‹ Recherches historiques sur le général Belliard de Fontenay-le-comte (Vendée): prises en FranceChapitre 15 sur 32 · ANCIENNEMENT DE LA REMONTE · texte numérisé non relu

ANCIENNEMENT DE LA REMONTE

Comte BELLIARD

A ugustin-Daniel

Né à Fontenay, le 25 mai 1769,

Capitaine au 1 er bataillon de la Vendée,

Adjudant-général,

Général de division,

chef d'état-major général de la cavalerie

de la Grande-Armée,

Gouverneur de Madrid,

Colonel général des cuirassiers

Décédé à Bruxelles, le 30 janvier 1832

Nord, Ardennes, Ouest, Italie, Egypte, Grande-Armée, Espagne, Russie, Saxe, France,

S'est distingué à Buo-Castelli, Saint-Georges, Bidalo, Héliopolis, Le Caire, Salahié, Austerlitz, Prentzlou, Madrid, Ostrowno, La Moskowa et Craône.

Cette inscription n'est que l'abrégé de ce que nous avons donné précédemment.

Du moment où notre quartier a l'honneur de recevoir cette dénomination qui est un légitime orgueil pour les

habitants de cette ville, la grande figure de BelHard plane sur le monument, et le général couvre, par le fait, de sa glorieuse épée, le passé, le présent et l'avenir des troupes qui y ont tenu garnison.

Prié antérieurement par l'autorité militaire locale de fournir cette liste, demandée par le général commandant le XI e corps d'armée, j'ai eu l'honneur de rendre à ce général, le 28 mai 1887, une visite demandée par lui-même, sur le compte-rendu que lui avait fait le 17 précédent, de ce travail, son chef d'état-major; j'ai eu l'avantage de le lui soumettre en détail et de recevoir toute sa sympathie et ses encouragements (1). Ainsi écrire cette notice, c'est répondre à ses désirs, et pour qu'elle soit plus complète, nous remontons jusqu'à la démolition du château ; nous voyons commencer la construction du quartier, qui reste en chantier pendant de longues années, et arrive enfin, après des difficultés et des délais de plus d'un genre, à pouvoir loger trois escadrons de cavalerie.

En 1720, époque à laquelle les hussards hongrois de Bercheny furent reconnus par l'Etat, régiment en pied, au service de la France, un gardien, sa femme et deux valets formaient toute la garnison du château de Fontenay.

(1) Le général chef d'état-major a bien voulu ajouter à cette bienveillance, celle de m'engager à envoyer cette brochure au Cercle national des armées de terre et de mer, à la Revue de cavalerie et au Moniteur de Varmèe } pour que place soit donnée à son analyse dans leurs colonnes.

La France entrant dans une nouvelle phase de son existence à la fin des guerres de religion, il fallut songer à un nouvel ordre de choses. On construisit des casernes pour que les troupes y tinssent garnison , pendant les loisirs que leur donnaient les intervalles des expéditions militaires, toujours trop nombreuses à cette époque, et depuis, pour le bonheur de l'humanité.

Le 28 juillet 1750, le Conseil municipal de Fontenay donna l'autorisation de bâtir des casernes ; il faisait valoir l'excellence des fourrages, si propres à entretenir un régiment de cavalerie et enfin le besoin immédiat d'avoir un nouvel Hôtel de ville, où Ton pourrait loger les officiers de Tétat-major de la garnison.

Les plans furent dressés par Parent de Curzon, architecte, sur Tordre de l'intendant du Poitou.

Les dépenses présumées pour les casernes étaient de 62,595 livres 1 sol 10 deniers ; de 19,208 livres 2 sols 8 deniers pour l'Hôtel de ville qui ne fut pas exécuté.

Le terrain sur lequel est établi le quartier actuel a été acquis par la ville, de dame Marie-Magdelaine Loizeau , veuve de M. Joachim Rousseau, et de son fils mineur. (Acte reçu par M e Blondeau et son collègue, notaires à Fontenay, le 7 avril 1750).

Sa construction a été exécutée également aux frais de la ville et n'a été terminée qu'en 1768. Il appartient aujourd'hui à l'État, le Conseil municipal ayant renoncé, par décision du 11 février 1811, à sa propriété, à cause des frais d'entretien. (Archives dudit quartier).

Je dois ajouter qu'il est l'un des mieux conçus et des

plus habilement exécutés, au dire de tous les généraux inspecteurs qui Font visité.

Il fut bâti avec des pierres tirées du château et d'une carrière située près le Coq -Hardi, sur la route de la Rochelle; une plume autorisée dit qu'il était terminé en 1754 ; il résulte de l'accord de mes recherches sur Y Histoire de la cavalerie, du général Suzanne, et de ce que je viens d'établir officiellement, qu'il était encore en construction sous cette date. Cependant, dès 1750, Royal-Normandie cavalerie, colonel de Béthune-Sully, avait pris ses quartiers d'hiver à Fontenay, pendant quelques mois seulement, pourquoi fut-il dirigé si tôt sur Lille , en Flandre ; c'est que les hommes étaient devenus une charge pour l'habitant qui les logeait et que les officiers étaient obligés de se loger eux-mêmes à l'auberge de la Truie-qui-file ; ce n'était pas, on le pense bien, un hôtel de premier ordre.

Ce régiment et le suivant avaient le chapeau à la française, le même habit bleu-de-roi quant au fond; parements, collet, revers rose, boutons blancs pour le premier, qui devint 27 e dragons; cramoisi pour le second, qui prit plus tard le n° 25 e dragons.

Royal-Bourgogne cavalerie, aux ordres du marquis de Brissac, vint faire un essai de garnison en 1769-70. C'était l'ancien régiment du prince de la Roche-sur-Yon, Louis-François de Bourbon ; il occupa le quartier tout entier, terminé depuis un an.

Royal-Bourgogne ne fit pas long séjour à Fontenay. On resta sans troupes et on y serait resté longtemps,

sans l'incident qui vint mettre contrordre au départ des hussards Bercheny et Chamborant pour les guerres des Etats-Unis. Ces deux régiments avaient été en effet désignés pour cette campagne ; ils étaient en route pour s'y rendre quand le ministère, changeant d'avis, dirigea en leur place sur l'Amérique, la cavalerie de Lauzun, composée de deux compagnies de lanciers et de deux compagnies de hussards. Ce furent les seules troupes à cheval que le gouvernement français envoya, en 1780, sous les ordres de Rochambeau. En conséquence, les hussards de Bercheny eurent pour nouvelle destination la garnison de Fontenay-le-Comte, où ils arrivèrent dans les premiers jours de Carême 1777, et où restèrent trois escadrons et l'état-major. Des trois autres, l'un fut placé à Luçon, l'autre à Sainte-Hermine, l'autre à Mareuil.

Le régiment avait pour aumônier un moine blanc, qui, en semaine, disait la messe dans l'église des Jacobins , paroisse de Saint-Jean ; le dimanche à la plus grande église, en présence des hommes en armes.

Son colonel, M. le marquis de Bercheny, qui se trouvait parent de la famille de Chabot du Parc-Soubise, commune de Mouchamps, aujourd'hui Vendée, s'empressa d'aller lui rendre visite (1).

(i) Récit du château quand j'en étais aumônier moi-même. Ce château avait été, dans des temps plus reculés, la propriété des Soubise, les fameux favoris de Henri IV. Ce monarque les visita deux fois, la dernière en i587, alors qu'il se rendait au siège de Fontenay, où l'on pouvait voir encore, il y a deux ans, la casemate mise à sa disposition, rue du Bédouard, près le puits de l'Epinette et près de l'orifice d'un souterrain qui montait audit château.

C'est de Fonlenay que partit, le 22 août 1779, le 1 er escadron de ce corps pour entrer dans la formation des Hussards-Colonel général, dont le duc de Chartres venait d'être nommé chef de corps.

La tenue de Bercheny était fort belle, pelisse, dolman et culotte bleu-ciel, tresses blanches pour les hommes, d'argent pour les officiers. A ce régiment appartenait Stoiflet, simple hussard, qui plus tard a joué un grand rôle dans la Vendée , placé d'abord comme garde chez M. le marquis de Colbert à Maulevrier; le hussard Tencré, laissé au Parc-Soubise, comme homme de confiance, que j'ai vu en 1839, trappiste au monastère de Belle-Fontaine, en Anjou, et plusieurs autres restés lors de leur libération à Sainte - Hermine , Luçon et Fontenay (1).

Les Hussards-Bercheny furent remplacés dans nos murs, en 1781, par les Dragons de Lescure, du nom de leur colonel marquis de Lescure, qui prit possession de ce régiment en 1745 ; il s'appelait auparavant Dauphin- Dragons, créé en 1675.

Le colonel de Lescure a été tué à la bataille de Plaisance, le 16 juin 1746. Le régiment y fit des prodiges de valeur, dit Y Histoire de la cavalerie ; il eut 2 capitaines tués et 11 officiers blessés.

Le colonel qui le commandait à Fontenay s'appelait de Surgères-Puyguyon (Charles-Henri), promotion du 8 avril 1779.

(1) Voir YHUtoire eu régiment, par l'abbé Staub, auteur de cette notice.

Sa tenue était habit vert, veste et culotte chamois, revers écarlate, aiguillettes de la couleur distinctive, boutons blancs, manteau gris, et casque à crinière; cet uniforme lui avait été donné en 1763.

Dragons-Lescure , parti de Fontenay en 1787, est devenu 7 e dragons en 1791.

En 1789 et le 27 janvier, un des membres d'une de nos familles les plus distinguées, M. Charles-Louis-Marie de Grimouard, seigneur de la Loge, de Saint-Laurent, etc., ancien capitaine au régiment de Saintonge, épousa M Ue Henriette -Julie du Bouëx de Villemort, fille de M. Henri -Joseph du Bouëx de Villemort, ancien capitaine de dragons au régiment de Lescure. Ce mariage fut célébré dans l'église de Notre-Dame de Fontenay par M. Bridault, curé-doyen de cette ville, les jour et an que dessus.

Au départ de Lescure-Dragons , le quartier fut occupé par Royal-Lorraine cavalerie, portion principale à Niort, 1789. L'uniforme de ce corps était habit bleu, avec collet et accessoires aurore, boutons blancs timbrés n° 13, chapeau à la française ; il fut bientôt appelé à Versailles, son colonel était le vicomte de Rouault. Il passa plus tard 24 e dragons.

L 1 Annuaire de 1791 cite Dumouriez, comme maréchal de camp à la 12 e division militaire, avec résidence à Fontenay. Dans une lettre datée de cette ville, le 2 septembre 1791, il envoie des ordres à un escadron du 16 e dragons, commandé par M. Pierre Levée, à Ancenis, etc., etc.

Le 1 er octobre 1792, le quartier fut classé par Lasserre, commissaire des guerres, parmi les places de l'Ouest (sic).

En 1794, le 19 e dragons fut formé, moitié à Angers, moitié à Fontenay, c'est là que servit le commandant Fillon et plusieurs autres de la ville.

Nous n'avons pas à nous occuper des calamités intestines qui désolèrent la Vendée à cette époque, et particulièrement Fontenay, dont le quartier n'avait, ea permanence, qu'un détachement de gendarmes à cheval. De tels malheurs doivent être voilés par la tristesse, comme dit Tacite :

Dômes tica mala tristitiâ operientur.

Nouvelles difficultés de permanence de garnison; les guerres continues de cette époque, où toutes les troupes étaient en campagne. Enfin, en 1806-1807, nous eûmes quatre escadrons de lanciers polonais; puis le 8 septembre 1808, le dépôt des anciens hussards de Bercheny, devenu 1 er de l'arme depuis 1791, s'achemina de Coblentz surFontenay-le-Comte, ancien emplacement du corps, tandis que la portion principale recevait l'ordre d'aller de Prusse, où elle se trouvait, en Espagne; le dépôt resta jusqu'en 1814 dans nos murs.

Le 27 juin 1813, cinq ans après, rentraient en France les différents corps de cette armée, dont le 10 e hussards fut évacué sur notre ville. Il portait dolman bleu-clair, collet et parements rouge, tresses blanches et pantalon rouge. Les habitants lui firent un excellent accueil et donnèrent un bal aux officiers à la salle de spectacle

pour leur souhaiter la bienvenue. C'est dans ce régiment que se trouvait alors encore présent le maréchal-dcslogis Guindé qui, le 9 octobre 1806, dans une charge impétueuse contre la cavalerie allemande, passa son sabre au travers du corps du prince Louis de Prusse, qui tomba victime de sa valeur. Le sous-officier Guindé était très connu à Fontenay ; j'ai recueilli à son sujet les témoignages de ceux de son temps, qui jeunes plus ou moins alors, sont aujourd'hui des anciens pour nous (1).

Le sabre en question a été porté pendant toute la guerre de 1870-71 par le colonel Juncker, du 10° cuirassiers ; c'est avec ce sabre en main, qu'il a commandé et conduit à Gravelotte la charge où son régiment et le 10 e de l'arme ont broyé un corps de hulans et de cuirassiers blancs de Bismarck.

Une autre version dit que le maréchal -des -logis

Guindé avait été nommé sous-lieutenant, et qu'il a été

tué à l'ennemi, à Hanau. Tant il est vrai que la vérité

n'est pas toujours facile à connaître et que ce n'est pas

sans raison qu'on la peint quelquefois avec un bandeau

sur les yeux. Cependant cette version doit tomber devant

le témoignage des témoins oculaires qui l'ont vu à

Fontenay.

N'oublions pas qu'une des plus belles fleurs du

10 e hussards, est d'avoir eu pour colonel celui qui est

devenu le général Lasalle et l'un des plus distingués de

la cavalerie légère.

(*) Voir l'Ami du Soldat, Lyon, n° 40, 15 octobre 1886.

Une partie de ce régiment fut versée au dépôt du 1" hussards, pour augmenter son effectif qui était très réduit. Ce dépôt partit de Fontenay vers le mois d'août 1813 pour Lyon, où venait d'arriver d'Espagne la portion principale n'ayant plus à l'effectif que 220 hommes; le colonel Merlin, qui la commandait, recevait, le 14 juillet, ses étoiles de général de brigade, et avait pour successeur le colonel Clary. Résumons la position de ce corps de 1808 à 1814.

1808. — 1 er hussards, colonel Baron de Juniac, en Espagne ; dépôt à Fontenay-le-Comte.

1811. — Même emplacement, colonel Merlin»

1813. — A Lyon, dépôt à Fontenay, etc. t colonel Clary.

En même temps que ces divers mouvements s'exécutaient, le 2 e Hussards-Chamborant laissant également la Péninsule, était à destination de notre ville, trois escadrons seulement, colonel de Ségauville; les deux autres étant déjà en route pour la Grande-Armée qui avait pour objectif la Russie.

La ville, le grand et le petit quartier, ce dernier aujourd'hui salle d'asile et, où d'ordinaire étaient installés les différents ateliers, surabondaient de troupes.

On dût loger les arrivants chez l'habitant. Toute 1 rue de Saint-Jean et celle des Loges devinrent un quar tier provisoire de cavalerie; le magasin d'habillemen fut placé dans la rue du Bédouard, maison occupée pai M. de la Jallet. Les bruns-marons, pantalon bleu-ci étaient, avec leur kolback, des malins comme le 10 e ; j'

photographié leur arrivée et leur séjour à 'Fontenay, où,

après les privations de leurs longues campagnes et

militairement parlant, ils se donnaient tout à gogo ;

je n'ai plus qu'un mot à ajouter sur leur départ. On

aurait dit que dans les délices de la vie pacifique de

garnison, ils auraient dû laisser leur bancal au clou ; pas

du tout, la peau, comme on dit vulgairement, leur

mordait ; faute de l'aiguiser sur celle de l'ennemi, il n'y

en avait pas mal qui l'aiguisaient sur celle de leurs

camarades. Les jours qui précédèrent leur départ pour

la Russie, il y eût au moins, entr'eux, une douzaine de

duels ; c'était apparamment pour ne pas se laisser

engourdir la main ; heureusement que le père le

Brasseur, instituteur au faubourg Saint-Jean, savait tant

soit peu préparer la charpie et poser les bandelettes ;

c'était lai qui s'improvisa leur aide-major et qui leur

donnait ses soins. Aussi bien, malins Chamborant, que

faisiez-vous ; n'auriez-vous pas mieux fait de garder

votre sang pour la Patrie ? Hélas ! Ils l'ont bien versé

dans les steppes de la Russie où ils sont allés mourir

quelque temps après (1) !

Nous sommes en 1813 et nous assistons au départ subit et précipité des régiments stationnés dans nos murs. Le général Belliard était parti dès 1812 ; on sait que sa place était toujours à l'avant-garde. Que s'était-il

(i) Voir l'histoire de ce régiment par l'auteur de cette brochure.

Nous garderons votre souvenir quand même et celui des jolies "retraites en fanfares que donnait à no9 aïeux votre gros trompette- -Oaajor à partir de la place du Marché et sur le parcours de la ville.

donc passé? Hélas ! après les plus belles victoires..., les plus grands désastres ! L'armée française avait bien pu vaincre les Russes jusqu'à Moscou, mais elle n'avait pas d'engin pour vaincre les éléments qui , dans sa désastreuse retraite sur la France, l'engloutissaient dans les neiges, les glaces, les frimas, les avalanches des climats du Nord.

La patrie était une fois de plus en danger et rappelait le reste de ses enfants sous les drapeaux. La création de quatre régiments de gardes d'honneur à cheval fut décidée.

Si je donne ici leur place à des soldats qui n'ont avec nous qu'un contact plus ou moins long de garnison, je dois, à plus forte raison, donner dans ces pages tète de colonne à des jeunes gens qui sont nos parents, nos amis, nos connaissances. Le détachement de Fontenay et du reste de la Vendée devait être incorporé dans le 3 e régiment en formation à Tours, pour tout l'Ouest, sous la haute direction du général de Ségur et sous les ordres du colonel de Castellane, depuis maréchal de France ; le marquis de Saluées était leur commandant. On avait dû ne faire appel qu'aux hommes possédant une certaine fortune, parce qu'ils devaient s'habiller, se monter et s'équiper à leurs frais. Leur uniforme était incontestablement beau. Pelisse verte, tresses blanches, dolman, schako, pantalon rouges; revers et collet de même nuance, bottes noires sur le pantalon, épaulettes et aiguillettes d'argent pour l'officier.

Le détachement do la Vendée vint se réunir à lau

Roche - sur- Yon, à l'effectif de soixante et quelques cavaliers. Comme il n'y avait pas d'officiers, le commandement provisoire en fut confié au baron du Landreau , des Herbiers, doyen d'âge (27 ans); M. Alexandre de Chabot du Parc-Soubise, commune de Mouchamps, qui était le second d'âge, fut chargé des fonctions de fourrier et d'aller en avant préparer les logements. Ce dernier, soldat dans l'âme, fut nommé brigadier en arrivant à Saumur, par le général de Ségur qui était son cousin.

Notre cadre ne nous permet pas d'aller plus loin ; mais nous sommes à même de reproduire l'historique de ce brave 3 e régiment des gardes d'honneur, depuis son départ de la Vendée pour notre détachement, et de Tours pour le corps entier, jusqu'au-delà de Leipsick, où il est allé, en réalisant si bien l'agraffe de son nom : honneur. Il y a des faits admirables à l'acquit do nos compatriotes, dans cette retraite qui nous a coûté si cher.

Une plume moins chargée d'années que la mienne pourra les redire un jour. Voilà comme ils sont partis.*. Mais comment sont-ils revenus ?

M. du Landreau, lieutenant, a continué la carrière jusqu'au grade de chef d'escadrons inclus, au 3 e cuirassiers; plus tard décoré. M. Alexandre de Chabot est revenu lieutenant et proposé, sur le champ de bataille, pour la croix d'honneur. M. Martineau, de Fontenay, maréchal-des-logis et décoré. Le brigadier de Péan de Vauaoir, noble breton, décoré sur le champ de bataille pour un fait inoui dans nos fastes militaires.

Jo no puis résister à la pensée d'exposer ici le fait inoui dont je parle.

Le brigadier de Péan de Vauaoir s'aperçoit, au moment d'une charge commandée par l'empereur en personne contre un régiment de cuirassiers bavarois, qu'il a perdu son sabre, sorti du fourreau dans un mouvement au galop. Passez au second rang, lui dit le lieutenant Alexandre de Chabot. Oh! non, dit celui-ci, jamais. Il prend son pistolet ; arrivé en présence, il le décharge sur celui qui lui fait face, puis, au moment où celui-ci tombe, il saisit son sabre par la pointe, le fait précipitamment glisser dans ses doigts jusqu'à la poignée et le retourne sur un autre cuirassier qu'il met hors de combat.

MM. Merland, Auguste Brossard, Jacquet, de Tinguy, qui a enlevé Rheims avec son peloton, etc., etc., en faisaient partie. Je conserve, parmi mes souvenirs militaires, le dolman, les épaulettes et aiguillettes, ainsi que le bonnet de police de celui qui s'est le plus distingué parmi les officiers que je viens de nommer, le lieutenant de Chabot. Naguère, l'officier de réserve de Fonrémis, l'habile artiste qui consacre son pinceau délicat à l'illustration de l'historique du 6 e hussards, est venu en copier la forme, les détails et les agréments à mon domicile. Il était heureux de les prendre sur le fait. Je continue.

A partir de cette époque, la France était considérablement envahie ; la patrie était en grand danger ; le soldats lui manquant, il fallut en improviser avec le gardes nationaux.

M. Parenteau-Lavoûte commandait celle de l'arrondissement de Fontenay ; M. le comte de Chabot du ParoSoubise, celle de l'arrondissement de la Rochesur-Yon.

Ce dernier ayant reçu Tordre de partir, M. Parenteau- Lavoûte réclama la priorité ; les hommes de cœur sauront toujours gré à sa mémoire, de cet acte de courage et de patriotisme. Il se porta au-devant de l'ennemi avec nos concitoyens. Son collègue dût rester au pays. Il était le frère aîné de M. Alexandre de Chabot dont il a été question plus haut.

Un an après, l'armée entière était licenciée, il n'y avait plus rien, il n'y avait plus ni tambour, ni trompette, ni officier, ni drapeau, ni soldat ; il n'y avait plus rien, rien, absolument rien ; le grand cataclysme de la retraite de Russie avait tout emporté. Debout devant un pareil malheur, Cambronne avait dit : la garde meurt et ne se rend pas ! et ceux de nos soldats qui avaient survécu, s'étaient roidis comme lui , contre l'infortune, ils avaient été supérieurs à la position , par l'abnégation , l'esprit de sacrifice avec lesquels ils avaient subi ce renvoi dans leurs foyers, cette grande défaite morale, plus humiliante peut-être pour eux que l'immense désastre matériel qu'ils venaient d'éprouver; c'est la pensée du maréchal Gouvion Saint-Cyr exprimée en pleine séance de la Chambre des députés, 26 janvier 1818. Les choses étant «un si, il fallut procéder à ce licenciement général. Le 16 juillet 1815, les 4 e et 5 e cuirassiers furent évacués «ur Fontenay pour y déposer les armes. Ceux-ci eurent

au moins la consolation do los verser, pour ainsi dire, entre les mains, ou plutôt sous la tutelle et dans la ville natale de celui qui avait été le commandant général de tous les cuirassiers. Là leurs cuirasses, leurs casques, leurs sabres étaient en sûreté et malheur à qui serait venu y toucher du doigt.

Du 4 e cuirassiers faisait partie le maréchal-des-logis chef Reynier, ce type de vieux soldat et d'honnête homme, qui, à Waterloo, avait ramassé 36 blessures, partagées entre lui et son cheval de bataille ; Hants était le nom de cet animal intelligent ; il fut vendu comme les autres, et un jour que ce digne homme, ayant repris ses galons dans la gendarmerie au poste de la Châtaigneraie, était venu à Fontenay, le sensible et sympathique Hants le reconnut, hennit et appela son ancien maître, comme il l'appelait au régiment ; l'ancien maître s'approcha de lui, le caressa et se retira en pleurant. Tout cela entre dans les études d'observations que nous traversons tous les jours dans la vie. L'empereur, la veille du malheur, passant devant le front du 4 e cuirassiers avait dit : Combien d'hommes à l'effectif? 80, sire!... Remarquez, avait répliqué celui-ci, tant qu'il y aura un seul homme, ce sera toujours le 4 e cuirassiers ! Nouvelle leçon d'élévation d'esprit dans le cours de notre frêle existence. M. Reynier est devenu plus tard porte-drapeau, puis capitaine dans la garde nationale, puis préposé en chef de l'octroi de Fontenay ; il avait l'estime de tous les habitants do la ville.

Le 5 e cuirassiers, aux ordres du colonel Christophe,

était celui qui avait emporté les redoutes delaMoskowa, d'après le système inauguré par le général Belliard à Valmy, à la tète des Hussards-Bercheny. Le désarmement eut lieu à Jarnigande, où Ton se souvient encore des bons procédés des officiers qui Font présidé ; le général de France avait été délégué pour cette mission. Il passa la revue de départ sur le champ de foire actuel, littéralement encombré de ces superbes troupes, augmentées des 9° et 10 e de l'arme qui leur avaient été adjointes dans le même but. Ces quatro régiments de cuirassiers y paraissaient plus beaux que jamais ; le feu sacré du métier étincelait sur leurs cuirasses et sur leurs casques, bien plus que les feux dorés du soleil. Un régiment des guides fut également licencié à Fontenay le même jour. Son uniforme était entièrement rouge, dit la chronique du temps. Ces hommes étaient rangés en bataille sur le bord d'un fossé qui traversait le terrain dans toute sa longueur. Le général de France, après les avoir inspectés, voulut le leur faire franchir au galop; le cheval de l'un d'eux s'abattit, et le cavalier qui le montait fut contusionné. C'est dans ces conditions que le général prononça la dissolution de ces différents corps.

Ici se rapporte le retour au pays de tous les braves dont j'ai déjà parlé et dont j'ai donné la suite, comme compagnons d'armes du général Belliard.

Les corps de cavalerie ayant été réorganisés par ordonnances royales des 16 juillet et 30 août 1815, un escadron du 4 e chasseurs à cheval (de l'Ariège), vint

aussitôt tenir garnison à Fontcnay ; il portait encoro l'ancien uniforme, habit et pantalon vert, collet et parements garance, schako noir : colonel de Gastries (famille de M m * la duchesse de Mac-Mahon, qui porte ce nom) ; l'aumônier s'appelait M. Masset.

Il fut remplacé en 1817 par le 14 e chasseurs à cheval du Morbihan : colonel de la Bourdonnaye, lieutenantcolonel de Fouras, chefs d'escadrons Demonts et de Beaumont, aumônier M. Chapelain, médecin-major M. Rémy ; le dernier des Montmorency y était souslieutenant. Au changement d'uniforme, ils parurent dans tout l'éclat de la nouvelle tenue : habit vert, trois rangs de boutons et tresses roses à la hussarde, pantalon rouge, schako noir, flammes de lance portées par le I e * et le 6 e escadrons rose et blanc. Les officiers et les soldats avaient les meilleurs rapports avec les habitants.

En allant à la promenade sur la route de Nantes, la fanfare et les trompettes avaient coutume de déposer leurs instruments au bureau d'octroi, tenu par mon père, et les reprenaient au retour.

J'étais alors bien jeune, mais je me rappelle encore avec bonheur les amitiés que me faisait le brave médecinmajor Rémy quand, tous les matins, à son entrée à l'hôpital, situé près de la barrière, j'allais lui faire le salut militaire (1).

(1) A 54 ans d'intervalle, quand j'étais aumônier militaire au 5* corps, il y avait au 30* d'artillerie un bon et cher docteur de ce nom ; mon prédécesseur comme aumônier à Orléans portait le même nom. Quels jalons de doux souvenirs !

Ce fut le 23 septembre 1818 que le commandant Bernard Demonts, de ce régiment, dont il fut colonel en 1831 quand il passa 9 e de l'arme, épousa M lle Rose- Marie-Agathe Laval, fille du receveur particulier et nièce de l'ancien maire. Ses témoins étaient le colonel Arthur- Charles-Esprit comte de la Bourdonnaye et M. Gabriel Brunet de Montreuil, commandant de la garde nationale ; M. Charles Brisson étant maire, et M. Darnaud, archiprêtre de Fontenay.

Les Morbihan nous laissèrent, en 1819, pour aller à Rennes, d'où ils repassèrent à Fontenay, se rendant en Espagne, 1823.

Après eux, vinrent en 1819 les chasseurs de la Sarthe, 18 e de l'arme. La déception fut un peu grande parmi nos habitants, dit-on, quand au lieu des couleurs voyante» des précédents, on vit les couleurs ternes de ceux-ci, habit vert avec tresses et cordon bleu-ciel, pantalon rouge, schako noir, flammes de lance bleu et blanc. L'aspect se trouvait un peu assombri.

A ce régiment appartenait comme adjudant-major M. de Guillaume de Rochebrune (Aimé-Charles-Amédée), père du savant aquafortiste, qui resta notre compatriote, en épousant M lle Marie -Célestine Devassé, fille de 3\t. Devassé, ancien officier de l'état-major du général Mathieu Dumas, dont il était parent, et de Demoiselle Hose Jousseaume.

Le mariage fut célébré le 24 mai 1819 par M. l'abbé Darnaud, archiprètre de la paroisse ; assisté, entr'autres-, comme témoins de l'époux, de M. Frédéric- Auguste

Reinhartz, lieutenant-colonel, et de M. Jacques-Gaspard de la Porte-aux-Loups, capitaine au régiment, etc. On dit que ledit jour, lors de l'entrée du cortège dans l'église de Notre-Dame, les trompettes du 18 e le saluèrent d'une manière remarquable avec leur excellente fanfare, et prouvèrent avantageusement qu'il n'y a pas seulement à considérer ici-bas l'harmonie des couleurs, mais aussi l'harmonie des sons.

M. Jean-Mathias Gougnaud était alors maire.

Le colonel se nommait M. de Beaumont (Octave), alors en permission probablement ; l'aumônier, M. l'abbé Blanchard (Etienne) ; portion principale du corps à Libourne.

A propos de M. Devassé et de Dame son épouse, il y aurait pour moi un grand vide dans les pages de cette notice, si elles ne contenaient pas le nom d'un de mes plus insignes amis, M. Hanaël Jousseaume, leur neveu propre, l'un de nos littérateurs et de nos artistes les plus distingués, que Fontenay place avec raison au rang de ses savants du jour. G'est lui qui a bien voulu, dans des temps bien loin de nous, me donner les premières leçons de latin et auquel je dois le principe de toutes les études que j'ai pu faire. Ma reconnaissance, à son égard, ne connaît pas de limites.

C'est à cette famille que le colonel Robert, l'aide de camp du général Belliard, voulait s'unir par un mariage digne de lui et de sa fiancée M Ile Denfert ; la mort l'en empêcha en 1817.

M. Devassé devint chevalier de la Légion d'honneur,

maire do Fontonay et membre de la Chambre des députés sous la Restauration. Il habitait le château de Terre-Neuve. C'était un homme de bien qui a rendu de grands services à la ville.

En 1821, nous n'eûmes que des escadrons détachés, les 3 e et 4°, du 23° chasseurs de la Vienne, portion principale à Niort ; colonel de Maillé ; aumônier M. Marcillac (Jean). Il partit bientôt pour Carcassonne. Uniforme comme celui du 14 e , tresses, etc., aurore.

L 1 Annuaire de 1822 porte pour Fontenay le nouveau 5 6 cuirassiers, successeur de celui qui y avait été dissous en 18 13, et auquel la Restauration avait donné le nom d'Orléans. Je constate avec plaisir ce nouveau rapprochement entre ces deux villes.

Habit bleu-de-roi, revers et collet jonquille, casque en acier à chenille crin noir, pantalon gris , épaulettes rouges ; telle la tenue du régiment qui était d'un aspect très confortable. L'aumônier était M. l'abbé David.

Il fit son entrée en ville, le 27 mai de ladite année, à l'effectif de 40 officiers et de 250 sous -officiers et soldats.

Pendant que nous lui donnions l'hospitalité de garnison, l'un de ses officiers, capitaine adjudant-major au corps, M. Jean de Larieu, épousa M lle Thérèze-Félicité- Joséphine Panier de la Chauvilière, y domiciliée. Le mariage eut lieu le 20 novembre 1822 ; deux des témoins étaient M. le baron Deschamps, colonel, et M, Charles de Neuilly, lieutenant-colonel do ce régiment.

M. do Larieu, né le 20 août 1782, à Montelon , département de Lot-et-Garonne, s'était engagé au 9 e dragons, le 14 mars 1804. Maréchal-des-logis chef en 1808, il y servait en même temps que le capitaine de Prilly, depuis M** de Prilly, évèque de Châlons- sur- Marne. Etre prêtre ou soldat, évêque ou officier, ce sont toujours les mêmes vertus, relevées dans les uns par leur caractère sacré, dans les autres par l'honneur militaire. Soit dit en passant, pour constater cette harmonie au milieu des tiraillements contradictoires du siècle. W de Hercé, évêque de Nantes, n'avait-il pas été colonel d'état-major, et bien d'autres n'avaient-ils pas servi, comme lui, avant d'entrer dans les ordres !

Le 9 e dragons passa 4 e lanciers, le 18 juin 1811; M. de Larieu, sous -lieutenant, lieutenant en 1813 (deux grades dans la même année), capitaine en 1815, fut licencié avec ce dernier, par ordonnance royale du 16 juillet 1815.

Placé comme adjudant-major le 11 avril 1816, au 5 e cuirassiers d'Orléans, le capitaine de Larieu vînt dans ces conditions à Fontenay ; major au 4 6 cuirassiers de Berry, le 20 janvier 1824 ; passé au 6 e en 1833 et nommé lieutenant-colonel ; il dut borner là sa carrière amplement et si bravement remplie.

En témoignent hautement : 1° La distinction avec laquelle il a fait toutes les campagnes du I er Empire, où il fut blessé de plusieurs coups de sabre et de lance, le 10 mai 1807, fait prisonnier de guerre jusqu'au 10 septembre suivant, et où il perdit trois chevaux tués

sous lui, à Eylau, en Portugal et à Leipsick ; 2° Les récompenses qu'il en reçut parles décorations suivantes: Celles de la Légion d'honneur, le 28 août 1814; de Saint-Ferdinand d'Espagne en 1823, et celle de Saint- Louis, le 23 mai 1825.

Nous avons été admis tout dernièrement, avec la meilleure grâce possible, à visiter le petit musée militaire que M. de Larieu a laissé à sa famille, comme le souvenir le plus cher de sa personne, que nous avons eu l'honneur de connaître, dans son temps, tout particulièrement. Ses trois décorations sont conservées dans un écrin, joli de forme, comme ils le sont tous; les brevets sont à part ; celui de la croix do Saint-Louis possède un fort cachet en cire rouge, représentant les armes de France, contenu dans un appareil de ferblanc, à lui appendu par un cordon rouge. Ils sont tous en parchemin.

Deux tableaux à l'huile de moyenne grandeur, placés en vis-à-vis, à droite et à gauche du salon, donnent le buste de M. de Larieu : le premier, en officier du 4 e lanciers, avec habit bleu-de-roi, plastron et collet rose foncé, ceinturon de giberne couleur fauve avec agréments dorés ; le kampska polonais ; le pantalon devait être garance, soit dit pour ce dernier sous toute réserve, car il n'en paraît rien.

Le deuxième le présente en major du 4 e cuirassiers, habit bleu-de-roi , collet et autres agréments écarlate ; avec pantalon rouge et sabre d'ordonnance ; la tète est découverte dans les deux tableaux , ainsi que dans une

miniature, où il est peint en adjudant-major du 3 e cuirassiers, habit toujours blou-de-roi, agréments jonquille, épaulettes à petit bouillon en or, pour distinction avec celles des autres officiers qui les portent en argent.

Le casque du commandant de Larieu en acier, à houppe rouge, avec chenille et crinière noire, sa cuirasse en fer brut, très lourde, d'un modèle qui laissait à désirer dans ces vieux temps , sa latte de cuirassier, son sabre d'officier de lanciers, recourbé, avec quelques ciselures, enfin, son épée de major complètent la panoplie de ses armures et uniformes militaires.

Un frère de M. de Larieu avait fait une grande partie des campagnes du I ep Empire, au 54 e de ligne, où il est devenu officier supérieur.

Le même Annuaire de 1823 porte le 2 e dragons, colonel baron Rapatel (Auguste) ; aumônier M. l'abbé Dessagnc (Benoit), pour Niort, qui, en 1824, nous céda 2 escadrons: habit vert, collet, revers, parements rose foncé, pantalon gris argentin; leur fanfare fut remarquée aux prix du Collège, dont alors M. l'abbé Poiroux était principal; M. Crétineau-Joly (1), professeur de philosophie ; M. l'abbé Simon, de rhétorique, etc.

En 1825, Fontenay reçut pour garnison, dont portion principale et état-major, le 12 e chasseurs de la Marne.

(I) M. Crétincau-Joly, dont il est ici question, est le savant dont In réputation est européenne. Il est né à Fontenay, dans la rue des Loges. Son père et sa mère y étaient marchands drapiers. 11 a w place toute marquée parmi nos hommes illustres.

Il venait de faire, à la campagne d'Espagne, brigade avec le 2 e hussards. Et, ma foi ! on le voyait bien, hommes forts, bien cambrés, vigoureux comme soldats, officiers à l'équivalent et plus ; bien montés, fanfare composée de Lorrains et d'Alsaciens, passant pour la meilleure de la cavalerie : habit vert, tresses, revers et cordon cramoisi, pantalon rouge, flammes de lance mi-rouge et blanc : colonel de Maillé ; aumônier M. l'abbé Watrelot, celui-ci décoré de Saint -Ferdinand d'Espagne, ayant servi comme capitaine au même régiment, y devenu aumônier; M gr Soyer, évêque de Luçon, lui fit la gracieuseté de le nommer chanoine honoraire de la cathédrale. C'était à la fois honorer le régiment et l'armée.

Après deux ans et plus de séjour, le 12 e chasseurs fut appelé au camp du Nord, en 1828 ; le 8 e de même arme, mais non de même nuance, fut désigné de Rennes, pour lui succéder dans notre garnison ; portion principale et état-major à Fontenay, 3 escadrons à Niort, comme pour le 12 e précédent : habit vert, tresses, cordon et revers jonquille, pantalon garance, flammes de lance mi-jaune et blanc ; le tout d'une* élégance marquée ; assez mal monté en chevaux. Colonel Baron Lelong (Joseph-Auguste-Théodore); lieutenant- colonel Hatry (Antoine-Joseph-Charles). Il me semble encore voir ce digne colonel, sortant du 3 e cuirassiers comme lieutenantcolonel, d'une taille très avantageuse, d'une figure très martiale, les cheveux et les moustaches blanchis par toutes ses campagnes du I er Empire ainsi que par son

Age, veillant quand même à tout et se rendant compte de tout, par lui-môme.

Il mourut à Fontenay, dans l'ancienne maison Caldelar, près le Pont-Neuf, où sont les bains aujourd'hui.

L'extrait des registres paroissiaux de l'église de Notre-Dame de Fontonay-le-Comto a été relevé par moi-même, comme suit: « Le 19 mars 1829 a été inhumé le corps de M. Joseph-Auguste-Théodore Baron Lelong, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis, officier de l'ordre royal de la Légion d'honneur, colonel du 8 e régiment de chasseurs à cheval, âgé de 56 ans. Signé : Ménager, vicaire. »

Le registre de l'état civil constate que la déclaration du décès a été faite à l'Hôtel de ville, le samedi 14 mars 1829, à onze heures du matin, par MM. Alexandre-Marie Libert, capitaine-trésorier, et Eugène Pellagot, capitaine instructeur audit régiment, et est signé Benjamin Bréchard, adjoint.

On lit dans mes manuscrits de l'époque, p. 4, l or vol. : « Les secours religieux lui avaient été donnés par l'abbé Blanchard, aumônier dudit régiment, qui présida la cérémonie de la sépulture, un jour de dimanche. Le 8 e chasseurs avait déployé le plus grand deuil : drapeau, armes et instruments voilés, la musique jouant par intervalles des airs funèbres, mousqueton sous le bras gauche, avec feu de peloton à l'entrée du cimetière. Le corps était porté par huit sous-officiers ; une fois déposé dans la fosse, il reçut les honneurs militaires d'usage ; tous les hommes défilèrent individuellement, chaque

— iOi —

chasseur fit feu sur ces vieux restes de soldat, qui les méritaient si bien ; mais auquel celui de l'ennemi avait fait de nobles cicatrices ; les lanciers touchèrent le cercueil du bout de leurs lances, dont les flammes se relevant lentement semblaient lui faire un trophée. Puis, un silence profond se fit et l'un des adjudants-majors rappela, dans un discours plein de cœur et de nerf, les états de services et les campagnes du colonel Baron Lelong. Ce discours fut imprimé, ainsi qu'une pièce de vers français, faite par M. Labretonnière, avocat.

» Dès lors, simple élève de 5 e au Collège de la ville, je me les étais procurés pour les conserver précieusement ; un militaire me les ayant empruntés, ne me les a pas rendus. » Je dois à l'un de mes meilleurs amis de les avoir retrouvés (1).

M. l'abbé Blanchard était tout nouvellement venu à Fontenay, comme aumônier du 8 e chasseurs à cheval, en remplacement de M. l'abbé Coassy, arrivé à la limite des fatigues, plutôt que de l'âge, et qui, bien qu'en pied au régiment, faisait les fonctions d'aumônier, depuis quelques années, à l'hôpital civil et militaire, fonctions laissées vacantes par la mort de l'excellent et regretté M. Chineau, ancien supérieur des Prêtres de Saint- Vincent-de-Paul, à Fontenay même (maison du Saint- Lazare, à Terre-Neuve) ; lequel repose dans la chapelle actuelle dudit hôpital (2).

(1) Voir aux pièces justificatives F, à la fin.

(t) M. Pitaud, curé de Fontenay, étant mort sur ces entrefaites, c'est M. Blanchard qui prêcha le Carême dans, l'église de Notre-Dame. Plein

Le brave colonel tenait beaucoup à son régiment; de temps en temps, à un jour donné, il réunissait à Ouïmes, les 3 escadrons de Fontenay à ceux de Niort, pour passer des revues d'ensemble et les faire manœuvrer. C'était une bonne journée pour tous.

Les chasseurs ne tardèrent pas à partir pour Libourne, changeant de garnison avec le 9 e cuirassiers. Le 9° cuirassiers ! Quels colosses d'hommes et de chevaux ; quelques jeunes gens de Fontenay en faisaient partie, Baudillon, Primaud, Rouvière; ce dernier avait une tête d'une telle capacité qu'on n'avait pas pu trouver de casque pour l'emboîter; on fut obligé d'en commander un tout exprès ; on voit qu'il y a chez nous, de fortes têtes. Habit bleu -de -roi, collet, retroussis écarlate, pantalon gris, casque en acier, crinière noire, cuirasse, etc. 3 escadrons ici, portion principale et 3 escadrons, état-major à Niort ; colonel Jolly (Louis-Claude) ; lieutenant-colonel vicomte Ducouëdic (Louis-Charles) ; chef d'escadrons de la Bourdonnaye (Auguste) ; aumônier à Fontenay, l'abbé Leconte (Noël-Martin).

Mais voici venir un peu plus d'un an après leur arrivée, les fameuses journées de juillet 1830.

Le général Despinoy, commandant la division à Nantes, envoya au 9 e cuirassiers l'ordre de se rendre

de zèle, très sérieux, ce digne prêtre, que j'ai connu comme ses collègues successifs de la garnison , se tenait prêt à rendre tous les services possibles à la paroisse, qui en avait d'autant plus besoin qu'il n'y avait dans ce moment que deux vicaires sans curé. Ces aumôniers militaires se trouvent donc partout sur le chemin du dévouement !

dans cette ville ; les nôtres partent tranquillement à sept heures du soir, le jour désigné; pour ceux de nos voisins de Niort, ce fut tout autre chose; ceux-ci barricadèrent le régiment et l'empêchèrent de sortir du quartier. Le lieutenant-colonel, dans un mouvement d'ardeur guerrière, dit au colonel Jolly : « Donnez-moi un seul escadron et je franchis la barricade !... » Force fut de rester. Les nôtres trouvèrent, à Nantes, le Pont- Rousseau coupé, le général parti ; force fut pour eux de revenir avec le drapeau tricolore.

Quelque temps après, les choses étant plus ou moins apaisées, plus ou moins à la guerre, les escadrons de Niort furent appelés de cette ville à Bourbon-Vendée, pour faire une démonstration pacifique. Les officiers de passage dînèrent à l'hôtel des Tr ois-Piliers (1). La fanfare joua en face, sur la place du Marché.

On revint comme on était parti. J'ai dît précédemment que le 9° cuirassiers était allé de Fontenay à Meaux et de là en Belgique, faire escorte d'honneur à la reine des Belges. Il nous quitta vers la mi-octobre 1830.

Aussitôt leur départ, nous eûmes pendant quelque temps un escadron du 3 e chasseurs à cheval, tenue comme le 8 e précédent, colonel Vidal de Léry, portion principale à Niort, d'où il ne tarda pas de partir pour former, à Poitiers, le 5 e lanciers, sur la fin de 1831.

Alors, étaient aussi en formation, l'un à Montpellier,

(i) Trois hôtels se partageaient à tour de rôle les repas des officiers de passage : celui-ci, V Hôtel de France et celui de la Coupe d'Or, aujourd'hui place Belliard ; le premier et le troisième n'existent plus.

l'autre à Niort, deux régiments provisoires de gendarmerie. Ce dernier, portant le N° 1 er , a .pour colonel M. D'Outremont de Minières et pour commandant le chef d'escadrons Damour. Deux escadrons viennent occuper le quartier de la ville et en former la garnison.

A cette époque se rapporte un fait dont l'autorité militaire m'avait demandé la solution et qui était devenu pour moi un nœud-gordien ; on cherchait quelqu'un pour la donner. Il eût fallu l'épée d'Alexandre ; heureusement que dans le fourreau de nos officiers il y a plus d'une épée de ce genre ; j'ai pu rencontrer le joint.

Un général désirait savoir si, dans un temps donné, un détachement de gardes du corps n'avait pas été en garnison à Fontenay (1).

Or, voici le fait, ce n'est pas un détachement de gardes du corps, mais un escadron de gardes des chasses du roi, c'est-à-dire de cette belle gendarmerie d'élite qui l'accompagnait, lorsque nos souverains se donnaient la fantaisie de la courre aux cerfs et au chevreuil.

Cet escadron nous arriva de Compiègne sur la fin de 1831, à l'effectif d'une centaine d'hommes et de trois officiers, dans toute la splendeur de son uniforme de la garde : Grande tenue : habit de drap bleu-de-roi, revers et retroussis écarlate, pantalon chamois, bonnet à poil,

(i) Il y avait, sous la Restauration, trois jeunes gens de Fontenay, aux gardes du corps, MM. Savary de L'Épineraie, Fleury de la Caillère et Brunetière, dont la fille avait épousé M. de Saint-Aubin, lieutenantcolonel desdits, et le fils s'est distingué en Algérie, comme colonel du l" chasseurs d'Afrique.

trèfles et aiguillettes blanc pour les hommes, d'argent pour l'officier; Petite tenue: pantalon d'hiver, grisbleu ; d'été, blanc ; chapeau à la française, galon noir ; le reste, le même que dessus. Les trompettes avaient, outre leurs insignes comme tels, les aiguillettes couleur aurore et portaient l'épée, comme tenue de ville. Ils sont encore les mêmes aujourd'hui, sauf le bonnet à poil. Il faut avouer que les trompettes de gendarmerie ont des droits acquis à être les plus beaux trompettes du monde, sauf ceux des hussards, quand ils avaient le kolback , la pelisse et la sabre tache.

Ils venaient pour cesser d'exister comme tels ; rangés en bataille sur la Grand'Route, à hauteur de Fontarabie, montés sur des chevaux d'élite, comme eux, le tout d'un aspect superbe, ils entendirent la notification, par ordre ministériel, de leur licenciement, avec cette résignation qui caractérise l'obéissance du soldat. Puis, ils firent demi-tour en silence, versèrent leurs chevaux et furent versés eux-mêmes dans les nouvelles brigades que l'on formait dans le département mis en état de siège, dans les anciennes qui étaient incomplètes et, en fin de compte, dans le régiment de l'arme dont nous venons do parler ; lequel fut dissous en 1834.

La présence de gendarmes de la garde évoque de bons et vieux souvenirs pour plusieurs familles de nos contrées. De 1728 à 1834, cent six ans ! Hélas ! à cet intervalle, ce ne peut plus être qu'un nécrologe. On lit, en effet, dans l'église de Saint-Jean de notre ville, 1 er pilier du côté de l'Evangile, l'cpitaphe qui suit :

Ici repose

le corps de M. Jean Simonnay,

sieur de Gérissac,

chevalier de Tordre militaire de Saint Louis,

ancien capitaine au régiment d'in&nterie

de Montboisier ;

Et ancien officier de gendarmes

de la garde ordinaire du roi,

âgé de 63 ans,

décédé le 19 février 1728.

Priez Dieu pour son àme.

En 1788, nous trouvons Messire Auguste Mallet de Vouillé, écuyer, gendarme de la garde ordinaire du roi, parent de MM. Pichard du Page et de la Caillère ;

En 17 89 y Messire Laurent- Auguste -Marie Gerbier de Mouchediêne, écuyer, ancien gendarme du roi, époux d'une demoiselle Bonnamy de Bellefontaine, sœur de ce général ;

En 1789, Messire Isaac-Armand Savary de Beauregard dont les survivants sont encore nombreux en Vendée; etc., etc.

On voit que nos jeunes gens du Bas-Poitou briguaient autrefois le privilège d'appartenir à ce corps d'élite.

Un des derniers gendarmes de la garde du roi appartenant à Fontenay, était un nommé M. Jallais, dont les sœurs occupaient une maison, près l'église de Saint-Jean, où elles sont décédées vers la fin de la Restauration.

Ledit M. Jallais a été le dernier propriétaire du Fief du Paradis, près la barrière de ce nom.

Ce fief lui était venu de Jacques du Fouilloux, Fauteur justement célèbre de la Vénerie, lui-même garde des chasses du roi Charles IX, dans le Poitou, en 1559. Né à Bouille, village peu éloigné de notre ville, en 1519, il se faisait un vrai plaisir de venir de temps en temps passer quelques jours dans son fief du Paradis ; c'était pour lui le Paradis terrestre.

Curieuse coïncidence dans les choses de ce monde, et comme d'un trait de plume, on remonte les siècles avec rapidité ; c'est à défier tous les chemins de fer et les vélocipèdes.

Or, aussitôt que les trompettes des partants nous eurent donné le salut d'adieu, voici que M. le Maire de la ville de Fontenay fait annoncer, à son de caisse, qu'un nouveau régiment de cavalerie allait nous venir de bien loin, et qu'il recommandait de le recevoir, comme du reste c'était l'habitude, en enfant de bonne maison.

Quelques jours après, les arrivants sont en vue, l'avant-garde touche aux portes de la ville ; on se porte en avant pour les recevoir. — Qui vive ? — France !

— Quel régiment ? — 3 e de hussards, venant de Hagueneau ! — Quelle destination ? — Fontenay-le-Comte !

— Entrez, tant qu'il vous plaira ! C'était en 1834. Deux escadrons seulement font leur entrée ; les trois

autres et l'état-major sont restés à Niort : colonel vicomte de Chambrun. Ils ont le dolman et la pelisse gris argentin, tresses, cordon, schako et pantalon rouge, avec la

sabretache du vieux temps, insigne indispensable des hussards. Les trompettes et la musique ont le kolback.

C'est dans ce même 3 e hussards que servit plus tard, avec distinction, comme officier, M. le comte de la Boutetière, dont nous avons parlé, qui avait été blessé et fait prisonnier à la tête d'un des bataillons de mobiles de la Vendée qu'il commandait en 1870-71.

A la date de 1835, où nous sommes, le 1 er hussards avait pour chef de corps le colonel Pozac, dont le fils sortant alors des spahis, comme chef d'escadrons, commanda un autre de nos bataillons de mobiles, formé à Luçon, en 1871.

Enfin , un troisième bataillon mobilisé est parti de notre ville pour aller à l'ennemi , dans la même guerre, sous les ordres de M. Dehargues, de Vouvant, engagé volontaire au 9 e chasseurs où il a pris tous ses grades, jusqu'à celui de capitaine, ayant servi comme tel au 6 e de l'arme.

. Le 3 e hussards, après avoir rempli son temps réglementaire de garnison, partit pour Joigny, en juillet 1836. Nous ne lui disons pas adieu, mais à revoir seulement. Nous le retrouverons en effet plus tard, parmi nos régiments de passage, allant de Libourne à Pontivy.

Nous sommes au 9 e chasseurs à cheval, et nous avons vu précédemment que le colonel Demonts, qui le commande, avait épousé, en 1818, M llc Laval, de Fontenay, quand il était chef d'escadrons au même, alors 14 e de l'arme, dans cette ville.

Des raisons de convenance et d'amitié le portèrent

à demander Fontenay ; il l'obtint fin de 1836, la portion principale et l'état-major à Niort, deux escadrons ici. L'uniforme n'était plus le même ; c'est presque une calamité que ces changements si fréquents. Les tresses ivaient été supprimées, l'habit était resté vert seulement, ivec un seul rang de boutons, épaulettes, fourragère, )antalon et schako rouges. A l'exemple de leur colonel, jui, en les montrant du doigt, disait : Voilà mes mousaches d'Austerlitz ! les chasseurs en portaient de fortes, i tout crin. Leur aspect était très martial. Les trompettes sortaient le kolback. Désireux de faire entendre sa nusique à nos habitants, le colonel Demonts venant un our dîner dans sa maison de famille, aujourd'hui )ccupée par le pensionnat des sœurs de Chavagnes, imena ses fanfaristes qui jouèrent devant le péristyle oute la soirée, à la satisfaction de tout le monde.

Parti, en 1838, pour une des garnisons du Midi, le égiment de M. Demonts eût pour dernier successeur dans 'occupation du quartier, un escadron du 1 er chasseurs, îolonel de Prévost: habit vert, épaulettes blanches, •etroussis jonquille, pantalon rouge. J'ai dit pour derîier successeur, etc. , car dans le mois d'août 1839, )n y a établi le Dépôt de remonte qui subsiste encore îujourd'hui.

La garnison de cavalerie a été, à partir de cette époque, définitivement supprimée.

Cependant en 1840-41, lors des armements du ministère Thiers, deux compagnies du S e escadron du train l'artillerie, avec matériel et chevaux sur pied de guerre,

— no —

furent logées chez l'habitant, partie principale à Rennes. Effectif : 300 hommes et S00 chevaux, restés à Fontenay près de deux ans.

Notre quartier était d'autant plus commode qu'il est à portée du champ de foire, auquel il est relié par le chemin de la route de la Rochelle. Ce champ de foire est un vaste carré, entouré sur tout son contour de deux lignes de beaux arbres, plantés en 1823 et qui en font une promenade des plus agréables. On l'appelait, de tout temps, la petite prée.

C'était le terrain des manœuvres de détails de nos trois escadrons, qui allaient, en septembre, faire les manœuvres d'ensemble dans la grande prairie, dont il n'était séparé que par un bras de la rivière qu'on a dû supprimer pour en redresser le cours, tout près de la propriété du Chail, appartenant à la famille Gentils, dont était membre l'un des aides de camp du général Belliard, que nous avons cité en temps et lieu. Cette maison est habitée aujourd'hui par M. Boncenne, qui a épousé une demoiselle Gentils, et son fils, tous deux anciens magistrats et comptés avec raison parmi nos hommes de lettres.

Ce fut dans cette petite prée que Louis IX établit son camp, lorsqu'il vînt à Fontenay pour une expédition militaire en 1242. '

L'autorité de celui qui consigne ce fait dans la nomenclature des rues, places, etc., de Fontenay, ne laisse aucun doute sur sa vérité.

Quel remarquable rapprochement ici pour l'étude

comparée de l'histoire, que Châteaubriant a élevé à un si haut degré ! Quel souvenir que celui de Louis IX, l'intrépide, qui, cinq siècles et demi avant Bonaparte, avait conçu et accompli, soit en Egypte, soit à Jaffa et Saint-Jean-d'Acre, le plan que celui-ci exécuta à son tour, il y a moins de cent ans. Nos braves soldats de 1799, avec leurs généraux Desaix, Belliard et les autres, durent retrouver dans Damiette, Alexandrie, le désert et la Syrie, les cendres calcinées de leurs aînés du xiu e siècle, leur présenter les armes, les officiers saluant de l'épée et les tambours battant au champ. N'étaient-ils pas tous Français, les vieux croisés des anciens temps et leurs petits-neveux des temps modernes. ! N'étaient-ils pas les enfants du même Dieu ! N'avaient-ils pas une mission identique: les premiers, une mission religieuse; les seconds, une mission scientifique et civilisatrice ; aussi bien, la science et la civilisation ne sont-elles pas les filles de la religion bien entendue, bien comprise ! Quel esprit droit, sérieux, impartial, à. l'abri de tout parti-pris, pourrait penser autrement !

Combien de fois ne suis-je pas allé moi-même, dans la grande et la petite prée, voir les différentes évolutions de nos garnisons successives ; je l'avouerai naïvement, c'était les meilleures distractions de mes jeunes années ; c'était une étude à part, que Dieu me procurait pour l'acheminement vers l'aumônerie militaire, qui était ma vocation innée ; puis , la messe militaire à laquelle j'assistais tous les dimanches ; la connaissance de MM. les aumôniers, etc. Voilà la voie où je débutais.

Cette aumonerie ayant été supprimée en 1830, il parut en 18i3, pour en conserver la mémoire autant que possible, un ouvrage intitulé : L'Aumônier de régiment, par Fauteur de cette notice ; 1843, Nantes, imprimerie d'Ernest Merson, rue Notre-Dame, 3.

L'aumônerie militaire supprimée, il restait au régiment une place vide que personne ne pouvait remplir, et, cette place était une place d'honneur ; car, dans un régiment, tout est honneur; l'uniforme est honneur; les traditions sont honneur, les armes sont honneur, la victoire est "le champ d'honneur, la défaite même peut être honneur, comme celle de François I er , à Pavie; dans ce cas, on peut dire comme ce grand roi : Tout est perdu fors l'honneur; les officiers et soldats sont honneur. Aussi bien, au régiment, l'aumônier est honneur ; il est bien plus, il est le représentant de Dieu, le lieutenant de Jésus-Christ, pro Christo ergb legatione fungimur (2 e épitre aux Corinthiens, verset XX), et la participation de son esprit et de sa grâce, participes enim Christi effecti sumus (2 e épitre aux Hébreux, verset XIV). Ces motifs donnent la mesure de son importance.

Je retrouve, aux premières pages de ce volume , une lettre que je demande la permission de relater ici , par un motif de reconnaissance, non seulement envers son auteur, mais à l'égard de tous les officiers de l'armée qui m'ont adressé tant de sympathies depuis 40 ans.

Le savant capitaine adjudant-major Trumelet, alors du 1 er tirailleurs indigènes, m'écrivait du camp de Beni- Salah, en Afrique, le 14 octobre 1864 : « Je n'ai pas eu

le plaisir de lire votre livre : L'Aumônier de régiment, mais j'en ai beaucoup entendu parler et très avantageusement par quelques-uns de mes camarades, qui le connaissent.

» Faites-en donc une 2 e édition , mon cher abbé ; il n'y a jamais trop de bons livres. Je me mets d'ailleurs à votre disposition, si vous croyez que cela puisse vous être de quelque utilité. Agréez, etc. »

Et la 2 e en est restée là, à l'état de projet, faute de ressources pécuniaires. Voilà ce qui arrive à des hommes à qui tout manque, excepté l'énergie de la volonté et le désir de faire le bien ; car on ne vend pas à des hommes qui n'ont qu'un sou par jour; on donne, et c'est là mon cas.

Ceci me lappelle une anecdote qui tient à la chronique contemporaine et qui, par conséquent, est la vérité vraie. J'étais au camp de Châlons en 1869, pour présenter au digne colonel Carrelet, du 2 e hussards, l'historique de son régiment qui venait de paraître. Le colonel voulut que je rende visite au général Bourbaki , commandant en chef dudit camp (1). Je me rendis à son hôtel. La première parole qu'il m'adressa, fut celle-ci : « Dites-moi donc, Monsieur l'abbé, je voudrais savoir quel est le traitement d'un curé de campagne? — 900 francs, mon général, et le logement, un peu de casuel, quelques honoraires de messes, encore pas toujours, c'est tout !

(i) En 1869, la cavalerie du camp de Châlons se composait des 2' et 7 e hussards, 3 e chasseurs à cheval, 3 e et 11 e dragons.

— 900 francs, reprend-il avec un étonnement marqué; comment, 900 francs ! — Oui , mon général. — Ah ! je vois bien que c'est chez vous, comme chez nous ; nous avons nos sous-lieutenants, lieutenants, capitaines, qui sont à la portion congrue ; les chefs de bataillon sont pour la plupart mariés, avec femme, enfants et le cheval par dessus le marché, c'est la même chose. Allons, s'écrie-t-il avec un mouvement de tête et un geste significatif, vous les curés et les officiers, vous êtes tous dans la misère, dans l'indigence ; vous êtes des malheureux, vous n'avez que votre pain et encore... sec!... Aussi pour caractériser sa condoléance, employa-t-il une expression beaucoup plus forte et que je ne répéterai pas. — C'est vrai, mon général! ai-je répondu. »

Qu'aurait-il dit de nos jours, où le mariage est devenu à la mode, même pour nos sous-lieutenants !

Merci au vieux zouave de sa sollicitude pour les curés de campagne; c'est que Bourbaki, qui avait, en son temps, remplacé Lamoricière, nommé général, comme colonel du 1 er zouaves, avait bien pu manquer de pain quelquefois, en Afrique et ailleurs. On pourrait même l'assurer, sans risque de se tromper. Il était, dans ce cas, compétent dans la partie; ses paroles étaient un à-propos. Il est de toute justice de lui en tenir compte sous tous les rapports.

Merci de nouveau au digne colonel Trumelet, aujourd'hui de ce grade ; merci de ses encouragements mille fois répétés, dans ses nombreuses lettres que je conserve précieusement au milieu de mes manuscrits, à côté dn

manuscrit même de L'Aumônier de régiment, relié proprement, à sa place et à son n° (1).

Le colonel Trumelet a composé plusieurs ouvrages militaires, très estimés et continue de nous guider dans la voie que nous poursuivons. Il sait, comme Belliard, parler militaire et agir en soldat, selon la belle expression de Gaton l'ancien :

Rem militarem agere et argutè loqui.

Ici dix minutes d'arrêt, comme au chemin de fer. Voici venir un de mes lecteurs, doué du talent d'observation et qui me dit : Bien ! les régiments sont fort exactement allignés, par ordre de succession, dans cet article, mais vous avez fait du quartier un magasin d'habillement!... Oh! non, mon ami, pas précisément d'habillement; dites plutôt un magasin d'uniformes, c'est plus correct.

A ce propos, sait- on ce que c'est qu'un magasin d'uniformes? On n'a qu'aie demander à M. de Fonrémis, l'habile auteur de l'illustration de l' Historique du 6 e hussards. On peut voir sa belle galerie de toutes les tenues de tous les régiments de cette arme, depuis leur origine, laquelle est contenue dans deux albums renfermant plus de cent sujets, enviés par le ministère de la guerre, comme collection; on sera frappé du fini de l'exécution, de la variété des couleurs, du coup d'œildes détails et de l'ensemble. Mais ceci, quelqu'intéressant

(i) Cette collection comprend plus de 3,000 lettres autographes.

que ce soit, n'est que la partie matérielle, la partie de l'art.

Il y a quelque chose de plus sous F uni forme ; sous l'uniforme, il n'y a pas un pli qui ne laisse transpirer une idée morale : l'idée de l'abnégation , de dévouement et de sacrifice ; qui ne laisse échapper tout un passé de gloire, de victoire, ou tout au moins de devoirs hautement accomplis. Sous l'uniforme, il n'y a pas une seule tresse de pelisse ou de dolman qui ne donne de ces importantes leçons, qui sont les forces vives du soldat, forces du corps et de l'âme, de l'esprit et du cœur, qu'il doit mettre au service de la patrie, jusqu'à vaincre ou mourir pour elle ; de façon que lorsqu'il revêt l'uniforme, il doit se regarder comme solidaire des actes de ses pères pour le présent et pour l'avenir. Il doit se sentir grandir de toute leur grandeur.

Sous de pareils auspices, je puis continuer ma tâche ; et je me remets au pas.

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