‹ Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples, chez les peuples de l'antiquité, suivies de considérations sur ... les guérisons ... à l'aide des songes, et le magnétisme animal, et sur l'origine des hôpitauxChapitre 18 sur 19 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les temples d’Esculape et des autres divinités médicales ne peuvent nullement être comparés à nos hôpitaux, ainsi qu’on l’a prétendu dans ces derniers temps. C’est à l’influence du christianisme que l’on est redevable de la fondation des premiers hôpitaux.

Comme de nombreux malades allaient recouvrer la santé dans les temples d’Esculape et des autres divinités médicales, il n’est pas étonnant que l’on ait cherché quelquefois à établir des comparaisons entre ces temples et nos hôpitaux, et même à leur attribuer en quelque sorte l’origine de ces derniers. La première idée d’un semblable parallèle nous paraît se trouver dans un des ouvrages de Mer-

curialis (1) , dans lequel il dit qu’un grand nombre de malades étaient nourris dans les temples d’Esculape (2). Bœttiger (3), dans une dissertation que nous avons déjà plusieurs fois citée, considère le temple d’Esculape qui était dans l’île du Tibre comme un hôpital pour les pauvres. Mon estimable et savant collègue , M. Dumas , ancien secrétaire de l’Académie rovale des sciences, belleslettres et arts de Lyon, adressa, en 1812, au concours ouvert par la Société des sciences, arts et belles-lettres de Mâcon (A),

(1) Variarium lectiomim in medicinæ scriploribus et aliis libri V. Basilæe, 1576, lib. I, c. 13.

(2) Mercurialis s’appuie sur un passage de Slrabon qui dit bien que le temple d’Esculape, à Épidaure, est toujours rempli de malades et de tables votives, mais qui ne dit nullement que ces malades y étaient nourris.

(3) Op. cit., p. 169.

(4) La question proposée par la Société de Mâcon était conçue en ces termes : « Les an-

un Mémoire plein de recherches et d’aperçus ingénieux , dans lequel , après avoir exposé combien étaient nombreux dans 1 antiquité les temples destinés à y recouvrer la santé, il ajoute (i) que les établissements en faveur des malades ne pouvaient, chez les anciens, être ni plus nombreux, ni plus suis. Un savant médecin allemand, le docteur Schneider, secrétaire de la Société médico-légale du grand duché de I3ade, vient de publier un ouvrage (2) dans lequel il prétend que

« ciens avaient-ils des établissements publics « en faveur des indigents, des enfants orphelins « ou abandonnés, des malades et des militaires « blessés; et, s’ils n’en avaient pas, qu’est-ce « qui en tenait lieu? » MM. Percy etWillaume obtinrent le prix. Ils soutiennent dans leur Mémoire que les anciens n’avaient aucun établissement public en faveur des indigents comparable à nos hôpitaux.

(1) Page 131.

(2) Ueber Errichtung von Krankenhausem in

presque tous les temples d’Esculape, d'Tsis, d’Osiris et de Sérapis, possédaient un édifice spacieux destiné aux malades (i), dans lequel étaient des lits propres à les recevoir, et il dit ensuite que les premiers hôpitaux ont dû être bâtis sur ces modèles. Le savant professeur Choulant, dans une leçon qu’il a faite tout récemment à Dresde, sur le magnétisme, a tenu un langage bien plus affirmatif encore : selon lui, les temples d’Esculape étaient réellement des hôpitaux remplis de malades qui allaient y chercher des secours (2).

Telles sont les opinions émises par des

den A mtsstacdten , 1838, in-8. ML Scueitler donne, clans cet ouvrage, des détails très-précieux sur les principaux hôpitaux de l’Europe , et sur les améliorations dont ces établissements sont susceptibles.

(1) M Schneider, pour désigner ces édifices, se serldu mol K rankenhaus, qui signifie hôpital.

(2) Choulant, Ucber den animulischen Manne-

ttsmus. Ein Vorlesung gehalten in de r Gesellsckast

liommes dont personne ne conteste le savoir et l’érudition. Nous ne pouvons cependant partager leurs avis ; nous n’admettons presque aucune similitude entre les temples d’Esculape et nos hôpitaux. Ges derniers sont des asiles pour les pauvres dans leurs maladies, et les temples des anciens ne leur étaient pas destinés ; les prêtres y exerçaient la médecine pour enrichir le temple et non pour venir au secours des indigents quand ils étaient malades. Aussi, selon nous, c’est avec raison que M. Hecker, dans son Histoire de la Médecine (i), blâme Mercurialis d’avoir voulu établir des rapports entre les temples d’Esculape et nos hôpitaux, en soutenant qu’un grand nombre de malades y étaient nourris. Nous pensons qu’après avoir consulté les prêtres , ou

Albina zu Dresden am 12 februar 1840. Dresde, 1842, in-8, pag. 10.

(1) Geschichte der Heilkunde, t. 2, p. 285.

après avoir reçu la réponse du dieu en songe, les malades ne faisaient qu’un court séjour dans le temple, et qu’ils n’y recevaient point d’aliments. Peut-on admettre que les malades pauvres pouvaient séjourner dans les temples et y être nourris pendant la longue durée de certaines affections chroniques? Nous ne le croyons nullement. Aussi Platon (i) dit que quand un artisan est atteint d’une de ces maladies qui ne peuvent guéiir que lentement par un régime approprié, comme il ne peut plus vaquer à son travail, il est plus avantageux pour lui de mourir. Pausanias (2) nous apprend qu’il n’était pas permis à aucun malade de mourir, ni à aucune femme d’accoucher dans l’enceinte du bois sacré du temple d’Esculape, à Épidaure. Que penser d’un hôpital d’où il faut sortir à l’heure de la mort !

(1) De Re public â, lib. 3.

(2) Lib 2, c. 27.

et comme cette heure est incertaine, on devait sans doute s’empresser d’emmener les malades quelque temps auparavant.

Il est même vraisemblable, d’après cela, qu’on ne devait pas y laisser entrer ceux qui avaient des affections graves. Pausanias dit encore que, comme cette défense était très-onéreuse pour les habitants de l’enceinte du temple, l’empereur Antonin fit construire un édifice dans lequel il était permis de mourir (1).

Les malades qui avaient les moyens de faire de- riches offrandes aux temples pouvaient sans doute y séjourner pendant toute la durée de leur traitement ; mais nous sommes persuadé qu’il n’en était pas de même des pauvres. En effet, l’empereur Claude, indigné de ce que des

(1) Nous avons dit plus haut que l’empereur Antonin favorisa puissamment le culte d’Escu- • lape. Les constructions qu’il ajouta au temple d’Épidaure en sont une nouvelle preuve.

maîtres avaient l’inhumanité d’envoyer leurs esclaves malades dansl’île du Tibre, où il y avait un temple d’Esculape, et les y abandonnaient, rendit, au rapport de Suétone, un décret qui donnait la liberté aux esclaves ainsi délaisses (i). Est-il probable que cet empereur eut pris une semblable mesure si les malades eussent été logés et nourris dans le temple, comme le sont les pauvres dans nos hôpitaux ?

(1) Yoici les paroles de Suétone (zn Vitâ Claudii, § 25) : Cum quidam œgra et affecta mancipia in insulam Æsculapii tœdio medendi exponerent , omnes qui exponerenlur liberos esse sanxit, nec redire in ditionem domini si convaluissent. On peut remarquer que Suétone emploie le mot exponerent pour parler des esclaves malades que leurs maîtres envoyaient pour se faire traiter par Esculape, dans l’île du Tibre. Nous ne pensons pas que cet historien se fût servi de cette expression si ces esclaves eussent eu la nourriture et le logement dans le temple du dieu.

Vraisemblablement ces malheureux, après avoir consulté le dieu, erraient sans pain et sans asile aux environs du temple, ce qui excita l’indignation du prince. Tacite parle, dans ses Annales (i), de la chute d’un amphithéâtre dans la ville de Fidène qui causa la mort ou des blessures graves à plus de 50,000 personnes. L’historien dit que l’on transporta les blessés dans les maisons des riches, que l’on fit venir des médecins pour leur donner des soins, et qu’on leur fournit les objets nécessaires pour leurs pansements; mais il ne dit point qu’on en plaça dans les temples.

L’empereur Julien se plaint, dans une de ses lettres (2) de ce que ses coreligionnaires ne se sont pas signalés par les principes de philanthropie envers les pauvres et les étrangers, qui ont tant contribué

(1) Lib. IV, c. 63, 64.

(2) Lettre adressée à Arsace , chef des pontifes de la Galatie.

aux progrès du christianisme. Il est vraisemblable qu’il n’eût pas adressé cette plainte d’une manière aussi vive qu’il le fiait, si l’on eût nourri et logé gratuitement les pauvres dans les temples d’Esculape. Nous pourrions citer quelques autres passages d’anciens auteurs à l’appui de notre opinion. Cependant, au milieu du naufrage des écrits de l’antiquité, nous devons avouer que nous manquons de documents suffisants sur le sujeL qui nous occupe. Peut-être les anciens avaient-ils pour les malades pauvres des moyens de secours qui nous sont inconnus. D’ailleurs, il est probable que la différence de leur organisation politique et le petit nombre des individus qui jouissaient du droit de citoyen, rendaient chez eux ces secours moins nécessaires (i). Quant aux

(1) M. de Gerando (de la Bienfaisance publique, lom. 4, p. 271), pense que trois institutions rendirent moins nécessaires les liôpi-

esclaves, c’était à leurs maîtres à les faire soigner. Mercurialis (i) prétend que ceux qui étaient malades étaient transportés dans une espèce d’infirmerie appelée valetudinarium , dont étaient pourvues les maisons des riches, et là des médecins étaient chargés de leur administrer les traitements nécessaires (2). Cependant,

taux chez les anciens, c’étaient, l’hospitalité, la constitution de la famille et l'esclavage. On sait combien étaient sacrés les droits de l’hospitalité ; elle s’exercait non seulement entre les familles, mais encore entre les villes eL les provinces. Il y avait aussi dans plusieurs villes de la Grèce des espèces d’hôtelleries appelées xenodochia , dans lesquelles on recevait gratuitement les étrangers qui n’avaient pas des relations établies avec quelqu’un des habitants, et là des citoyens, appelés proxènes , étaient chargés de pourvoir à tous leurs besoins ( Scholia in Aristophanis aves, vers. 1021).

(1) Varice lectiones, lib. I, c. 13.

(2) Columelle ( de Re rusticâ , 1. XI, c. I) dit que celui qui administre une métairie doit

parmi les citoyens libres, il se trouvait aussi des pauvres. Isocrale (i) dit que de son temps il y en avait beaucoup à Athènes a). Il n’en manquait pas non plus à Rome. On leur faisait des distributions de vivres ; on leur donnait quelquefois des repas publics; mais on ne songeait pas à leur établir des asiles pour leurs maladies.

Les Romains, qui firent de la guerre leur principale occupation, n’avaient pas davantage des hôpitaux pour les soldats blessés (jue pour les malades pauvres. Un

faire transporter de suite les esclaves malades dans le valet udinarium , et là leur faire donner les soins convenables. D’après ce que disent quelques anciens auteurs (Sénèque, de Ira, 1 I, c. 16; Tacite, de oraioribus dialogue, c. 21) sur le valetudinarium, il paraît que quelquefois un assez grand nombre de malades s’y trouvaient réunis.

(1) Oratio arcopagitica.

(2) Le scholiasle d’Aristophane ( Scholia ad Arislophanis Plutum , vers. 535) dit qu’à Athènes

ancien auteur (i) nous apprend qu’il v avait dans les camps romains un espace destiné à recevoir les soldats et les chevaux malades ou blessés. L’endroit où étaient soignés les malades s’appelait valetiulinnriurn , celui où l’on plaçait les chevaux veterinarium. En outre, plusieurs inscriptions prouvent qu’il y avait des médecins attachés aux légions romaines.

Ap rès les grandes batailles , les soldats étaient transportés dans les villes voisines où on leur donnait des soins dans les maisons des particuliers. Il paraît qu’il en était de même chez les Grecs. Justin (2)

les pauvres qui n’avaient pas de quoi se procu rer des vêlements chauds allaient , pendant l’hiver, se coucher la nuit et se chauffer dans les établissements de bains publics. Ces pauvres devaient être très-mal soignés chez eux dans leurs maladies, et certainement des hôpitaux auraient été très-utiles pour eux.

(1) Hyginus de Castramelutione.

(2) Historiar. lib. XXVIII, c. 4.

<Jit qu’après une bataille que perdirent les Lacédémoniens contre Antigone, toutes les maisons de Sparte étaient ouvertes pour recevoir les blessés. Enfin, à Athènes, les soldats mutilés et infirmes étaient entretenus aux frais de l’état (i). Mais Athènes était la seule ville de la Grèce où une semblable coutume était établie (2).

Four revenir aux prêtres des anciens temples, le désir de secourir les maux de leurs semblables ne fut pas le principal motif qui les engagea à s’arroger l’exercice de la médecine; ce fut plutôt pour s’attirer la considération et le respect, pour augmenter la vénération que l’on portait au dieu qu’ils servaient, pour faire donner de riches offrandes aux temples dont les revenus étaient destinés en partie à l’entretien de leurs familles. Les Asclépiades, surtout ceux qui vécurent peu de

(1) PI 11 lare li. in Vitâ Solonis, c. 31.

(2) Arislidis Oralio Panuthenaua.

temps avant Hippocrate , eurent aussi pour but d’observer les phénomènes des maladies, et d’enrichir ainsi le domaine de l’art de guérir. Peut-être à celte époque les malades faisaient-ils un séjour plus long dans les temples. Mais plus tard, quand les philosophes, les directeurs de gymnases et les médecins enlevèrent aux prêtres l’exercice exclusif de l’art de traiter les maladies, la médecine des temples dégénéra beaucoup, et ceux qui continuèrent à la pratiquer pensèrent plutôt au lucre qu’à l’avancement de la science et au bien de l’humanité. Les écrivains de l’antiquité qui nous ont donné des détails sur les prêtres médecins, ne parlent guère de leur philanthropie, et quelquesuns d’entre eux signalent, au contraire, leur rapacité et leur fourberie. Nous trouvons cependant de beaux préceptes d’humanité et de désintéressement dans quelques-uns des écrits attribués à Hippocrate qui, comme nous l’avons dit, était issu

des Asclépiades de Cos; mais le père de la médecine, ainsi que sa famille, renonça à l’exercice mystérieux de son art, et il enseigna que les maladies, même les plus bizarres et les plus extraordinaires, n’ont rien de surnaturel. Son exemple est donc une exception à la règle. Il fallait une religion plus pure que le paganisme pour donner le précepte et le modèle de celte philanthropie, de celte abnégation de soimême dont nous trouvons de si touchants exemples dans nos asiles destinés à recevoir les malades pauvres. Aussi c’est à l’ardente charité des premiers chrétiens que nous sommes redevables des hôpitaux, et les temples d’Esculape, d’isis, d’Osiris et de Sérapis ne peuvent en rien leur être comparés.

Je ne dirai que peu de chose sur la fondation des premiers hôpitaux ; les anciens auteurs ne nous ont d’ailleurs transmis que très-peu de détails à ce sujet. Dans les premiers siècles de l’Eglise, les ch ré-

tiens, suivant les préceptes des Apôtres, recevaient souvent dans leurs maisons des malades pauvres, et leur donnaient des soins comme à leurs propres enfants. Ce n’étaient là que les premiers rudiments d’une institution qui était destinée à soulager tant de douleurs, à produire de si grands bienfaits, et à contribuer si puissamment aux progrès de la médecine. On ne pouvait rien faire de plus, tant que le nouveau culte n’était exercé qu'en secret et était en butte à des persécutions sans cesse renaissantes. Mais quand Constantin eut abjuré le paganisme, on vit les institutions de bienfaisance surgir de toute part.

Saint Jérôme (i) dit que Fabiola, dame romaine fort opulente, vendit tous ses biens et, avec le produit, fonda (vers l’an 380) un hôpital dans lequel on recevait

(1) S. Hieronymi Epistola ad Oceanuvi de morte Fabiulce.

les malades que l’on allait chercher dans les rues et sur les places publiques, oii ils gisaient consumés par la faim et les douleurs(i ). Saint Jérôme fait observer que c’est le premier établissement de ce genre auquel on ait donné le nom de nosocomium (2). Cependant il paraît certain

(t) Saint Jérôme fait une vive peinture des divers genres d’infirmités q u i se trouvaient réunies dans cet hôpital. O11 voit par là qu’ou y admettait un grand nombre de malades de toute espèce. Saint Jérôme dit que Fabiola pansait elle-même leurs plaies, leur donnait à manger de ses propres mains, et leur administrait les soins les plus touchants (voyez la traduction des Lettres de saint Jérôme, par MM. Grégoire et Collombet, lom. 4, p. ‘288).

(2) Le mot grec v&ctg/'.oj/.sï&v nosocomium, lieu où l’on transporte les malades, ne se rencontre dans aucun ancien auteur grec ; on ne le trouve pas non^plus dans le Dictionnaire grec dTIésychius. Le mot latin hospitalia , employé par Vitro ve (de Architecturâ, 1. 6, c. 10) sert à désigner des appartements séparés , destinés à

que depuis près de cinquante ans il existait déjà en Orient quelques établissements qui avaient beaucoup de rapports avec celui de Fabiola. On voit par les écrits de saint Épipliane (i) qu’au milieu du 4e siècle il y avait à Sébasle, ville du Pont, un hôpital destiné à recevoir les pauvres, les étrangers, les estropiés et les infirmes (a J. Il paraît, d’après ce que dit

exercer l'hospitalité envers les étrangers, dans les maisons des riches. Quand on fonda des asiles pour recevoir des pauvres, des orphelins, des vieillards, des enfants, etc., on fut obligé de créer pour les désigner les noms nouveaux de ptochotrophium , orphanolrophium , gcrontocomium , paidotrophium , etc. C’est une preuve que ces établissements étaient bien réellement nouveaux.

(1) S. Epiphani Adversus liœrcses , lib. 3 , p 905.

(2) On donnait, dans le royaume de Pont, à cet hôpital le nom de Plochotrophium (lieu où l’on nourrit les pauvres). Saint Épiphane ne dit pas que cet établissement fût alors bien

de

ici saint Épiphane , que l’hôpital Sébaste n’était pas alors le seul en Asie, et qu’à peu près à la même époque, il en existait quelques autres, qui

récent. Il dit qu’Eustalhe, évêque de Sébaste, en confia la direction à l’hérésiarque Aérius (qu’il ne faut pas confondre avec Arius). Comme, d’après le récit de saint Épiphane, on y recevait les pauvres, les estropiés et les infirmes, il n’élait point semblable à ces établissements auxquels on donnait le nom de xenodochiuvi, où l’on ne recevait que des pèlerins, et qui, suivant la remarque de M. de Gérando {de la Bienfaisance -publique, tom. 4, p. 278), étaient comme une sorte de continuation de l’hospitalité antique, un intermédiaire entre les institutions des âges précédents et celles des Ages modernes. Il ressemblait à nos hospices, et avait beaucoup de rapports avec le nosocomium fondé par Fabiola. Mongez, Percy, M. de Gérando, et autres auteurs qui ont parlé de l’origine des hôpitaux, n’ont point fait mention de cet hôpital de Sébaste, qui nous paraît être un des plus anciens qui aient existé en Orient.

étaient tous administrés par les évêques.

Lorsque saint Basile prit possession de l’évêché de Césarée, en 372, il y fonda un hôpital qui était situé hors de la cité. Il était si vaste que saint Jean Chrysostome le compare cà une nouvelle ville. On y recevait des malades, des pauvres, des vieillards, des veuves, des pèlerins, des enfants. Il est probable qu’ils étaient admis dans autant de divisions séparées (i). Il y avait pour en prendre soin des médecins, des infirmiers (2), des serviteurs et

(1) Saint Basile donne lui-même, dans une de ses lettres (Epist. 176), à son établissement le nom de ptochotropliium.

(2) Les infirmiers qui desservaient les premiers hôpitaux étaient appelés parabolains, parabolani. Dans une loi rendue par Théodosele Jeune ( C odicis Theodosiani lib. XYI, lit. 2), il est parlé d’eux en ces termes : Parabolani [qui acl curanda debilium œgra corpora deputantur ). Un peu plus loin, dans la même loi, il est dit à leur sujet : Qui pro consuetudine curandi

des ouvriers de toule espèce. Saint Basile (i) dit encore qu’il existait de son temps plusieurs hôpitaux dans la ville d’Amasie.

Saint Jean Chrysostonle rivalisa de zèle avec saint Basile; il employa toutes

gerunt experientiam . Comme celte loi porte que les parabolains devaient prendre soin des malades selon l’expérience qu’ils en avaient, on a cru qu’ils étaient des médecins; mais Leclerc ( Histoire de la Médecine , 3e partie, lib. I, c. 2), Peyrilhe ( Hist . delà Chirurgie , t. 2, p. 408), et Percy ( Dictionnaire des Sciences médicales , t. 24, p. 473 et 504, et t. 39, p. 223), ont combattu celte opinion. Les parabolains étaient nommés par les évêques et étaient sous leur dépendance. On les comptait parmi les clercs. II y en avait plus de 600 à Alexandrie. On ignore s'il y en avait également dans les autres vil es de l’Orient. Peyrilhe croit 'qu’ils formaient une espèce de confrérie destinée surtout à soigner les malades en temps de peste, afin qu’à cause des dangers qu’il y avait à courir, ils ne fussent pas abandonnés.

(1) Epist. 143.

les économies qu’il put faire sur les revenus de son église à créer des hôpitaux pour y recevoir des malades (i) ; il alla même jusqu’à proposer au peuple de Constantinople de nourrir en commun tous les pauvres de cette ville, dont le nombre s’élevait à cinquante mille (2).

Les princes , qui précédemment se livraient tout comme le peuple aux pratiques superstitieuses des temples, donnèrent les premiers l’exemple de la charité envers les pauvres et d’une touchante abnégation de soi-même pour secourir l’humanité souffrante. On vit l’impératrice Placilie, épouse du grand Ihéodose, déposer la pourpre impériale pour venir elle-même prodiguer ses soins aux malades rassemblés dans les hôpitaux (3). Son

(1) Palladius in Vitâ S. Chrysostomi, c. 5.

(2) Thomassin, Ancienne et nouvelle Discipline

de l'Église , tom. I, p 1094.

(3) Theodoret, Histor. ecclesiast lib. Y, c. 18

beau zèle fui imité par plusieurs illustres dames romaines. On songeait aussi en même temps à procurer aux malades pauvres des secours à domicile. Par une loi rendue en 372, l’empereur Valentinien établit quatorze médecins, un pour chaque' quartier de la ville de Rome, afin d’y administrer les traitements gratuits aux malades indigents (i).

Nous pourrions citer ici quelques autres hôpitaux fondés à la fin du 4e siècle, qu’il nous suffise de dire qu’on en construisit bientôt dans presque toutes les villes. Constantinople en compta jusqu’à trente-cinq (2). Ce ne fut que plus tard qu’on commença à en établir en France;

(1) On trouve celle loi au Code ihéodosien , lib. 13, lit. 3, leg. 8, 9, 10.

(2) Ducange, Histor. Byzantin., lib. IV, c. 9. Le plus grand nombre de ces hôpitaux de Constantinople ne furent fondés qu’au moyen-

âge.

J’Hôtel-Dieu de Lyon paraît être le plus ancien dont il soit fait mention (i). Les hôpitaux de Reims et d’Aulun le suivirent de près.

Cette foule d’établissements de bienfaisance pour recevoir des malades, des pauvres, des voyageurs, des veuves, des orphelins, des enfants, des vieillards, que l’on voit surgir tout-à-coup, à une époque où les invasions des barbares commençaient à affaiblir la puissance de l’empire, et où les fortunes privées devaient égale-

(1) L’Hôtel-Dieu de Lyon fut fondé, à la sollicitation de l’archevêque saint Sacerdos, vers l’an 542, par Childebert I et la reine Ultrogolhe, son épouse. Il en est fait mention dans les actes du cinquième concile d’Orléans, tenu en 549; il y est appelé xenoclocliium. Il paraît que dans les premiers temps on y recevait, ainsi que dans les hôpitaux de l’Orient, des pauvres, des pèlerins, des infirmes, des orphelins, aussi bien que des malades. (Voyez {'Histoire topographique et médicale du grand Hôtel-Dieu de Lyon, par M. le docteur Pointe. Lyon, 1842, pag. 1 etsuiv.)

nient être bouleversées par ces invasions, démontre la puissante influence de la religion nouvelle qui venait de remplacer le paganisme. Combien il eut été plus facile à Rome, dans sa gloire, de fonder de semblables établissements. Elle ne le fit pas, parce qu’alors les mœurs publiques n’étaient pas dirigées vers des idées de philanthropie et de bienfaisance. Mais à la fin du 4e siècle, ce qu’un trésor public obéré n’aurait pu faire, l’ardente charité des chrétiens l’opéra avec une merveilleuse promptitude.

Peyrilhe (i), Mongez (2), Percy, avaient déjà démontré que les hôpitaux étaient d’origine moderne , et que les anciens

(1) Histoii'e de la Chirurgie , par Dujardin et Peyrilhe, lom. 2, p. 404.

(2) Dissertation sur V antiquité des hôpitaux. Celte dissertation a paru en 1780 ; elle a été réimprimée à la suite du Mémoire adressé par Percy à la Société des sciences, belles-lettres et arts de Mâcon.

n’en possédaient pas ; mais quelques hommes d’un profond savoir ayant paru vouloir émettre récemment une opinion différente, nous avons pensé qu’il ne serait pas inutile de présenter quelques considérations nouvelles sur un sujet déjà débattu. Nous le répétons, les temples d’Esculape, d’Isis, d’Osiris et de Sérapis ne ressemblaient nullement à nos hôpitaux. Ils ont pu être de quelqu’utilité à la science quand les prêtres qui les desservaient étaient les seuls médecins; mais quand ils cessèrent d’avoir l’apanage exclusif de l'exercice de l’art de guérir, ces temples furent plutôt nuisibles qu’utiles à l’avancement de la médecine. Cependant nous devons convenir que des malades qui n’auraient peut-être pas pu guérir par les remèdes ordinaires) ys’reoauvtiônçnti la.isdhfé\ paV cptekfués moy eïVsv^hé%^)'êh-

qu’on croyait conseillés par un dieu, et par le pouvoir moral d’une imagination fortement excitée. Là doit se borner le bien qu’ils opérèrent; ils n’étaient point destinés au soulagement des pauvres dans leurs maladies, et ils ne pourront jamais être considérés comme des établissements de bienfaisance.

FfJV.

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