‹ Recherches historiques sur l'Abbaye de Doue [microform]: et sur les prieurés qui en dépendaientChapitre 46 sur 78 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les ahbès de Doue de ijôa à rôyô. — Nouvelles épreuves du monastère. — Christophe Allard : l'abbaye est pillée par les Protestants ; elle se déclare pour Henri IV ; les Ligueurs du Puy s'en emparent ; principaux actes administratifs de Christophe Allard ; il assiste à une procession au Puy ; il bénit deux cloches à Solignac-sur-Loire. — Henri Beraud, abbé intrus. — Jean VIII du Lac : il est assassiné. — Martin Barry : il est à la fois abbé ou administrateur du Monastier et abbé de Doue ; restauration et incendie de l'abbaye.

ous devons reporter bien avant 1589, date donnée par les auteurs de la Gallia Christiana (^), Télévation de Christophe Allard, vingt-huitième abbé, sur le siège abbatial de Doue. Nous savons, en effet, qu'il fut nommé à cette dignité par le roi, le xiii des calendes de décembre 1560, la seconde année du pontificat de Pie IV (2). H confirmait, le 22 janvier 1 5 65 , la transaction relative à l'abonnement de la dîme

(1) II, col. 772.

(2) H. de Surrel de Saint-Julien, les Evêques du Puy et la collation des hênéfices de ce diocèse^ p, 70.

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à la gerbe passée, le 24 février 1545, entre Jean de Burianne, son prédécesseur, autre Jean de Burianne, prieur de Saint-Germain-Laprade, et les habitants de cette paroisse (i).

Le i**" février 1566, il afferme un champ à Pierre Salveton, déjà « grangier » de Doue. L'acte d'assance ou bail mérite d'être inséré dans notre travail, à peu près intégralement, parce qu'il nous montre l'abbaye pillée à cette époque par les Protestants et qu'il nous fait coanaître, outre les noms des religieux, une importante propriété du couvent.

« L'an, de grâce mil cinq cens soixante-six et le premier jour du mois de febvrier. .. assemblez noble et vénérable personne' père en Dieu frère Xristofle Dalard, abbé du couvent de Dohe et frères Jean de la Junye, prieur, George Abausit, sacristain. Vital de Combetes, Damyen Bonnefoz, prestres et religieux, Antoine Barre, novisse, ledit seigneur abbé aurait remonstré les grans trobles advenuz au roïaulme de France par moïen des gens de la malheureuse secte nouvelle et prétendue religieuse, lesquelz passant par ce païs lors du siège estant mis devant Le Puy, se seroient emparez de la maison dudit couvent et y avoir denieuré à leur voluncté, en auraient empourté tous les joyaulx, ornements de l'esglise et autre bien de la religion sans y avoir laissé aucune chouse pour

(i) Tablettes historiques du Velay, 1, p. 320.

s'aider en meuble ne autrement, luy et lesdits religieux lors fugitifs et égarez et retournez audit couvent sans moïen de se pouvoir norir ne entretenir, et ne peuvent recouvrer aucuns ornements d'esglise pour fère le service de Dieu, et ne autre choze pour la noriture et entretenement des personnes, afin que le service accoustumé en la dite religion et abbaye ne soict diminué, désirant l'augmentation dudit service continuée et les religieux norriz et entretenuz sellon leur qualité, par son ad vis aurait dict ne pouvoir avoir meilleure commodité que de bailher à nouvelle assance et emphitéoze perpétuelle des terres loingtainesdu couvent soubz la meilleure condition de censive et entrées qu'on poura trouver...

« Le tout entendu et considéré, les dits frères religieux se seraient résoluz infeuder les terres plus loing et plus mal aisées à servir, entre autres, un champ lez la rivière de Loyre sus le grand pré que faict deux poinctes, confrontant de levant le chemin alant de Lantriac au Pu};^, de vent le pré de André AUgnon habitant à Oudinet, de couchant et bize le pré dudit seigneur abbé de Dohe et le bezal dudit pré servant à dérivation d'eaux à icelluy pré... Après extime de prudhomes, ledit champ contenant de quinze à seze cartonnées est infeudé et par tiltre de nouveau bail baillé en emphitheoze à Pierre Solvaton, natif de Sainct-Germain, grangier de lamesterie dudit couvent de Dohe, aux entrées et nouvelles investitu-

res de six vingtz livres tournoys et soubz la charge et censive annuelle de six cartons bled froment mesure de Dohe et trois solz annuels et débitalz chascune feste de Sainct Michel Arcange à peyne des despans... Pierre Solvaton est mis en possession par le bail de la pleume du notaire entre ses mains .

« Au lieu susdit de Dohe, présens Messire Michel Barre^ prebtre de Saint-Germain^, Claude Teyssoneyre dudit lieu, Maistre Jehan Froment, barbier du Puy, et moy notaire royal résidant à Lantriac, signé AleinO».

Christophe Allard investit, le 14 janvier 1569, Claude AufFeuve, d'Oudinet, d'une maison, d'un curtillage et d'un petit jardin, acquis par lui d'Antoine Auffeuve, au prix de soixante-cinq livres tournois. Il lui accorde en même temps le droit de faire paître douze moutons^ deux vaches et deux veaux sur le territoire de Doue, le tout moyennant cinq sous tournois de censive annuelle (-2).

A cette époque, l'Université Saint-Mayol, du Puy, payait à l'abbaye de Doue une redevance annuelle de trois écus et six sols argent, plus vingt-quatre cartons de seigle, six cartons froment, deux cartons orge et six cartons avoine (3^.

Cependant, au milieu de ses épreuves, l'abbaye de

(i) Archives départementales de la Haute-Loire, fonds de Doue, (2) Archives de 3vC . Bertrand de 'Doue.

'{■Ç) Inventaire de ly 82'. ' ■ ^ -^ .- - -

Doue conserve des amis fidèles, les seigneurs de Lardeyrol, entre autres. Par testament fait en maladie dans le château de Lardeyrol, le 15 mars 1573, Claire de Glavenas, veuve de Jean de Marcenat, seigneur de Marcenat (Cantal), lui fait un don important .

« Elle prie Dieu, dit M. Truchard du Molin (^), de la recevoir avec ses élus dans son saint paradis ; prescrit qu'on lui donne la sépulture au tombeau de ses pères, dans l'église de Doue, où se feront ses funérailles en tel nombre de prêtres que le sieur d'Adiac^ son gendre, et son héritière universelle le voudront régler ; lègue au monastère une somme de cent livres, une fois payée, à la charge par les P. Religieux de célébrer pour sa mémoire, celle de son feu mari et de ses prédécesseurs, douze messes chaque année, et, jusqu'à paiement de ce legs, dit qu'il sera servi à l'abbaye une rente de cent sous. Elle ordonne aussi que son héritière acquitte le don de cent livres fait à ces religieux dans les dispositions testamentaires de Guiotte de Panât, sa tante, et que jusque-là on leur paie la rente annuelle. »

Au 23 octobre 1575, ^^^ religieux de Doue sont, outre l'abbé, Jean de la Junye, sous-prieur,Vital Combetes, Georges Abouzit, Antoine Barre et Michel Roy on, qui afferment les Genebrades et Eerrand (2).

[i) Ann. de la Soc. agric. et se. du Puy, Vllî, p. 183." (^) tArchives de ÇvC . Bertrand de TDoue.

Christophe Allard consentit, à la fin de la même année, un acte d'investiture que nous croyons devoir reproduire dans son entier.

« L'an rnil cinq cens soixante quinze et le quinzième jour de décembre, estably personnellement Révérend Père en Dieu Messire Xristofle Allard, abbé de Doe, lequel a plein certiffié de l'acquisition faite par damoyselle de Montanhac, femme à Monsieur Jehan Reynard, de la moytié de la metterye de Montanhac, scituée au dessoubz l'abbaye de Doe, par elle acquise de damoyselle Françoyse Bordel, femme à sire Mathieu Farnier, marchand du Puy, instrument retenu par M*". Jacques Dolezon, notaire royal, et par la dite Bordel de M^ Charles de Montanhac^ chanoyne en Tesglize de Notre-Dame du Puy, instrument receu par M^ Pierre Vigne, notaire, ledit sieur abbé a loué et investi ladite de Montanhac, présente et acceptant avec l'assistance dudit Reynard^ son mary , ■par le bailh de la pleume de moy notaire bailhèe à ladite Montanhac en signe de investison et des lodz à luy deubz et appartenans par lesdictes deux ventes faictes par les dits de Montaignac. et Bordel, en a quicté et quicte la dicte de Montanhac et les siens advenir avec pacte de ne plus demander sauf son droict et dé l'aultruy, et ainsy l'a promis et juré, en foy de prélat soubz obligation de tous et chascun ses biens à toutes courtz et avec renontiation... Fait dans la niaison dudit seigneur abbé au Puy, présehs à ce messire

Jehan Myalhet, chanoine en Tesglize Notre-Dame du Puy, sire Mathieu Farnier, marchand dudit Puy, signés en la notte avec les dits AUard et Reynard et moy Jehan Lyotard, notaire royal du Puy recepvant (I). »

Christophe AUard n'eut pas seulement à affermer les propriétés de l'abbaye pour subvenir à ses besoins, il fut obligé de les défendre contre de mauvais voisins qui, à la faveur des troubles du temps et des embarras dont nous avons parlé, avaient peu à peu empiété. Deux habitants d'Orzilhac^ entre autres, Pierre Gory et Mathieu Arnaud, aux ancêtres desquels le couvent avait jadis loué la gravière située au confluent de la Loire et de la Gagne, s'étaient approprié le pré, le champ et le ribaige C^) d'à côté, confrontant « d'orient le champ de Jehan Salveton, musnier du moulin de Doe, le bezal pour arrouser les prez entre deux, de vent le pré dudit Salveton^ d'occident les rivières de Loire et Ganhe, et de bize le pré de damoiselle Marguerite de Montanhac^ femme à M. Jehan Reynard, docteur et scindic du pays de Vellay ». Les usurpateurs s'étaient partagé ces propriétés et invoquaient, pour les conserver, les grandes améliorations qu'ils y avaient faites et la prescription ou possession immémoriale. Christophe Allard n'admettait pas leurs

(i) Archives de M. Bertrand de Pot($, (2) Rivage, .

raisons, car il avait des titres authentiques en sa faveur. Un procès était donc imminent, lorsque,, le 20 janvier 1578, -les parties en viennent à un arrangement dont voici la substance :

1 . Gory et Arnaud reconnaissent tenir les propriétés susdites de la directe et seigneurie de l'abbé de Doue et s'engagent à payer chacun pour sa part, savoir.: Gory, six sols, neuf deniers tournois et deux cartons avoine, mesure de Doue; Arnaud, quatre sols tournois et un carton avoine, mesure susdite;

2. Moyennant la précédente censive, Gôry et Arnaud gardent la paisible possession et jouissance desdits pré, champ, ribaige et gravière.

Les parties jurent de tenir le présent contrat^ « assavoir ledict seigneur abbé en foy de prélat, mettant la main sur l'estomac en forme de sa religion, et lesdicts Gory et Arnaud aulx sainctz Dieu Euvangilles manuellement touchez » . — L'acte est passé à Doue, dans la chambre de l'abbé, par Jean Lyotard, notaire royal du Puy (^K

Le 15 août 1578, Christophe Allard assiste, au Puy, avec tous ses religieux vêtus de blanc, à une procession solennelle où Ton porte en triomphe la vénérable image de Notre-Dame, afin de conjurer la peste qui sévissait alors. « Tous les Ordres de là ville, dit un

(i) Archives dép. de la Haute^Loire, fonds de Doue. Voir aux Pièces justificatives, ri" 18, ,

auteur (^), et ceux des lieux voisins, l'abbé de Doue, le clergé, levêque officiant pontificalement, le gouverneur Saint-Vidal, les corps de- métiers, grand nombre de dévots personnages, le peuple, les selliers avec leurs armes, les soldats des notables et de la ville, toute cette longue file d'hommes aux costumes variés, se déroulaient dans les rues tortueuses de la ville. La sainte image était portée par deux chanoines, sous un pavillon de drap d'or, que soutenaient les consuls en robe rouge. Six hommes en chemise, tête et pied nus, naïf costume de la pénitence, portaient des torches avec écussons aux armes de la ville. Le capitaine de santé accompagnait la procession pour empêcher les malades de venir semer la contagion dans la ville. »

En 1579, Christophe AUard dut rappeler les paroissiens de Saint-Germain-Laprade à l'observation fidèle du traité du 24 février 1545 concernant les dîmes, confirmé par un autre du 22 janvier 1565. D'après ces traités, les syndics de Saint-Germain- Laprade devaient fournir à l'abbé de Doue et au prieur de la paroisse trente setiers de blé, mesure du Puy, moitié seigle et moitié froment ; un terrier dressé par Jean Lyotard, notaire du Puy, faisait foi de

(i) VissAGUET, Les Epidémies au Puy. Voir Ann. de la Soc. académique du^uy, xxv, p. 2^; • — Mémoires de Jean Burel, p. -51.

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cette obligation, à laquelle les syndics avaient négligé de satisfaire. Sur les menaces que leur fait Tabbé de Doue de les citer en justice, ils s'abouchent avec lui, le 27 septembre 1579, et s'engagent par acte notarié à lui paj^er la somme de quarante-deux écus, sol et deux deniers, à la Toussaint prochaine, pour tous les arrérages des années précédentes. L'abbé prend acte de leurs engagements, et les tient quittes pour lé moment. Cette transaction, passée à Doue dans la chambre de l'abbé et approuvée le lendemain, 28 septembre, par vénérable personne Georges Abougit ou Abouzit, religieux de Doue, curé de Saint-Germain, en présence entre autres témoins, d'Antoine Bonnet, du Villard, Damien Bonnefoux et Vital Combettes, religieux de Doue (I).

En 1582, Christophe Allard avait un procès pendant devant la cour du Puy avec damoiselle Marguerite deMontanhac, femme de Jean Reynard, juge en la cour du Puy et syndic du pays de Velay, au sujet des droits « de forestaige, chauffaige et pasturaige de bestail es boys et territoire de l'abbaye de Doue. » Ils prennent pour arbitres, savoir : Marguerite de Montanhac, Antoine de Senecterre, évêque du Puy, et l'abbé de Doue, Antoine de La Tour, baron de Saint- Vidal, gouverneur pour le roi au pays de Velay.

'\i) Archives de la Fabrique de Saint-Germain-Laprade. Voir aux Pièces justificatives, n" 19.

Les arbitres, après avoir ouï les parties adverses et « ayant esgard à la diminution desdits boys et dépopulation d'iceulx, et qu'ils ne sont de présent garnis de telles quantités d'arbres que souUaient être antérieurement », réduisent les droits de Marguerite de Montanhac et de ses « grangiers », savoir : i° les siens, à douze charretées de bois taillis et pin « bonnes et raisonnables et non haulte fustée, chascune année, et comme seront délivrées par lesdits seigneur et ses successeurs »; 2° ceux de ses fermiers, à six charretées de buissons pour chauffer le four de la métairie ; ils pourront faire pacager sept bêtes à cornes, deux juments^ quarante brebis avec leurs petits, veaux, poulains ou agneaux, ou encore le nombre double desdites bêtes, en payant, savoir : pour six bêtes à cornes, à raison de sept sols six deniers pour chacune, et quarante brebis à raison de huit deniers chacune. Fait dans la chambre de Tabbé de Doue, le 23 janvier 1582, en présence de M'' Claude Bertrand, chanoine et officiai du Puy, et de noble Louis de Glavenas, sieur de Villeneuve. Acte reçu Lyotard, notaire royal du Puy t^).

Nous ne trouvons plus aucune mention de Christophe Allard jusqu'en 1,588. 'A cette date," il bénit deux cloches à Solignac-sur-Loire. Nous devons à messire Barthélémy, curé de cette paroisse, le compte-

(i) Archives de M. Bertrand de Doue.

rendu de la cérémonie. Le 5 novembre 1588, l'excellent curé ornait son église pour le baptême des cloches, qui devait être célébré le lendemain. Nous lui laissons la parole :

« Le dimanche, sixième. jour du mois de novembre 1588, ont esté bénites et consacrées les cloches au devant de la grand'porte de l'esglise de SoUiniac par M. l'abbé de Doua, scavoir la cloche seconde à elle imposé le nom de son parrain, Mgr François de Chatte, sieur dudict lieu et aultres places, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, séneschal du Puy, et sa marraine la damoyselle relicta (veuve) du sieur de Choysinet, sœur dudict seigneur de Chatte, ladicte cloche zpipelèQ Françoise.

a Et de mesme après incontinent fust béniste et consacrée une aultre petite cloche par ledict sieur abbé pour mettre et pauser à la chapelle du Marchadial, appelée ladicte cloche Loysa. Son parrain etnominateur fust M® M"" Claude Martel, prévost en la ville dudict Puy, par le mandement de sa marraine qui fust haute et puissante dame Françoise de Sainct- Héran, vicomtesse de Poliniac. Auxquelles bénédictions y avoit une grande assemblée de peuple . Moy présent le certifiant, curé Barthélémy ^^^ » .

La vie de Christophe Allard qui avait rarement eu

(i) Payrard^ Petites Ephémérides Vellaviennes , pages 415-

des jours heureux comme celui où il avait présidé dans le calmé et dans la paix une fête religieuse, devait se terminer, ainsi qu'elle avait commencé, dans le deuil et dans les larmes. Son abbaye devait passer au pouvoir des ennemis et sa crosse aux mains d'un usurpateur.

Nous sommes en 1589. Henri III vient de tomber sous le fer d'un assassin. La France divisée en deux grands partis : celui des Royalistes favorables à Henri IV de Navarre, et celui des Ligueurs, qui ne veulent pas laisser monter sur le trône un roi calviniste. Dans notre Velay, la ville du Puy, profondément attachée aux croyances catholiques, se déclare ouvertement contre lui. François de Clermont, seigneur de Chaste,, sénéchal du Puy et gouverneur pour le roi dans notre pays, est obligé de prendre les armes contre la ville du Puy qui s'est déclarée pour la ligue. Or, « dit Mandet, sur la vaste ceinture de châteaux fortifiés qui couronnaient le bassin du Puy et qui se trouvaient alors au pouvoir du sénéchal, le monastère de Doue, assis au sommet d'une haute montagne, près des routes du Monastier, de Valence et de Lyon, n'occupait pas la position la moins importante. »

« Au temps dont nous parlons, Christophe AUard, abbé de Doue, et ses moines, venaient, à l'exemple de leur évêque, de se prononcer en faveur du roi de Navarre. Ils n'avaient pas attendu que Chaste leur envoyât une garnison; eux-mêmes, autant pour

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leur propre sûreté que par dévouement, s'étaient empressés d'offrir leur maison aux troupes royalistes qui l'occupèrent aussitôt (0. »

Nous savons d'ailleurs (2) que Fabbaye de Doue avait une garnison de cinq hommes de guerre à pied, sous la charge du capitaine Lacolombe (3), sa personne y comprise.

« Les ligueurs du Puy, continue Mandet (4), furent d^autant plus irrités de ce qu'ils appelaient une honteuse défection, que leur cause avait essentiellement besoin du concours des gens d'église. Les Prémontrés se trouvèrent les premiers religieux sur lesquels ils voulurent essayer leur colère. Ils partirent donc en assez grand nombre au mois de décembre 1589, tombèrent au milieu d'une nuit obscure sur l'abbaye, la surprirent dans le sommeil, et firent tous ses habitants prisonniers. Maîtres de la place, ils ne songèrent point à la conserver pour eux; c'eût été s'exposer à la perdre le lendemain et à disséminer des forces qu'ils avaient trop besoin de concentrer au Puy. Ils prirent ce qu'ils purent emporter, — y compris

(i) Mandet, Histoire du Veîay, V, pages 300 à 302.

(2) Mémoires de Biireî, bourgeois du 'Puy, p. 170, note.

(3) Arnaud, (Histoire du Veîay, I, 448, 449) dit qu'il était très redouté des ligueurs, et que ceux-ci, pour se venger de lui, rasèrent la maison qu'il avait au Puy, dans le faubourg Saint- Gilles.

(4) Ouvrage cité.

LES ABBÈS : CHRISTOPHE ALLARD l6l

les cloches du monastère, — brûlèrent presque tous les édifices, démolirent ce que la flamme ne dévorait pas assez vite, et ne respectèrent même pas le monument tumulaire de Robert de Mehun. Coupables de profanations dont ils avaient si cruellement puni les huguenots, ils s'en retournèrent en grande hâte, entraînant au Puy les pauvres moines, auxquels ils donnèrent pour asile la petite église de Saint-Pierre le-Yieux (0. » '

Combien dura l'exil des religieux de Doue loin de leur chère solitude? Nous ne pouvons le dire ; ce que nous savons bien, c'est que la guerre amena à sa suite l'usurpation. Christophe AUard se vit remplacé à Doue, en 1590, par un intrus du nom de Henri Beraud r^). Cependant un arrêt de 1600 lui maintient son droit de prélever la dîme à la gerbe dans la paroisse de Saint-Martin-de-Fugères, à condition par lui de payer la portion congrue du recteur (3).

Christophe Allard vivait encore le i $ mai 1 603 . A cette date, il permet, de concert avec Frères Antoine Barry, prêtre et curé de Saint-Germain,. Simon Mazoyer, Jacques Bonneton, Antoine Chamard, prêtres, et François Chambon, profès^ tous religieux de Fab-

(i) Consulter j outre Mandat, les Mémoires de Burel, p. 170; — Arnaud, Histoire du Vehy, l, 475 ; — Ann. de la Soc. académique du Puy, X, pages i03 ^ 116.

(2) Gallia Christiana, II, col. 772.

{i) Inventaire de lyS 2.

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baye, à Jean et Durand Lyotard^ père et fils, notaires du Puy, qui ont passé depuis environ trente-cinq ans les actes du monastère, sans avoir reçu aucune rétribution, de faucher, pour se payer leurs honoraires qui s'élèvent à la somme de cent cinquante livres, une pièce de pré appelé de la Prade de deux journées d'hommes i^).

Nous n'aurions pas inséré dans la liste des abbés de Doue le nom de Henri Beraud, si les auteurs de la Gallia Christiana ne l'avaient fait longtemps avant nous. Henri Beraud, vingt-neuvième abbé, se trouvait à la tête du monastère en 1590; il était fils de Guy Beraud^ seigneur de Servissac et de Mazengon, et de Louise de Saint- Vidal, sœur d'Antoine de la Tour Saint- Vidal, gouverneur pour le roi dans le Velay. Il était frère de Françoise Beraud, qui, en 161 1, était l'épouse de Jacques Baille de Pouzols, sieur de La Bastie vers Fay-le-Froid (^^ Par suite de quelle intrigue s'empara-t-il de la crosse et de la mître abbatiales ? J.es conserva-t-il longtemps? Quelque chercheur plus heureux que nous pourra peutêtre le dire un jour.

Après Henri Beraud et Christophe Allard, nous trouvons à la tête de l'abbaye Jean VIII du Lac, trentième abbé. Il était issu sans doute de la

(1) archives de M. Bertrand de Doue.

(2) Tablettes hisioriqiies du Velay, I, p. 354.

noble famille du Lac^ de Saint-Martin-de-Fugères, qui a fourni de nombreux consuls à la ville du Puy (^^ et qui possède encore d'honorables représentants dans son pays d'origine.

Jean du Lac transigeait^ le lo juillet 1605, au sujet des dîmes, avec les habitants de la paroisse de Saint-Martin qui, nous l'avons déjà dit, relevait de l'abbaye de Doue ^K

Le 20 décembre 1606, Jean du Lac, abbé de Doue, fait hommage à Messire Annet de Lèvy, duc de Ventadour, pair de France^ comte de La Voûte, seigneur et baron d'Annonay, Roche-en-Reignier, Cornilhon, Le Cheylar, lieutenant général pour Sa Majesté en Languedoc, le seigneur assis sur une chaise, les mains jointes entre celles du seigneur, le baisant à la joue, pour ce qu^il tient dans la baronnie de Roche et la main sur la poitrine, à la manière dès religieux (3).

Messire du Lac fut « arquebusadé » près de son monastère, le 2 mai 1609, suivant le témoignage de Jacques Teysson, granger du couvent. Le mercredi 3 juin de la même année, Messire François Barry, contrôleur des tailles de la ville du Puy, en présence du sieur Bertrand, juge-mage, fut par lettres patentes

(I) A. Chassaing, Fastes" consulaires du Puy, passim. {2) GalUa Christiana, 11, col, 'j'j2.

3) Archives de Bressey (Côtes- d'Ôr .

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de Henri IV, scellées du sceau de la chancellerie, installé comme économe au gouvernement et aux fruits de Fabbaye (0.

« Le régime de l'économat^ dit M. Truchard du Molin (^J, ne fut pas moins impuissant à rétablir les affaires du couvent que le régime de commende ne le fut dans la suite sous Louis xvi. »

La nomination de François Barry comme économe explique celle de Martin Barry, trente-neuvième abbé. L'abbé et l'économe appartenaient probablement l'un et l'autre à une famille de notaires, du Puy. La Gallia Christiana (3) donne Martin Barry comme neveu d'Antoine II de Sénecterre, abbé du Monastier-Saint-Chaffre. M. l'abbé Arsac (4), au contraire, conjecture, d'après les notes qu'il a recueillies, qu'il n'en est rien.

Quoiqu'il en soit, avant de devenir abbé de Doue, il était déjà abbé du Monastier. D'après certains manuscrits lus par les frères Sainte -Marthe, il aurait possédé en même temps les deux abbayes depuis 1592, année delà mort d'Antoine II de Sénecterre jusqu'en 1621 ^^K Nous ne garantissons pas la première date et nous reculerons tout à l'heure, preuves en mains,

(1) Mandet, Histoire du Velay, V, p, 441.

(2) Baronnie de Lardeyrol, p. 162.

rs) II, Col, 769.

{4) Notes chronologiques sur les àbhès de Saint-Chaffre, p. 41. CÇ) Gallia Christiana, II, col. 769.

LES ABBÉS : MARTIN BARRY l6$

jusque vers 1625, la durée de son gouvernement au Monastier.

Il est certain cependant que, lorsque le siège abbatial devint vacant par le décès d'Antoine II de Sénecterre, le roi nomma^ le 4 septembre 1$^$} administrateur spirituel de l'abbaye du Monastier, Martin Barry, docteur en droit canonique, prêtre et moine de ladite abbaj^e. La nomination fut approuvée par le Grand Conseille 30 du même rnois (^).

Le 17 juillet îéo2, Martin Barry, docteur ès-droits, abbé et seigneur du Monastier était à Orléans, logeant chez JNfôrtin Lassevay, marchand, et donnait procuration à Benoît Jean^ dit Jolivet ^2). -

Nous ne connaissons guère le gouvernernent de Martin Barry comme abbé du Monastier, sau£ que nous le voyons intervenir, à ce titre, dans des actes publics en 1621, 1623 et même 1624 (3). .11 est à présumer que des arrangements de famille et peut-être certains empêchements canoniques mettaient, obstacle à ce que Charles II de Sénecterre prît possession du siège abbatial dont il était déjà pourvu, au dire de certains auteurs, et que, en attendanti l'abbaye était simplement administrée par Martin Barry.

En 1623 ou 1624, Martin Barry fut, selon

(1) Ibidem. Animadversiones, col. XXI. ■■ ' >

(2) Archives départementales delà Haute-Loire, ïbnds du Monastier. ' ■ \

(3) Tablettes hi&toHquei du V^lay, 11^ p. J20* ■ - ,-}

M. Rocher « la cause principale de vives querelles qui produisirent au Puy et même dans toutde diocèse une grande émotion et rnême un profond scandale.

« L'évêque Just de Serres, continue l'éminent historien vellave Ci), avait érigé une confrérie de la doctrine chrétienne dans l'église Saint-Hilaire, dépendant de Saint-Pierre-le-Monastier. Benoît Aurand, cuîé de Saint-Hilaire, afin de donner quelques progrès à la nouvelle dévotion, avait organisé des processions de jeunes filles. Non seulement Aymar Barry, prieur claustral de Saint-Pierre-le-Monastier, avait refusé de s'adjoindre aux processions, mais encore il s'était porté avec les religieux Pierre Mondot, Jacques Dublanc et André Bonnet, à certaines voies de fait sur la personne de Pierre Astier, vicaire de Benoît Aurand. L'official de l'évêque commença une procédure à raison de ces désordres. L'église de Saint- Pierre fut mise en interdit et réconciliée ensuite par Charles de Rousseau, évêque de Mende. De son côté, Etienne Roche, promoteur de Saint-Chaffre, évoqua la cause que retenait l'official et la porta devant F. Etienne. Belheul^ vicaire général et définiteur de l'ahbaye du Monastiér. Les incidents les plus variés et la pédante et inextricable procédure de l'époque avaient beaucoup envenimé et surtout bien embrouillé

{i) Tablettes historiques du Velay, 11^ p. 145.

LES ABBÉS : MARTIN BARRY léj

ce débat judiciaire. Au fond, le véritable litige^ c^était la prétention de Martin Barry, abbé du Monastier, qui voulait s'affranchir complètement de l'autorité épiscopale. Cette prétention datait de loin. En 1606, Pierre et Vital Roche, religieux chamarier et infirmier de Saint-Chaffre, avaient introduit contre François. Chambon, religieux du même monastère et contre Jean et Vital Chambon, secrétaire et contrôleur de la reine Marguerite, un procès devant le parlement de Toulouse; et il était plaidé et soutenu dans cette instance que les moines de Saint-Chaffre n'avaient d'autre juge que le supérieur de leur monastère comme étant chef d'ordre. La même question se représentait en 1624. C'était toujours Fabbé du Monastier qui voulait secouer le joug épiscopal. Par arrêt du 8 février 1624, le parlement de Toulouse maintint définitivement l'évêque du Puy au droit d'exercer toute juridiction contentieuse sur les religieux de St-Pierre-le-Monastier, hors le cas concernant l'observation de la règle et- la: discipline monastiques; comme aussi en la direction entière des paroisses dépendant de ce couvent, soit pour l'administration des sacrements, la prédication, les processions, le règlement des confréries, la publication des monitoiresy l'institution des vicaires perpétuels sur la présentation des prieurs, soit pour les autres droits semblables (i).

(I) Mémoires du Chromé de France, tome VI,, pages 251 à 3.31.

i68 l'apbaye de doue

En 1624, Martin Barry était représenté aux Etats du Velay par Etienne. Belheul, son vicaire général <-^h

L'année suivante^ il abandonnait pour des raisons que nous avons insinuées, Fabbaye du Monastier à son cousin Charles II de Sénecterre et ne se réservait que Tabbaye de Doue. Il gouvernait déjà cette dernière abbaye le 16 mars 161 3, comme le prouve l'intéressante pièce qu'on va lire :

« Ce jourdhuy seiziesme jour de mars, l'an mil six cens et treize, par devant iious Philippes Cotte et Salomon Clave^ notaires royaux héréditaires, soubsignés, au baillage de Vermandois, demeurant à Rouen et Ainsy le Chastel, estans'au chappitre de l'église et abbaye Monsieur Saint Jehan de Prémonstré, Très Révérend Père en Dieu Mestre François de Longpré, abbé de ladite abbaye, chef et général de son ordre, tenant la seize dudit chappitre, assisté de la pluspart des relligieux de cette abbaye, est comparu R. P. en Dieu frère Martin de Barry, docteur en droit canon, cidevant abbé du monastère de Saint- Chafïre en Velay et a présent abbé de Saint-Jacques de Doue audit pays, diocèse du Puy, Ordre des Prémonstrés, quy a remonstré audict sieur de Prémonstré comme cidevant il auroit pieu au feu Roy de le nommer abbé <le ladicte abbaye de Saint-Jacques de Doue et en <:onséquence d^ ce éri auroit obtenu de. Sa Sainteté

' .(i)-Not€s de M. l'abbé G. Arsae.

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