‹ Recherches historiques sur l'introduction du français dans les provinces du midiChapitre 1 sur 76 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Une préface rappelle trop souvent un article de réclame, et l'auteur qui la signe, un marchand d'orviétan. Dans le cas présent, n'y aurait-il pas indiscrétion et mauvaise grâce à souligner la portée des problèmes de toute nature, relatifs aux substitutions de langue, et la place qu'ils peuvent tenir dans la science ? « Le développement linguistique, a dit M. Meillet (1), est une histoire de substitutions successives de langues centrales et de langues locales, histoire indéfiniment complexe, souvent impossible à débrouiller. » A l'envisager de plus haut, il y a là un rythme de grande amplitude, qui, depuis l'expansion de l'Indo-européen primitif, avec celle de l'hellénisme, puis celle de la latinité, avec la diffusion de l'anglais, de l'espagnol, du français aux dépens des parlers secondaires, scande, dès la préhistoire, la marche de notre civilisation. Par le concours de quelles circonstances ethniques, politiques, sociales, littéraires ou morales, par quel processus historique et linguistique un peuple substitue à son idiome maternel, ou accueille à côté de lui un nouvel idiome importé, voilà donc une question de premier plan, et qui, jusqu'à présent, reste entière.

Elle reste entière, parce que ces phénomènes de substitution, bien que fréquents aux temps historiques, sont difficilement saisissables dans le détail de leur développement. On en conçoit assez les raisons, dont la principale est l'éloignement dans le passé. Tout au plus entrevoit-on, à quelques indices épars, la manière dont le latin a évincé le celtique sur notre sol, aux premiers siècles de notre ère. Plus accessible, parce que moins lointaine, serait l'histoire de la pénétration du français dans les provinces, qui, depuis le xiii® siècle, ont été successi-

(1) Rei'ue du Mois, ju:ilet 1912, p. 118-9.

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