AU SIÈGE D'ORLÉANS
Cette bonne fortune de les connaître, au moins en partie, nous la devons à un simple ouvrier d'Orléans, ancien élève des frères des Ecoles chrétiennes, qui, à force de travail et de persévérance, a réuni , dans une seule feuille coloriée, aussi parfaitement assortie que parfaitement exacte, les noms et les armoiries de 320 des principaux chevaliers qui ont fait cette glorieuse campagne. Le tableau est d'un grand effet et j'ai connu tel officier général qui en a pris jusqu'à 20 exemplaires comme souvenir de sa nombreuse famille ; il est ordonnancé comme suit : Le titre est « Armoriai du siège d'Orléans, en 4429. »
Les armes de cette ville, ayant à droite la bannière des Bourbons, avec ses trois fleurs de lys, et à gauche le drapeau de Jeanne d'Arc, avec l'inscription de Jésus- Marie, forment l'en-tête, encadrées dans des trophées
d'armes du temps, hallebardes, lances, haches, etc., enlacés de feuilles de laurier.
Suivent les noms et les écussons des 320 chevaliers, par 20 de front ; celui de Jeanne d'Arc et de sa famille, aux quatre coins, répétés deux fois ; puis, la dédicace en ces termes et forme :
Jeanne d'Arc
et aux
Chevaliers y écuyers et hommes d'armes
des pays
d'Italie, d'Espagne, d'Ecosse et de France
qui vinrent au secours d'Orléans,
en U29, Souvenir de reconnaissance.
Le tout est entouré de guirlandes portant d'un côté, les armes d'Aragon, d'Ecosse, d'Italie, do Castille, de Léon et d'Alby ; de l'autre, celles de Bourges, Châteaudun, Clermont, Montpellier, Moulins et Poitiers, dans la juridiction do laquelle se trouvait de droit Fontenay (1).
Celles d'Angers, Blois, Tours, la Rochelle, formant
(1) Ainsi, n'était pas oubliée cette vieille terre du Poitou, où Jeanne d'Arc avait laissé l'empreinte de son pied chevaleresque, en venant, avons-nous dit, y trouver le roi Charles VU.
Oraison funèbre de l'amiral Courbet, par M. l'abbé Frémont, ancien aumônier de l'École normale de la Seine ; — Prêchée par lui en 1886, à Poitiers même.
la ligne droite au bas du tableau. On voit, à la louange de l'Italie, de l'Espagne et de l'Ecosse, qu'il n'y avait pas que le pays de France qui eût envoyé ses nobles contingents. Honneur à ces dignes alliés du temps. Enfin , on lit en dernier lieu :
Aux très honorés membres de l'Académie héraldique italienne : Respectueux hommage de
Félix GU1LLON, membre correspondant.
C'est le nom de cet honorable ouvrier» aussi modeste que savant.
Je dis modeste, car semblant ignorer son mérite que tout le monde connaissait, il voulait refuser la palme d'officier d'Académie, pour laquelle il était légitimement porté.
Il vint un jour, alors que j'étais aumônier titulaire de la garnison, me témoigner son embarras et me demander conseil. Hésiter, lui dis-je, pour un honneur que vous méritez à tant de titres ! Non, acceptez immédiatement! Elle est belle, deux fois belle, cette distinction scientifique sur le cœur d'un honnête ouvrier. Quelque temps après, la palme brillait à sa boutonnière.
Ce n'est pas tout, le major Robichon, originaire d'Orléans, décédé à Moulins, avait fondé deux prix à distribuer annuellement par le Conseil général du Loiret, « en faveur des personnes qui se seront le plus distinguées par leur bravoure, leur dévouement, leurs sciences, arts et découvertes dans le département. »
Par décision, en date du 11 avril 1878, le Conseil
général a attribué l'un des deux prix de Tannée 1877, à M. Félix Guillon, ancien élève des frères d'Orléans, ancien employé de la ville, auteur de divers travaux littéraires et d'un armoriai du siège de cette ville.
(Annuaire du Loiret, 1879J.
Voici la science et la modestie couronnées deux fois. Ces deux vertus forment un caducée, autour duquel elles s'enlacent très bien.
Nous ajouterons aux rapports personnels qui unissent l'ancienne capitale du Bas-Poitou à la capitale du Loiret, les noms de deux autres de nos compatriotes, M. l'abbé Garnereau (François-Gabriel), né à Fontenay-le-Comte, le il septembre 1765, ancien principal, de 1802 à 1811, du Collège communal, auquel il a laissé son portrait et sa riche bibliothèque ; nommé , à cette dernière date , inspecteur des Académies de Poitiers et d'Orléans. Littérateur consciencieux et érudit, dont les œuvres consistent en deux volumes in-8°, intitulés : Opuscules littéraires en prose et en vers et Voyages en quelques parties de l'Europe, Robin, Niort, 1815. Mort dans sa solitude du roc Saint-Luc, près de notre ville, le 3 juin 1847, enterré au cimetière de Notre-Dame de Fontenay.
Et M. Alfred Giraud, littérateur et savant jurisconsulte, officier d'Académie, ancien député de la Vendée, conseiller à la Cour d'appel d'Orléans en 1878, etc., etc.
Tous deux sont classés, à juste titre, parmi nos nombreux savants.
Et si l'humble auteur de cette notice ose placer ici son
faible jalon, comme parti aussi lui, volontairement, de Fontenay sa ville natale, sur la demande de M** Dupanloup, pour remplir les fonctions d'aumônier titulaire de la garnison d'Orléans, ce n'est que pour déposer aux pieds de Jeanne d'Arc les trois volumes in-4° de 500 pages l'un, qui forment le journal de marche de son ministère près le 3 e corps d'armée, jour par jour, avec les pièces officielles y annexées. Ces longues pages spéciales à sa position d'alors, font partie de sa collection dont il a été parlé.
Ces volumes sont à la disposition des savants d'Orléans, comme à celle des officiers de l'armée ; c'est la chronique locale prise sur les lieux et sur le fait, par conséquent incontestable comme vérité. Ils sauront où les trouver tant que Dieu me prêtera vie, et aussi après, j'espère.
Et pour leur donner le cachet d'origine et l'autorité d'un grand nom, qu'on me permette de citer ici les encouragements que j'ai reçus sur place, par la précieuse lettre de M. l'abbé Bougaud, vicaire-général, qui était mon guide spécial dans mes labeurs d'aumônier :
ÉVÊCHÉ « Orléans, le 14 février 1879.
d'orléans
» Monsieur l'aumônier,
» J'ai lu avec le plus grand intérêt les quelques pages que vous avez bien voulu me confier sur votre ministère dans l'armée, pendant le cours de l'année 1878. Tout cela est plein de détails très précieux et qui montrent
tout le bien que vous faites au milieu des soldats. Je vous engage à continuer ce travail et à examiner, de près, les améliorations qui pourraient être apportées dans un service si important et dont l'expérience de chaque jour vous montrera, de plus en plus, Futilité.
» Veuillez agréer, Monsieur l'aumônier, l'assurance de mon respectueux dévouement.