‹ Recherches historiques sur le Collége des Quatre-Nations: d'apres des documents entierement inedits (volume 2)Chapitre 45 sur 64 · Mirabeau, Courrier de Provence, n° 21, p · texte numérisé non relu

Mirabeau, Courrier de Provence, n° 21, p

Le collège des Qualre-Nations, quoique dominé par le sentiment de sa ruine prochaine^ subsistait donc encore. Mais, en vérité, est-ce bien lui ? Le titre si poétique de Messire, que prenait le grandmaître, et même le procureur, est remplacé par l'appellation égalitaire ; les locataires les plus riches émigrent sans payer leurs loyers, et le caissier se laisse donner deux faux assignats de mille livres. Le pauvre homme, habitué à la monotone comptabilité de l'ancien régime, avait bien un peu le droit de perdre la tête en se voyant forcé d'inscrire sur ses livres des dépenses comme celle-ci : au citoyen Régnez, peintre, pour inscription civique, 15 liv.; ou encore : pour l'équipement de quatre volontaires envoyés aux frontières, 910 liv, * Aussi, au lieu des beaux registres in-folio qui contenaient, année par année, l'histoire financière du Collège, ne trouvons-nous plus qu'une maigre liasse de feuilles mal écrites. On lit sur la page qui leur sert de couverture : « J'ai remis au citoyen D'Outactaine, le 22 prairial an II, la déclaration des biens du collège des Quatre-Nations, faite par le citoyen Brion, procureur du Collège. » Audessous d'une autre écriture : « iV«. Le compte ci-joint, rendu pour Vannée 1791, annonce que le précédent a été rendu aux commissaires de Pin-

1 , Compte du collège des Quatre-Nations, du 24 mai 1791 au mois de mai 1793, à la suite des comptes de Kaulin. Archives de l'Empire, H, 2842.

slruction publique ei arrêté par le déparlemenl au mois de juillet 1791. » Puis^ de la même main : « Ce 1" thermidor an III, le citoyen Brion, cidet^ant procureur rendant compte, est à Paris, rue de Seine, no 1405, pour environ deux mois. Ensuite, il doit faire sa résidence à Saint-Mihel, département de la Même. » Les comptes de la bibliothèque du Collège ne sont pas mieux tenus ; il n'y a pas eu de rédaction^ on s'est contenté de ranger par ordre chronologique les mémoires des fournisseurs ^

Le collège des Quatre-Nations étant dirigé exclusivement par des ecclésiastiques , la constitution civile du clergé lui porta un coup dont il ne se releva point. Le grand-maître, les inspecteurs et le bibliothécaire refusèrent de prêter serment à une loi qui blessait leurs principes religieux ; ils furent en conséquence considérés comme démissionnaires, et le Directoire de Paris dut pourvoir à leur remplacement. Il plaça le Collège sous une commission de surveillance composée de Tabbé Leblond qui venait d'être nommé bibliothécaire, et des professeurs Dupuis, Chapelain, Hauchecorne et Letellier, auxquels fut adjoint le principal Forestier'. Le Collège fut alors appelé Collège de

1. A.-F., histoire de la Bibliothèque Mazarine, p. 141 et 142.

2. Extrait des registres des délibérations d,u directoire du département de Paris, séance du 10 juin 1791. Archives de l'Empire, MM, 464.

V Unité y du nom donné à la section de Paris dans laquelle il était situé ^

Enfin^ la Ck)nyention^ dans sa séance du 8 mars i793, ordonna de vendre^ au profit de l'État^ les biens formant la dotation des Collèges. C'était^ en fait^ les supprimer. Le palais des Quatre-Nations fjiit alors transformé en maison d'arrêt^ et le comité central de salut public y tint ses séances. On apercevait encore, il y a peu de temps, autour des fenêtres de la seconde cour, les traces laissées par les grilles de fer qui y avaient été posées à cette époque. L'historien Michaud, arrêté après le 13 vendémiaire par ordre de Bourdon de l'Oise, fut emprisonné au collège des Quatre-Nations".

Une loi du 29 frimaire an II proclama la liberté absolue de l'enseignement, et l'année suivante, rinstruction publique fut réorganisée dans toute la France. Chaque canton devait posséder une école primaire, et chaque agglomération de trois cent mille habitants, une école centrale supérieure*. On en ouvrit quatre à Paris, et Tune d'elles fut installée dans les bâtiments du collège des Quatre-Nations. Nous avons peu de détails sur

1. Procès-verbal constatant la remise des titres de propriété des biens appartenant au collège Afazarm. Archives de l'Empire, P, 1274.

2. Poujoulat , dans la Nouvelle Biographie générale, t. XXXV, p. 330.

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