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Recherches historiques sur la folie

L’auteur de ces recherches, dont une partie a dëjà paru en 1 827 dans le journal des progrès des sciences médicales , a voulu constater quels ont été, de^ puis les premières époques historiques , les princP paux travaux sur l’aliénation. Il est arrivé à ces conclusions : que la connaissance du système nei'veux et de ses affections était très avancée dans les temps passés ; qu’on y avait senti l’importance d’un traitement particulier pour la folie, d’un régime intellectuel raisonné; que les anciens, qui ne possédaient pas d’hôpitaux, réunissaient pourtant lesaliénés pour |es traiter ; qu’ils avaient reconnu et signalé les dangers de la violence, indiqué les moyens de contenir les malades sans les offenser et en leur dissimulant toujours l’action qxi’on se propose

VI VUEfACE.

d’exercer sur eux , apprécié toute la valeur du régime alimentaire, toute l’influence que peuvent avoir les préparations excitantes sur la marche des accidents , tracé des préceptes diététiques auxquels on ne peut que se soumettre encore de nos jours ; que tous les moyens physiques actuellement employés, l’étaientdéjà fort judicieusementpareux dans les premières années de l'ère chrétienne.

Ce n’est pas sans un vif intérêt qu’on plonge dans ces richesses historiques, et qu’on y lit, sous une date vieille de quinze ou dix-huit siècles, un grand nombre de pages qui sembleraient écrites d’hier. Les descriptions et les aperçus critiques qu’on y trouve sont encore une amère censure de beaucoup de pratiques vicieuses restées debout , et de la malheureuse condition de la plupart de nos aliénés. Le sort qu’on a fait à ces derniers continue d’être, malgré de notables améliorations effectuées depuis plusieurs années , une des plaies les plus saignantes de notre société. Si l’on veut se faire une idée du nombre de ceux qui souffrent, on n’a qu’à consulter les tableaux statistiques de Paris seulement, et on y verra que les hospices de cette ville, consacrés au traitement de la folie , contenaient au premier janvier 1 801 mille soixantedix malades; au 31 décembre 1805, douze cent vingt-cinq; à la fin de 1810, quinze cent quatrevingt-six ; en décembre 1815, dix-huit cents; en 1820, deux mille cent quarante-cinq; en 1822,

PRÉFACE. Vil

deux mille quatre cent quatre-vingt-treize, dont deux mille cent soixante et onze appartenant au seul département de la Seine.

Ces documents sont puisés dans un rapport de M. Desportes publié en 1823. Un autre rapport du même administrateur, imprimé en 1835, donne les chiffres suivants : année 1 825, deux mille six cent soixante-douze; 1827, deux mille cinq cent quatrevingt-seize; 1830, deux mille six cent trente; 1833 deux mille quatre cent tre nte-qualre.

Ce n’est pas ici le lieu d’indiquer les obstacles qui ont retenu si long-temps presque immobile le traitement des hommes privés de leur raison, et n’en ont guère fait que de malheureux prisonniers. Disons cependant que l’un des principaux vices consiste dans l’absence d’un lien commun entre les travaux produits sur l’aliénation mentale. Cette maladie n’est l’objet d’aucun enseignement public sérieusement organisé ou s’il en est fait mention comme simple dépendance de la médecine légale , cette mention insignifiante est restée jusqu’ici sans effet. Les services des hôpitaux sont aussi trop chargés : une augmentation dans le personnel des médecins produirait un meilleur classement des malades, faciliterait l’étude et l’observation de chacun d’eux et augmenterait certainement la proportion des guérisons. D’utiles efforts ont déjà été faits , et quelques progrès réalisés dans cette direction ; mais ils sont encore loin de suffire; l’administration des bô-

VIII PRÉFACK.

pitaux ne s’arrêtera pas dans cette noble tendance.

Peut-être alors verra- t-on les tristes habitations des aliénés offrir moins de sujets de douleur, et y ' trouvera-t-on un moins grand nombre de ces malheureuses démences qui ne permettent plus aucun espoir.

L’étude et l’observation de ce que les anciens avaient déjà entrevu et réalisé dans cette voie doit être d’un puissant encouragement. Sachons imitèr et perfectionner tout ce qu’ils ont fait de bien.

Il n’a pas toujours été possible de restreindre ici dans de justes limites l’examen de leurs productions. Dans la plupart de ces ouvrages imparfaits, sous le point de vue de la méthode au moins, bien des choses sont confondues qui voudraient être distinctes. Il a souvent fallu, sous peine de mutilations, examiner tout un ensemble dont on eût préféré ne prendre que quelques détails. Ces recherches ne peuvent avoir d’intérêi que pour quiconque ne les considérera que comme une étude préliminaire indispensable et sera bien persuadé que rien n’est plus propre à féconder le présent que la connaissance parfaite du passé. Pour tout autre lecteur, ce livre ne serait qu’une compilation ennuyeuse, quelquefois embarrassée de répétitions inévitables dans toute chronologie.

Lorsque de nombreux travaux ont été faits pendant une longue suite de siècles dans des directions différentes, il faut revoir les études passées afin de

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