pages et portant la date de 1652, et le second de 153 pages, avec la date de 1653.
Feu M. Charles Nodier disait, dans le bulletin du bibliophile, année 1837, relativement au prix courant des livres rares : « Les Elzevirs ont beaucoup perdu de leur haute faveur, qui s'attachait au bouquin le plus ignoble, sur la foi d'une tête de buffle ou d'une sirène souvent postiches, et il est douteux qu'ils la reprennent; mais Y Elzevier véritable des anciens catalogues est hors de prix, quand il est grand; le quart de ligne en augmente la valeur clans la proportion du carat des diamants. Frédéric-Guillaume eut moins d'égards àja taille de ses grenadiers qu'un connaisseur délicat à la taille de ses Elseviers. Nous avons vu un Cicéron, relié par Derome, se vendre six cents francs, à côté d'un autre qui se donnait pour soixante. Dans celte surenchère de 54 francs par volume, il y avait trente francs pour trois lignes de papier blanc, et vingt-quatre francs pour une reliure payée ordinairement un petit écu. »
C'est M. Motteley, possesseur d'une riche et magnifique bibliothèque elsévirienne , qui a donné le principal élan à l'enthousiasme pour les éditions non rognées. *